[Récit et vidéo de partie] Les Sentes : Hiver Nucléaire

HIVER NUCLÉAIRE

L’ombre d’Antoine Volodine a plané sur cette session post-soviétique des Sentes placées sous le signe de la tempête et des émotions fortes !

Joué le 15/02/20 à Ambon, à La Ville Albertine

Le jeu : Les Sentes, drames forestiers dans une réalité sorcière (jeu de rôle et GN)

Hiver Nucléaire, la vidéo du GN

Samuel H. a joué le rôle de Mémographe, et compilé certaines réminiscence de nos vagabondages post-totalitaires…
Temps de visionnage : 26 mn.

(temps de lecture du compte-rendu : 8 minutes)

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L’équipe du GN Hiver Nucléaire. Photo : (C) La Ville Albertine

Une nouvelle session hors-saison du GN Les Sentes, un peu ambitieuse puisque nous avons été une vingtaine de personnes. Nous avons joué dans une ambiance post-soviétique autour de thèmes comme la maladie, les persécutions, la mort et la réconciliation, inspirée beaucoup par l’univers du roman Terminus Radieux d’Antoine Volodine. Il y a eu des transes, des zombies, de l’amour, des mariages et des chansons. Une belle session à mon sens que nous avons jouée sous des trombes de pluies et de vent à la lueur d’un feu de camp où le cuisinier de la milice nous a partagé notre pitance.
Notez que le document qui permet de rejouer Hiver Nucléaire est désormais disponible !

Le pitch et le déroulé de la session :
Dans cette session particulière, Hiver Nucléaire, nous avons joué après la chute d’un ancien régime, le Bloc. Personnes maquisardes, exilées, commissaires politiques ou quasi-mortes vont se côtoyer dans une forêt maudite rongée par la radioactivité. Tout le monde combat une même étrange maladie dont le seul remède est un rituel de réconciliation. Une session autour de la rudesse du climat, de l’horreur morte-vivante, de la ruine des anciens idéaux, de la cohabitation entre victimes et bourreaux, et de la beauté d’un vieux café partagé autour d’un feu de camp.

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Astrale, Mémographe, Oblitère. Photo : Sei, par courtoisie

LA SITUATION DE DÉPART

PARDON
Au sein du peuple cohabitent les victimes et les bourreaux d’une ancienne tragédie.

GUÉRISON ET RÉCONCILIATION
La maladie affecte le peuple, chaque personne est touchée à sa façon. La seule chance de guérison réside en un rituel collectif. Avant la fin de la résurgence, chaque personne doit dire à une autre qu’elle l’aime et pourquoi, doit remercier une autre et dire pourquoi, doit dire qu’elle est désolée à une autre et pourquoi, et doit demander pardon à une autre et expliquer pourquoi.

PARMI LES VIVANTS
Certaines d’entre nous sont déjà mortes.  Ce périple sera l’occasion de découvrir qui.

Temps fort – 19h : VEILLÉE
Organisons la veillée avec repas, feu, anecdotes et histoires.
                         
Temps fort – 21 h : LES DERNIERS SERONT LES PREMIERS                         
Les personnes habituellement en position de pouvoir se mettent au service des personnes qui leur sont habituellement inféodées (dure une demi-heure).

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Caducque (extrait de la vidéo de Samuel H.)

Le dispositif :

Cette session marque ma première collaboration avec l’association La Ville Albertine (expériences bocagères) qui dispose d’un terrain forestier de 20 hectares mis à disposition pour des GN et autres expériences immersives. Après avoir fait une partie des Sentes en effectif réduit, il a été convenu de proposer une première session pour le public, avec un effectif modeste. Je voulais de surcroît jouer hors-saison car, j’étais pressé de jouer, et je trouve que l’expérience est plus immersive en automne et en hiver. Je propose au départ 10 personnes, et Sarah de la Ville Albertine me demande à ce qu’on essaye de monter à 20. Nous avons eu quelques désistements, mais comme nous étions quatre orgas avec des feuilles de personnages à part entière, je considère que nous avons été 19, 22 si j’ajoute les trois enfants qui ont joué des petits rôles sous la supervision du cuisinier, que je remercie au passage pour nous avoir proposer de la nourriture végane cuite au feu de bois : top !

