[Dans le mufle des Vosges] 15. Le baptême

LE BAPTÊME

Quand tout le monde se prépare à la grande conflagration. Un épisode à nouveau marqué par un grand remaniement méthodologique.

Joué / écrit le 25/02/2020

Jeu principal utilisé : L’Empreinte, de Thomas Munier, survivre à une transformation qui nous submerge

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

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Verity Cridland, cc-by

Contenu sensible : violence à l’égard des animaux

Passage précédent :

14. Tombé du ciel
Entre un prêtre exorciste qui avance ses pions, une escapade enfantine au cimetière et un mystérieux cadavre, un épisode construit avec un programme d’écriture de plus en plus complet et automatisé.

L’histoire :

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Pyramids, par Pyramids, du black metal étouffé avec un chant clair éthéré, étrange et déstabilisant.

La lumière du zénith était si dense qu’elle parvenait à trouer les vitres verdies de mousses et baigner le presbytère de sa chaleur. Le père Houillon servit des énormes pommes de terre farcies au père Benoît et aux deux sœurs.

« Pardonnez mes piètres talents culinaires. La nonne qui donne l’école n’a jamais accepté de faire la cuisine ni même de passer le balai.
– Je vous remercie mon père, et pour ce qui est de vos nonnes, nous aurons toutes les discussions nécessaires au sujet de l’obéissance, qui est censée être leur vertu première, avec l’humilité. »

Sœur Marie-des-Eaux sépara la farce de la chair de sa pomme de terre. Le chien du curé considérait ses reliefs avec envie, mais le père Houillon le rappela à l’ordre.

« Si le père Houillon est d’accord, peut-être pourrions-nous assister à une messe en l’honneur de votre venue, père Benoît.
– Excellente idée. »

La Sœur Marie-des-Eaux fit des gros yeux à la doyenne, mais celle-ci lui fit comprendre d’un regard entendu qu’elle avait une idée derrière la tête.

Toute l’eau des averses tombées dans l’après-midi dégoulinait des branches des bouleaux et des sapins, détrempant le père Fréchin en pleine répétition générale de son discours, perché sur une pierre au milieu du ruisseau du Prédiot, le ruisseau des fous. Il était là, en écharpe tricolore, l’eau dégueulant de son chapeau et de sa moustache, annonnant entre ses dents jaunes des phrases pillées à des grands noms du passé :
 » Labourage et pâturage sont les mamelles des Terres Franques et s’il n’en restait plus qu’un, je serais celui-là…

Alors, c’était bien ? »

Emergeant des fougères, apparut la femme qui avait parlé à Champo dans le cercle de champignons, près de l’Etang Lallemand. C’était la même, avec ses cheveux en vagues de noir et de gris, ses narines, ses oreilles et ses lèvres percées de bijoux, et son odeur de plumes mouillées. Elle marcha dans le ruisseau sans se soucier de puiser sa cape, jusqu’à être tout proche du maire, sensuelle et inquiétante.

« Ce sera bien si je t’aide.
– Oui, j’ai besoin de ton aide, Augure. Les voivrais sont de plus en plus difficiles à tenir. Même mon fils ne m’obéït plus. Aide-moi à les aider. »

Elle referma sa main comme une serre.

« Tu veux les avoir sous ton emprise, et mes pouvoirs peuvent te le permettre. Mais tu sais qu’il t’en coûtera.
– Peu m’importe. Je ne supporte plus que ça parte en quenouille. »

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Phillharmonics, par Agnes Obel, un piano-voix pour chanter les derniers et les plus fragiles des grands espaces, et les histoires minuscules qui s’y tapissent.

Le presbytère n’avait a proprement parler qu’une chambre d’hôte, que le Père Benoît s’attribua. Aussi les deux sœurs étaient cloîtrées dans la cave à vins, environnée de l’odeur de moisi qui remontait à la faveur de la presque-nuit. Il n’y avait pas de fenêtre et donc la pénurie de bougies allait se faire sentir plus dure encore. La Sœur Jacqueline toussa. La Sœur Marie-des-Eaux appuyait sur les pages du carnet mémographique pour en expulser l’humidité.
« Qu’est-ce qui vous a pris de proposer une messe en l’honneur de ce garde-chiourme ?
– Ecoutez, Sœur Marie, je sais que vous avez le Père Benoît dans le nez, comme toute figure d’autorité, mais je vous demanderai d’être raisonnable. C’est lui qui m’a formée et je sais ce qu’il vaut. Il connaît les forêts limbiques et ses pièges. Il en sait sans doute plus sur les horlas que vous et moi. Ce que je vous ai appris, c’est juste les inguiottes de ce qu’il sait. Je sais que combattre la Mère Truie vous tient à cœur, mais en ce qui me concerne c’est une affaire de vie ou de mort. Je dois conclure cette histoire, coûte que coûte. Alors, je refuse qu’on se passe d’un tel allié. On va faire profil bas, on va faire pénitence, on va faire ce qu’il faut pour que le Père Benoît marche à nos côtés. »

Trois d’Opprobre
Saint Gérard
Jour de l’Auberpine dans le Calendrier Républicain

Le silence était si profond, à peine quelques bruits d’ailes au travers des branches, qu’il brisa sa méditation. Champo n’y arrivait pas. Assis en tailleur entre ses deux yourtes, recouvert de rosée comme la vieille toile d’araignée qu’il était, il pestait contre son incapacité à chasser les pensées parasites. Le braiement de Maurice et les prières des sœurs avaient tôt fait de lui créer une nouvelle routine de presque-aube, et se retrouver à nouveau seul lui pesait.

Il allait se redresser, car il venait de prendre une décision.

Mais Augure se tenait soudain devant elle, comme par enchantement.

« Vous avez besoin d’aide.
– Oui. J’ignore qui vous êtes, mais oui j’ai besoin d’aide. Nous avons besoin d’aide.
– Il y a peu, je vous ai garanti ma neutralité, mais les choses ont évolué. Ce avec qui j’ai fait alliance est allé trop loin, et les conséquences de ses agissements m’ont coûté. Alors je suis de votre côté maintenant. Je n’agirai pas directement, mais je vais au moins vous souhaiter bonne chance et vous confier ceci. »

Elle faisait de son mieux pour paraître impassible mais quelque chose du domaine du chagrin affleurait sous ses dires et sous sa peau.

Elle posa quelque chose dans la main burinée du sherpa. Une graine blanche.

« C’est la graine de la mort absolue. Faites-en bon usage.
– Mais qui êtes-vous ? »

Elle n’était plus là.

Champo courut jusqu’au presbytère, il jeta des cailloux sur le toit comme un gamin, jusqu’à ce que les sœurs émergent et qu’ils puissent échanger sur leurs expériences récentes.

« Vous êtes sûr de vouloir faire ça, Champo ?
– Oui, sûr. Cela devrait pouvoir attirer ses bonnes grâces.
– Mais, et votre religion ?
– Je pense que c’est tout à fait compatible. »

C’est dans le tout petit matin de l’aube, alors que soufflait une bise à vous fossiliser la peau sur les os, que le Concile des Chasseurs se réunit sous la muraille de grès rose de la carrière de la Colosse. Engoncée dans les sentiers en lacets d’une forêt toute en côte, presqu’à tomber dans le ruisseau du Coney en contrebas, qu’on entendait gronder, le site était froid et inhospitalier. Les cabanes de chantier étaient délaissées pour la mauvaise saison, et c’est là que s’étaient réfugiés une demi-douzaine de gars en tenues kakis, avec chapeaux, carabines, chiens bouâlants, et trophées de chasse qui leurs tenaient lieu de masque. Le président du concile, avec sa tête de cerf aux impressionnants andouilliers, ne trompait personne sur son identité, parce qu’on aurait reconnu sa voix rocailleuse entre mille : le Nono Elie.

« C’est plus possible ces corbeaux. Ils sont partout. Ils bouffent les bêtes qu’on tire avant qu’on ait le temps d’arriver. Ils bouffent les semis dans les raies des champs. Ils craillent à tue-tête à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. C’est des bêtes du démon. Ils ont service de cette nom de Vieux de saloperie de forêt. Alors il est temps qu’on s’organise.
On va oublier un temps les chevreugnes et les sangliers.

Notre cible prioritaire maintenant c’est ces beusses de corbacs. »

« Agneau du Vieux, qui enlève le péché du monde, prends pitié de nous. »

Le Père Benoît jubilait, ça se voyait à son sourire, toujours le même sourire fabriqué que d’habitude en tâche de fond, mais son visage était plus mobile.

Déjà les deux sœurs avaient demandé à être entendues en confession, et il n’avait pas perdu une miette de leur témoignage, il était comme un opiomane en pleine délectation de ces souvenirs si ardents. « Il en faut des humiliations pour former l’humilité », avait-il sous-entendu pour annoncer leur pénitence.

Au départ de la messe, elles avaient monté la grand-rue à genoux, et ça avait ravi les voivrais et les gamins ne s’étaient pas fait prier pour leur lancer quelques choux pourris, une denrée qui ne vient jamais à manquer quand on a besoin d’elle.

Et pendant la messe, elles étaient restées au premier rang, en genuflexion permanente, contrite, reprenant chaque chant. Le père Houillon se sentait plus de joie et en récitant les textes sacrées, sa voix prenait des envolées à faire vibrer les piliers.

Mais le clou du spectacle, c’est cette offrande qu’elles leur avaient faite.

Champo, le païen, sur leur conseil dirent-elles, recevait le sacrement du baptème.

Le père Houillon céda la place au père Benoît afin qu’il oint en personne le sherpa avec l’eau bénite.

Champo avait participé à toute la messe dans un état proche de la torpeur et l’aspersion de son visage l’en tira brusquement. C’est comme s’il plongeait dans les eaux lourdes du passé, dont il vit soudain les contours troublés. Et il s’en serait bien passé.

Les funérailles célestes de ses parents. Les corbeaux par dizaines venus se repaître de leurs corps. Il était là, encore enfant, il pensait qu’ils emportaient leurs âmes dans leur bec, et il voulait savoir où ils les emmèneraient. Alors, obsédé par ce mystère, il suit les oiseaux jusqu’à leur repaire au sommet de la montagne. Et là, il l’a rencontré.

Le père de tous les corbeaux.

Massif, avec sa tête de corbeau surmontant un milliers d’ailes, de becs, de serres et d’yeux.

Alors Champo comprit qu’il ne fallait pas essayer de communiquer avec cette chose.

Il fallait fuir, tout de suite.

Et son patou s’est sacrifié pour couvrir sa fuite. Il ne l’a jamais revu depuis.

Le hurlement de Champo mit un terme à ce qui était jusqu’à présent une messe parfaite.

Lexique :

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.

Notes liées aux règles de L’Empreinte :

Menace : une Déité Horla (la Mère Truie)
Lieu de départ : Les Voivres
Avancement :
Acte I – Introspection + Tentation + Agression
Acte II – Introspection + Tentation + Agression
Acte III – Introspection + Tentation + Agression
Acte IV – Introspection + Tentation

Préparation :

A. À la fin de l’épisode précédent, j’ai posé cette question au public : A quelle personne imprévue les nonnes vont-elles accorder leur confiance ?

J’ai eu cette réponse de : Damien Lagauzère : Et si, finalement, elles devaient accorder leur confiance à un des meurtriers de Maurice? (ne me demande pas pourquoi ^^ )

On peut dire que Damien me soumet à la torture ! Qu’à celà ne tienne, j’intègre sa réponse dans mon programme. Comme j’ai déjà beaucoup de choses programmées, cette scène se passera après la fin de la partie de L’Empreinte. Sera-ce aujourd’hui ? Mystère !

