[Dans le mufle des Vosges] 54. Que le grain meure

54. QUE LE GRAIN MEURE

Quand la guerre entre humains et Corax connaît un grave tournant. Reprise du roman-feuilleton après une trop longue trève ! On s’approche du dénouement !

(temps de lecture :  5 minutes)

Joué / écrit le 07/05/2021

Le jeu principal utilisé : Bois-Saule, jeu de rôle solo pour vagabonder dans les ténèbres sauvages de Millevaux

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux et une expédition d’exorcisme dans le terroir de l’apocalypse.

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

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Tim Lenz, cc-by

Contenu sensible : nudité

Passage précédent :

53. Mission de confiance
Des moments d’introspection et de mise en abîme où la Sœur Marie-des-Eaux rassemble ces forces pour l’ultime affrontement.

L’histoire :

Vingt-Quatre de Descendres

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In a dark tongue, par Harvestman, un manifeste space folk et psyché-drone, aboutissement extra-dimensionnel d’un rituel forestier.

Je vois le corps d’Augure dans une baignoire.

Nous sommes en plein dehors, sur les gravas d’une tour, et la tempête nous cravache.
Il fait noire-nuit et mon estomac me brûle. Je comprendrai plus tard de quoi il s’agit. Un symptôme avancé de cette faim que j’ignore depuis si longtemps.

La Corax est nue. Maigre et osseuse, mais pourtant elle respire l’harmonie. La peau qui épouse ses côtes et sa poitrine est jeune. Des tatouages la parcourent. Racines, se divisant en radicelles, puis en racinelles. La baignoire n’est pas remplie d’eau mais de fourmis.

Augure soupire d’aise. Les insectes grignotent les parasites qui courent sur elle. J’ai du mal à décrocher mon regard des bêtes noires et rouges sur sa chair. C’est cette image plutôt qu’une autre qui me fait comprendre ce qui nous sépare.

« Je suis venu pour vous apporter mes condoléances. »

Elle se redresse sur ses bras en forme de baguettes. Elle me sonde du regard.

« L’heure n’est plus aux lamentations. Mais à la riposte.
– Ne faites pas ça. On peut encore calmer les choses. Je suis allé à la messe de minuit de la Noël. J’ai parlé aux villageois.
– Pourquoi intervenez-vous, Marie ?
– Parce que je suis un guerrier. Un guerrier guérisseur. »

Je n’arrive pas à me décrocher d’elle, c’est quelque chose d’assez rare pour être souligné. Je me rappelle ce que j’ai ressenti pour sa sœur Euphrasie, et aussi ce que je n’ai pas ressenti pour elle, et la sécheresse de mon cœur. Pourtant, elle me fascine. J’ai compris qu’elle est la cheffe de son clan, et qu’elle est beaucoup moins jeune qu’il n’y paraît. Du moins en esprit.

Je regarde par dessus les monticules de pierre qui nous entourent. Mes yeux s’habituent à l’obscurité et je distingue les vestiges d’un village en contrebas. J’entends le bruit de la rivière qui emporte l’eau. Je ne vois pas ses adelphes mais je les sens.

« Alors votre volière est à Fontenoy-le-Château… J’aurais dû m’en douter. »

À ces paroles je me demande comment je suis arrivé là. Je comprends alors que je n’y suis pas allé. Tout ça, c’est dans ma tête.

Pourtant, ça continue. Je décide d’accorder de l’importance à cette phantasia.
« Marie, il est encore temps pour vous de quitter Les Voivres. Ne vous mêlez pas à ça.
– Je n’abandonne pas. J’ai choisi de me battre au côté des innocents. Je n’ai pas peur. »

C’est à ce moment que les choses deviennent de plus en plus étranges.

Je me retrouve seul dans la bise affamée. Et c’est moi qui suis dans la baignoire. C’est moi qui suis nu, exposé à toutes les nuances du froid, celles du vent, de la faïence, des doigts insectes. Les fourmis sont amassées sur mon pubis et je n’ai plus de sexe.