Particularité de cette session :

J’avais proposé des prétirés, ce qui minimisait le temps de préparation pour les joueuses et me permettait une direction artistique plus forte, basée sur la tension entre quatre communautés : la Milice, les Forçâtres (prisonniers politiques), les Assignes (anciens prisonniers) et les Lazares (des nécromanciens chrétiens) et sur un rituel de réconciliation, le Ho’oponopono. J’avais déjà fait un Ho’oponopono Millevaux avec un effectif et une durée réduite et c’était très intense. Ici, le rituel a servi de fil rouge sur tout le jeu.

Mon retour d’expérience :

Comme à chaque fois, il y aurait beaucoup à dire. J’avais prévu un échauffement raccourci (1h30), mais au final j’ai eu peur que ce soit trop court, alors j’ai soumis au vote l’idée de prendre plus notre temps quitte à avoir une session de jeu plus courte. C’est ce qui a été voté, et donc l’échauffement a duré une heure de plus, ce qui fait que la résurgence, au lieu de durer 6 heures, n’en a duré que 5, et au final au débrief l’équipe a trouvé que ça faisait un peu trop court : pas le temps de clôturer l’arc de tous les personnages.
Je vais m’attarder sur une scène, qui résume le rapport que j’ai pu avoir avec une des communautés avec le hasard m’a beaucoup mis en présence : les Assignes. Je montre que je suis malade (c’était facile, j’étais vraiment malade, état grippal), plus que tout le monde ici et je demande à Caducque de me soigner. Puis en hors-jeu je révèle à la joueuse que je suis un malade imaginaire, je veux juste qu’on s’occupe de moi et qu’elle va réaliser la supercherie. Nous rebasculons alors en jeu, et devant témoin, elle commence à me soigner. Elle me transfère alors son énergie vitale et meurt pour soigner ma maladie imaginaire ! C’était un instant-charnière pour mon jeu personnel et je serais très curieux de savoir quelles sont les motivations exactes qui ont poussé la joueuse à me faire cette surprise tragique…

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Oblitère, Ascèse, Personne. Photo : Sei, par courtoisie

Retour de joueurs et joueuses :