B. Voici l’exercice d’écriture de Draftquest du jour : « L’objet de cette deuxième partie du MOOC, c’est de rentrer dans l’écriture au sens le plus concret, de manière à ce que vous ayez, à la fin du MOOC, fini un premier jet. Premier exercice donc, qui va être double: écrire et lire. 1/ Tout d’abord, donnez-nous à lire une page de votre fiction. Une page, pas plus. 2/ Ensuite: lisez les pages des autres. C’est le meilleur moyen d’apprendre à écrire, en apprenant à corriger des textes. Cet exercice peut être l’occasion de deux choses: vous aider à trouver très vite « la voix » de votre texte – et vous entraîner à recevoir les avis des lecteurs… »

Lire une page de ma plume, c’est fait, puisque je relis toujours ma session précédente avant de commencer. J’ai donc choisi de lire une page de draftquesteur, en l’occurence celle de Sophie-Genevy. Je suis tombé sur un texte de SF, traitant entre autres de réalité virtuelle. Le texte m’a plu, mais si je dois le comparer à ma propre éthique d’écriture, je dirais qu’il y a par moments des choses qui sont présentées (notamment le travail artistique de la protagoniste, qui fait des « frises multi-dimensionnelles ») qui me semblent dans le flou même pour l’autrice. Cette technique de foreshadowing me semble fréquente en SF mais ça ne cadre pas à mon éthique d’écriture personnelle. Tout ce qui est présenté en foreshadowing doit avoir un rôle clair dans ma tête : même la part immergée de l’iceberg, que le lectorat ne verra jamais, doit être définie pour moi. J’espère en tout cas y être parvenu jusqu’à présent, grâce, tout simplement au fait que je maîtrise mon univers sur le bout des doigts.

C. J’ai poursuivi mes lectures à thèmes, vous en retrouverez une synthèse dans cet article.

D. Mine de rien, une session d’écriture nécessite de nombreuses sous-actions. Afin de ne me point trop m’éparpiller, de ne rien oublier et d’aller plus vite, je me suis fait une petit programme d’actions intégré dans mon tableau de bord méthodo, à recopier d’une semaine sur l’autre.

E. Tout ce peaufinement de méthodo prend du temps (pour j’espère en gagner !). Je vois encore se profiler une session d’écriture courte, 1h1/2 tout au plus…). J’ai bien peur de ne pas encore voir le bout de la partie motorisée par L’Empreinte !

F. Je trouve que les protagonistes n’ont pas assez souvent de revoyottes au regard de leur riche passé. J’inclus donc la possibilité d’avoir une revoyotte dans mon système !

G. J’ajoute le jeu de cartes du Vertige Logique à ma liste d’aides de jeu 🙂

H. J’ai un peu développé ce en quoi consiste les interludes de méta-narration grâce à des commentaires d’Alban Paladin.

I. Voici donc mon système mis à jour (lancer 1d10) :

1-5. Script ou jeu

6. idée tirée sur une table

7. un PNJ avance sur son objectif

8. métanarration : 
    1- attendez ce qui va se passer est ouf !
    2-preuve de l’investissement d’un perso dans l’intrigue ou on voit qu’un PNJ est dans la merde
    3- les personnages sont plongés dans le doute

9. Revoyotte :
    1- Soeur Jacqueline
    2- Soeur Marie des Eaux
    3- Champo
    4-Père Benoît

10. tirage de cartes aléatoires :
    1. Oriente
    2. La stèle au coeur des plaines
    3. Muses et Oracles
    4. Almanach
    5. Les larmes du Soleil
    6. Nervure
    7. Lexique gore
    8. Table des détails forestiers
    9. Image de Draftquest https://www.draftquest.fr/
    10. Tarot de Marchebranche
    11. Jeu du vertige logique

Bilan :

A. Je crois que la condition sine qua none à la fluidité d’écriture est de ne pas chercher à en faire plus que ce demande la contrainte d’écriture du moment. L’essentiel de la scène, pas de remplissage, et on passe à l’entrée suivante.

B. A nouveau, je n’ai pas beaucoup écrit vu le temps que m’a pris la mise à jour de ma méthodologie de session, mais j’ai franchement bon espoir d’au contraire économiser beaucoup de temps sur les sessions à venir.

C. La session d’écriture, très drivée par mon système s’est faite comme dans un rêve. Elle a été riche en imprévue du fait des combinaisons des tirages aléatoires et des inférences que je devais faire. On progresse, j’ai pu appliquer une suggestion du public et je pense que le prochaine épisode nous verra enfin en confrontation avec la Mère Truie !

Aides de jeu utilisées :
La stèle au coeur des plaines
Nervure

Décompte de mots (pour le récit) :
Pour cet épisode : 1556 mots
Total : 33996 mots

Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article

Modifications :
+ ajout d’un matériel pour Champo (la graine de mort absolue)
+ ajout d’un objectif pour le Concile des Chasseurs

Question au public :

Voici la question qui fait suite à cet épisode :

Quel est l’événement dont la nature (rationnelle ou surnaturelle) va faire débat au sein des exorcistes ?

Quelques lectures inspirantes pour Millevaux

Je poursuis mes lectures d’inspiration pour Millevaux et Dans le Mufle des Vosges ! Voici mes retours d’expérience sur les derniers ouvrages qui me sont passé entre les mains.

  1. La Forêt des Mythimages, de Robert Holdstock.

(vous verrez aussi le titre « La Forêt des Mythagos« ). Voici un livre qu’on m’avait conseillé il y a fort longtemps comme inspiration pour Millevaux et j’avoue l’avoir négligé parce que mon vœu de pauvreté m’interdit d’acheter des livres, et aussi parce que je pensais que c’était trop littérature de jeunesse. Une bonne âme m’ayant offert ce livre (et les trois titres qui le suivent pour former un cycle), j’ai pu rattraper cette lacune. Et quelle claque !


Le livre nous plonge dans l’histoire d’un vétéran anglais de la seconde guerre mondiale qui retourne dans sa maison natale, en bordure d’une forêt sauvage qui a longtemps fasciné son père et son grand-frère. Il va découvrir que cette forêt est magique : son espace intérieur, quasiment infini, recèle des créatures issues de l’inconscient collectif… Les humains qui vivent à proximité peuvent d’ailleurs engendrer leurs propres « mythagos » de façon plus ou moins volontaire. Le héros va s’enfoncer dans cette forêt à la recherche de son père et de son frère, et va y faire la rencontre de la farouche Gwienneth, une mythago qui bouleverser sa vie.
Il y a tout Millevaux dans ce roman. Un champ lexical forestier très fouillé, des manifestations de la ruine, des horlas, et une version fascinante du concept de l’égrégore.
Bref, un classique absolu pour toute personne qui veut explorer Millevaux plus avant.

  1. La sorcellerie en France aujourd’hui, par Dominique Camus.

Ce livre d’ethnographie dresse un portrait de la sorcellerie dans les années 90. J’avais déjà beaucoup aimé le « Pouvoirs Sorciers » de Dominique Camus (une enquête anthropologique en immersion dans le milieu des envoûteurs et des désenvoûteurs), mais cet ouvrage « La sorcellerie en France aujourd’hui » a un GROS truc en plus : une collection de photos (notamment des voults et des poupées percées de clous) impressionnante qui donne vraiment à voir toute la diversité des dispositifs d’envoûtement. Seul bémol : cette iconographie est tellement riche que je doute de la véracité de tous les fétiches présentés. Je pense (j’attends d’avoir tout lu pour m’en assurer) que l’auteur les a fabriqués lui-même pour les besoins de l’ouvrage. Mais pour un usage fictionnel, cette référence est sans prix.

  1. Ravage, de René Barjavel

Une très bonne inspi pour Millevaux, une pièce importante de SF rurale également, que j’ai consultée pour ma biblio Dans le mufle des Vosges
En revanche, il convient de préciser qu’idéologiquement, le roman se place pas mal à la droite de la droite. Publié en 1942 chez un éditeur collabo (Denoël), on sent l’influence de pensées telles que « le retour à la terre » qui furent également chères au Maréchal. Bien qu’il serait déplacé de qualifier Barjavel de collabo (il a été gracié de cette accusation par le conseil de la résistance, et Barjavel était de surcroît antimilitariste). Ce qu’il faut retenir, c’est que le personnage, archétype du héros terrien, se montre à la fois patriarcal, ultraviolent et antimoderne quand il s’agit de protéger les siens. ça en ferait un PJ ou un ou PNJ en demi teintes. Par ailleurs, on ressort de cette lecture avec des images fortes, que ce soit de paysages dévastés, de lieux hallucinés ou de nature à reconquérir.

Faut-il sauver le soldat Barjavel ? Excellente question. Alors oui, à sa décharge, il y a d’indéniables qualités littéraires dans Ravage, et notamment de magnifiques descriptions crépusculaires lors de la traversée infernale de la forêt brûlée. J’ai constaté également que le récit est très ludique, différentes options se proposent aux protagonises et c’est assez intéressant de voir les décisions qu’ils prennent : l’exploration de l’asile psychiatrique évoque tout à fait du dungeon crawling ! Il y a aussi des éléments ultra utiles pour Millevaux : tout le délire sur la viande synthétique qui pourrait être une genèse de la Viande Noire, comment la survie s’organise au quotidien, la description de la forêt brûlée, le rayon Oslo qui évoque bigrement l’égrégore, l’organisation des villages à la fin du récit, etc.

Mais, tout comme avec Lovecraft, d’ailleurs, il convient de prendre du recul : un roman n’est pas qu’une esthétique, c’est aussi un homme derrière, dont il convient d’interroger les valeurs. La proximité (sans être complice, ai-je déjà précisé) de Barjavel avec des entités collabos (les Editions Denoël), la reprise à son compte du retour à la terre et de l’antimoderne, valeurs également communes avec le régime de Vichy, interrogent justement. Et cela transparaît dans le texte, avec un héros rural qui porte les vraies valeurs mais qui pourtant prend des décisions très discutables : que ça soit la totale soumission exigée de Blanche en premier lieu puis des femmes en général, ou l’ultraviolence : le héros s’avère absolument indifférent au sort des personnes qui ne sont pas dans son cercle ultra-restreint (même la mort des gardes qu’il a recruté ne l’impacte pas), et son obsession du durcissement moral face à l’adversité, d’où sa décision d’abattre les prisonniers, et de les faire abattre par celui de sa troupe qui est le plus doux, causant chez lui un véritable traumatisme. En fait, ce qui sauve Ravage, c’est, d’une certaine façon, le semi-retrait du narrateur. Quand le narrateur donne son opinion, c’est le Barjavel antimoderne et pour tout dire réac qu’on entend. mais quand il se tait, il nous laisse interpréter nous-même les actes de son héros et nous laisse juge de savoir s’il ne serait pas un anti-héros en fin de compte. Il repose l’éternelle question du post-apo : qu’aurions-nous fait à sa place ? C’est au pied du mur qu’on voit le maçon.

J’ai cru aussi lire dans ce livre un véritable traumatisme de la guerre, et quelque part le nihilisme absolu du roman, où l’homme est un loup pour l’homme et où le carnage est massif, en est un reflet.

  1. Les cailloux bleus, de Christian Signol

Après avoir lu Ravage de Barjavel, je me suis plongé dans un roman du terroir de l’école de Brive, sans surnaturel, mais qui brosse à merveille la vie paysanne de la fin du 19ème siècle. Il y a tout ce qui peut m’intéresser dans le cadre de la rédaction de Dans le mufle des Vosges : les saisons qui se succèdent au rythme des travaux domestiques et agricoles, la paysannerie du 19ème siècle, la petite histoire mêlée dans la Grande, du patois et quelques personnages féminins centraux qui font office de narratrices. Il convient de dire que je recherche un effet très approchant, le surnaturel et le post-apocalyptique en plus.

  1. Les Défricheurs d’éternité, de Claude Michelet

Je poursuis également ma lecture de romans du terroir avec un titre qui avait tout pour me plaire. Claude Michelet est un des piliers du genre (on lui doit Des Grives aux loups) mais ce livre est à part dans sa biographie, parce qu’il se passe au temps d’après Charlemagne. On y suit un groupe de moines à la volonté de fer qui partent restaurer un domaine perdu dans la Sologne. Mais quelle idée de vouloir restaurer un monastère dans un territoire entièrement gagné à la forêt et aux marécages, où les quelques serfs meurent de faim et de maladie, quand ce n’est pas de la main de seigneurs belliqueux ou d’adorateurs de Satan. Les moines auront fort à faire avec le paganisme qui conquiert leurs serfs, et c’est un véritable combat à la fois contre la Nature et contre le renoncement humain qui s’entame. Les tranches de vie rurales et forestières se succèdent à un rythme fou, on apprend plein de choses et on s’attache à ses moines tiraillés entre le doute et la ferveur. Attention, la fin est particulièrement tragique. J’ai trouvé que c’était un roman très inspirant à la fois pour Millevaux et pour Dans le mufle des Vosges.