Je me réveille dans la yourte. Le poëlle s’est éteint et les bourrasques ont ouvert la porte. Mais je suis dans les couvertures qui portent fort l’odeur de Champo et je me sens bien. Presque extatique.
Je respire les draps à pleins poumons. Je ne peux rester nu. J’enfile le pantalon du sherpa, ce qui procure des sensations inédites et je

[le journal s’arrête là pour cette journée]

Vingt-Cinq de Descendres

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Steve Reich : Drumming, par So Percussion, une pièce de percussions sur une partition minimaliste, un parcours dans des villages, des maisons et des labyrinthes de bois circulaire, hypnotique, interminable.

Il n’y a pas grand-chose à dire aujourd’hui. Je ne veux pas m’étendre sur ces événements.

Que dire de plus que j’ai repris conscience quelque part en pleine campagne, dans les habits de Champo. Les deux pieds dans la terre enneigée des essarts gagnés par les Fournier sur la forêt.

Ils étaient là aussi, les Fournier. Et sur leur visage se lisait toute la désolation du monde.

Toute la neige, la neige protectrice.

Elle avait été fouaillée.

Les corbeaux avaient bouffé tous les germes durant la nuit.

Drôle de cadeau de Noël.

Et je n’arrivais pas à reprendre mes esprits, à comprendre ce qui venait d’arriver.

Mais les Fournier, eux avaient déjà compris, que tous les semis d’hiver y étaient passé.

Ils avaient sorti leurs carabine et tiraient des coups de feu à Dieu.

Et de ce ciel d’un blanc de suaire, il tombait de drôles de choses.

Voilà la mort aveugle.

Vingt-Six de Descendres

[Une jusquiame noire séchée est coincée dans cette page.]

Dès l’aube, je suis allé à l’Auberge du Pont des Fées. Il y avait déjà un attroupement, avec des serpes et des fourches. Le vent en furie emportait les chapeaux mais même la pluie verglaçante les décidait pas à décamper. C’est l’Onquin Mouchotte qui menait la danse.

« La Bernadette et sa nonne ont foutu le camp ! Je vous le dis, c’est une sorceleuse. Elle s’enduit de belladone, de saindoux et de foutre de bouc pour aller au sabbat. Elle fricote avec les Crevax !
– Enfoiré ! Tu dis ça parce que tu veux son restau ! »

J’en reviens pas, c’est moi qui ai dit ça. Une pierre dégomma le vieil intrigant à l’occiput. Et c’est moi qui l’ai lancée.

J’ai fait ça sans réfléchir et quelque part, je m’en félicite. Mais j’ai aussitôt compris qu’il fallait détaler. Je me suis senti si léger qu’ils n’ont pas pu me rattrapper. Mon ventre et mes os étaient vide, et mes douleurs musculaires ne faisaient que me porter plus loin.

Il fallait que je les retrouve avant les paysans.

Je suis parti totalement à l’instinct, j’étais juste devenu une bête. Je les pistais à l’odeur.

J’ai dévalé à travers la brande hérissée de repousses, et puis je me suis empêtré dans la vasière. Les plaques de boue gelée éclataient parfois sous mon poids et je m’enfonçais jusqu’au genou. Je m’accrochais à des lianes qui semblaient ligneuses mais elle éclataient de pourriture sous ma traction.

J’entendis enfin le cri du bébé. J’appelai de toutes mes forces. C’est la Bernadette qui vint me sortir de là.

Elle me tira contre elle, contre la Sœur Jacqueline et contre le nourrisson et je n’en étais pas rassasié, de leur chaleur.

La cuisinière me caressait les cheveux, elle me serrait à m’étouffer.

« Pardon, on t’a pas prévenu. On sentait bien qu’on serait associées à ce qui s’est passé, alors on a pris la fuite.

J’ai eu peur de te perdre, Marie…

Je veux plus te perdre…

Marie…

Mon enfant… »

Lexique :

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.

Décompte de mots (pour le récit) :
Pour cet épisode : 1214
Total : 95957

Système d’écriture

Retrouvez ici mon système d’écriture. Je le mets à jour au fur et à mesure.

Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article

Épisode suivant :

55. La rafle
Un acte grave coincé entre deux rêveries folles. (temps de lecture :  7 minutes)

5 commentaires sur “[Dans le mufle des Vosges] 54. Que le grain meure

  1. La reprise a été peu pénible, d’où cet épisode un peu court !

    Je vous promets cependant que la motivation est de nouveau au rendez-vous et j’ai très envie de revenir à cette régularité d’un épisode par semaine. Nous sommes très proches de la fin, donc j’ai hâte !

    Aimé par 1 personne

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