L’archipel et l’océan

Ce que nous jouons n’est qu’un archipel dans l’océan de nos envies. Cela n’est plus un problème de riches vu l’abondance de contenus gratuits. Comment appréhender l’écart qui sépare nos pratiques réelles des jeux que nous avons à notre disposition ?

(temps de visionnage / écoute : 44 min) / (temps de lecture : 7 min)

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CRÉDITS :

Merci à Guillaume Rioult pour son accompagnement sur la rédaction du script.

Le petit bonhomme en plâtre est une photo de Thomas Hawk, cc-by-nc

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royneau ; DeReel ; Denis Langevin ; Maître Yo ; Claude Féry ; Ely Chevillot ; Sylvain ROUSSEAU ; Calameche ; Eric PRADEAU ; Julien Pouard ; Mathieu Grayer ; kF

LIENS UTILES :

[Notions]

1V1
Bovarôlisme
facilitataire
Flailsnails
graal
grosbillisme
jeu de rôle traditionnel
jeu dysfonctionnel
jeu générique
jeu sans règles
jeux survivalistes / de spécialistes / héroïques
lore
Mary-Sue
média passif
OSR
solo
story games
Système-agnostique
table ouverte
Tsundoku

[Multimédia : série « tes masques de MJ »]
Le jeu de rôle est le théâtre de l’illusion

Pourquoi tu dois mentir à ta table
Démarre épique tout de suite

[Multimédia]

Thomas Munier, Comment maîtriser un jeu de rôle sans l’avoir lu, sur Outsider
Thomas Munier, Comment adapter un roman en jeu de rôle, sur Outsider
Thomas Munier, Tu as juste besoin d’un d20, d’un d6 et d’un peu de cervelle, sur Outsider

[Articles]

Grégory Pogorzelski, Tsundoku rôlistique, sur Du bruit derrière le paravent
Umberto Eco et les livres, sur C’est vrai ça ?

[Jeux de rôle]

Ce tombeau sera votre…
dK2
GURPS
Inflorenza
Le monde des brumes
Les Sylvonautes
Nécromanchien
Post-Mortem
Qin

[Jeu de société]

Aube-Épines

[Sites]

Le Grog

LE SCRIPT :

Ce que nous jouons n’est qu’un archipel dans l’océan de nos envies. Cela n’est plus un problème de riches vu l’abondance de bons jeux gratuits en print and play.

Questionner puis accepter vs remédier vs désherber

0° Questionner

[Guillaume Rioult : Peut-être pourrions-nous ajouter un 1’ à ton plan, qui serait “questionner” ?

Pourquoi achetons-nous des jeux en sachant pertinemment que nous n’avons déjà pas joué à ceux que nous possédons ?
Je pense sincèrement que chaque joueuse poursuit une “quête rôliste” personnelle.
Lors du premier contact avec le JDR, nous éprouvons une émotion contrastée : nous en pressentons l’immense potentiel, mais sommes également confrontés à une certaine frustration, un sentiment que cela pourrait être encore mieux que ce que nous avons vécu (notamment quand le premier contact survient très jeune, avec des jeux, scénarios, groupes ou MJ partiellement dysfonctionnels).
Néanmoins, nous avons entendu l’appel et en ferons notre quête rôliste : trouver ou créer des parties idéales. Cette hypothèse de quête rôliste a plusieurs implications :
la persistance d’une légère insatisfaction explique que les rôlistes continuent d’acheter de nouveaux livres alors qu’ils ont suffisamment de matériel pour jouer. Ils espèrent découvrir le jeu qui leur correspond parfaitement, et à défaut extraire les meilleurs aspects de chaque jeu pour composer le leur. [Note de Thomas : en ce qui me concerne, je ne suis pas à la recherche d’un idéal mais d’un éclectisme… et ça n’aide pas à freiner son acquisition de jeux ! ]
obtenir le jeu idéal ne suffit pas, il faut encore pouvoir le mener : l’achat de nouveaux livres vise alors à obtenir des conseils de maîtrise
il faut enfin trouver d’autres joueuses, et donc l’achat retrouve une part militante : acheter des jeux contribue au maintien d’une présence du JDR dans le monde culturel, afin d’attirer de nouveaux participants et faire exister une culture rôliste

Quelles sont les fonctions d’un livre de JDR ?
On peut en attendre du matériel de jeu à faire jouer tel quel
Mais également des éléments d’inspiration, pour écrire les scénarios d’un autre jeu (notamment en utilisant le lore et les illustrations d’un livre)
Du matériel de création : hybrider différents systèmes pour créer son propre jeu

Enfin, l’achat de livres de JDR peut avoir une autre fonction que d’être utilisé pour le jeu en lui-même, mais dans une optique de bibliographie (fichage pour le Le Grog), de journalisme (unboxing, présentations diverses) ou de recherche (colloque, etc)

L’achat peut aussi s’inscrire dans une logique de collection. Organiser ses livres pour leur donner une cohérence et approfondir leur connaissance pour établir leur rareté (différences d’éditions, etc), autonomise l’objet de sa fonction : la collection s’autojustifie, elle se légitime par elle-même.

Qu’est-ce que je cherche dans un livre de jeu de rôle ?
A terme, chaque rôliste pourrait se rédiger une liste succincte d’attentes pour guider ses choix de manière consciente (à titre personnel, mon critère principal est un système original (pour la recherche), et mon critère secondaire une préparation plus rapide actuellement (pour le jouer); pour d’autres ce sera l’ampleur du lore, etc.)]

