[Dans le mufle des Vosges] 8. La veillée

LA VEILLÉE

Un épisode entre le recueillement et la fureur, où les liens entre les exorcistes se resserrent sous la menace grandissante.

Joué / écrit le 06/12/2019

Jeu principal utilisé : L’Empreinte, de Thomas Munier, survivre à une transformation qui nous submerge

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

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Unnar Ýmir Björnsson, cc-by, sur flickr

Contenu sensible : violence, racisme, suicide

Passage précédent :
7. Absolution
Quand les villageois montrent leur vrai visage, les choses sont bouleversées.


L’histoire :

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Tales from the Putrid Swamp, par Bear Browler, sludgecore aux saillies doom et thrash, avec un chant alcoolisé de Tom Waits vénère.


La douleur accélérait le processus mental du novice, il avait l’impression de réfléchir à la situation pendant que les coups pleuvaient au ralenti : « Comment je vais m’en sortir en vie sans les tuer ? »

Il tombe à terre mais en profite pour frapper la cheville du fils Fréchin avec ses sabots. Le grand dadais s’écroule.

« Whoit, où qu’il est passé le gars derrière ? », se demande le novice.

Le fils Domange lui flanque un coup de fléau en pleine gueule, ça lui déboîte la mâchoire dans un grand CROC et envoie valser son cache-oeil.

La gueule en sang, la Soeur Marie-des-Eaux s’aggrippe au fléau du fils Domange, il tire de toutes ses forces.

Le fils Fréchin s’est redressé sur ses genoux, il aggrippe la tête du novice en arrière, les doigts dans le trou de son oeil mort.

« Whoit, où donc tu veux m’emmener la bestiole ? »

C’était la voix de Champo. Il hémergea des fourrés avec Maurice au bout d’une longe. A la vue de la scène, il réagit instantanément en faisant tournoyer son lasso. Déjà il capturait le cou du fils Fréchin.

La Soeur Marie-des-Eaux asséna un coup de sabot en plein dans la peut figure du fils Domange. SHLORK !

Tant pis si je le bute, en fait. Désolé mon Vieux, c’est lui ou moi.

Le fils Fréchin était pas assez beurzou pour ignorer que la situation tournait à leur désavantage. Il avait la gueule en vrac et l’âne menaçait de ruer, alors il s’enfuit dans le taillis sans un regard pour son compère.

Le fils Domange supplia Champo de le relâcher et c’est ce que le sherpa fit.

« Tu le paieras cher, sale métèque !
– Dis-moi p’tit con t’en sais rien si t’étais au village avant moi ! »

« Maurice était comme fou, il voulait à tout prix sortir de l’étable, alors je lui ai mis une longe et je l’ai suivi, il m’a conduit jusque là. »

Puis il se rendit compte que la Soeur Marie-des-Eaux était vraiment dans un peut état et que probablement il n’avait que faire de ses précisions.

ll ramassa son cache-oeil dans les feuilles mortes et coucha le novice sur le dos de Maurice.

Derrière la porte du presbytère entrouverte, le Père Houillon guettait.

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Phillharmonics, par Agnes Obel, un piano-voix pour chanter les derniers et les plus fragiles des grands espaces, et les histoires minuscules qui s’y tapissent.

La veillée mortuaire du Basile se passa dans une atmosphère de totale étrangeté. Champo et le Nono Elie avaient couché le corps dans son ancienne chambre, où il n’avait plus dormi depuis l’affaire du Jésus-Cuit brisé. Il était tout blanc et comme paisible dans les draps. Entre ses mains, le chapelet en cordelette qu’il avait lui-même fabriqué.

La Soeur Marie-des-Eaux avait tenu à venir malgré les protestations collégiales, alors on l’avait sanglé sur le dos de Maurice, et maintenant il était avachi dans un fauteuil, engoncé dans les affres de ses os brisés. L’odeur des bougies partout et les rideaux tirés rappelait de drôles de choses à la Soeur Jacqueline, alors elle s’abîma dans la prière pour n’y plus penser.

Avec le Nono Elie et Champo, les seuls villageois à s’être déplacés étaient le Sybille Henriquet et la Mélie Tieutieu, descendue de Gremifontaine. Elle dissipait le malaise global en dispensant quelques ragots. Elle avait aussi ramené des beignets de pommes de terre dans un torchon tout huileux. C’était un petit mystère de comprendre comment cette ménagère de quatre-vingt ans avait pu descendre toute seule la forêt à travers la côte de Tachey et le Chaudron, avec son tablier à fleurs et ses beignets.

La mère Thiébaud parlait de ses maladies, et que son zona lui brûlait dans la mâchoire, et que la cataracte lui mangeait l’oeil, et elle croisait ses doigts tordus et arthritiques, en attente qu’on admette que c’était bien elle la plus à plaindre.

Le curé Houillon ne s’était pas épanché au-delà des prière de rigueur, des « Saindoux, priez pour nous », ça se sentait qu’il aurait bien fait l’économie du voyage jusqu’au Chaudron, et puis une mort par suicide ça fait toujours désordre dans la paroisse. Et il faisait tout pour éviter le regard de la Soeur Marie-des-Eaux.

Le père Thiébaud sussurait à voix basse une couârie qui n’était pas destinée aux occupants de cette pièce.

La mère Thiébaud se pencha vers le Nono Elie : « Dis ouâr, toi qui sais toujours tout, pourquoi donc il était enfermé dans le poulailler, le Basile ?
– Whoit, parce qu’il a cassé le Jésus-Cuit !, proféra le chasseur à voix basse.
– Oh, c’est pas vrai que d’moi, j’avais oublié ! »

Champo serra les mains et le chapelet de Basile en signe d’amitié sincère.

Cette petite couârie idiote sortit un instant la Soeur Marie-des-Eaux des profondes méditations de la douleur.

La mère Thiébaud perd la mémoire. Mais que la mémoire ancienne, la mémoire proche.

Comme si ça lui était sucé.

Le retour au village fut lent, à passer par les chemins communaux tout enserrés de sapins et de nuit, sous le lustre des étoiles et la clameur des hiboux. Ils passèrent en cohorte, guidés par le père Thiébaud qui parlait à des choses invisibles dans les ténèbres, et il les conduisit jusqu’à la Chapelotte, une petite chapelle en haut de la côte dont il avait la responsabilité et qui tombait en ruines. Le curé Houillon la bénit. La Soeur Marie-des-Eaux s’agita un peu sous son âne et se tourna vers le sherpa :

« Champo…
Merci de m’avoir sauvé la vie. »

Le père Thiébaud resta là, perdu dans ses pensées et toute la troupe des villageois traversa le hameau de la Grande-Fosse, sous les cris des chiens nocturnes.

Arrivés au Pont-des-Fées, la Soeur Jacqueline dut s’occuper du novice comme d’un enfant. Elle lui refit ses bandages, il avait des hématomes gigantesques qui s’étendaient sur sa peau dans un développement de différentes couleurs. D’ordinaire, la doyenne aurait été chamboulée par la vue de ce corps maigre et brisé, mais elle était trop absorbée par son sentiment de culpabilité.

Elle dut lui mettre sa plume dans ses mains pour lui permettre de remplir son fichu carnet mémographique de tous les martyres de la journée.

Et puis ce fut encore la pénible récitation de l’Apocalypse, avec le souffle court d’une cage thoracique enfoncée :

« L’Homme entendra les rumeurs folles qui parcourent les rues et les palais de Babylone. Ses frères et ses sœurs ont déjà commencé à remplir le grenier des hantises avec le grain de leurs peurs, de leurs omissions, et de toutes leurs pensées impies et industrieuses comme des fourmis arrachées de la dévotion par des activités profanes et bassement profitables. Déjà l’œuvre de ces pensées agrégées se répand comme du limon dans la Cité et sème l’horreur. Qu’il châtie les mauvais-penseurs pour les empêcher de souiller la trame spirituelle du monde, qu’il s’abîme dans la prière pour dissoudre ce vent mauvais, qu’il répande la bonne parole, ou qu’il purge les lieux déjà souillés par la hantise, l’Homme fera une bonne action du moment qu’il suit les directives du Très-Haut. »

Mais très tôt la bougie fut soufflée.

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Zugzwang for Fostex, par Ian William Craig, de l’ambient bruitiste minimaliste avec un son qui part en miette, entre piano éthéré, rêve éveillé et voie ferrée abandonnée.

Le lendemain fut percé par le teuf-teuf du tracteur du None Elie, puis par les cloches qui sonnaient le temps des funérailles.

C’était difficile de savoir qui au village avait une compassion sincère pour le Basile, mais l’église était pleine comme un oeuf. Beaucoup avaient besoin d’en apprendre plus sur les récents événements. La messe se déroula dans le froid et dans la tension, on sentait que la bouche des gens était sur le point d’exploser. Trop de ragots à faire courir.

La Soeur Marie-des-Eaux monta en colère tout au long de l’office, l’hypocrisie des Voivrais le mettait hors de lui. Heureusement qu’il en voyait aussi quelques uns qui ne faisaient pas semblant d’être tristes, la Mélie Tieutieu, Champo, le Sybille Henriquet, peut-être la Bernadette tant qu’à faire. Le village méritait encore d’être sauvé.

