Je continue mon offrande au boomerisme rôliste le plus crasse en admettant que parfois… c’est cool de bluffer. Aiguisez vos dagues empoisonnées, affûtez vos contre-vérités, l’heure du complot a commencé !
(temps de visionnage / écoute : 44 min) / (temps de lecture : 4 min)
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CRÉDITS :
Merci à Guillaume Rioult pour son accompagnement sur la rédaction du script.
Le petit bonhomme en plâtre est une photo de Thomas Hawk, cc-by-nc
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LIENS UTILES :
[Notions]
aftercare
ah ah je vous ai bien eus
contrat ludique
hareng rouge
immersion
ironie dramatique
jeu à secret
jeu de rôle traditionnel
les trois temps de la calibration et de la sécurité émotionnelle
Mac Guffin
manuel de jeu invisible
méta-jeu
microtension
narration partagée
opposition bienveillante
PBTA
player skill
plot twist
preshot / foreshadowing
quatre niveaux de description
rétention / fascination
Roleplay théâtral
tension
TOC bloquant
transparence
[Multimédia : série « tes masques de MJ »]
Le jeu de rôle est le théâtre de l’illusion
[Multimédia]
Thomas Munier, La manipulation en jeu de rôle : glop ou pas glop ?
Thomas Munier, Comment jouer une enquête en jeu de rôle, sur Outsider
Thomas Munier, Faut-il rouler les dés pour du social ?, sur Outsider
Thomas Munier, Jouer en player skill, sur Outsider
[Vidéos]
How to DECEIVE your readers (and why you should) with Alan Moore | Meet your Maestro | BBC Maestro
[Podcasts]
Chronique : Arrêtez de parler de Dirty MJ par Dorothée, en intro du Podcast Radio Rôliste #117
Les MJ et le style, sur D1000 & D100
[Articles]
Alkemion, The Reliable Betrayal, sur Alkemion’s Blog
Johny Nexus, Le Manuel de Wolfgang pour escroquer les autres persos, sur PTGPTB.fr
[Jeux]
Arbre
Hurlements
Sombre
Fading Suns
Unknown Armies
[Aides de jeu]
Dirty MJ
Story Deck, in Sombre N°7
[BD]
LE SCRIPT :
Un sujet qui se rapproche du précédent contenu sur le théâtre de l’illusion, mais qui va aborder un autre angle.
On est dans la série “Tes masques de MJ” mais cela va parler aussi un peu des PJ.
Je repense à la vidéo d’Alan Moore “Deceive your readers” qui implique de manipuler le lectorat pour obtenir de l’engagement et de l’émotion, cf le concept de tension narrative, définie par Raphaël Baroni comme la somme de la curiosité, du suspense et de la surprise.
En gros, la façon (ici, manipulatoire) dont on raconte l’histoire importe presque plus que l’histoire elle-même. i.e. on peut faire un récit vide mais haletant.
[Guillaume Rioult : Un exemple typique est le Mac Guffin, employé par Hitchcock : on accorde un intérêt majeur à quelque chose qui ne sera jamais vraiment explicité (un dossier top secret, des microfilms, une lettre compromettante…) Le contenu ne sera jamais dévoilé, mais montrer que des gens s’y intéressent et dire que c’est important suffit à créer de l’intérêt, et dispense de longues justifications. Chacun y projette ce qu’il veut.]
Problème : est-ce qu’on développe pas une culture de la manipulation ?
cf le manuel Dirty MJ qui est pas loin d’être désastreux (cf aussi podcast Radio Rôliste qui le critique). [Guillaume Rioult : En dépit de ses défauts, Dirty MJ met aussi l’accent sur la proposition d’expérience singulières aux joueuses. Dans l’épisode 2 (chapitre 2), le MJ pousse les PJ au désespoir et au bord du renoncement, en espérant qu’ils fassent volte face. Ce qui est intéressant, c’est la volonté de “jouer les joueuses”, c’est-à-dire de jouer avec leur psychologie pour les pousser à réagir et se dépasser.]
cf mes articles 1 et 2 sur la manipulation négative.