1° Accepter

Tsundoku = Umberto Eco était connu pour posséder des milliers de livres qu’il n’avait pas encore lus, mais ce n’était pas un problème à ses yeux. Cela représentait une bibliothèque personnelle qu’en tant que chercheur et créatif il pouvait mobiliser si besoin. i.e. un jeu de rôle peut être inspirant pour un autre jeu plutôt qu’être joué en tant que tel.

Bovarôlisme = ce terme définit la rêverie littéraire qui vient de la lecture de jdr et de fait l’expérience rôliste démarre dès la lecture, voire dès le feuilletage (immersion par les images, par la lecture en diagonale)

[Guillaume Rioult : Achat militant : il m’arrive d’acheter des jeux auxquels je sais que je ne jouerai pas (à défaut d’avoir une table adaptée à la proposition), simplement parce qu’il me semble important que ce type de jeux existe, et que l’achat permet de soutenir l’auteur.]

2° Remédier

Si tu sens que l’écart entre ton stock de jeux non lus / non joués et ce que tu joues est trop important, que faire ?

Etape 1 = lister tes jeux
… Liste au moins les non-joués, avec une catégorie par genre narratif, un score de hype sur 5
… Estime le temps de lecture et de jeu. Par exemple, j’ai 60 jeux papiers non joués, ça fait environ 180 h de lecture, environ 240 h de jeu (si je ne fais jouer chaque jeu qu’une fois ou deux). Sachant qu’en moyenne je joue 3 h par semaine, ça fait un an et demi de jeu pour “speed runner” ma bibli.

Etape 2 = programmer le passage à l’action :

Lire les jeux non lus (éventuellement en différant tes lectures habituelles de média passif). Ce peut être une lecture en diagonale pour te mettre dans la hype ou exclure les jeux décevants. Pour une lecture en diagonale efficace, cf “Thomas Munier, Comment maîtriser un jeu de rôle sans l’avoir lu, sur Outsider
[Guillaume Rioult : Le recours aux sites spécialisés qui synthétisent les contenus des livres, comme le Le Grog, sont aussi un bon moyen d’appréhender un jeu. En cas de “rolite compulsive chronique”, la lecture de ce type de sites permet d’éviter les rechutes, au moins partiellement ^^]

Etape 3 = Recruter
… Bouleverse ton planning de jeu / cherche des jouaires (la liste par genre narratif peut aider)
Par exemple, programme une fois par semaine de relancer tes contacts (listés sur un tableau excel)
… Si tu peux jouer en ligne (ce n’est plus mon cas), envisage de recruter sur des serveurs spécialisés (souvent ils t’interdisent de poster ailleurs, mais si le serveur est bien achalandé, ça peut suffire et ça t’évite la corvée du multi-postage).
… Eventuellement, tu peux intervertir étape 2 et 3. Une fois que tu as recruté et planifié une partie d’un jeu que tu as pas encore lu, ben tu ne peux plus esquiver la lecture car tu as une deadline.

Etape 4 = changer tes habitudes de jeu
… Stop les campagnes longues (qui ont souvent d’autres défauts que de t’empêcher d’alterner de jeu :
… inflation des règles
… routine / ennui / perte de rythme
grosbillisme des persos
… PJ (voire PNJ) Mary-Sue intuables
… etc.
… Ou alors propose des campagnes multivers / multijeux / multi-systèmes / table ouverte, tente des pratiques à la Flailsnails (multivers compatible avec tous les jeux OSR) ou à la Post-Mortem (enfer où se retrouvent tous les PJ décédés de différents jeux).
… Fais cohabiter des PJ issus de différents jeux.
… One-shot ou campagnes courtes : on peut envisager de se séparer d’un jeu après une seule partie.
solo, 1V1, 1v2 (au passage, ce dernier mode est mon mode de jeu préféré)
… jouer des jeux sans les avoir lus
… jouer plus souvent
… être plus souvent MJ ou facilitataire (par exemple, s’inscrire en convention et proposer quatre jeux différents sur le WE).

3° Désherber

Après avoir fait ta liste, tu peux réaliser que tes ambitions de jeu sont irréalistes ou que tu manques de place pour stocker.

… Pointe les jeux que tu n’auras jamais l’occasion de jouer pour les raisons suivantes :
… ils ne te plaisent plus
… tu ne penses pas trouver de jouaires
… ils font doublon
… Renonce aux PDF : surtout les longs, ils représentent plus de friction à jouer, la flemme de les imprimer alors que tu as plein de livres en dur.

… Que faire des livres auxquels tu renonces ? :
… offrir à des copaines / une convention / une asso (l’avantage d’offrir à ton asso est que tu peux les réemprunter) / une médiathèque
… boîte à livres (l’occasion de créer de nouveaux rôlistes ?)
… revente (tu récupères un peu d’argent / tu maximises la chance que le livre revienne à quelqu’un que ça intéresse vraiment… sans garantie que ça soit joué pour autant)*
… [Guillaume Rioult : échanges]

La bibliothèque minimaliste (perso j’en suis pas du tout là, mais certains y sont allés), ce serait un jeu par genre narratif et/ou un jeu par genre ludique
Et si tu envisages de repeupler plus tard ta bibliothèque, privilégie des scénarios sans règles, des univers système-agnostique et/ou des encyclopédies d’univers, ou encore donne-toi pour principe d’attendre d’avoir casé une date avec un groupe pour acheter le jeu que tu as proposé, ou de toujours tester le kit d’intro gratuit avant de craquer pour la gamme.
Petit rappel, et ceci devrait encore réfréner ta pulsion d’achat, tu n’as en réalité pas besoin de jeu : cf “Comment adapter un roman en jeu de rôle” + “Tu as juste besoin d’un d20, d’un d6 et d’un peu de cervelle”.