Les fils Domange et Fréchin étaient aussi de la partie. Il les toisa du regard. Le Domange baissa la tête, mais pas le Fréchin.

Champo les attendait à l’extérieur quand l’office fut terminé. On le laissait pas entrer dans l’église puisque c’était un païen. Pourtant, c’est lui qui avait aidé à charger le cercueil dans le tracteur du Nono Elie, enfin bref il avait tant et tant fait.

Le cimetière était juste en bas de l’église, à l’entrée du hameau du Moulin aux Bois, il était petit, étriqué entre quatre murs de pierres entassées, encerclé par des arbres gourmands dont les racines puisaient sans doute aux sucs des morts. La pierre tombale de Basile était à son image, très modeste, de celle qui disparaîtrait bientôt sous les ronces.

La Soeur Marie-des-Eaux sortit en dernier du cimetière, appuyé sur deux cannes. Une femme en noir en profita pour l’alpaguer.
« Madeleine Soubise, vous êtes venue. »

La fermière la fixait de son visage rouge de croûtes qui cachait des yeux profonds.

« Je suis venu vous dire… Je sais que vous vous en êtes pris à Hippolyte. Je vous en supplie, arrêtez-vous de vous intéresser à nous. ça vaut mieux pour tout le monde.
– Je ferai ce que le Vieux me dira de faire. Je dois suivre mon sacerdoce.
– Je vous préviens en toute amitié. Et si vous détournez les yeux, on peut votre bien… » Sa détresse était palpable.
– Ni l’amitié ni la corruption, ni les coups de bâton ne me feront fléchir. Vous devez comprendre ça. »

« Soeur Marie-des-Eaux…
– Oui ?
– Emmenez-moi avec vous, je n’en peux plus…
– Je n’irai nulle part tant que Les Voivres n’aura pas été exorcisé du mal qui le ronge. »

La fermière tourna les talons à travers la futaie, désespérée.

Il y avait une sacrée ambiance dans l’Auberge. Les vins d’honneur d’après funéraille ressemblaient un peu à des banquets par ici. ça causait très fort, d’un côté le Nono Elie qui régalait son public d’anecdotes ponctuées de vindioux et de vinrats, et de l’autre les persiflades de l’Oncle Mougeot avec sa cour attablée :
« De toute façon, le Basile il était pas bien beau… »

On avait installé la Soeur Marie-des-Eaux dans un fauteuil près du feu et la Bernadette glissa une assiette de pâté lorrain fumant sur son coin de table.

« Vous savez que je mange pas de viande ! Donnez-moi plutôt de la choucroute, juste le chou, bien sûr, siffla le novice.
– Décidément, vous mangez pas la même chose que nous ! »

Le visage du novice s’éclaircit, ses yeux s’agrandirent :
« C’est ça, bien sûr… Les horlas… Ils mangent pas tous la même chose, c’est ça ? »

La Bernadette répondit à voix basse, il y avait du monde et elle réagit comme si la Soeur Marie-des-Eaux avait sorti un gros mot digne du pire des argotiers.

« Chut… Mais vous avez raison, les horlas y’en a autant de différents qu’il y a d’étoiles dans le ciel. Alors oui ils mangent pas tous la même chose. »

Il fallait comprendre ce que ça bouffait, et y’avait plus qu’à suivre la piste.

Champo prenait l’air au dehors. Il partageait une cigarette de foin avec le Sibylle Henriquet. ça lui faisait du bien de se brûler la lippe.

C’est ainsi qu’il vit quelque chose s’envoler du clocher et passer à travers les frondaisons. Un pigeon voyageur.

Lexique :

peut : moche
Whoit : interjection
C’est pas vrai que d’moi : formule auto-dépréciative
vindiou, vinrat : juron

Notes liées aux règles de L’Empreinte :

Menace : une Déité Horla (la Mère Truie)
Lieu de départ : Les Voivres
Avancement :
Acte I – Introspection + Tentation + Agression
Acte II – Introspection + Tentation + Agression
Acte III – Introspection + Tentation

Bilan :

J’ai bien failli louper ma séance hebdomadaire d’écriture. J’ai été pris dans l’organisation d’un GN et pensant que je bouclerais cette tâche rapidement (ce qui ne fut pas le cas), j’ai repoussé repoussé la session d’écriture. Ceci cumulé à des imprévus domestiques a fait que je n’ai pris la plume que ce vendredi matin ! Il était temps ! Il vaut mieux que je fasse comme la semaine dernière, prendre la plume le plus tôt possible en semaine, quitte à ce que ce soit dans des conditions de fatigue ou que ça repousse d’autres tâches censées être urgentes, et qui en réalité auraient pu attendre un jour de plus.

Nouveauté technique, une liste inspirée de l’article de Grégory Pogorzelski « Préparation : C’est pas moi, c’est mes PNJ« 
Je liste tous mes PNJ et je leur fixe un objectif à chacun. Et de temps en temps, je m’astreins à faire avancer l’objectif de l’un ou l’autre ou je fais évoluer leurs objectifs en fonction de ce qu’il se passe, histoire de donner une impression de monde vivant.

Les règles de l’Empreinte m’ont permis de faire un découpage technique intéressant pour le combat. J’avais prévu que la Soeur Marie-des-Eaux perde, mais nous sommes seulement à l’acte II, donc les PJ ont eu l’avantage (la menace ne peut pas encore lancer beaucoup de dés). Ceci dit, la Soeur Marie-des-Eaux a récolté une empreinte. C’est donc avec des PJ mal en points que je démarre l’acte III. J’ignore quelle va être la prochaine agression mais ça promet de faire mal. Je pense que la menace va vraiment passer à l’action.

Feuilles de personnage :

Les feuilles de personnages sont maintenant centralisées et mises à jour sur cet article

Nouveauté par rapport à la fois précédente :
– 1 empreinte de plus pour Soeur Marie-des-Eaux.
– Liste des objectifs des PNJ en fin de page.

Outsider, novembre 2019

 
Au menu : deux étonnantes parties d’Hero Quest, un théâtre cathartique pour Inflorenza, une mise à jour des Sentes, un recueil de scénarios pour Millevaux Sombre zéro et une folle tournée parisienne !
 

Avec Claude Féry dans son lieu de jeu habituel, lors de la Tournée Paris est Millevaux 9. Photo : Mathieu Féry, par courtoisie

 

LA COMMUNAUTÉ

 

Publications par la communauté

+ Un résumé des règles du jeu de rôle Millevaux au seuil de la Folie

Cette aide de jeu, par votre serviteur, peut servir aux MJ qui auraient besoin d’une synthèse des différents cas particuliers.

+ La tempête de Drusilla

Un théâtre par Arjuna Khan pour Inflorenza. Incarnez des horlas et plongez dans une myriade de cauchemars forestiers issus de la mémoire traumatique de la sœur et amante de Caligula ! Sans doute l’un des théâtres les plus étranges et cathartiques écrit pour Inflorenza !

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aftab, Dex1138, FritzFlohrReynolds, Kentar0h, Martin Pedermann Photography, REM (rembcc), cc-by-nc, sur flickr

 

Extraits

+ Le Chanvre Noir

Un recueil de règles de jeu de rôle, de scénarios, de contextes et de nouvelles par Michel Poupart

+ Fripouille

Le jeu de rôle de Claude Féry pour vous lancer dans des aventures rapides aux accents de donjon moisis dans la forêt !

 

Parties de jeu de rôle enregistrées par la communauté

+ [Fripouille] Le Crafougna

Une exploration de la forêt du dessous qui se solde avec la rencontre d’un croquemitaine issu de cauchemars enfantins… et un choix difficile. Un enregistrement de partie par Claude Féry !

 

Récits de parties de jeu de rôle par la communauté

+ [Inflorenza] Les intrus

Histoires de fantômes chez soi, une partie d’horreur en famille par Nitz, jouée avec Inflorenza ! 

+ [Systèmes Millevaux / Omniscience] Un clou dans la main, deux trous pour les yeux

Souvenirs psychotiques d’un futur antérieur où la menace horla prend des allures de guerre totale. Nouvel épisode de la troisième campagne solo Millevaux multi-systèmes par Damien Lagauzère !

 

Illustrations

+ Le « village où l’on peut rencontrer des statues bouddhistes ».

Un parc lunaire au japon où la nature sauvage côtoie des statues bouddhistes et des statues plus contemporaines associées à une secte que tout le monde a oublié. Une inspiration pour Millevaux ! 

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MES ACTUALITÉS

 

Publications

+ Les Sentes 14.0

Une nouvelle version brouillon qui améliore encore le jeu !

Au sommaire : suppression de l’almanach, remplacé par des fiches de situations de départ (bien plus pratiques) et ajout d’un jeu de fiches d’inspirations pour irriguer votre roleplay.

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crédits : philatz, licence cc-by-nc (galerie sur flickr.com)

+ Hurler dans les forêts zéro

Ce recueil de scénarios pour Millevaux Sombre Zéro vous entraînera dans les contrées les plus exotiques et dangereuses de Millevaux !

Il y a de l’aventure à la limite de l’héroïsme sacrificiel, des tranches de vie, et bien sûr de l’horreur avec des créatures dégueulasses et stupidement agressives, des machinations lovecraftiennes et de la misère humaine.

Alors, qu’attendez-vous pour hurler dans les forêts zéro ?