  1. Héroïnes de Dieu, d’Agnès Brot et Guillemette de la Borie

Je suis en train de terminer ce petit essai historique qui retrace la vie de religieuses ayant participé à des missions d’évangélisation aux quatre coins du monde au 19ème siècle. Ce livre, à la fois chrétien et féministe, sur l’épaule de ces héroïnes et sachant prendre du recul avec leur époque, livre une très utile galerie de personnages de religieuses, à la fois indépendantes et obéïssantes, courageuses et victimes. L’omniprésence du sauvage, de la maladie, la sensation que tout peut vite être à refaire et le caractère lointain de la hiérarchie religieuse et coloniale, rapprochent beaucoup ce livre du roman Les Défricheurs d’Eternité, que je vous ai chroniqué précédemment. Le livre ne fait jamais l’apologie de la colonisation, il s’attache plutôt à nous dresser quelques portraits de femmes hors du commun dans un contexte hors du commun, et c’est exactement ce que je recherchais.

Adieu

Cela fait longtemps que j’ai arrêté de faire des articles sur la créativité, ou même du journal de bord en dehors des bilans mensuels / annuels qui restent de simples vitrines.

Je vais m’exprimer à nouveau sur le sujet, mais cela va ressembler à des adieux. C’en est en quelque sorte.

Je prends ma retraite de créatif.



Je m’explique.

Voilà quatre ans et demi que j’ai quitté mon emploi salarié pour devenir créatif à temps plein. Est-ce que ça m’a rendu heureux ?

La réponse est non.

Passé l’euphorie des débuts, le stress et l’insatisfaction ont commencé à s’accumuler. Je trouvais que je ne sortais pas mes projets assez vite, que je me dispersais (ô combien !), et que je ne pouvais pas consacrer autant de temps à la créativité que je voulais, surtout depuis que je suis devenu père au foyer, au bout d’un an de création à temps plein.

Pourtant, jetons un regard en arrière. J’ai publié une vingtaine de livres, une grosse centaines d’articles, presque une centaine de podcasts, une cinquantaine d’actual play, plus de 500 comptes-rendus de partie… J’ai arpenté les domaines du jeu de rôle (sous à peu près toutes ses formes, y compris des formes que j’ai quasiment créées), du roman, de la poésie, du GN, du livre dont vous êtes le héros, de la narration interactive, du conseil à la création…

Alors pourquoi ?

Pourquoi je n’étais pas heureux ?

Parce que je m’étais fixé un objectif. Celui de gravir une montagne sans sommet.

Aujourd’hui, mon temps de créativité est réduit par rapport au temps dont dispose un travailleur indépendant lambda : comptez autour de vingt heures par semaine, qui descendent à quasiment zéro pendant les vacances scolaires. Et je ne pense pas qu’à l’avenir, ce temps ira en augmentant. Et mon budget alloué à la créativité restera aussi très faible, le plus proche possible de zéro.

Certes, je suis super-organisé, mais ça ne résout rien. Pour créer, il faut du temps.

Partant de là, mon objectif de mener tous mes projets à bien est littéralement en train de m’empoisonner. Je devenais de plus en plus insatisfait, anxieux, irritable. Je devenais une personne toxique pour mes proches et ma famille. Je vivais chaque tâche ménagère et parentale comme un indigne vol de mon précieux temps.

C’est donc après une longue réflexion que j’ai décidé de couper le mal à la racine.

Si mes objectifs créatifs ne me rendent pas heureux, je dois abandonner ces objectifs.

Depuis le début de cette année, j’ai donc pris ma retraite de créatif.

Je pars d’un constat : j’ai tout lieu d’être satisfait d’avoir diffusé tout ce que j’ai diffusé. Je peux considérer mon oeuvre comme terminée. Tout le reste, c’est du bonus.

Certes, je vais continuer à créer, essentiellement pour aboutir les milliers de tâches que j’ai programmées, mais sans objectif d’y arriver.

Je vais utiliser mon temps libre pour créer si ça me fait plaisir, et si je n’ai pas envie ou si je n’ai pas le temps, ce n’est pas grave, parce que mon oeuvre est déjà derrière moi.

Concrètement pour vous, public, ça ne va peut-être pas changer grand-chose. C’est fort possible que vous me voyez diffuser plusieurs news par semaine comme avant. Le seul petit changement, c’est que si vous me demandez quand sortira tel projet que j’avais annoncé depuis un mois ou des années, je vous répondrai : Je n’en sais rien, ça ne sortira peut-être jamais et il faudra se contenter des versions brouillon diffusées précédemment, ou me demander mes fichiers de travail.

Mais pour moi, ça change tout. Je suis mentalement préparé à l’idée que ça puisse s’arrêter du jour au lendemain, et que c’est pas grave, parce que ce qui compte, c’est apprécier ce qu’on est train de faire sur l’instant, pas de terminer quoi que ce soit.

C’est assez difficile de vous décrire la sérénité nouvelle que ça apporte.

Je crois que le bonheur d’une personne l’attend le jour où elle accepte de terminer son histoire, tout comme il faut accepter l’idée de pouvoir mourir n’importe quand pour enfin apprécier la vie au jour le jour.

J’avais pris beaucoup de notes pour cet article-testament, mais finalement les mots ont coulé sans que j’y jette un oeil. J’écrirai peut-être un deuxième article qui synthétise ces notes. Ou peut-être que je ne l’écrirai pas.

Peut-être que je n’écrirai jamais plus rien.

Du fond du coeur, pour m’avoir accompagné jusqu’à présent, je vous remercie.

Adieu.

[Dans le mufle des Vosges] 14. Tombé du ciel

TOMBÉ DU CIEL

Entre un prêtre exorciste qui avance ses pions, une escapade enfantine au cimetière et un mystérieux cadavre, un épisode construit avec un programme d’écriture de plus en plus complet et automatisé.

Joué / écrit le 10/02/2020

Jeu principal utilisé : L’Empreinte, de Thomas Munier, survivre à une transformation qui nous submerge

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

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Stella Maris, cc-by-nc-nd, sur flickr

Contenu sensible :

Episode précédent :

13. La main et la couronne
Alors que les adversaires montrent les dents, les exorcistes s’organisent pour la dernière bataille. Retrouvez ici la réponse à la première question au public, et bien sûr une nouvelle question !

L’histoire :

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What has become of the one i love ?, par Yseulde, du post-americana lunaire et lo-fi pour un feu de camp introspectif à l’infini.

Dans cette fin de jour qu’est le crépuscule vosgien, une brume noyée de feuille mortes, humide comme sortie du lavoir, tombant toujours trop tôt, les questions se multipliaient au village. Déjà on jasait, et qui du Nono Elie ou qui de l’Oncle Mougeot seraient les plus prompts à répandre des rumeurs concernant la venue du Père Benoît. La seule chose certaine dans ce salmigondis de spéculations qui généraient déjà des faits par la seule force de leur existence, c’est que les choses ne seraient plus comme avant. Le prêtre exorciste du Diocèse était là : de tous les vosgiens il était le seul censé capable de tenir le diable par la queue. Mais que ferait-il des mortels ?

La première action publique qu’il fit souleva bien des conjectures. Avec une pique à mirabelliers, il tira le lierre qui rampait sur les murs de l’église.

Le Nono Elie argua qu’il était un peu diot et qu’il se prenait pour la bonne du curé. L’Oncle Mougeot rumina : pour lui, le Père Benoît faisait comprendre à tout le monde qu’il était là pour faire le ménage, sans tarder, et qu’il n’avait pas peur de se retrousser les manches.

L’Oncle Mougeot avait élu le bistrot du Pont des Fées pour quartier général de ses couâries, le Nono Elie était avec les bouilleurs de cru au Grand Bois. On puisait de l’eau dans le vieux château d’eau tout fissuré, elle coulait à gros bras dans les décalitres et les cuves de l’an passé, qu’il fallait rincer à grand renfort en prévision de la distillation prochaine. Les moins vaillants rentèrent dans leur pénate avant la presque-nuit. Le Grand Bois mérite bien son nom, c’est que forêt, ça n’est plus le domaine de l’homme, alors on traîne pas quand vient le soir. Mais le Nono Elie restait, il avait son fusil et son tracteur et puis il avait quelques ares de terrain dans le secteur, alors il alla les inspecter pendant que ses cuves dégorgeaient.

Bon, des champs, c’était juste des clairières aussitôt prises à la forêt aussitôt reprises, mais bon le Nono Elie était comme les autres fermiers, il comptait sur le moindre are, il fallait rien perdre, que ce soit par la forêt ou par les clôtures baladeuses des voisins. Alors quand il vit des corbeaux, vinrat des beusses grosses comme des blaireaux !, qui becquettaient ses grains semés de la veille, son sang ne fit qu’un tour. Il tira un premier coup de carabine qui dispersa les volatiles sans en toucher aucun. Chaque cartouche était précieuse, mais nom de Vieux il avait pas eu sa revanche, alors il tira à nouveau et vit une masse noire glisser dans l’obscurité pour retomber derrière le couvert des sapins. « En voilà un qui l’a pas volé, vindiou je l’ai bien mouché ! »

Tac tac tac !

La Soeur-Marie-des-Eaux se redressa d’un coup sur sa couche, l’Opinel à la main. Quelqu’un qui frappe à la porte de la yourte en pleine grasse-nuit, c’est pas normal. Son coeur battait la chamade, contracté comme un utérus parturiant. Ses réflexes de vétéran finiraient par la tuer !

Il réveilla la Soeur Jacqueline et ouvrit la porte de la yourte comme un commando l’aurait fait. Derrière, c’était le Père Benoît, une lanterne dans une main, un bâton de marche dans l’autre.

« Tout est lié, fit-il.
– Tout est lié, répondit la Soeur Marie-des-Eaux, étonné de voir utilisé le salut mémoriel, dont lui-même avait dédaigné l’emploi aux Voivres, par pur dédain des conventions sociales. Mais après tout, le Père Benoît était un civilisé, et cet usage ne pouvait qu’agréer au mémographe qu’était la Soeur Marie-des-Eaux.
– Voici mon histoire : je suis le Père Benoît, je suis le prêtre exorciste du Diocèse. C’est moi qui vous ai formé, Soeur Jacqueline, puis qui vous ai demandé de former Soeur Marie-des-Eaux. Je suis ici sur la demande du Père Houillon, afin de chasser le diable de ces terres.
– Voici mon histoire : je suis la Soeur Marie-des-Eaux, et je suis une ancienne enfant-soldat. J’ai été intégré au couvent des Soeurs du Très-Saint-Sauveur et en effet, c’est la Soeur Jacqueline qui m’a formée à l’exorcisme dans les forêts limbiques. Nous sommes venues aux Voivres par mandat du Diocèse. Donc, pour ce qui est de chasser le diable, nous nous en occupons déjà, Père Benoît.
– Fort bien, je n’en attendais pas moins de vous. Mais la durée de votre absence, et le dernier pigeon voyageur du père Houillon ont incité l’évêque à me mander d’urgence à mon retour de Gérardmer pour prendre les choses en main. J’ai plus d’expérience que vous, je suis habilité à célébrer les offices nécessaires, et vous êtes sous mon commandement.
– … Mais pourquoi nous réveiller à la grasse nuit ?
– Ne me posez pas de questions. C’est à la Soeur Jacqueline, votre supérieure, que je tiens à parler. J’ai eu fort à faire et j’ai appris sur le tard que vous résidiez chez un païen. Ce ne se peut. Je vous somme donc de rassembler les affaires et de rentrer au presbytère. »
Sa figure joufflue était comme une lune à la lumière de la lanterne.

La Soeur Marie-des-Eaux avait la rage au ventre et la Soeur Jacqueline aurait bien voulu rester dormir près du poêle, mais c’eut été créer un grave incident diplomatique que de désobéïr, aussi refirent-elle leur bâluchon et repartirent-elles sous les railleries des hulottes à travers le Moulin aux Bois, sur les traces du Père Benoît et du Père Houillon qui l’avait d’abord guidé, puis ensuite suivi comme un petit chien.

« Ne soyons pas de vilains hôtes, servez donc une collation à nos soeurs, ordonna le Père Benoît avec toute la douceur de celui qui n’est jamais discuté. Sans brésailler, le prêtre leur réchauffa un fricot de toffés avec de la tarte au munster. Comme à son habitude, la Soeur Marie-des-Eaux repoussa la tarte au munster comme toute autre nourriture venue d’une bête, mais honora les toffés. Et comme à sa déshabitude, la Soeur Jacqueline bouda l’un et l’autre.