Compte rendu de Chamagne :
Oblitère, qui oublie tout, était mon jouet, mon réceptacle destinée à recevoir l’esprit des Horlas. Il était un de mes intermédiaires pour communiquer avec l’esprit de la forêt. L’ESPRIT, le Saint Esprit… Mais les Lazares, via leur rituel impie, ont détourné Oblitère du destin que je lui réservais, et en on fait un Revenu. Prenant à témoin Commissaire, je pousse celui-ci à organiser un procès, et je milite pour bannir les Lazares et leur hérésie de la forêt, les condamnant à l’Exil, et les privant ainsi de la communion salvatrice d’avec les Horlas. Mais Astrale, en soignant Commissaire d’une maladie non identifiée, le fait revenir sur sa décision. Plus tard, je découvrirai que Oblitère aura retrouvé la raison, et sous sa nouvelle identité de Messie, prônera la rédemption par le pardon, l’amour, et la réconciliation. J’y verrai un miracle, et la preuve de mes erreurs de croyance. Astrale avait donc raison, et le statue de Revenu pouvait vraiment amener à un état de grâce ( en l’occurrence ce n’est pas le statue de Revenu qui fit revenir Oblitère en Messie, mais Shamagne n’en avait pas conscience ). Je renonce donc à mes intentions de transformer toute la communauté en Horla en vu de les protéger des Limbes, et accepte de communiquer avec l’esprit de mes ancêtres pour en savoir plus sur mes origines. Par le biais d’un rituel, via la voix de Skalde, j’entre en communication avec L’Esprit de ma mère, qui était en fait Caduque, récemment décédée et fraîchement ensevelie, qui me communique, d’une voix glaçante d’outre-tombe : sa souffrance, son amour dévorant pour moi, et le fait que son âme damné ère dans les Limbes. Ayant fait vœu de protéger ma communauté, j’y vois un échec ultime. Je communiquerai donc mon amour à l’esprit de ma mère défunte ( Grâce à Astrale ), me repentirai de mes fausses croyances en la bienfaisance des Horlas, et pardonnerai à Astrale mes erreurs de jugement, et le fait d’avoir voulu les Bannir de la Fôret. Astrale lui fera quitter les Limbes. Mon âme trouvera donc la quiétude, in extrémis, aux portes de la folie. Un homme nouveau sera donc né, et le jouet deviendra le Maître : Oblitère, mon ancien confident et joué de mes expériences, deviendra mon nouveau mentor, incarnation du Vrai Esprit Saint, celui de l’amour et du pardon..
C’était un plaisir.. Bon je me suis très librement réapproprié le Destin de Shamagne, surtout en fonction des opportunités de jeux et de la complicité qu’il y a pu avoir avec certains joueurs / personnages.. Au final ça c’est très bien goupillé, et tout a pris un sens étonnant et vraiment plaisant sur la dernière demi-heure. La mort de Caduque, le message de ma mère, et le retour d’Oblitère, se sont enchaînés très vite et m’ont permis de conclure mes intrigues personnelles d’une manière auquel je ne m’attendais pas. Et ce fut une agréable surprise, car j’aurais peut-être été déçu de ne juste jouer et subir un destin que je me serait prévu à l’avance.. Et je ne voyais pas trop d’autres options que de devenir fou, et de me transformer en horla.. J’ai été sauvé !! J’ai kiffé 😀

Retour du joueur d’Ascèse :
Bonjour Thomas, un grand merci pour ce GN, c’était génial et, alors que j’étais dubitatif sur le fait d’y retourner en mai, j’en suis maintenant convaincu.
Deux pistes d’amélioration toutefois, maintenant que j’ai les idées plus fraîches que samedi à 11h00 du soir :
1 – J’ai trouvé que, d’être ainsi étalé dans le temps, le rituel de réconciliation était beaucoup moins intense que quand on l’avait joué en concentré au printemps dernier.
Ma proposition : qu’un ou plusieurs personnages (sans doute un orga, peut-être celui que tu joue) soient conscients du danger et aient comme mission de convaincre tout le monde de s’y prêter, puis qu’il soit joué en communauté entière. Ce pourrait être un temps fort particulièrement intense, qui concluerait le jeu en beauté… et, quand à ceux qui refuseraient de s’y prêter, pourquoi pas, mais ils seraient après coup pris en apparté pour leur signaler les conséquences. Quand à l’explication de la maladie, elle n’est pas trop convaincante : je pencherais plutôt pour une prise de possession de la personne par un horla qui se nourrit du manque de communication entre humains. Qu’en penses-tu ?
2 – Je l’ai déjà dit, j’ai été frustré de ne pas pouvoir jouer mon mariage : je propose que, 1/4h avant la fin, une annonce en mode fouine précise qu’il n’y a plus qu’un 1/4 d’heure de jeu et donc que chacun puisse effectuer ce qu’il lui tient à coeur avant la fin du jeu. S’il y avait eu cette annonce, j’aurais consacré ce 1/4 d’heure à mon mariage et non à la résurection de Caduque (même s’il est vrai que c’était une très belle scène, très émouvante).
Avec toute mon amitié.

Réponse de Thomas :
Je suis très heureux que l’expérience t’ait plu et je te remercie pour tes suggestions ! Elles sont en effet intéressantes et pourraient être à prendre en compte si on refaisait Hiver Nucléaire. Je ne pense pas le faire moi-même mais comme je publierai la liste des personnages et le contexte, tes remarques seront utiles à quelqu’un !