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Illustration : (C) par Thibault Boube

 

Dans le mufle des Vosges, le roman-feuilleton Millevaux

4. Purification

La violence monte au village et la légitimité des exorcistes est remise en cause.

5. Face à la diablerie

Les exorcistes font enfin la rencontre du véritable démon qui faisait peser sa menace sur le village. Et ça va faire très mal ! Je passe ensuite à un nouveau jeu de rôle avec le vénéneux L’Empreinte.

6. Le Vieux nous voit

Emportées par la folie ambiante au sein du village et par leurs vieux démons mémoriels, les deux nonnes exorcistes partent en quenouille.

7. Absolution

Quand les villageois montrent leur vrai visage, les choses sont bouleversées.

 

Podcasts

+ Podcast Outsider N°50 : Millevaux : Comment créer un jeu Millevaux

Avec Trickytophe, on met les mains dans le cambouis pour savoir comment designer un jeu de rôle forestier ! Et vous, comment vous vous y prendriez pour créer un jeu dans l’univers de Millevaux ? 

+ Le théâtre de l’esprit ou le dialogue des solitudes

Sur le podcast Intimatopia, Lille Clairence me fait l’honneur de m’accorder un entretien où l’on parle du GN Les Sentes, d’incommunicabilité et de guérison.

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lauren rushing, cc-by-nc-nd, sur flickr

 

Articles

+ Le jeu de rôle, un outil pour l’écriture de roman

Et vous, est-ce que ça vous tente de passer de la table au pupitre ?

+ Le jeu de rôle se conjugue à l’imparfait

Pour plus d’accessibilité, je republie sur mon blog cet article initialement diffusé dans le Frankenzine N°1 !

 

Parties de jeu de rôle enregistrées

+ [Fripouille] L’Astrolabe

J’utilise le jeu de rôle Fripouille pour maîtriser un des tous premiers scénarios Millevaux faits par la communauté. Où l’on s’amuse à détourner un scénario d’action lovecraftien pour en faire une aventure hautement contemplative.

+ Inflorenza RPG Actual Play #11 : Eireann Archipelago

Though Ireland is divided into a thousand island, the heart of the land is still united.

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‘J’, andy patterson, dawn_perry, incubi portrait studio, onanie, Jacek Sniecikowski, licence cc-by-nc, gallery on flickr.com

 

Récits de parties de jeu de rôle

+ [Millevaux Mantra] L’Enfant Dissocié

Avec Batronoban, nous menons un double table complètement dément sur le scénario trashissime écrit par Christophe Siébert ! Une expérience qui préfigurera le jeu de rôle Cœlacanthes.

+ [Mycorhizes] Avoir un bon copain

Une partie jouée par Messenger sur un mois, marquant le rapprochement entre un misanthrope désabusé et un clochard pratiquant l’hédonisme de l’errance.

 

Conventions

Du 29 novembre au 1er décembre, je suis monté à la capitale pour la tournée Paris est Millevaux 9. L’occasion de 7 parties de jeu de rôle et d’un débat sur le thème « L’interactivité est-elle l’ennemie de la narration ? ». Ces tournées sont toujours des moments ludiques et humains inoubliables.

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Claire Munier, par courtoisie, road less trvled, cc-by-sa, Daniel Rodet, copyleft

 

Parties jouées

+ 24/11 : [Hero Quest] L’épreuve

J’ai tenté de faire jouer mon fils de trois ans à ma madeleine de Proust personnelle, j’ai nommé le jeu de plateau / jeu de rôle Hero Quest. Je ne pensais pas m’y mettre aussi tôt, mais comme il s’est avéré capable de faire quelques jeux de société avec des règles, j’ai tenté le coup avec la toute première mission du livre de base de Hero Quest, que j’ai renommé « le jeu du château » pour attirer mon fils dans mes filets. Ce fut une réussite ! Il s’est avéré suffisamment intéressé par la chose pour faire toute la mission (bien qu’à la fin, il a commencé à se reporter vers sa dînette, mais sur ma proposition, il a accepté que je lui montre comment finir la mission en prenant le contrôle de son personnage). Je cachais le matériel derrière un rideau et la mission derrière un écran, mais il jeta de fréquents coups d’oeil, intrigué par tous ces mystères. Il s’est déclaré insatisfait de sa figurine de barbare et a réclamé un « héros gentil qui fait des sourires », alors je lui ai donné une figurine de troll chevelu kawaii à souhait. Le jeu s’avère hélas un peu trop belliqueux pour lui (cette première mission n’est qu’un enchaînement de combats contre des monstres), il avait l’air de peu goûter le fait de se faire agresser à tout bout de champ (j’ai d’ailleurs décidé que les monstres ne quittaient jamais leurs pièces, ce qui a rendu la fuite possible). J’ai également constaté qu’il avait un problème avec le fait de perdre des points de vie (que j’avais représenté par des gemmes, ce fut peut-être une erreur car justement il refusait de les perdre), aussi je lui ai accordé 4 dés de défense au lieu de 2 (compensant le fait qu’il ne joue qu’un personnage dans une aventure prévue pour 4) et j’ai été très prodige en potions de guérison. Ce fut l’occasion de jeu en convergence, puisque je lui faisais porter la carte « potion de guérison » à sa bouche quand son personnage la buvait… Je me suis également beaucoup plus à faire moult musiques et bruitages à la bouche pour donner un côté jeu vidéo vintage et entretenir l’ambiance… Pour conclure, je trouve que ça s’est étonnamment bien passé au vu de son âge… Il a d’ailleurs… aussitôt réclamé la suite !

+ 24/11 [Hero Quest] La délivrance de Sir Ragnar

Malgré que cette partie succède directement à la précédente, mon fils de trois ans a fait preuve de beaucoup de concentration ! Il a cependant rechigné à déplacer son personnage lui-même. Je vais peut-être envisager de remplacer les 2d6 de déplacements par 1d12, je pense que l’addition lui pose problème. Le problème étant que dès que je sors mes dés spéciaux, il veut tous les avoir, et ça sonne souvent la fin du jeu structuré 🙂 Il a également insisté pour commencer avec 10 points de vie et non 8, visiblement il aime les comptes ronds. La perte du moindre point de vie lui cause problème, aussi ai-je été prodigue de potions de guérison, et j’ai surtout permis de dépasser son total normal de points de vie en dépensant des potions, aussi a-t-il eu le plaisir de grimper jusqu’à 21 points de vie ! Cette deuxième quête du livre de base introduit un nouvel aspect du jeu : la recherche de passages secrets. Là aussi, j’ai introduit du jeu en convergence, le faisant sonder les parois de sa dinette quand il cherchait un passage secret. Il a exulté quand après moultes recherches infructueuses, il a trouvé le seul passage secret du donjon… Le final de cette quête est intéressant à plus d’un titre : d’abord il y a un prisonnier à faire évader, ce qui change des habituelles interactions limitées au combat, et lorsque ce prisonnier s’évade, l’alarme est sonnée, toutes les pièces non visitées sont révélées et les monstres qu’elles contiennent déferlent sur le personnage et son protégé. J’ai alors utilisé mon tambour pour faire un roulement de tambours dans le plus pur style des mines de la Moria, ce qui a beaucoup plu. J’ai rendu le combat plus efficace en permettant à mon fils d’attaquer un monstre adjacent s’il venait de tuer sa cible précédente : c’est une règle chipée à Warhammer Quest qui permet de littéralement moissonner les monstres : ça baisse la difficulté du jeu (comprenez que la notion de difficulté n’est pas du tout un truc qui plaît à mon fils de trois ans) et ça accélère nettement les combats. Bref, je crois qu’on est lancé, mon fils et moi allons certainement enchaîner les aventures dans les prochains temps 🙂

+ 29/11 [Coelacanthes] Le pire souvenir

Coelacanthes est un jeu difficile à aborder, même pour moi qui en suis l’auteur. Aussi ai-je une certaine difficulté sinon de la réticence à en rééditer des parties. Mais la tournée parisienne fut l’occasion de faire une partie avec l’étudiante en anthropologie qui prépare un mémoire sur le jeu de rôle transgressif. Une autre personne a complété l’équipe réduite et j’ai fait jouer les cauchemars que je jugeais les plus hardcore. Je suis impressionné par l’aspect confession de ce jeu. Les deux personnes qui jouaient avec moi était des inconnues au début de la partie, et je pense que nous nous sommes mutuellement livrés, nous en sommes ressortis en ayant appris des choses assez intimes l’un sur l’autre. C’est fort.

+ [29/11] [Les Sentes] La communauté de bien.

Les Sentes est aussi un jeu de rôle sur table, et cette partie fut le troisième playtest de la formule. L’occasion de tester les nouvelles fiches : Situations et Inspirations. Le canevas de départ était assez riche et nous a permis de jouer de belles scènes dramatiques. J’avais l’impression que les personnages étaient profonds et le background GN de ce jeu nous a, je pense, incité à avoir un roleplay expressionniste, nos visages en disaient long. L’histoire de trois âmes errantes réunies par la volonté de se serrer les coudes et séparées par des différends religieux m’a personnellement touché.