Le Père Benoît avait par ailleurs conscieusement fouillé le presbytère, et trouvé le buffet secret où étaient rangées les meilleurs bouteilles. Au grand dam de son hôte, forcé de leur servir un Gris de Toul tout couvert d’une noble poussière.

« Hum… Un petit Jésus Cuit en culotte de velours !

J’étais à Gérardmer, et j’ai dû y enquêter sur la disparition du chasseur le plus renommé du secteur. J’ai interrogé ses proches, et j’ai compris qu’il tenait commerce avec une femme suspectée de diablerie, une ondine, disaient certains. Les battues n’ayant rien donné, on a fini par draguer les torrents, et on a retrouvé son corps. En voilà encore un qui a voulu serrer le diable dans ses bras de trop près.

J’ai aussi vu la Pierre Charlemagne. J’ai consacré ce lieu païen. Saviez-vous que l’empereur Charlemagne en personne venait dans les forêts de Gérardmer chasser le cerf et le loup ? J’ai beaucoup prié devant la pierre, pour que ce saint empereur nous ait en sa garde. Je crois que nous en aurons bien besoin, car nous chassons là un terrible gibier. »

Deuxième d’Opprobre

Saint-Léger dans le Calendrier Chrétien
Jour de la pomme de terre dans le calendrier républicain

« Oh l’travail ! »

C’est dans la fraîcheur de l’aube que l’exclamation du père Thiébaud résonna. Des rouge-gorges l’observaient depuis les tuiles ébréchées et les gouttières rouillées du Château de Paille, qui donnait son nom au lieu-dit où les divagations du père l’avaient conduit de bon matin.

Etalé dans le péteuillot de la terre semée, baigné par les respirations du sol et la lueur timide qui perçait des frondaisons, gisait le corps d’un homme. Il était beau, il était jeune et il était nu comme un ver. Sa peau était déjà bleue. Ses bras, son cou et ses jambes étaient disloqués comme s’il avait chuté de très haut, et d’ailleurs les branches cassées coincées autour de son buste laissaient penser la même chose. Il portait au flanc des marques de plomb, mais ça n’aurait pas dû pouvoir tuer un homme de sa taille.

Le père Thiébaud ne le connaissait pas, ne l’avait jamais vu aux Voivres, mais pourtant son visage anguleux et ses cheveux sombres lui rappelait celui des colporteurs qui venaient de temps à autres échanger des graines ou boire un pot au Pont des Fées.

« Oh, l’travail ! »

Il s’éloigna, les mains jointes derrière le dos, reprenant sa coûarie avec les fées.

« T’as volé ! T’as volé un sou, Soubise ! Voleur, tête de chou ! »

Le congé forcé de Champo poussait les enfants à l’inaction et leur école buissonnière n’était pas tendre. Quand Hippolyte Soubise fut surpris à caresser un sou, juste une pièce à l’effigie de Napoléon III, les autres mouflets en déduirent qu’ils l’avaient volé. Il eut beau se justifier, qu’on le lui avait confié pour aller acheter du grain pour les cochons, personne ne voulait croire qu’un Soubise puisse posséder un sou, et donc il venait de la poche de quelqu’un, probablement d’un autre des enfants, oui, il fallait le rendre à l’enfant à qui il l’avait volé, d’un coup, chaque gamin se souvient avoir eu un sou sonnant et trébuchant dans sa poche, et s’il n’y était plus, c’est que la main crochue de l’Hippolyte l’en avait soustraite, à n’en pas douter ! Bientôt, puisque tout le monde avait été volé, on soupçonna le cadet des Soubise de dissimuler toute une goyotte dans ses habits, et le Cyrille Chaudy l’attrappa par les pieds et le secoua, mais il ne fit tomber que des poux.

« J’suis pas un voleur ! » Ce qui était énervant avec l’Hyppolite, c’est qu’il ne pleurait pas. Il accueillait les vexations comme une statue sainte accueille les chiures des corbeaux. Sans broncher.

Alors on s’énerva, c’était un voleur, sûr de sûr, et puisqu’il s’en défendait, il fallait engager le code judiciaire des enfants.

« Si t’es innocent, alors tu dois nous ramener une pierre du cimetière ! A reculons ! »

L’Hyppolite sembla se prêter de bonne grâce à l’injonction, mais à l’intérieur, c’était tempête sous un crâne. Certes, il était bien plus habitué à l’occulte que les autres mioches, après tout son père et son grand-père étaient des sorciers et ils hébergeaient la Mère Truie qui est un horla, mais finalement sa mère avait réussi à le tenir le plus possible à l’écart de tout ça : aussi n’en avait-il compris que très peu. Mais là, aller au cimetière, c’était du sérieux.

Il marchait à reculons, trébuchant dans ses sabots. Devant lui, la masse des gamins criant, pressés de rentrer manger un frichti, mais tout aussi préssés de voir l’Hyppolite connaître un mauvais sort. Derrière, lui les murailles en ruines de ce cimetière, et les pierres tombales dont on n’avait pas encore enlevé les cordes qu’un vent malicieux avait déposées.

Derrière lui, il y avait toute la masse de la mort.

Sous ses pieds, il sentait les racines.

Sous son nez, une odeur de pipi chaud venait surplomber tous les arômes rances de sa personne.

Un vent glacial lui balaya la nuque. Enfin, il voyait le portail tout corrodé, tombant à moitié. Sans regarder par terre, il se pencha, tatonna, sur le sol il touchait des racines, des bêtes, et enfin sa main se referma sur du minéral.

Mais il traînait trop ! Déjà ce qui se trouvait là s’en prenait à lui.

Lexique :

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.

Notes liées aux règles de L’Empreinte :

Menace : une Déité Horla (la Mère Truie)
Lieu de départ : Les Voivres
Avancement :
Acte I – Introspection + Tentation + Agression
Acte II – Introspection + Tentation + Agression
Acte III – Introspection + Tentation + Agression
Acte IV – Introspection + Tentation

Préparation :

A. A la fin de l’épisode précédent, j’ai posé cette question au public : Que vont entreprendre les nonnes pour s’attirer la sympathie de Père Benoît ?

J’ai eu cette réponse :
Damien Lagauzère : Et bien, peut-être qu’elles pourraient mettre un peu d’eau dans leur vin et être un peu plus consensuelles, tenter d’apaiser les tensions entre elles et la population. Elles peuvent peut-être « tendre la main » et proposer d’organiser un sorte de fête pour célébrer la venue du père et enterrer la hache de guerre, même si elles n’en pensent pas un mot. Ce serait aussi, pourquoi pas, l’occasion d’observer les villageois et faire un rapport circonstancié sur la situation au père, quitte à dévoiler involontairement des informations à un éventuel antagoniste.

Je me suis rajouté cette réponse dans mon script, vous verrez quelle tête ça a 🙂

B. J’ai découvert que pour remplacer les saints, les jours du calendrier républicain nommaient des fruits et légumes et autres éléments de la vie rurale. Je vais rajouter cette mention car je la trouve vraiment évocatrice.

C. J’ai fait le décompte du nombre de mots des 13 épisodes précédents (en comptant seulement la partie récit) : 30542 mots. On est déjà dans le registre de la novella ou du roman court ! Je ne me projette pas dans un roman très long, alors je dirais que 100 000 mots serait un maximum : ça correspond à la taille de mon roman Hors de la Chair, ce qui correspond, si je garde une cadence d’écriture approchante (et ce n’est pas sûr, car à multiplier les protocoles, je pense que j’écris moins de mots par épisode)… à 42 épisodes. Je retrouve ma projection initiale de 40 à 50 épisodes. Je trouve ça assez encourageant. Cela veut dire qu’écrire le premier jet d’un roman, pour coûteux en énergie que ça semble, est peu coûteux en temps si on a les outils pour écrire vite (et je les ai ! Par Shub-Niggurath, je les ai ! ) : 40 à 50 sessions de 3 h d’écriture, soit 120 à 150 heures, soit l’équivalent d’un mois de travail salarié (semaines de 35 heures). Et j’aurais certainement pu économiser un tiers de ce temps si je n’avais pas réalisé toutes ces mentions techniques ! La relecture / réécriture prend forcément du temps, mais honnêtement ça prend beaucoup moins de temps que le premier jet (surtout un premier jet aussi travaillé). Je dirais une heure de correction pour cinq heures d’écriture, soit 24 à 30 heures, bref une semaine de travail salarié… C’est très encourageant, je devrais faire breveter ma méthode ! 🙂

D. J’ai complété les fiches de personnages avec une information importante : la liste du matériel important. Les personnages ont collecté quelque matériel notable et ça me semble important d’en garder trace si je ne veux pas commettre d’impair.

E. Toute cette rigueur peut sembler inutile. Elle est toute imprégnée de méthodologie rôliste (et sans doute d’une pointe de procrastination). Elle me semble pourtant pertinente dans le cadre d’un roman. Tout le monde connaît des lecteurices qui font attention aux détails et traquent la moindre incohérence dans l’espoir de se ruiner leur plaisir de lecture 🙂 Lors d’un entretien, un journaliste avait demandé à Raymond Chandler ce qu’il était advenu d’un certain personnage et ce dernier avait répondu : « Je l’ai tout simplement oublié. » Même si en tant que lecteur, j’aurais une grande indulgence pour ce genre d’erreur, je crois qu’une partie du lectorat ne goûte guère ces lacunes. Et je pense aussi qu’avoir une cartographie assez nette de la situation en évolution m’aide à construire un récit. Donc c’est bon à prendre. Certes, ça ressemble à de la maniaquerie de geek programmateur appliqué à l’ââârt du roman, et c’est bien ce que c’est. Pour le meilleur et pour le pire.

F. [note du 03/02/20] Toute cette préparation m’a pris beaucoup de temps. J’ai donc décidé d’arrêter ma session d’écriture de la journée. Je reprendrai la semaine prochaine.

G.  [10/02/20] Actuellement, pour mon roman, j’ai un programme de telle façon : « script ou jeu -> idée tirée sur une table -> un PNJ avance sur son objectif ». D’une je vais rajouter à ce programme un moment de métanarration, de deux, je vais rendre ce programme aléatoire, donc au d4 : « Script ou jeu / 2. idée tirée sur une table / 3. un PNJ avance sur son objectif / 4. métanarration »

H. Je me suis décidé à essayer Draftquest pour la suite de mon roman feuilleton.
https://www.draftquest.fr/
J’avoue que j’avais fantasmé une sorte de logiciel en ligne qui générait un tas de contraintes créatives. Je me suis créé un compte gratuit et je dois avouer que j’ai été un peu déçu. La version gratuite vous génère un tirage aléatoire d’images… et c’est tout. Le compte en ligne vous propose certes d’autres services (enregistrement en ligne de votre premier jet, possibilité de le rendre public, rappels par mail si vous n’avez pas suivi la cadence d’écriture que vous vous êtes fixée) mais qui ne sont pas utiles en ce qui me concerne. Je me demande ce que propose la version payante en plus.
Draftquest propose aussi des formations en ligne, mais il n’y en a plus eu depuis 2017.
Il y a aussi un lien vers un livre au titre alléchant « Oser écrire son premier roman en dix minutes par jour »… qui n’est malheureusement pas disponible (et de toute façon, je n’ai pas les moyens financiers d’acheter des livres).
En revanche, on peut encore trouver des exercices d’écriture, accessibles et gratuits : https://www.draftquest.fr/exercises/ Si j’enlève les quelques exercices associés à l’univers de la Horde du Contrevent, il reste 24 exercices génériques. Je vais donc tenter de faire un tirage aléatoire d’exercice par session.
Et par ailleurs, je vais aussi tenter d’exploiter le tirage d’images que me propose Draftquest, histoire de dire que j’aurai tiré la substantifique moelle de ce site.

I. Le premier exercice tiré aléatoirement s’appelle « La Théorie du genre » et pose ces questions :
1/ Quel est le genre de votre récit? 2/ Pourquoi, personnellement, avez-vous choisi ce genre? En quoi vous intéresse-t-il? 3/ Quelles sont, objectivement, les contraintes qu’impose ce genre?