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Astrale, Sertie, Cèdre. Photo : Sei, par courtoisie

Retour du joueur d’Oblitère :

Voici un résumé bref de ce dont je me souviens du GN Hiver Nucléaire :

Physiquement je sortais d’un gros rhume lorsque je suis arrivé sur les lieux, d’où le masque (ainsi qu’un peu de gel hydroalcoolique dans ma poche) car je craignais de refiler la crève à d’autres participants. Par ailleurs, la quasi-totalité des personnes avec qui j’avais des liens étaient absentes.

Le début de la partie a été riche en occasions de placer naturellement mes rituels, trop naturellement peut-être car ceux-ci n’ont amené finalement que peu de rebondissements. Ceci dit j’ai rapidement été sollicité par les rituels d’autres personnages. En particulier d’Astrale et de Chamagne. La première voulant faire de moi un revenu, le second souhaitant me voir possédé par un horla. Les deux conviennent d’exercer leurs rituels simultanément. S’exercera alors une lutte entre les deux personnages pour le destin de mon âme. Finalement c’est en tant que revenu, que je me relevais. Le silence c’est fait tandis que tous attendaient de moi une réaction qui in fine fut la suivante : « Ma. » Dès lors je n’exprimais plus que cette morne monosyllabe. Mes gestes étaient maladroits et sans prise d’initiative. J’étais un revenu. Par la suite de nouvelles monosyllabes sont apparues au fur et à mesure que des évènements signifiants se produisaient autour d’Oblitère. Le jeu était de ponctuer, accentuer le sens de tel ou tel parole ou acte par l’emploi ou le réemploie de monosyllabes pouvant être interprétées de différentes manières : « ange », « tère/taire/terre », « blis », etc. Ces nouvelles monosyllabes n’étaient pas monocordes. Ce qui est paradoxal, c’est qu’alors même que mon rôle est très vite devenu passif, j’ai été au centre de l’attention de multiples arcs et de multiples enjeux, ce qui était plutôt amusant de mon point de vu. Il y a eu le procès des Lazares, des échanges avec Gastre qui me considérait comme un enfant, plus tard, Personne et Astrale m’ont enmené en forêt. Personne s’est faite possédée par un Horla et a fait revenir Oblitère sous l’identité de Messie. Mon retour a été bénéfique pour Gastre qui se serait laissé allé à la possession si aucun de ses enfants n’était revenu, mais aussi pour Chamagne. J’ai participé à la résurection de Caducque et à faire pardonner Chamagne par cette dernière. La partie est arrivée à sa fin peu après.

Le ton de ce compte-rendu est plutôt neutre car je viens de le rédiger machinalement en 30 min. J’ai beaucoup apprécié ce GN cependant.

Retour de Sarah, la gérante de La Ville Albertine :

Un grand merci à tous. Du fond du cœur. Vos ombres rôdent toujours dans les bois de La Ville Albertine, vaquant à leurs occupations plus ou moins douteuses et continuent à nous raconter leur histoire quand on s’y promène. ??

[…]

Un lendemain de GN, n’est pas un lendemain qui chante. On se sent un peu vide, un peu seul.e, un peu perdu.e. Et pourtant. Il y a aussi beaucoup d’amour pour les joueur.se.s qui ont partagé nos épreuves, nos rires, nos larmes et nos doutes, et les souvenirs peu à peu ne sont plus des éclats de verre qui nous déchirent l’estomac, mais un baume au coeur pour longtemps.Aux profanes qui s’étonneraient qu’on puisse alors persévérer dans cette discipline, je répondrais simplement : on ne peut pas escompter traverser un Hiver Nucléaire sans dommage, mais le jeu en valait la chandelle. Comme souvent dans la vie, il faut juste attendre que ça passe, en buvant un thé brûlant avec un chat sur les genoux. Jusqu’au prochain voyage.