+ [29/11] [Ecorce] La Source de guérison

Un épisode à la fois western et fluvial qui a conduit les personnages (tous de sacrées gueules cassées) dans une aventure sur un fleuve en crue au-dessus des voies déchues. J’ai été content de ma capacité à rendre l’univers, définitivement le point de fort d’Ecorce (le jeu de cartes de l’Almanach aidant beaucoup), mais le système de combat (encore…) n’a pas fait l’unanimité. Conscient qu’il ne plaira de toute façon pas à tout le monde, je dois désormais m’attacher à relire mes notes et à le rendre aussi simple à comprendre que possible, et aussi carré que possible (j’ai encore hésité plusieurs fois sur la façon de trancher certaines situations). 

+ [30/11] [Dragonfly Motel] Couper le cordon

Une ambitieuse partie de la version Roses puisque nous étions à six ! Nous avons pris le temps au préalable d’un tout petit peu situer le contexte (via quelques tirages de Muses & Oracles), ce qui nous a donné un motel un petit peu louche sur la côte irlandaise. Je jouais un vieil homme qui voulait se débarrasser de ses trop lourdes valises, et qui a ensuite incité les autres personnages à lâcher prise. Au final, un récit plein d’images fortes, avec un faisceau croisé de symboles. Une partie de la table a regretté le peu d’interactions entre personnages, j’avoue personnellement avoir apprécié l’aspect contemplatif de ces destins croisés qui ne se rencontrent jamais vraiment.

+ [30/11] [Little Hô Chi Minh-Ville] Le déversoir des martyrs

Une partie assez magique, dois-je dire. J’ai pu tester une aide de jeu achevée exprès pour l’occasion ; un jeu de cartes retranscrivant l’ensemble de l’univers de Little Hô. Les joueuses l’ont un peu utilisé, et quant à moi je me suis beaucoup appuyé dessus. Ceci combiné à la richesse des personnages et la fertile règle de mentionner une saynète à chaque parcours d’un point A à un point B, a donné une partie où l’univers était très présent, mais de façon plus aisée et organique que d’habitude. L’une des saynètes (une vieille femme voulant revendre son identité à un personnage) a créé énormément de contenu grâce à un joueur qui s’y est intéressé et a donné suite. Ce joueur incarnait un bourreau repenti qui a eu l’occasion de faire face à ses démons dans une série de scènes que j’espèrais touchantes.

+ [31/11] [Odysséa] La terre ultime.

Condenser Odysséa, jeu à campagne par définition, en un one-shot est un défi grisant. J’ai voulu altérener les saynettes tout au long du voyage d’Ulysse. Il y a une prépondérance de scènes situées dans la période de l’Iliade, mais grâce aux flash-forwards, nous avons pu explorer nombre de situations postérieures, et de façon finalement plus organique que si j’avais simplement planifié une série d’ellipses. Je pense qu’on a pu tirer des choses intéressantes des arcs de personnages (même si j’avoue avoir un peu recyclé des facilités avec le personnage d’Ulysse, remettant l’idylle avec Hélène sur le tapis, mais ceci dit je suis aussi assez content de ce qu’on a joué de sa relation avec Pénélope, avec des scènes de retours à Ithaque avec une Pénélope très fragilisée par la boucle temporelle de son ouvrage à tisser). Un petit fail sur la répartition de spotlight car un joueur a eu moins de scènes que d’autres. On essaye toujours de s’améliorer sur ce point.

Hurler dans les forêts zéro

Il y a quelques années, en publiant Sombre Zéro, Johan Scipion fait partie des initiateurs d’une petite révolution dans le monde du jeu de rôle : le format ultra-court.

Il devient alors possible de faire une partie de jeu de rôle qui dure entre 10 mn et 1/2 h. Aujourd’hui, cela va un peu de soi et beaucoup de jeux le proposent ou le permettent, on trouve aussi des conseils génériques dont l’excellent Mener en 30 mn par Kalwrynn. Mais à l’époque, le jeu de rôle c’était a minima des one-shots de 3-4 h, ce qui reléguait notre loisir à la niche des hardcore gamers.

(C) par Thibault Boube

Sombre Zéro est une petite pépite de game design en cela qu’il arrive à condenser et à rendre intuitif le gameplay de Sombre tout en sauvegardant ses caractéristiques essentielles, dont la létalité des combats. Lors du premier article consacré à Sombre Zéro, on eût pu craindre de perdre en roleplay et en possibilités ludiques, mais les articles suivants ont prouvé le contraire.

Ce qui m’a séduit le plus, ce furent les scénarios ultra-denses aussi riches en possibilités tactiques que le temps de jeu limité le permettait (le scénario Toy Scary est ébouriffant de profondeur en la matière), et la réduction de la feuille de personnage à une simple tuile de 4 cm sur 4, au désign malin qui trahit le goût de Johan Scipion pour les jeux de cartes à collectionner : le symbole du dé au milieu pour rappeler le niveau du personnage, la tagline qui condense tout, et surtout l’emploi des coins de la tuile à la fois pour garder trace du niveau de santé du personnage et pour gérer les capacités spéciales des PJ et des PNJ. Le format tuile était conservé pour représenter le plan de l’action, souvent unique.

(C) par Thibault Boube

Tout ça donnait envie de s’amuser, et ce fut assez naturellement que j’élaborai mes propres scénarios pour Sombre Zéro appliqués à l’univers forestier de Millevaux, qui s’avérèrent parfaits pour faire des démos sur un bout de stand lors des conventions.

Comme je suis un assez piètre dessinateur de plan (ou plutôt un flemmard), j’ai repris à mon compte le principe des tuiles-plans en le mixant avec le concept des marelles présenté dans Millevaux Sombre : les tuiles représentant alors des zones de combat abstraites, qui à mon sens sont suffisantes pour se repérer dans l’espace.

Je reviens sur le principal mérite de Sombre Zéro : te faire comprendre qu’il faut aller à l’essentiel.

Parmi les six scénarios que je propose dans ce recueil Hurler dans les forêts zéro, deux sont initialement des scénarios que j’avais joué avec les règles de L’Appel de Cthulhu : il s’agit de Cromlech et de Sheitan & Haschichins.

Et bien, croyez-le ou non, on ne perd rien de l’intérêt en passant sous Sombre Zéro. Preuve en est qu’une feuille avec une cinquantaine de caractéristiques et de compétences et une liste d’une quinzaine d’équipements n’a guère plus d’intérêt ludique qu’une tuile qui se contente d’un nom, d’une tagline et d’un Trait : les possibilités de roleplay et de jeu tactique se sont avérées tout aussi riches, le superflu en moins. Idem pour les PNJ évidemment, un niveau et une capacité spéciale se substituant efficacement aux stats blocs gourmands de L’Appel de Cthulhu.

(C) par Thibault Boube

Vous avez un peu de tous les formats et de toutes les expérimentations à l’intérieur d’Hurler dans les forêts zéro. Un Tramway nommé Martyre, Le Trésor du Vorgne et Un Pastaga pour l’éternité sont des formats courts de quinze à trente minutes, nerveux et tactiques. Barbaque !, Cromlech et Sheitan & Haschichins sont des scénarios à ambiance (avec des défis épineux) qui vous occuperont une à deux heures chacun.

Le recueil est aussi l’occasion d’un voyage dans les contrées les plus exotiques et dangereuses de Millevaux : Cromlech vous amènera dans l’Archipel d’Écosse, Barbaque ! sur les routes défoncées de la Voie Déchue, Sheitan & Haschischins à travers tout le Sahara… et Un Pastaga pour l’Éternité dans les rues désertes du vieux port de Marseille 🙂

Il y a de l’aventure à la limite de l’héroïsme sacrificiel, des tranches de vie, et bien sûr de l’horreur avec des créatures dégueulasses et stupidement agressives, des machinations lovecraftiennes et de la misère humaine.

(C) par Thibault Boube

Et pour finir, il y a les lithographies troublantes de Thibault Boube, qui marquèrent notre première collaboration, car oui, figurez-vous, ce recueil est un texte fort ancien. L’entrée virevoltante dans la vie d’auteur à temps plein et ma manie d’empiler les nouveaux projets m’empêchèrent d’y mettre la dernière main après sa rédaction initiale qui date d’il y a quatre ans. Il me semble pourtant que le recueil n’a pas pris une ride et vous promet quelques heures d’effroi et de prise de tête dans la forêt déglinguos de Millevaux.

Cet ouvrage, deuxième livre de la sous-gamme Millevaux Sombre, complète la cohorte de scénarios déjà publiés (deux dans le livre source et cinq autres sous forme de PDF) mais c’est aussi un avant-goût. J’ai encore trois scénarios Millevaux Sombre sous le bras (Transilvanian Hunger, Les Maîtres du Vieux Château et Rottendam !) et un jour ils seront vôtres, promis.

Alors, qu’attendez vous pour hurler dans les forêts zéro ?

Formats

Version livre

Disponible en livre artisanal

Version PDF illustrée

Version PDF, texte uniquement

Tuiles à télécharger

Découvrir les illustrations par  Thibault Boube

[Dans le mufle des Vosges] 7. Absolution

ABSOLUTION

Quand les villageois montrent leur vrai visage, les choses sont bouleversées.