Je vais donc y répondre :
1/ Roman du terroir post-apocalyptique
2/ En connexion avec mes racines et avec les thèmes que j’explore depuis 14 ans.
3/ Il faut que différents éléments soient présents : la vie rurale, la forêt, le surnaturel, les indices du post-apocalyptique. La principale difficulté est de recycler les éléments du roman du terroir sans contredire l’aspect post-apocalyptique. J’ai par exemple eu cette difficulté car je voulais décrire des scènes de ripaille avec beaucoup de spécialités culinaires locales, mais ça contredit le caractère post-apocalyptique où la pénurie est censée régner. J’ai solutionné ce problème en avançant le fait que ceux qui ont des denrées abondantes ont fait un pacte avec les horlas ou un autre genre de pacte faustien (l’emploi d’innovations technologiques concernant les Fournier, qui pourrait leur valoir le courroux de la forêt. On peut aussi imaginer que certains vivent sur le dos des autres, c’est peut-être le cas du Père Benoît). On voit quelques contre-exemples : la ferme de Bourquin périclite parce qu’il n’a pas pactisé, et Champo et Marie-des-Eaux vivent dans l’ascèse.
Par ailleurs, la présence d’engins agricoles est également liée soit des innovations technologiques post-apocalyptiques, ou à l’égrégore qui maintient des reliques en état de fonctionner (c’est le cas du tracteur du Nono Elie).

J. Je suis en pleine lecture de deux superbes roman tout aussi inspirants l’un que l’aûtre, d’un côté « La Forêt des Mythimages », de Robert Holdstock, sans doute l’oeuvre de SFFF la plus adéquate à l’esprit de Millevaux, et de l’autre, « Les défricheurs d’éternité » de Claude Michelet, un roman du terroir historique, qui retrace la lutte de moines contre la forêt, la guerre et la misère dans l’époque d’après Charlemagne.

Bilan :

K. A peine ai-je (enfin !) commencé à écrire ma session 14 que m’est apparu un problème avec mon programme. Tout d’abord, je me suis dit que si je n’utilisais plus vraiment mes aides de jeu, c’est parce que je ne m’imposais pas. J’ai donc rajouté une cinquième entrée à mon programme : un tirage sur une aide de jeu. Et pour éviter de toujours privilégier les mêmes aides de jeu, j’ai également randomisé leur usage avec cette table des aides de jeu :
1. Oriente 2. La stèle au coeur des plaines 3. Muses et Oracles 4. Almanach 5. Les larmes du Soleil 6. Nervure 7. Lexique gore 8. Table des détails forestiers 9. Image de Draftquest 10. Tarot de Marchebranche
Mais je me suis rendu compte qu’avec ce programme actuel, je n’avais plus qu’une chance sur 5 de tomber sur l’entrée « script ou jeu » ! C’est bien trop peu. J’ai déjà le sentiment que je n’avance plus assez vite dans mon intrigue principale (nous en sommes au 10ème épisode joué avec l’Empreinte et le 3 ou 4ème joué sans jets de dé ! ). J’ai donc pondéré mon programme, quitte à modifier la pondération à l’avenir pour changer le ryhtme d’évolution de l’intrigue :

1-4. Script ou jeu
5. idée tirée sur ma table des idées
6. un PNJ avance sur son objectif
7. métanarration
8. tirage d’une aide de jeu

L. Malgré tout cette programmation et cette randomisation, je fonctionne aussi pas mal à l’instinct, j’essaye de suivre la logique spontanée des choses. C’est ainsi que je recycle le salut mémoriel « Tout est lié », venu des Sentes https://outsiderart.blog/millevaux/les-sentes/ car au moment où la Soeur Marie-des-Eaux ouvre la porte, je me dis que le Père Benoît n’a aucune garantie que le novice se souvienne de lui. Après, ça peut paraître bizarre que le salut n’ait jamais été utilisé auparavant, mais on peut se dire que ce rite éminemment social était circoncis aux régions civilisées du diocèse. En bon mémographe, la Soeur Marie-des-Eaux le connaît forcément, mais son caractère asocial a pu le dissuader de l’utiliser aux Voivres.

M. Comme je l’ai dit, la mise en place de toutes ces procédures supplémentaires m’a coûté du temps, je n’ai d’ailleurs fait que çà la semaine précédente ! Mais j’ai l’impression que ça paye. L’écriture est désormais vraiment fluide. Je ne m’angoisse pas sur ce que je dois coucher sur le papier. Veillons désormais à conserver le mouvement et à être moins verbeux sur la technique lors des prochains épisodes.

Aides de jeu utilisées :
Table des détails forestiers
Muses et Oracles
Nervure (a inspiré la question de fin)

Décompte de mots (pour le récit) :
Pour cet épisode : 1898
Total : 32440

Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article

Modifications :
MAJ : ajout d’un passé oublié pour Soeur Marie-des-Eaux
Liste d’équipement de la Bernadette, de la Soeur Jacqueline, de Champo et de Père Benoît
Rajout d’un objectif de PNJ pour le Père Benoît, mise à jour de l’objectif d’Hyppolite Soubise

Question au public :

Voici la question qui fait suite à cet épisode :

A quelle personne imprévue les nonnes vont-elles accorder leur confiance ?

Podcast Outsider N°51 : Game Design JDR : Récompenses

Les récompenses… Bien souvent, les jeux de rôle nous font avancer à la carotte !

Cette notion de game design rôliste est expliquée, battue en brèche et décortiquée dans tous les sens, ainsi que son opposé, les punitions, à l’occasion de cette émission solo !

Encore un très vieux podcast sorti de mes archives : il a été enregistré fin 2016 ! Il était plus que temps de le diffuser en bonne et due forme !

Lire / télécharger le mp3

Parsnip, cc-by, sur flickr

Crédits

Jingle intro / outro tirés de l’album Poupi’s incredible adventures ! par Komiku, licence CC-BY

Errata

Violence est un jeu de rôle de Greg Costykian et non de Steve Jackson
J’annonce que Le Témoignage est en cours d’écriture, il est sorti depuis 🙂

Biblio citée dans le podcast :

Marc J Young, Récompenses, sur PTGPTB
Fredéric Sintes, Le positionnement, qu’est-ce-que c’est ?, sur Limbic Systems
Cocons, compte-rendu de partie pour Sphynx, joué par Thomas Munier
Venise Mortelle, compte-rendu de partie pour Inflorenza, joué par Thomas Munier

Sous la dalle, compte-rendu de partie pour Marchebranche, joué par Thomas Munier

Thomas Munier, Techniques d’expression avancées, pour Jeu de Rôle Magazine N°46

Fredéric Sintes, Le réalisme est une chimère, sur Limbic Systems

Podcast de la Cellule sur le jeu L’Horloge du diable
Podcast des Voix d’Altaride : VA/ICFE spécial : John Wick

Podcast de la Cellule : Le test d’un jeu de rôle

Biblio utile non citée dans le podcast :

Max Cairnduff, Les Narrativistes : une nouvelle race de Grosbills ?, sur PTGPTB.fr

Podcast Ludologies : Que se passe-t-il dans la tête d’un joueur ?

Gulix, Evolution sans amélioration : une autre progression, sur Le Repaire de Gulix
Tiramisù, Révision de la Vie de l’Absent
Eugénie, Performance unilatérale, sur JenesuispasMJmais

Extrait de la bande dessinée Jeux Drôles 🙂

Comment créer une carte mentale pour bien visualiser son univers

(Trop long ; pas lu : vous pouvez vous dispenser de lire la carte mentale Millevaux et vous borner à lire la liste des exercices. Si vous lisez le détail des exercices, vous pouvez vous abstenir de lire les exemples en italique)

goldjiann, cc-by-sa, sur flickr

Aujourd’hui, si on développe un univers, que ce soit pour son simple plaisir personnel ou avec les visées les plus mégalomanes qui soient, il convient de penser transmédia.

Car même si vous dédiez votre univers à un seul média (le jeu de rôle, ou le roman, ou le jeu vidéo, ou l’escape room…), penser transmédia vous aidera à avoir une vision plastique. Et notamment, que vous dédiez votre univers à un média ludique ou à un média narratif, vous gagnerez à penser ludique ET narratif en même temps… parce que ce qui fait un bon jeu fait une bonne narration, et inversement.

C’est à ces fins que je vous propose un modeste exercice qui vous aidera à brosser un large portrait ludique et narratif de votre univers, ce qui vous permettra à la fois de l’enrichir et d’en éprouver les potentialités : voici une carte mentale, composées de quelques exercices, et pour l’accompagner je vous donne comme exemple la carte mentale que j’ai réalisée pour mon propre univers : la forêt de Millevaux.

+ Carte mentale Millevaux, version traitement de texte

+ Carte mentale Millevaux, version pdf

Pour l’avoir testé en atelier en collaboration avec le Studio Infinite, je tiens à dire que cette carte mentale est utile même si vous n’avez qu’un univers de poche ou considérez ne pas en avoir. En fait, quel que soit votre projet ludique ou narratif (et cela inclut bien sûr, pour m’adresser plus spécifiquement au lectorat principal d’Infinite RPG, un projet de roleplay textuel), pratiquer au moins quelques exercices de cette carte mentale vous aidera. Aucun de ces exercices ne réinvente la poudre, mais les pratiquer vous rendra les idées claires et vous permettra de saisir tout le potentiel de votre concept.

Claudia Rigacci, cc-by-ca, sur flickr

LA LISTE DES EXERCICES :

Le cœur

+ Les axiomes : des mots-clefs qui définissent l’univers

(Exercice + : relier chaque entrée de la carte mentale à un axiome)

+ Les valeurs, les lieux, l’histoire, les tropes

L’information

+ Recherches à faire

+ Pourquoi/comment s’en passer

+ Éléments à laisser dans le non-dit

+ Une contradiction

Narration par l’espace

+ Premier plan, arrière-plan, hors-champ

+ Un écriteau

+ Donjon en 5 pièces (entrée/gardien, challenge social ou mental, piège ou surprise, climax/conflit, récompense/révélation)

+ Une zone, trois choses à y faire, trois conséquences possibles

Chronologie

+ Schéma actanciel

+ 3 actes (situation initiale, péripéties, dénouement)

+ 5×5 (5 actes narratifs découpés en 5 épisodes)

+ Une scène/un épisode/une saga

Rythmique et dynamique

+ Une non-péripétie

+ Un système de résolution (si… / alors si… / Sinon… )

+ Temps creux et temps plein

Modèles

+ Une carte relationnelle

+ Un schéma (devant inclure du dessin, des signes ou icônes, du texte)

+ Une arborescence narrative

Atomes de récit

+ Une nano-fiction

+ Une liste de mac guffin

+ Une liste de fusils de Tchekhov

+ Une table aléatoire

Goldjiann, cc-by-sa, sur flickr

LE DÉTAIL DES EXERCICES :

Le cœur

Autant commencer par le coeur du réacteur : les principes de base qui animent votre concept et font son originalité. Si vous les connaissez bien, vous saurez plus aisément les manipuler et les mettre en valeur.

+ Les axiomes : des mots-clefs qui définissent l’univers

(Exercice supplémentaire : relier chaque entrée de la carte mentale à un axiome)

Si vous deviez présenter votre concept dans un ascenseur, le mieux serait de vous limiter à quelques mots-clés, qui cernent les thématiques directrices, voire la physique et la métaphysique de votre univers.

Ainsi, pour Star Wars, on aurait sûrement force, empire, rébellion, espace, lasers… L’Odyssée d’Homère parle de mer, de ruse, de monstres, d’amour, de retour… Essayez de vous limiter à six mots-clés maximum.

Ces mots-clefs doivent être omniprésents dans votre concept si vous tenez à ce qu’il ait une identité forte. On lit parfois des fanfictions avec l’étrange impression qu’elles auraient pu se passer n’importe où ailleurs que dans leur univers de référence, et c’est souvent dû à un oubli des thèmes directeurs. Aussi vous proposai-je comme contrainte supplémentaire, qu’au moins un de vos axiomes soit représenté dans chacune des réponses que vous donnerez aux exercices suivants.

+ Les valeurs, les lieux, l’histoire, les tropes

En narratologie, un univers de fiction se décompose en trois entités : l’éthos (les valeurs morales représentées dans les fictions tirées de cet univers), le topos (la géographie, la description du ou des lieux qui composent cet univers) et le mythos (l’histoire, la cosmogonie qui précède le moment où débute la narration).

L’éthos de la saga Harry Potter pourrait être un mélange de candeur et de bravoure face au mal absolu, son topos recouvrira bien sûr Poudlard mais aussi tous les endroits magiques de Londres et les différents lieux du Royaume Uni où ont lieu les aventures du jeune sorcier, son mythos se compose de l’histoire des parents d’Harry mais aussi celle des sorciers qui ont précédé sa génération (ainsi, la série Les Animaux Fantastiques, se situant 65 ans plus tôt, est sise dans le mythos de la saga).