Cependant, il y a bien sûr une manipulation positive (cf article sur le sujet), du côté MJ comme PJ, qui relève :
– de l’utilisation des règles comme langage pour façonner une réalité, provoquer des situations intéressantes (dernièrement avec le PBTA Légendes de la Garde, je voulais que les PJ aillent à la rescousse d’une famille partie récolter en pleine tempête, mais je voulais que ça soit preshot / foreshadowing, pour cela je leur ai présenté la famille en avance qui lâchait un peu son idée folle entre les dents, et je leur ai mis dans les pattes une faction comploteuse qui les a poussé à passer la nuit à la taverne pour que la famille leur fausse compagnie, il a fallu pour cela pas mal de bluff de PNJ, forcer des jets de dés à bon escient en allant presque jusqu’à l’échec forcé, tout en semant des petites pistes)
– du jeu à secret (côté PJ : le jeu Arbre, les secrets de personnage avec le story deck dans Sombre) [Guillaume Rioult : il y a d’ailleurs des degrés de secret : les joueuses “savent qu’elles ne savent pas” dans Hurlements par exemple, puisque le MJ a les fiches de perso, mais “ignorent qu’elles ne savent pas” dans certains scénarios de Sombre où le MJ fera des révélations sur leur condition en cours de partie. ]
– du plot twist
– de la manipulation d’aides de jeu (mes feuilles de personnage trafiquées dans mon faux jeu med-fan qui s’est avéré une campagne du jeu SF Fading Suns)
– de la tension narrative
– de la rétention / fascination
– des fausses pistes
– des jets derrière l’écran (intérêt immersif) [Guillaume Rioult : Ce qui permet surtout de diluer l’attention des joueuses, et que les seuls jets qui comptent vraiment ne soient pas immédiatement identifiés par les joueuses.]
des PJ/PNJ qui mentent en player skill (jeu d’intrigue). [Guillaume Rioult : Ça peut faire partie du jeu de déceler des mensonges, et surtout de remettre en question les idées reçues ou les premières informations. C’est une expérience qui change notre attitude en tant que joueuse, mais également au-delà de la partie, dans le monde ordinaire.]
– de la surprise méta (le ninja aux 10 attaques)
– du mensonge en transparence [Guillaume Rioult : Ce qui débouche typiquement sur de l’ironie dramatique : la joueuse sait que les apparences sont trompeuses, mais son PJ l’ignore, ce qui crée un contraste soit horrifique soit comique entre le choix du PJ et celui de la joueuse.
– manipulation pour créer une motivation : un exemple classique est de faire jouer aux joueuses des PJ condamnés à mourir très rapidement, puis de faire incarner un second groupe de PJ qui enquêtera sur leur meurtre, ou devra défendre leur nation, etc. Le fait d’avoir éprouvé personnellement le danger est plus impliquant que si on confie simplement une mission, ou si l’on raconte la scène.]
Il y a un plaisir presque juvénile à bluffer.
[Guillaume Rioult : Il y a aussi des types de dissimulation :
les joueuses savent qu’il y a quelque chose à découvrir, ou bien les joueuses ne le savent pas
le MJ ment par omission (ce qui arrive souvent), ou cache une info qu’on lui demande, ou bien donne une fausse info à la place. Pour certains groupes, cette dernière option peut remettre en cause la confiance qu’on a dans le MJ. Il semble important de cadrer les choses dans le contrat ludique (il y aura un/des mensonges) ou bien dans la fiction, en présentant aux joueuses un menteur en action que les joueuses peuvent percer à jour. Ou encore, donner des éléments de discordance aux joueuses pour qu’elles puissent logiquement remettre en cause ce qu’on leur dit. Autrement dit, pour qu’un mensonge ne frustre pas les joueuses, il ne doit pas durer indéfiniment ou bien pouvoir être éventé.]