Joué / écrit le 25/11/2019

Jeu principal utilisé : L’Empreinte, de Thomas Munier, survivre à une transformation qui nous submerge

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

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Christophe Surman, cc-by-nc-nd, sur flickr

Contenu sensible : cruauté sur les animaux, érotisme, abus sexuel

Passage précédent :

6. Le Vieux nous voit
Emportées par la folie ambiante au sein du village et par leurs vieux démons mémoriels, les deux nonnes exorcistes partent en quenouille.

L’histoire :

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Aokigahara, par Flowers for Bodysnatchers, dark ambient forestier à pianos fragiles.

« Pourquoi vous entêtez-vous à accompagner les exorcistes ?, risqua La Bernadette.
– Avant, répondit-il sans que la présence de la Soeur Jacqueline, je le faisais parce qu’elles agissaient pour nous protéger. Maintenant, je reste avec elle pour les empêcher de nous faire du mal. »

La Soeur Marie-des-Eaux sortait par l’écurie. Il avait tout son paquetage sur le dos, ce qui n’était pas une chose rare, il était conditionné à agir comme s’il fallait toujours être prêt à décamper. Il caressa le museau de Maurice pour se calmer un peu. C’est ça, il avait besoin de se calmer.

« Où allez-vous ?, lui demanda la Bernadette.
– Je dois aller me confesser. Le Père Houillon me l’a demandé et je pense que ça va m’aider à y voir plus clair.
– Vous voudriez bien me rendre un service ?
– ça dépend…
– Oh pas grand-chose… J’aurais juste voulu que vous me rameniez un morceau de bois du confessionnal.
– Bernadette… Je vais le faire parce que je sens que vous pourriez nous être utile, mais ce que vous me demandez ne me plaît pas. Je vous garde à l’oeil. Je vous garde à l’oeil de près. »

« C’est çà, mon petit. Garde-moi à l’oeil », soupira la Bernadette une fois que la Soeur Marie-des-Eaux s’était allé vers l’église en passant par les taillis, comme un écolier fautif.

Le novice passa par le presbytère, évitant la grand-porte. Il pesta quand il vit qu’il y avait quelqu’un d’autre dans la nef en plus du père Houillon. Le Sybille Henriquet achevait la statue du Jésus-Cuit en bois qu’on lui avait commandé. L’ouvrage était rustique mais exhalait une simplicité bienvenue, à l’image du sculpteur, un petit gars qui avait l’air de toujours sourire, histoire de montrer ses quenottes noircies par les cigarettes de foin et la rude bouffe locale. Il sentait la colle à bois, la sciure et le tabac froid, et il avait une petite boucle d’oreille, ce qui était la seule excentricité de ce gars en salopette. Il s’éclipsa, comprenant qu’il était de trop.

« Ainsi donc vous nous faites l’honneur de votre présence, ironisa l’abbé Houillon.
– Finissons-en. »

L’intérieur du confessionnal était obscur, comme on pouvait s’y attendre, et empestait le moisi et l’odeur de pieds. On y respirait avec peine, des spores vous rentraient dans la bouche et les narines. Tout le bois était mou, et il fut impossible de trouver une partie sèche de banc pour s’assoir.

Elle ne voyait pas le prêtre mais sa présence derrière le vantail était palpable, et son souffle asthmatique remplissait tout l’espace.

« Bénissez-moi mon Père, car j’ai péché.
– Je te bénis. Parle en toute confiance. Le Vieux est avec nous et t’écoute.
– …
– Tu peux parler. Alors, comment qu’c’est ?
– Vous savez, ce diable qu’était dans le Jésus-Cuit. Y vous barattait le lait de la tête pour s’en goinfrer.
– Oui, c’est possible. Il faudra ouâr ce qu’en dira le diocèse.
– Qui qu’c’est-y qui m’fait croire que vous faites pas la même chose ? Que vous vous bâfrez pas de nos confessions ? Et si je ressortais d’ici vidé de mes souvenirs ?
– Whoit donc, on se calme, vous êtes pas un poulet et je vais pas vous vider. Dites ce que vous avez sur le coeur, si vous voulez l’absolution.
– Je m’en suis déjà confessé pendant l’exorcisme.
– Je ne suis pas sûr que ça soit régulier. Confessez-vous ici. Au pire, dites-vous que c’est juste une couârie.
– Pfff… Bon. Avec mon opinel, des fois je ressens le besoin de trancher des choses. »

Il en profita pour découper un bout de confessionnal, faisant mine d’illustrer sa parole par du bruit.

« Et j’aurais bien tranché la gueule de ceux qui font du mal aux bêtes aux Voivres. Je peux pas supporter ceux qui font ça.
– Bien, c’est bien. Et c’est tout ?
– C’est tout.
– Eprouves-tu du repentir ?
– Oui.
– Sans mentir ?
– …
– Au nom du Vieux, de Jésus-Cuit et de l’Esprit-Chou, je te donne l’absolution. Tu réciteras un Notre père qui êtes si vieux. »

Quand la Bernadette revint dans le restaurant, ce fut pour trouver la Soeur Jacqueline au plus mal. Elle ne tenait plus sur ses jambes et la Bernadette dut l’aider à monter l’escalier pour qu’elle aille s’allonger. La nonne cumulait le trouble qui jouait avec son corps depuis l’avant-veille et le traumatisme d’un choc mental reçu au moment où elle avait écrasé le ganglion central de la chose qui vivait dans la statue de Jésus-Cuit. Tuer fait beaucoup de mal. Il fait du mal à celui qui tue. Le choc mental est comme une violente décharge électrique qui résonne dans vos os et vos organes des jours et des jours durant. Et il y a le flachebacque, ce souvenir de l’être qu’on tue et qui vous saute à la gueule et s’imprime sur votre vision et dans vos sens comme un filtre persistant.

Il y a d’abord l’abominable sensation d’être dans le corps d’un horla, de respirer par ses sphuncters, de remuer par ses pseudopodes, de sentir l’hémolymphe circuler dans ses vaisseaux, d’être enfermé dans une statue-galerie, et puis ce mélange de délice et d’horreur à consommer l’énergie mentale des humains massés dans l’église, et de percevoir par là-même des grappes de souvenirs, de prières, de bonnes et de mauvaises pensées, à peine digérées.

La chose n’avait pas à proprement parler de perception du temps, aussi sa compréhension des choses n’était pas nette. Mais ce qui marqua la Soeur Jacqueline, ce fut une sensation. La sensation d’être en concurrence. Il y avait au moins deux forces qui disputaient les vapeurs mentales à la chose enkystée dans le Jésus-Cuit. L’une était massive et complexe, l’autre était multiple et faible, mais déterminée.

Quand la Soeur Jacqueline reprit ses esprits, ce fut avec un haut-le-coeur à la fois dû à la réincorpation et à l’effroyable découverte qui était la sienne. Plus moyen de se voiler la face. Elle était allongée dans des draps, il eut fait froid si le corps de la cuisinière, penché sur le sien, n’irradiait pas autant de chaleur. Elle se sentait molle et comme pesant des tonnes. Elle avait une barre de migraine sur le front et son odorat exacerbé captait la moindre des nuances, les fumets de graisse et d’hormones émanant de la Bernadette, les chaleurs paillées de l’écurie et le lisier qui schlingue charrié par le vent en provenance de la ferme Soubise.

La fenêtre était fermée par un volet, si bien qu’en plein jour il fallait la bougie pour y voir. Mais ça ne manquait pas, les vomissures de cire recouvraient l’endroit comme les fientes dans un poulailler. Il y avait des coqs sans têtes pendus à sécher sur les poutres, et des colliers de coquilles d’escargots remplis d’humus et d’autres matières. Sur la table de nuit, un petit tabernacle peut-être volé dans une chapelle, qui contenait Le Vieux sait quoi, et un livre entouré de ficelles et d’hameçons, ouvert sur une page calée par un bougeoir fait avec une serre de corbeau, et sur les pages tannées une écriture ondoyante certainement effectuée sous auto-hypnose, à faire passer les pattes de mouches des mémographes pour des merveilles de calligraphie. On ne pouvait rien y reconnaître sauf des symboles que la Soeur Bernadette avait appris à identifier lors de sa formation d’exorciste : caractères hébreus et pentacles. Des lichens et des vers couvraient l’ouvrage qui leur faisait office d’habitat naturel. Le Petit Albert.

« Vous ne m’avez pas remontée dans ma chambre.
– Non, ce n’est pas votre chambre, c’est la mienne.
– Vous, vous êtes…
– Une sorcière, je suppose. Mais si je vous ai entraînée ici, c’est pour vous manifester ma confiance en vous et mon désir de vous soutenir.
– Votre désir…
– La sorcellerie, ce n’est pas ce qu’on vous raconte à l’église ou au diocèse. Pratiquer la magie ne fait pas de tous des servants du diable. Ce sont deux choses distinctes à vrai dire. Et vous avez de puissants ennemis, et moi, je peux être votre amie…
– Mon amie…
– Je sens que vous êtes souffrante et je peux vous soulager.
– Me soulager…
– Laissez-vous faire et vous irez mieux et vous aurez fait de moi votre alliée.
– Me laisser faire… »

La Bernadette approcha sa tête sur la tête de la Soeur Jacqueline. Son haleine sentait l’ail et le persil. Elle écarta les paupières de la nonne et lui lécha la cornée. Elle lui enleva son voile et passa ses doigts gonflés dans la poisse de ses cheveux gris en sueur. Elle avait des ongles longs qui griffaient les habits de la nonne, sauf ses annulaires qui étaient coupés courts. Elle s’en servit pour lui explorer les canaux auditifs. C’était vraiment étrange cette sensation à la fois d’être comblée et de servir de marionnette, de s’abandonner. La Soeur Jacqueline était incapable de déterminer si elle consentait ou non à ce qui était en train de se produire. Commettait-elle alors un péché ?