Isabelle Périer, qui s’intéressait plus spécifiquement au jeu de rôle, proposait de rajouter à ces trois axes un quatrième : le tropos, c’est-à-dire, les tropes, autrement dit le type d’aventures susceptibles d’avoir lieu dans cet univers. Ainsi, le tropos d’Harry Potter pourrait être constitué de combats contre les forces du mal semblant perdus d’avance, compliqué par le fait que la plupart des gentils ne voient pas la menace venir. On pourrait raconter beaucoup d’histoires différentes dans l’univers d’Harry Potter, mais honnêtement, si vous vous focalisez sur les recettes de cuisine d’Hermione ou une histoire d’amour impliquant Hagrid, vous n’êtes peut-être pas dans le tropos de la saga.

Pour aller plus loin :

Pour une poétique des valeurs en jeu de rôle, par Isabelle Périer, conférence au Colloque Universitaire : Jeu de rôle, engagements et résistance, Villetaneuse, 2017 (vidéo / audio)

Austin Kleon, cc-by-nc-nd, sur flickr

L’information

Maintenant que votre univers se tient debout sur ses principes directeurs, il faut y mettre de la chair, c’est à celà qu’on reconnaîtra sa personnalité. Tout l’art est d’apporter des informations spécifiques à votre univers, sans pour autant que cela se transforme en encyclopédie rébarbative. Voici donc quelques exercices sur quelle information apporter et comment.

+ Recherches à faire

Tout d’abord, considérez humblement que votre univers a peut-être encore besoin d’être étoffés, et donc faites une liste des recherches que vous devez faire. Vous n’avez pas à faire ces recherches tout de suite, ni même jamais, mais c’est important d’avoir une visibilité sur les informations qui peut-être vous manquent.

Ainsi, si vous travaillez sur un univers western, cette liste pourrait convenir :

– Se renseigner sur le système juridique dans l’Ouest Américain en 1870 ;

– Lister les tribus amérindiennes pouvant être présentes dans les Etats où se situe l’action ;

– Trouver quelques chansons typiques du Far West, etc.

+ Pourquoi/comment s’en passer

Mais attention ! La recherche bibliographique est parfois un bon moyen de vous égarer dans des directions incongrues, quand ce n’est pas simplement une façon de repousser la phase d’écriture. Vous devriez accoler à votre liste de recherches à faire des arguments « contre », autrement dit, trouver pourquoi vous devriez vous en passer, et bien sûr comment.

Ainsi, si je travaille sur un univers autour des réalités virtuelles, je pourrais vouloir faire des recherches sur les technologies actuelles de RV ou sur l’informatique et internet en général. Mais je devrais m’en passer si je veux éviter que mon concept se transforme en pompeux énoncé technique, et je peux m’en passer si j’adopte une approche plus poétique de la réalité virtuelle, éludant le « comment ça marche » pour se concentrer sur le « quel effet ça fait ».

Pour aller plus loin :

Thomas Munier, Trop d’information, sur Outsider

Tim Regan, cc-by, sur flickr

+ Éléments à laisser dans le non-dit

En fait, la raison majeure qui devrait vous passer à annuler certaines recherches est que votre public ne veut PAS tout connaître de votre univers. Certaines informations sont à passer sous silence, parce qu’elles représentent du bruit parasite, ou parce que les éluder apporte du mystère, une plus grande marge d’interprétation, ou une impression de profondeur. Ces informations, vous pouvez tout aussi bien les avoir imaginées, mais les cacher au public s’avérera un plus. L’exemple le plus frappant qui me vient est celui de l’écrivaine Sophie Dabat, qui réalise des brouillons de roman trois fois plus gros que le roman qui sera finalement publié. En effet, elle a besoin de décrire les moindres détails de la vie quotidienne de ces personnages, pour les cerner intimement. Mais si elle a écrit comment le personnage se brosse les dents, le public n’aura pas à lire ces passages, il ne lui sera restitué que le meilleur.

+ Une contradiction

Que vous travailliez sur un univers vaste ou un univers de poche, vous aurez sûrement à coeur de donner une impression de profondeur. On y parvient en cachant des informations, mais aussi en énonçant des informations contradictoires. Que ce soit deux versions différentes d’un même fait, deux explications différentes de la physique de votre univers, ou les motivations ambigues d’un personnage, ces contradictions volontaires donneront du relief et donneront au public l’envie de se poser des questions, et à vous peut-être d’y répondre un jour.

Commencez par trouver une seule contradiction.

Ainsi, dans le jeu de rôle Primate Joke de Vincent Cespedes, on hacke des singes cyborg pour sauver le monde du futur d’une dictature. Mais le MJ nous déconseille de chercher à protéger les singes qu’on télécommande : ce sont de la chair à canon au service de la cause. Il y a une contradiction entre la mission libératrice qu’on vous assigne et le moyen d’action plutôt cruel qu’on emploie : cela peut faire l’objet de débats très fertiles !

Pour aller plus loin :

Thomas Munier, Dissonance ludo-narrative mon amour, sur Outsider

La narration par l’espace

Ce souci de profondeur va continuer à nous habiter avec la série suivante d’exercices, consacrées à la narration par l’espace. Ce procédé, cher au jeu vidéo (notamment dans les mondes ouverts), consiste à raconter une partie de l’histoire par le décor plutôt que par l’action. Une méthode idéale pour penser son univers dans toutes les dimensions possibles.

Pour aller plus loin :

Thomas Munier, Intensité et Profondeur, podcast & article sur Outsider

+ Premier plan, arrière-plan, hors-champ

Commencez par imaginer une simple scène. Plutôt que de vous concentrer sur l’action, imaginez ce qui compose le premier plan, ce qui compose l’arrière-plan, et n’oubliez pas le hors-champ : ce qui est caché à la vue, mais existe bel et bien et participe d’un univers vivant bourré d’interactions visibles et invisibles.

Supposant que je décrive le lieu d’un first date dans une comédie romantique. Je choisis un café branché près de Central Park. Le premier plan, ce sont les tables et les luminaires vintage, les conversations feutrées, les cartes et menus ornementés. L’arrière-plan, ce sont les arbres de Central Park qu’on voit par les fenêtre, les pigeons qui s’envolent et les passants sur le trottoir qui font des trucs qui n’ont rien à voir. Le hors-champ, c’est la tempête qui se prépare avec son front remontant Manhattan depuis le sud, et qui se signalera plus tard par de petites touches puis par une situation proprement cataclysmique, obligeant les deux tourtereaux à rester bloqués ensemble au même endroit.

+ Un écriteau

L’information que vous voulez transmettre passe par le visuel, mais aussi par les dialogues, mais aussi par l’écrit. La narration par l’espace truffe le décor de textes que les protagonistes ne lisent pas forcément, mais qui sont plutôt destinés au public. Essayez d’imaginer au moins un panneau, affiche, texte de menu, règlement, etc, qu’on pourrait lire dans votre univers.

Le jeu vidéo Dishonored use beaucoup de ce procédé, avec notamment des affiches appelant à la rébellion qui font comprendre qu’une révolution est en marche dans cette société victorienne gangrenée.

+ Un donjon en 5 pièces.

Qui dit narration par l’espace, dit espace, lui-même subdivisés en plusieurs sections plus ou moins cloisonnées. Cet exercice remet à l’honneur les bons vieux donjons, oui les Porte-Monstre-Trésor de notre jeunesse, car a-t-on vraiment fait mieux que les donjons pour découper l’action dans l’espace et montrer un univers dans toute son ampleur.

Cette exercice, basé sur une technique de John Four, constitue à imaginer une zone découpée en cinq sections. Les sections n’ont pas forcément à être des pièces comme dans un donjon, mais des unités de lieu.

Chaque section est liée à un thème, un type d’aventure ou de challenge pour les protagonistes :

1. entrée/gardien

2. challenge social ou mental

3. piège ou surprise

4. climax/conflit

5. récompense/révélation

Vous gagnerez à faire un petit plan pour repérer quelles sont les communications entre les sections, mais si vous manquez de temps, décrétez simplement que 1 communique avec 2, qui communique avec 3, et ainsi de suite.

Pour une enquête à la Agatha Christie, on pourrait ainsi imaginer un donjon en 5 pièces que j’intitulerais Harrisson Manor :

1. Le lourd portail et son domestique un peu trop affable

2. L’antichambre capitonnée où Lady Harrisson vous fait patienter avant de vous recevoir en personne et tenter de vous mettre en difficulté.

3. La salle de bal avec son lustre qui va s’effondrer au milieu de la fête, lesté par le poids d’un cadavre

4. La salle de jeux où tout le monde s’imbibe de brandy et où les protagonistes pourront confondre le coupable.

5. La bibliothèque où le doyen Harrisson va vous révéler un détail au creux de l’oreille qui vous fera réaliser que vous avez été le dindon de la farce depuis le début.

Pour aller plus loin :

Fabien Deneuville, Créer un scénario par la technique du donjon en 5 pièces, sur Le Blog du MJ

+ Une zone, trois choses à y faire, trois conséquences possibles

Le donjon en 5 pièces est une technique minimaliste pour designer des environnements. Elle nous enseigne qu’avec 5 pièces, on peut déjà jouer et raconter beaucoup, qu’il est superflu d’accumuler les zones différentes. L’exercice suivant va focaliser votre regard encore plus, puisqu’il vous propose de vous focaliser sur une seule zone, et d’y brosser un espace riche en potentialités aussi bien ludiques que narrative. Cette technique s’inspire des jeux dont vous êtes le héros et des jeux vidéos point and click pour vous donner envie de créer des possibilités d’interaction. Imaginez une zone, et imaginez trois choses que les protagonistes pourraient y faire, et pour chacune de ces trois choses, trois conséquences possibles.

Supposons que je travaille sur un univers carcéral. Ma zone va être la cantine des prisonniers. Voici les trois choses que les protagonistes peuvent y faire, en plus de manger, bien sûr 🙂 :

– Parler au gardien (conséquences possibles : s’attirer sa sympathie, s’attirer son inimitié, s’attirer les foudres des autres prisonniers) ;

– Fouiller le chariot à repas (conséquences possibles : y trouver un couteau scotché, y trouver une planque où on peut cacher quelque chose, effleurer par erreur la main d’un autre prisonnier ce qui peut donner l’occasion d’un quiproquo homo-érotique 🙂 );

– S’installer en face du caïd (conséquences possibles : se faire casser la figure, arriver à attirer son intérêt, écouter ses hauts faits).

dplastino, cc-by-nc-nd, sur flickr

La chronologie

La narration par l’espace vous permet de déployer votre univers en trois dimensions. Mais il vous manque une importante quatrième dimension : le temps, élément quasi-indispensable à tout jeu ou narration. Les exercices suivants vont donc porter sur la mise en intrigue, qui implique une dispersion des événements potentiels dans le temps.

+ Schéma actanciel

Le schéma actanciel, créé par Algirdas Julien Greimas, est une brique de base de la narratologie. Il permet de brosser une situation de départ explosive. Vous devez définir un sujet (le ou les protagonistes), ses adjuvants et ses opposants. Vous devez attribuer une quête à votre sujet, quête qui se porte vers un objet ou objectif. Cet objectif dispose d’un destinateur ou émetteur (autrement dit un donneur de quête) et d’un destinataire ou bénéficiaire (autrement dit l’entité à qui profitera que la quête soit atteinte).

Si votre univers a un peu de profondeur, il est taillé pour que plusieurs histoires y aient lieu et non une seule (éventuellement ces histoires sont souvent basés sur le même moule si vous avez choisi de resserrer votre tropos), donc le schéma actanciel que vous aller rédiger est juste un exemple, un exercice, justement.

Supposons un univers gothique que je vais nommer pour le coup Transylvanialand 🙂 Cela pourrait donner ce type de schéma actanciel.

Une vieille société occulte, l’Aube Dorée (émetteur) demande à Van Helsing (héros) de se rendre dans le Manoir de Dracula (quête) pour trouver et détruire le coeur de Caïn, le premier vampire (objectif), ce qui permettra à toute l’humanité de connaître un répit (destinataire). Dans sa quête, il sera accompagné de Croc, son fidèle ami loup-garou, prédateur repenti (adjuvants), mais il devra affronter Dracula en personne (opposant) qui a tout intérêt à utiliser le pouvoir destructeur du coeur de Caïn.