La Bernadette lui prit la main et l’apposa sur son opulente poitrine. « Sens mon coeur ». Celui-ci battait comme celui d’un boeuf et en même temps la nonne sentit que le sien était comme planté d’épines. Elle décida qu’elle était victime d’un sort, qu’elle était prise, oui c’est ça, qu’elle était sous l’emprise de la cuisinière, comment appeler autrement ce sentiment de manque et de dépendance qui l’abritait, et ses inclinations ô combien contraires à ce qu’on lui avait enseigné au couvent ?

Si elle était sous l’emprise, oui comme un enfant coincé sous des draps trop chauds, alors elle n’était pas responsable de ce qui suivrait, elle ne commettait pas de péché, elle n’aurait rien à confesser. Si elle couvrait son ventre de baisers, c’était en dehors de sa volonté. Si elle mordait la chair tout autour du grain de beauté de la Jacqueline, c’était dans un état second. Si elle la laissait la malaxer comme une glaise fertile, c’était comme dans un rêve.

Elle oublia le froid d’automne qui traverse les murs comme du beurre, elle n’était plus qu’une fournaise et seule la Bernadette avait le pouvoir de l’accompagner alors qu’elle se sentait littéralement fondre. Elle la laissa retirer sa robe et ses jupons, en fait elle l’aurait aidée si ses mouvements n’avaient pas été si gauches. La cuisinière sortit un bocal de terrinne de la commode, elle en tartina les chairs de la doyenne, et en mit dans sa bouche pour qu’elle l’avalât avec langueur, alors qu’ensuite de sa tête elle se frottait à son araignée intime.

L’expérience qui s’ensuivit rappella à la Soeur Jacqueline l’auto-médication de la vieille, mais en cent fois plus ardent, en cent fois plus réel. Elle avait le sentiment de procéder là à quelque rite inédit dont seul son corps avait le souvenir, une réminiscence païenne que visiblement on avait tenté, l’oubli aidant, de lui enlever au couvent, mais c’eut été comme déraciner un chardon, on ne peut jamais couper tout le rhizome, et là c’était en train de repousser, le feu dans son ventre et le moyen de le satisfaire, par l’entremise de la Bernadette, elles étaient deux femmes dans la fleur de l’âge et leurs corps sinon leurs esprits savaient quoi faire. La Soeur Jacqueline se fit plus entreprenante, elle enleva chaque bouton de la chemise de la cuisinière comme s’il était lourd comme du plomb, elle délivra les mystères gras et ridés qui avaient auparavant peuplé sa nuit, elle parcourut chaque varice avec avidité, elle lécha là où s’était salé, là où c’était mou, là où c’était humide. Alors que la Bernadette allait de son côté droit au but, la Soeur Jacqueline sentit monter en elle des vagissements que seules ses années de couvent purent l’aider à contenir.

Ainsi donc, c’était cela d’être prise dans les sorts.

Et à ce moment-là, la Bernadette sentit en elle quelque chose qu’elle pressentait à peine, et elle se garda bien de faire des remarques à ce sujet pour le moment.

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Static Tensions, par Kylesa, metal, hardcore, punk, stoner, sludge, héroïque et vengeur, l’album de fer et de plomb pour la dernière des expéditions punitives

La Soeur Marie-des-Eaux sortit encore de l’eglise par le presbytère. Il ne comprennait pas cette honte qu’il avait d’aller à confesse. Quelque chose clochait.

Derrière le presbytère, c’était des ronces et des orties, et une masse de chênes aux racines couvertes de glandaies. On était à deux pas de la grand-rue et pourtant en terre étrangère. Et personne n’allait entendre ce qui allait se passer, la main qui bloque d’un rondin la porte du presbytère et les deux paysans qui sortent des fourrés. Y’avait le fils Fournier avec son pif de travers, et aussi celui que le novice identifia comme le fils Fréchin, vu l’air de famille avec le maire. Il était plus jeune et portait fièrement l’habit traditionnel, chemise blanche, gilet noir et sabots. Il avait un peu la gueule de son père mais en plus ovale et il était encore plus grand que lui, avec un grand sourire de petit con. Ils avaient tous les deux des fléaux et pourtant la moisson était passée depuis un temps…

L’opinel du Novice était déjà sorti, mais le gars derrière lui dévissa le poignet et la lame roula dans les fourrés.

Pour une fois, la Soeur Marie-des-Eaux freina ses réflexes de survie et prit une seconde pour analyser la situation. Le gars derrière elle avait disparu. Les deux fils à papa avait pas tout à fait l’air dans leur état normal. On aurait dit des clébards enragés.

Pour le novice, ce fut l’hésitation de trop. Le fils Fournier était petit et pas costaud mais il frappa aussi fort qu’il était bête et lui brisa l’épaule net. Le fléau du fils Fréchin s’écrasa sur ses vertèbres et le cloua au sol.

Lexique :

schlinguer : puer
couârie : discussion

Notes liées aux règles de L’Empreinte :

Menace : une Déité Horla (la Mère Truie)
Lieu de départ : Les Voivres
Avancement :
Acte I – Introspection + Tentation + Agression
Acte II – Introspection + Tentation + Agression (en cours)

Bilan :

Toujours dans l’idée de varier les inspirations aléatoires, j’ai fait deux tirages de Nervure (le prototype, qui comporte juste une centaine de questions orientées à la For The Queen) lors de la création du passé de Champo avec Session Zéro.
Parmi les inspis aléatoires également utilisées : AlmanachOriente

Une session difficile car j’étais fatigué, j’avais franchement envie de dormir, mais j’essaye de fixer ma session d’écriture à la première après-midi entièrement vacante de la semaine, donc pas question de déroger pour manque d’énergie. Il vaut mieux que je fasse des sessions difficiles plutôt que de trouver des prétextes pour reporter toujours d’un ou plusieurs jours, et finalement louper une semaine, voire ajourner totalement le projet.

Feuilles de personnage :

Les feuilles de personnages sont maintenant centralisées et mises à jour sur cet article

Nouveauté par rapport à la fois précédente :
1 empreinte de plus pour Soeur Jacqueline.
Un passé oublié pour Champo (tiré avec Session Zéro)

[Dans le mufle des Vosges] 6. Le Vieux nous voit

LE VIEUX NOUS VOIT

Emportées par la folie ambiante au sein du village et par leurs vieux démons mémoriels, les deux nonnes exorcistes partent en quenouille.

Joué / écrit le 19/11/2019

Jeu principal utilisé : L’Empreinte, de Thomas Munier, survivre à une transformation qui nous submerge

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

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Fedee P, cc-by-nc-nd, sur flickr

Contenu sensible : érotisme, violence sur les enfants

Passage précédent :

5. Face à la diablerie
Les exorcistes font enfin la rencontre du véritable démon qui faisait peser sa menace sur le village. Et ça va faire très mal ! Je passe ensuite à un nouveau jeu de rôle avec le vénéneux L’Empreinte.

L’histoire :

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Anro, par Sachiko, de la musique tribale ritualiste pour un trip chamanique qui commence mal et qui finit complètement de travers.

ça lui faisait drôle de toucher sa propre peau, ce n’était pas une chose qu’on était habituée à faire au couvent. Elle passa son ongle à l’intérieur de son nombril et ça lui fit comme l’impression d’un contact étranger et ça lui remuait des choses dans le ventre, elle entendit des gargouillis et sentit des volumes circuler dans ses tripes.

A partir de ce moment, le massage commença à l’apaiser, mais elle sentait aussi que son mal ne ferait qu’empirer si elle arrêtait trop vite. Elle devait même monter en intensité, et la chaufferie descendait de son ventre jusqu’à son bassin.

Elle pensa à la Bernadette, et c’était une pensée bien innocente parce qu’elle associait sa brûlure à la cuisinière et si la voir calmait son ardence, y penser et la visualiser pourrait peut-être aussi y contribuer.

Elle concentra sa rêverie sur le visage de la Bernadette et s’imagina passer ses doigts dans ses cheveux comme franchissant une broussaille inexplorée. Elle frémissait de tout son corps, il faisait un froid de caveau dans la chambre et les ronflements de la Soeur Marie-des-Eaux pareils à des râles accroissaient la tension. Incidemment elle imaginait des histoires si son novice se réveillait, la surprenant en plein acte d’auto-médication et spéculait beaucoup de choses sur ses possibles réactions.

Elle revint en pensées à la Bernadette. Sa main pesait comme un chaud poids mort sur elle-même, engourdie et parcourue de fourmillements, pour ainsi dire autonome. Elle s’attarda sur le grain de beauté posé sur la joue de la cuisinière, gonflé comme un soufflé. Dans son rêve, la Bernadette lui accordait un sourire de laisser-faire, alors elle approcha son doigt vers la tumeur, quel mal y avait-il à ça, et la toucha d’abord timidement, puis la massa avec un doigt, puis deux.

Et cela réveilla une turbidité en elle depuis longtemps endormie, elle se sentit comme investie par un limon qui s’étirait vaseusement dans ses entrailles, elle passait sa main dans des fougères et des raies manta qui pour fossilisées qu’on aurait pu les croire, étaient bien réactives et palpitantes, et elle se sentit comme un marécage empli d’une langueur qui venait du fond de la préhistoire.

De la seule main qui lui obéissait encore, elle se couvrit la bouche pour que la Soeur Marie-des-Eaux n’entende pas ce qui remontait de sa gorge.

Je ferai une prière. Oui, je ferai une prière demain pour expier.

Blam !

En guise de lever, la Soeur Marie-des-Eaux chuta de son lit comme une masse. Un flachebacque lui était revenu en rêve et l’avait littéralement flanqué par terre.

C’est quand la chose lui avait crevé l’oeil. Le choc avait été si brutal et porteur de mort imminente que ça avait réactivé sa mémoire profonde.

C’était dans les tunnels rances de la Ligne Maginot, comme traversant son orbite, que le flachebacque l’avait projeté, au milieu des mille bruits d’humidité, gargouillis viscéraux et goutte-à-goutte. C’était la planque où la Madone à la kalach l’avait formé avec d’autres enfants-soldats. Elle la revoit en train de remonter sa mitraillette avec les lianes dégoulinantes derrierre elle comme un rideau, et son visage aux trois quarts recouverts d’un masque de bois rouge vernis, qui lui donne justement ces traits imperturbables, sa beauté de statue. La Soeur Marie-des-Eaux est aux aguets parce que c’est un souvenir lucide, sur lequel il peut influer et enquêter. Il s’apprête à poser des questions et s’y prend avec beaucoup de précautions, car à partir de ce moment il va lui être impossible de discerner le passé réel du passé revisité. Une lampe à huile hors d’âge éclaire la scène à grand-peine, ménageant plus le mystère que la vérité.

Il est couché sur une froide dalle de béton couverte de lichen. Dans les mains son carnet de mémographe qui arbore ses toutes premières pattes de mouche. Quelque chose a changé dans leur relation. D’une maîtresse à penser politique, la madone serait devenue sa mentoresse en mémographie ? Il sent qu’il vient d’avoir un flachebacque, sûrement aidé par la madone. Une technique de mémoire corporelle qui lui a permis de faire remonter le passé de ses organes et de ses douleurs. La Soeur Marie-des-Eaux est devant un choix mortel : laisser la tourbe noire de ce souvenir remonter ou poser des questions.

« Tu t’agites trop. N’essaie pas de remonter. Tu vas ressentir une très grande douleur mais c’est signe que tu touches au but. »

Sa voix était monocorde. Mono-corde. Comme artificielle. Mais en même temps une des choses les plus rassurantes que la Marie-des-Eaux ait jamais expérimentées.

Alors il fit le deuil de ses questions et s’abandonna aux conseils de sa mentoresse. Celle-ci s’assista par des touchers rituels, ses mains étaient molles, sans poids et glaciales. Elle agissait sur ses points de pression pour réveiller les douleurs profondes. La Marie-des-Eaux avala une grande goulée d’air froid et plongea en lui-même aussi profondément qu’il n’était jamais allé, et ce fut comme une immersion dans un bain de carbone en fusion. Ce n’était pas douloureux à proprement parler, mais plutôt comme un déchirement ontologique qui lui écartelait les os et les muscles, une détresse à laquelle ne pouvait répondre qu’un cri blanc à faire trembler les voûtes de la ligne Maginot.

Et pourtant, le souvenir profond n’était qu’une scène de paix.

L’endroit où il arriva comme en passant au travers d’une vierge de fer, ce fut dans les bras de son amant, et quelque chose lui criait que ça avait été son seul amant, c’était quelque part à Douaumont dans une forêt au parfum de cordite et de gaz moutarde à l’apparence tranquille d’un piège en sommeil, eaux empoisonnées au plomb, humus truffé de mines, arbres criblés de shrapnels.

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Water’s Ruins par Loki Fun Lilith, du dark ambiant noisy, inondé dans une cave sous un marais sous un arbre sous une voix d’outre-tombe.

La Marie-des-Eaux s’étonne d’avoir accès aux odeurs avec une telle acuité alors qu’il était au fond du fond d’un souvenir, et pourtant l’arôme de plumes mouillées lui remontait en plein des ailes de Préscience qui entouraient son corps pour le consoler d’un trauma, qui lui encore échappait à sa portée. Il la surmontait de deux pieds et sa tête – ou plutôt ses trois têtes de belette – reposait sur la sienne. Son haleine était chaude et musquée.

La Marie-des-Eaux plongea son regard dans les yeux noirs de Prescience, se sentant pour la seule fois de sa vie en confiance avec quelqu’un, sachant que Prescience avait accès tout de lui et ne s’en servirait jamais contre lui. Du moins, c’est que la Marie-des-Eaux du passé ressentait, mais celle du présent n’osa pas interférer, préférant connaître ce qu’elle avait expérimenté à l’époque.

Des tirs de carabine crevaient le silence, comme si une traque était sur le point d’aboutir. Mais Prescience était calme. Et la Marie-des-Eaux était sur le point d’avouer une chose qu’il savait déjà.

Et l’oxygène disparaissait de la forêt, comme happé. La Marie-des-Eaux retint sa respiration autant qu’elle pu, serrant le corps anarchique de Prescience, mais rapidement il n’en tint plus et remonta à la surface, et comme écharpé par les ronces sur son passage, se réveilla avec une violente décharge et s’écroula du lit.

La Soeur Jacqueline eut bien du mal à en sortir de son côté, comme fondue dans le matelas, et honteuse et percluse.

Elles descendirent au bistrot où une chicorée les attendait dans des tasses en étain, aux côtés de deux assiettes de fèves, de la porcelaine de collection avec des motifs naïfs de forêt et d’amoureux qui venaient de chez l’oncle Mougeot, grand pourvoyeur en antiquités. Le Vauthier levait déjà le coude au schnaps, comme on avale un détergent alors qu’il n’y a plus rien à lessiver. Il leva son verre à la vue du novice et de ses bandages, comme en signe de compassion.

La Bernadette entama la conversation avec la doyenne, qui ne sut s’y soustraire, magnétisée. La Soeur Marie-des-Eaux vit une silhouette derrière la vitre translucide de l’entrée et se présenta à la porte pour ouvrir. C’était Champo.

« Je vous ai cousu un cache-oeil. J’y ai brodé un mandala qui vous portera bonheur. »
Derrière, on entendait les marmots chanter la comptine :
« Cuit, cuit, Jésus cuit.
Cuit, cuit, Jésus cuit, on l’a bouilli ! »
Les mômes s’arrêtèrent à la vue du bandage ensanglanté.
 » Je vous remercie. Mais je vais devoir le personnaliser. »
Il décrocha le crucifix de bois qu’il avait en sautoir et l’accrocha au cache-oeil. Si les gens n’accordaient pas encore assez de crédit à son titre de nonne exorciste, cet apparat allait pouvoir aider.

Il y avait un marmot en bout de corde, les autres le tenaient à l’écart et se plaignaient de son odeur.
« Qui c’est celui-là ?
– C’est Hippolyte, le dernier-né des Soubise. »

D’un pas aussi décidé que sa convalescence le lui permettait, la Soeur Marie-des-Eaux se diriga vers le gamin tout marmosé de noir et tout débraillé qui servait de souffre-douleur aux autres.

Il le chopa par le col et lui glissa son Opinel sous les narines.
« Dis-moi ce que tes parents trafiquent avec les cochons ! »

ça se sentait que le mouflet en menait pas large, il était sur le point de fondre dans ses sabots et de lâcher tout ce qu’il savait sous la menace de l’exorciste au surin.

C’est alors que Champo tira en arrière le poignet de la Soeur Marie-des-Eaux avec un noeud coulant de sa corde. Il voulait protéger le môme placé sous sa tutelle et aussi sauvegarder le peu de réputation de l’exorciste.

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Within The Darkness Between The Starlight, par Nhor, entre piano à fleur de peau et black metal atmosphérique, un temple gothique de nature, d’émotions et de ténèbres.

Mais ce dernier fit passer le sherpa par-dessus son épaule, et en un éclair il avait déjà ramassé sa lame et il serrait la gorge du petit avec le noeud coulant tout en pointant son arme à un millimètre de l’oeil.

« Viens ouâr par ici, toi !
– Pitié monsieur, si vous aimez le Vieux et notre seigneur Jésus-Cuit, me faites pas de mal…
– Alors mets-toi à table, petit merdeux ! »

C’était trop pour Champo, il voulait pas perdre le môme, il sentait dans sa mémoire en miettes qu’il en avait déjà trop perdu et qu’en perdre un de plus, ça lui déracinerait le coeur, alors il repoussa la Soeur au prix d’une serieuse estafilade sur la joue. Il avait l’Opinel planté dans la chair, et il le serrait de l’autre main à s’en faire saigner comme un cochon, il fixait l’exorciste en tremblant, avec un regard à s’en débrider les yeux.