+ 3 actes (situation initiale, péripéties, dénouement)

La structure en trois actes est tout aussi bateau que le schéma actanciel, c’est un classique de la narratologie qui nous est enseigné au collègue. Mais encore une fois, cet exercice n’a rien de gratuit, il est parfois bon de savoir où va, voire d’évaluer si un telle structure ne mérite pas d’être cassée.

Supposons une thématique d’univers autour des services urgentistes, ma situation initiale pourrait être une scène de la vie quotidienne où une personne va développer un symptôme violent qui va provoquer un accident. Les péripéties sont l’enchaînement de manifestations de symptômes, les diagnostics et tentatives successives de l’équipe médicale, mais aussi toutes les relations sociales entre patients et soignants. Le dénouement pourrait la manifestation d’une crise vraiment sévère chez le patient mais qui se conclut par une épiphanie de l’équipe soignante, qui tente alors un dernier traitement de choc. Voilà une structure qui pourrait générer pas mal d’épisodes différents sur le même moule, quitte à la trahir de temps en temps.

+ 5×5 (5 actes narratifs découpés en 5 épisodes)

Puisqu’on parle de casser les structures les plus bateau, la structure en 5×5, élaborée par le game designer rôliste Dave Chalker, propose une alternative moins « plan-plan ». Elle vise à décomposer une intrigue en 5 actes au lieu de 3, et à construire non pas une mais 5 intrigues sur ce même modèle. Ensuite, il ne vous reste plus qu’à alterner les actes, en sautant d’une intrigue à l’autre. Bien sûr, si vous pouvez lier un minimum les intrigues entre elles, cela a du bon.

Outil au préalable conçu pour des campagnes de jeu de rôle, il me semble extrapolable à tout média ludique et narratif un tant soit peu porté pour la durée et apporte une impression de consistance et de foisonnement, encore une fois au service de la profondeur.

Voici mon exemple rédigé pour mon univers forestier de Millevaux. J’ai ici regroupés les actes par intrigues, mais si je devais m’en servir pour faire une campagne de jeu de rôle ou une série, je devrais les mélanger, par exemple d’abord 4.1, puis 3.1, puis 4.2, puis 2.1, puis 2.2, puis 5.1, etc. Notez les quelques liens établis entre les intrigues 3,4 et 5

Arc I : Infra, le maletronche-taupe fouisseur

1.1 : Rejet par sa communauté

1.2 : S’organise dans les souterrains

1.3 : Fraternise avec une société troglodyte de maletronches

1.4 : Les intérêts miniers des humains les menacent

1.5 : Sauve des humains d’un affaissement de terrain

Arc II : Lucie, la femme qui voulait devenir oiseau

2.1 : Enfance où ses parents veulent qu’elle cesse ses lubies

2.2 : Monte à un arbre et saute, blessée gravement

2.3 : Pendant qu’elle est en maladrerie, ses proches sont massacrés

2.4 : Rencontre avec un Corax, d’abord du rejet

2.5 : Le Corax l’aide à révéler sa nature d’oiseaumme

Arc III : Jonas, à la recherche du cercueil de son père qui contiendrait sa mémoire

3.1 : Inconscient, dérive dans une barque, flashes de l’enterrement

3.2 : La communauté qui le recueille le dissuade de retourner là-bas

3.3 : Crush amical ou romantique, s’échappe avec une personne

3.4 : Dangers forestiers, l’allié.e perd la vie pour sauver Jonas

3.5 : Jonas retrouve le cercueil mais les souvenirs sont amers

Arc IV : Sylpheline, factrice d’objets chargés en égrégore

4.1 : Exposition, fabrique le cercueil du père de Jonas

4.2 : Un de ses amis connaît un sort très grave.

4.3 : Sylpheline découvre que cet ami a été envoûté par un sorcier qui a utilisé un de ses objets

4.4 : Sylpheline détruit tous ses objets, y compris les plus beaux et bienfaisants.

4.5 : Sylpheline est amenée à sauver la vie du sorcier (qui n’est pas si mauvais, ou du moins chaque vie compte), mais cela va lui coûter cher.

Arc V : Charon, messager des malheurs

5.1 Annonce à Jonas et à sa mère le décès du père, la mère se suicide

5.2 Rejeté par la société, il trouve pourtant sa tache nécessaire

5.3 Sauve la vie à une personne, celle-ci devient son amie et ne le juge pas

5.4 Rencontre un horla qui lui propose de transmettre par magie son fardeau

5.5 Le transfère à son ami.e en pensant qu’elle va comprendre, ce qui ne sera pas du tout le cas.

Pour aller plus loin :

Etienne Goos, La méthode 5×5, sur L’art de la table

+ Une scène/un épisode/une saga

Quelle que soit l’ampleur que des narrations dans votre concept, il peut être bon de réfléchir à plusieurs échelles de temps. Voici pourquoi ce dernier exercice de la série vous invite à imaginer une simple anecdote pour ensuite imaginer comment vous pourriez en tirer tout un épisode, puis une saga entière.

Je tente l’essai pour ma part avec un univers basé dans le vieux Sud américain, à la façon d’un Tom Sawyer

Une scène : un gamin met un petit bateau dans le fleuve, et le perd de vue.

Un épisode : le gamin part à la recherche de son petit bateau, ce qui implique plusieurs péripéties de navigation.

Une saga : ce petit bateau représentant beaucoup pour le gamin (sa bien aimée défunte mère l’avait fabriqué de ses mains), il partira à sa recherche, ce qui lui prendra toute une vie de pérégrinations à travers tout le Mississipi.

Austin Kleon, cc-by-nc-nd, sur flickr

Rythmique et dynamique

Maintenant qu’on a une idée sur comment enchaîner les événements dans le temps, il convient de le faire avec le bon rythme, ce qui se résume à penser l’alternance entre scènes calmes et scènes énergiques, ou à penser avec quelle rapidité on raconte ou on joue les choses. A ceci s’articule la dynamique, c’est-à-dire comment se résolvent les choses dans cet univers, comment telle action est sanctionnée par tel résultat : ceci fait penser à un moteur physique d’un jeu vidéo et nous n’en sommes pas loin, car croyez-moi toute narration repose sur ce genre de principe : à quel rythme se passent les choses et comment elles se passent.

+ Une non-péripétie

Tout d’abord, penser la notion de rythme amène à interroger la pertinence du rush perpétuel ou du conflit perpétuel. Des non-péripéties, des scènes (apparemement) anodines et sans enjeu vont amener une respiration, et votre univers doit ménager une place pour ce type de scènes. Les films de Quentin Tarentino, sont souvent émaillés de tunnels de dialogues entre deux scènes d’action ultra-violentes, et pas mal de ces dialogues sont juste des discussions de bar qui n’apportent rien à l’intrigue sinon poser une ambiance, une identité, en l’occurence ancrée dans la culture populaire.

+ Un système de résolution (si… / alors si… / Sinon… )

Les péripéties, quant à elle, sont des moments d’incertitude. Les protagonises vont-ils obtenir ce qu’ils veulent ? C’est là qu’intervient le moteur physique. Vous pouvez penser aux lourds programmes des jeux vidéo ou aux systèmes de jets de dés des jeux de rôles sur table, mais plus prosaïquement un système de résolution peut se résumer à une règle de causalité qui régit votre univers, autrement dit une programmation simple du type « Si les protagonistes tentent action X, alors il se passe Y, sinon [s’ils ne tentent pas X], il se passe Z »).

Essayons un exemple dans un univers tout mignon à partir d’animaux qui recherchent l’amitié. Une règle d’amitié pourrait être la suivante : si on tente de consoler un ami triste, alors il se confie à nous. Si on n’essaie pas de le consoler, alors il s’enfonce dans la tristesse et finit par commettre une action radicale. Une règle simple qui peut déjà générer quelques aventures…

+ Temps creux et temps plein

Les deux exercices précédents nous ont amené à explorer la notion de temps creux et de temps plein, dont l’alternance bien pensée insufflera un rythme typique de votre univers. Il serait donc bon que vous réfléchissiez à deux types de scènes représentatives de votre univers, une s’inscrivant plutôt dans le temps creux, l’autre dans le temps plein.

Supposons un drame historique comme dans la série Downtown Abbey. Un temps creux pourrait être une scène où les domestiques servent le thé à des aristocrates dans une atmosphère presque complice, tandis qu’un temps plein pourrait être un duel d’honneur entre deux aristocrates.

dplastino, cc-by-nc-nd, sur flickr

Modèles

Les exercices précédents ont plutôt été des tentatives de simplification, mais à un moment ou un autre, si votre concept a un minimum de coffre, il va vous falloir en embrasser sa complexité, ainsi que la complexité des blocs ou des sous-intrigues qui le composent. Cette étape peut nécessiter le recours à des modèles, autrement dit des schématisations allant au-delà du simple texte pour y mêler des connecteurs logiques et du dessin.

+ Une carte relationnelle

La carte relationnelle fait partie des choses que j’appelle des modèle : elle vise à schématiser le phénomène complexe que forment les relations sociales au sein d’un groupe. On pourrait croire ces cartes relationnelles, héritées de la sociologie, nécessaires seulement pour les univers les plus sociaux (qu’il s’agisse du jeu de rôle Vampire : La Mascarde ou des jeux de rôle textuels « City »), mais en réalité, dès que vous avez plus de deux personnages, une telle carte pourrait être utile. Comme tous les exercices précédents, cette carte relationnelle n’a pas forcément à représenter TOUS les personnages de votre univers, juste un microcosme saisi pour l’occasion, qui va illustrer quelles types de relations sociales sont importantes dans cet univers. Et pour l’exemple, je ne résiste pas à vous présenter la carte relationnelle des hamsters mignons de l’anime Hamtaro :

+ Un schéma (devant inclure du dessin, des signes ou icônes, du texte)

Une carte relationnelle est en quelque sorte un schéma, mais on peut se contenter de texte et de flèches. Le présent exercice consiste à élaborer un modèle qui exploite une multiplicité d’éléments : dessin, signes, icônes et texte). Ce peut être une carte relationnelle, mais un plan du terrain d’action, une carte géographique dynamique (type plan de bataille), les plans d’une machine, ou toute chose qui implique une complexité telle que le texte s’avère insuffisant.

Je vous transmets comme exemple le plan d’un de mes scénarios de jeu de rôle établi pour l’univers de Millevaux (Eux, un scénario pour Millevaux Sombre)

+ Une arborescence narrative

L’arborescence narrative est un modèle qui déploie toute la dimension temporelle que peut engendrer un jeu ou une narration. Plutôt que de dérouler une seule intrigue, l’arborescence narrative explore tous les possibles. Pour dire les choses plus simplement, rédiger une arborescence narrative consiste à rédiger un mini-jeu dont vous êtes le héros dans votre univers.

L’arborescence narrative de certains jeux dont vous êtes le héros est d’une complexité folle, jugez ainsi plutôt avec ce graphe (simplifié !) des paragraphes du Manoir de l’Enfer de Steve Jackson

crédit image : Gokimines, cc-by-sa

Pour cet exercice, on ne vous demandera rien de tel, faites plus simple avec juste une mini-aventure, mais tentez quand même quelques bifurcations, embranchements et jonctions audacieuses.

C’est ce que j’ai tenté de faire avec cette petite arborescence pour l’univers de Millevaux :

Atomes de récit

Avec les modèles et les exercices qui ont précédé, on a touché a ce qui relève de la vision d’ensemble. Mais le diable (et les univers profonds) est dans les détails, aussi ces derniers exercices vont vous emmener à penser à de petites choses qui constituent de véritable atomes de récit et de jeu.

+ Une nano-fiction

J’ai été frappé de la manière dont le jeu de rôle Nobilis (de Jenna K. Moran) présente les situations typiques de son univers à la fois par de classiques pavés de textes mais aussi par de minuscules récits dans les marges, qui en un paragraphe parviennent à brosser des portraits aussi énigmatiques que vivants. Un univers n’est qu’une somme d’anecdotes, et si vous ne parvenez pas à imaginer au moins une nano-fiction, il se pourrait que le vôtre manque de chair.

Une nano-fiction qui collerait à l’univers de Louis La Brocante (vous avez remarqué mes efforts d’éclectisme) pourrait ressembler à ça : « Louis entre dans le magasin d’antiquaire. Il n’y a personne, le propriétaire à arrêté son affaire sans penser à fermer la porte. »

+ Une liste de mac guffin

Parmi les petits éléments d’un univers, certains ont une importance considérable et c’est le cas des Mac Guffin. Ce terme, inventé par Hitchcock, désigne un objet qui devient le prétexte à l’aventure.

Typiquement, dans un récit d’espionnage, les MacGuffin les plus fréquents peuvent être :

– Une valise qui contient beaucoup d’argent sous la forme d’actions ;

– Des microfilms recelant des informations secrètes :

– Un colis piégé ;

– Une bague inestimable, etc.

N’importe quel univers, même lointain des récits d’espionnage peut receler des MacGuffin, alors autant en faire une liste pour le vôtre !

+ Une liste de fusils de Tchekhov

D’autres objets ont une importance scénaristique tout aussi prégnante que les MacGuffin ; il s’agit des fusils de Tchekhov. Le dramaturge Anton Tchekhov avait pour principe minimaliste que si un objet apparaissait dans un décor à l’acte I, il devait avoir une importance lors d’un acte ultérieur. Ainsi, dans sa pièce La Mouette, un fusil est présent dans le décor à l’acte I, et il servira ultérieurement à commettre un meurtre. Le fusil de Tcheckhov est souvent utilisé dans les films d’action pour justifier que les protagonistes se sortent d’une situation épineuse, grâce à un objet présenté quelques scènes plus tôt : c’est ici un usage plus aventureux (et je dirais, ludique) que dans la pièce de Tchekhov ou le fusil a avant tout un rôle dramatique. L’emploi du fusil de Tcheckhov est élégant parce que dans les deux cas, les protagonistes ne sortent pas des objets de leur slip pour justifier une scène : l’objet était déjà présent, et parfois dès sa présentation il peut générer une forme de suspense (gros plan sur le fusil avec une musique sinistre, sans expliquer pourquoi).

Et vous, quels objets pourriez-vous parsemer dans votre univers afin qu’ils servent ultérieurement à débloquer des situations ou à en provoquer de nouvelles ?

En tout cas, voici la modeste liste que j’ai imaginée pour mon univers de Millevaux :

– Un briquet en amadou

– De l’urine de chevreuil pour masquer son odeur

– Le costume de deuil d’un fanatique de la mort

– De la colle faite avec du brai de bouleau

– Des objets d’art faits avec des canettes d’alu

+ Une table aléatoire

Terminons cette série d’exercice avec une dernière liste : la table aléatoire. La table aléatoire est une liste un peu particulière, héritée des donjons des premiers jeux de rôle, avec par exemple la très connue table de rencontre aléatoire de monstres errants pour Donjons et Dragons. Les tables aléatoires sont des listes avec une unité thématique et chaque entrée est précédée d’un nombre afin qu’on puisse en tirer une au hasard avec des dés ou un programme informatique. Ces tables sont très utiles en jeu de rôle, mais même si vous écrivez des romans, introduire du hasard dans vos narrations peut être salutaire, et c’est plus ou moins sur ce principe que fonctionne DraftQuest, un programme d’aide à la rédaction de premier jet qui inclue une grande composante de génération aléatoire sur laquelle il vous faudra broder.

Bien entendu, on peut faire des tables aléatoires de tout et de n’importe quoi : de monstres, de lieux, de théières, de descriptions de regards, de situations gênantes… Une dernière fois, tout dépend de ce qui est important dans votre univers !

Si par exemple j’ai envie d’un univers surréalistes à la Haruki Murakami, je ferais volontiers une table aléatoire d’événements étranges (ici, à tirer au hasard avec un dé à six faces) :

1 la moitié des gens se mettent à marcher au plafond

2 certaines pièces rétrécissent

3 le temps s’écoule à l’envers

4 les gens se mettent à manger les livres plutôt que les lire

5 un homme souris se présente aux protagonistes

6 il pleut des grenouilles et personne ne s’en offusque.

C’est sur cette pluie de grenouilles que je vais vous laisser ! Je serais vraiment heureux de savoir si ces exercices vous ont inspiré, et très curieux d’en voir quelques exemples dans vos univers et concept respectifs !

Outsider, janvier 2020

Mon bilan mensuel !

Au menu, l’annonce d’un nouveau GN Les Sentes fin mai, un podcast qui a le dé sur le cœur, des débats enfiévrés, du livre-aventure en audio, un scénario post-soviétique et tellement d’autres choses pour démarrer l’année sous des auspices des plus forestiers !

Encore merci à toutes les personnes qui me soutiennent via Tipee ou par d’autres façons (pas forcément monétaires) !

L’équipe de la première du Dé sur le cœur : Patricia, votre serviteur, Maud et enfin Talmo ! Photo : Patricia, par courtoisie

LA COMMUNAUTÉ

Publications par la communauté

+ d r a g o n f l y c h a n n e l

Une variante du jeu de rôle Dragonfly Motel par kF pour jouer en ligne !

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verso_chicks57, industriarts, revertebrate, Rodrigo Sá Barreto, Scion Driver

+ Novokirchiv

Antoine Saint-Epondyle nous livre un théâtre désespéré, sordide et violent pour Inflorenza Minima (mais adaptable à tout jeu Millevaux), inspiré de Terminus Radieux d’Antoine Volodine !

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Ggas mask forest creepy, par seerotoninee.

Publications tierces, inspiration pour Millevaux

+ Trophée Sombre

Ce jeu de rôle à narration partagée vous propose d’incarner un groupe de chasseurs de trésors lors de leur funeste expédition dans une forêt hostile qui ne veut pas de leur présence. Forcément, une hybridation avec Millevaux est très tentante. Un jeu de Jesse Ross, traduit par Matthieu Braboszcz avec l’aide d’Angela Quidam, Guy Blavin et Nicolas Folliot.

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Extraits

+ Charogne

Un jeu de rôle de Claude Féry pour expérimenter la perte et la décrépitude !

Parties de jeu de rôle enregistrées par la communauté

( * : avec un récit écrit / ** : sans récit écrit)

+ Les Cœurs Secs ** (joué avec Dégringolade)

Suite de la campagne Les Brimbeux, accompagné d’un très beau poème épique. Un enregistrement de partie par Claude Féry.

+ [Systèmes Millevaux / Milky Monsters] La Ténébreuse **

Une nouvelle incursion millevalienne dans ce jeu de donjon enfantin, avec la rencontre de moult créatures aussi sympathiques qu’inquiétantes. Un enregistrement de partie par Claude Féry.

Récits de parties de jeu de rôle par la communauté

+ [Millevaux, ère forestière] Tarot Vortex

Un séjour à la Cathédrale de Rince-Gosier apporte son lot de mystères et d’atroces révélations cosmiques. Un récit par Trickytophe.

Illustrations

+ [BD] En Errance, par Ayros. T1 : Aux racines du mal

Voici l’heure de vous faire découvrir une BD d’horreur forestière qui va vous secouer les branches. Et vous, avez-vous de telles BD à conseiller dans la veine de Millevaux ?

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MES ACTUALITÉS

Événementiels

+ [GN] Les invariables, une session des Sentes en Loire-Atlantique, le 30 mai 2020.

« Alors que l’aube ne faisait que pointer le bout de son nez, nous arrivions enfin au rassemblement. Les aînées nous avaient dit que le rituel devait avoir lieu, et que les invariables devaient nous rejoindre. Mais ce que nous n’avions pas prévu, c’était la présence des autres…»

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Publications

+ Ruine, Nature et Surnature

Un an après la précédente, une 4ème version brouillon de ces trois suppléments d’univers, fourmillant de nouvelles réflexions sur la forêt de Millevaux !

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illustration par Agathe Pons, de la série « De Racines et de Sang », libre de droits

Dans le mufle des Vosges, le roman-feuilleton Millevaux

11. La fête aux rognons.

Un épisode tout en terroir, pour le meilleur et pour le pire. Et qui se termine par une question au public. Vos réponses orienteront le prochain épisode ! 

12. Les lâches

Un épisode qui fait mal dans la chair et dans l’âme. Avec une nouvelle question au public à la fin !

13. La main et la couronne
Alors que les adversaires montrent les dents, les exorcistes s’organisent pour la dernière bataille. Retrouvez ici la réponse à la première question au public, et bien sûr une nouvelle question !

Podcasts

(* : avec un article associé)

+ « Le dé sur le cœur » – #1 : Le care *

Un nouveau concept d’émission sur les jeux narratifs qui changent la vie ! Et pour ce premier opus, nous parlons des jeux (tous types confondus), des pratiques et des événementiels qu’on pourrait rapprocher de la vague du care dans les jeux vidéo.

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Petri Damstén, cc-by-nc-nd, sur flickr

+ L’interactivité est-elle l’ennemie de la narration ?

Le site D1000 & D100 diffuse le débat sur ce sujet brûlant auquel j’ai eu le plaisir de participer ! Venez nous écouter nous écharper pour savoir ce qui, du jeu ou de l’histoire, est le plus important !

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Ralf Κλενγελ, cc-by-nc, sur flickr.com

Articles

+ L’interactivité est-elle l’ennemie de la narration ?

Dans cet article (en préliminaire du débat du même nom, voir plus haut), il est question des synergies et des antagonismes entre narration et interaction dans les jeux comme dans les fictions plus classiques. Et vous pensez-vous qu’un bon récit est compatible avec un bon jeu ?

Parties de jeu de rôle enregistrées

( * : avec un récit écrit / ** : sans récit écrit)

+ [L’Auvergne de tous les dangers] Donne-moi un nom **

Une partie-test du livre dont vous êtes le héros Millevaux avec une joueuse qui fouille et exploite toutes les issues potentielles de l’aventure. Préparez-vous au vertige des possibilités.

+ [L’Auvergne de tous les dangers] Guérir à tout prix **
Suite d’une partie audio-test du livre-aventure Millevaux jouée en audio en mode complétiste. Il nous a fallu deux grosses séances pour finir une seule quête, mais c’était justement passionnant de tout parcourir de fond en comble !

Récits de parties de jeu de rôle

+ [Millevaux Sombre Zéro] Barbaque !

Buffet garni pour huit personnes dans un déroulé du scénario flash, punk et déglingo.

Parties jouées

+ 17/01 [Inflorenza] Itération

J’ai repris les parties de jeu de rôle en ligne ! Cela me manquait alors j’ai décidé d’y consacrer deux après-midi par mois. La reprise s’est fort bien passé avec ce premier test personnel du théâtre Itération, par Côme Martin, pour jouer des voyages dans le temps dans la forêt de Millevaux. J’avais une équipe au taquet et nous avons fait une très belle partie, à la fois étrange, intimiste et épique, où les boucles temporelles et l’émotion se sont fait la part belle.

+ 18/01 [Hero Quest] Le Seigneur de la Guerre des Orcs

Troisième partie avec mon fils de 3 ans et demi de ce jeu de plateau ancestral qui a bercé ma jeunesse ! J’ai augmenté la part GNistique du jeu : je lui faisais sauter au-dessus d’une dalle du carrelage pour éviter les oubliettes, je pointais un rouleau à patisserie sur lui (symbolisant un piège de flèche empoisonnée) qu’il devait éviter, je lui faisais ouvrir un petit coffre pour y chercher des cartes de trésor, etc. Il a de nouveau bien accroché, même si évidemment sa concentration laisse à désirer et qu’il prenait régulièrement congé du jeu pour faire de la gym ou jouer avec sa dinette 🙂 Le lendemain, j’ai tenté de lui proposer une quatrième partie, mais – est-ce le changement de pièce de jeu – il a déclaré s’ennuyer et nous l’avons avortée. Je reprendrai plus tard, sans me presser : jouer à Hero Quest avec un héros aussi turbulent est épuisant !

+ 31/01 [Systèmes Millevaux / Dream Askew] L’envol de l’ange
J’ai enfin fait un test du mythique jeu d’Avery Alder, un jeu propulsé par l’Apocalypse (mais vraiment retravaillé : il se joue sans MJ et sans dé, et c’est beaucoup plus fluide) où l’on incarne les membres d’une enclave queer dans un monde (pas pour tout le monde) post-apocalyptique. Le jeu a été un vrai coup de coeur à la lecture (je n’ai que le kit d’intro) et ça s’est confirmé en jeu. La fusion avec Millevaux a très bien opéré : nous avons joué une enclave queer au sein de la ville de Détroit en proie à la ruine et retournant à l’état sauvage après la faillite de la crise des subprimes. Tous les livrets de personnages sont cool et personnellement j’ai un grand plaisir à incarner un bear tout en bienveillance et en naïveté ayant pour seul costume… des ailes d’ange postiche.