La Soeur Jacqueline tira la Soeur Marie-des-Eaux : « Mais qu’est c’que t’broyes ? ». Elle ne comprenait même pas à quoi ça rimait, vu que l’intérêt du novice pour les Soubise lui était passé au-dessus de la tête. Elle entraîne son novice à l’intérieur de l’auberge, au plus vite, pour éviter le scandale.

« Soeur Marie-des-Eaux ! Le Vieux nous voit !
– Quoi qu’c’est qu’il peut voir à travers les arbres ? »

Mais celui qui a vraiment impressionné la Soeur Marie-des-Eaux au point de lui faire renoncer à son interrogatoire violent, c’est Champo. Sa plaie à la joue s’est ouverte et pleut le sang. Des racines de colère en sont sortis et irriguent les rides de son visage. Voici ce qui se passe quand on provoque un homme dans un monde où les émotions font tout vriller.

« Faut qu’on te soigne, Champo. La Bernadette est guérisseuse, elle va t’arranger ça. »

Le sherpa voulut bien se faire examiner par la cuisinière après avoir mené les enfants à l’école.

ça se passait, comme toutes les choses importantes, dans la cuisine et ses fumets. La Bernadette avait fait bouillir des pinces et dans le four y’avait des coualés à chauffer. La Soeur Jacqueline se dit que ces petits bonhommes en brioche dont les arômes lui remontaient dans les narines faisaient partie d’un réseau de signes qu’elle peinant encore à déchiffrer. Mais bon, la cuisinière lui offrit en guise de frichtic un maugin et de la confiotte de gratte-cul alors elle pensa à autre chose. Et puis ça la calmait toujours d’être à ses côtés.

« Vous avez tellement bouâlé qu’un horla vous a poussé dessus. », fit la Bernadette en retirant à la pince des vermicelles violettes de sa blessure.
– Moi j’appelle ça un tulpa. ça fait partie de moi, c’est moi qui l’ai créé.
– Ben soit je te le laisse et il va bien s’enticher, soit je te le retires mais alors je te retires un bout de toi-même.
– T’es une sâprée bonne femme, toi. Ben tant pis, je peux pas prendre le risque que ça se développe. Retire-le moi. »

Et elle enleva de sous la peau de son visage et de son cou, et peut-être que ça venait du coueur, tout un amas dégueulasse de pseudopodes, comme une étoile de mer, qui portait le souvenir d’une personne chère au coeur de Champo, une personne qu’il n’avait pas su sauver, et maintenant après être perdue en forêt, elle était aussi perdue de sa mémoire, comme si Champo avait lui-même accepté qu’on scie la corde de vie qui la reliait à lui.

Lexique :

Marmosé : barbouillé
broyer : faire, fabriquer
coualés : petits bonshommes en brioche (équivalent des manalas alsaciens)
bouâler : râler
frichtic : casse-croûte
confiotte : confiture
gratte-cul : Fruit de l’églantier
maugin : tarte au fromage blanc

Bilan :

J’essaye de diversifier mes tirages d’inspi, alors j’ai utilisé La Stèle au cœur des Plaines pour localiser le flachebacque et le sous-flachebacque de la Soeur Marie-des-Eaux.
Durant ce flachebacque, où je teste mon premier vertige logique pour ce roman, j’ai été tenté de prendre des décisions autonomes pour le novice, mais il m’a sauté aux yeux que ce n’était pas ludique, aussi j’ai imaginé le dilemme « souvenir profond OU question » (Inflorenza Minima‘s style) et je l’ai tranché aux dés.

J’ai composé Prescience avec un tirage de Muses & Oracles et deux tirages de la table des détails forestiers.

Le lexique vosgien m’a été bien utile pour remettre un peu de patois dans tout ça.

Le mode cauchemar à l’Empreinte, ça pique les yeux. Je peux pas laisser les empreintes se développer sur mes personnages si je veux qu’ils survivent. Ce qui m’a donné une bonne scène de guérison d’empreinte pour Champo. Bref, les règles ont permis de commencer à mettre en avant le sherpa et c’est bien cool.

Notes liées aux règles de L’Empreinte :

Menace : une Déité Horla (la Mère Truie)
Lieu de départ : Les Voivres
Avancement :
Acte I – Introspection + Tentation + Agression
Acte II – Introspection

Feuilles de personnage :

Les feuilles de personnages sont maintenant centralisées et mises à jour sur cet article

[Dans le mufle des Vosges] Fiches de personnages

Voici les fiches de personnages utilisées pour le roman-feuilleton Dans le mufle des Vosges. Elles s’enrichissent à chaque épisode si je crée de nouveaux personnages où si j’utilise de nouvelles règles de jeux de rôles.

Sheena Long, cc-by-nc, sur flickr

Champo

Feuille créée avec L’Empreinte :
Vocation : Vagabondage
Métier : guide
Attitudes : Combattre la menace / Fuir la menace
Empreintes : Traumatisme des enfants perdus
Empreintes guéries : Racines sortant du visage

Passé oublié (créé avec Session zéro) :

Vous aviez un compagnon fidèle en grandissant. Décrivez l’animal qui a accompagné votre enfance. Comment est-il devenu votre compagnon ? Est-il toujours votre animal ?

C’était un patou, un chien de berger capable de tenir tête à des loups. Il connaissait aussi les chemins montagnards mieux que moi-même et a pour ainsi dire fait tout le travail de berger à ma place quand j’étais enfant, en plus de me protéger et d’être mon meilleur ami. Sa dévotion lui a joué un mauvais tour, puisqu’il s’est sacrifié pour me sauver d’un grand danger.

Un jour, une puissante entité s’est présentée à vous. Quelles circonstances ont mené à cette rencontre ? Qui/Quelle était cette entité ? Qu’à entraîné cette rencontre ?

Quand mes parents sont morts, on les a laissés en pleine nature, et des corbeaux sont venus se repaître de leurs corps. Je pensais qu’ils emportaient leurs âmes dans leur bec, et je voulais savoir où ils les emmèneraient, ce mystère m’a obsédé au point que j’ai suivi les corbeaux jusqu’à leur repaire au sommet de la montagne. Et là, j’ai rencontré le père de tous les corbeaux, une entité à tête de corbeaux avec un corps massif parcouru de milliers d’ailes, de becs, de serres et d’yeux. Et j’ai compris qu’il ne fallait pas essayer de communiquer avec cette chose, qu’il fallait fuir, tout de suite. Et mon patou s’est sacrifié pour couvrir ma fuite. Je ne l’ai jamais revu depuis.

A vos débuts, vous avez été façonnés par la présence à vos côtés d’un gardien/d’un tuteur. Qui était-il ? Pourquoi s’est-il occupé de vous ? Quel est votre souvenir le plus marquant de l’époque où vous étiez ensemble ?

Après la mort de mes parents et ma fuite du Dieu Corbeau, j’ai été recueilli par une amie de mes parents, Lhakpa, qui m’a appris son métier de sherpa. Elle voulait remplir ce devoir mais je crois aussi qu’elle pensait que j’avais un potentiel et n’ayant pu avoir d’enfant, elle a reporté sur moi ses espoirs de succession, je devais en quelque sorte transmettre sa mémoire. Ensemble, nous avons gravi le Hohneck, qui était réputé invincible. Mais elle y a laissé sa vie et moi j’ai perdu sa mémoire.

Bemep, cc-by-nc, sur flickr

Sœur Jacqueline

Feuille créée avec L’Empreinte :
Vocation : Sorcellerie
Métier : Nonne exorciste
Attitudes : Ressentir de la fascination pour la menace / Agir selon ses propres objectifs dans l’ignorance de la menace
Empreintes :

  • Sous l’emprise de la Bernadette
  • Marionnette de la Bernadette

Feuille créée avec Les Exorcistes :
Vice :

  • La luxure

Vertu :

  • La prudence

Description physique et personnalité :
Cinquantaine, visage rond et couperosé par la bière de lichen, yeux un peu fixes. Bonne vivante. Assez affectée par l’oubli, n’a pas de souvenir d’avoir jamais quitté le couvent de Saint-Dié

Bref historique :
Il est possible qu’elle ait eu récemment une vie en dehors du couvent. Il est aussi possible qu’elle ait été cloîtrée pour contrer son penchant à la luxure, et qu’on l’ait incité à oublier son passé (onction à l’eau bénite d’oubli ?)

Mots-clefs :

  • Soeur Exorciste
  • Inspire la confiance
  • Cuisinière
  • Contemplative
  • Intuitions

Lien avec autre PJ :
A sauvé la vie de Soeur Marie des Eaux mais ne s’en souvient pas. Aurait été sa formatrice ou sa compagne d’apprentissage en exorcisme ?

PNJ Favori :
Bernadette, la tenancière du Pont des Fées

Passé oublié (tiré avec Session Zéro) :

Personne n’est parfait. Quel est le plus gros mensonge que vous ayez jamais énoncé ? À qui
l’avez-vous révélé ? Pourquoi avoir menti ?
J’étais la servante d’une Mère Truie. Je l’ai révélé (sous la torture) à l’archevêque de Saint-Dié. J’ai menti parce que j’étais infiltrée chez les chanoinesses, mais l’archevêque m’a sauvée de l’emprise de la Mère Truie et m’a accordé l’eau d’oubli.

Les anniversaires sont toujours prétextes à de grandes fêtes. Décrivez votre anniversaire le
plus mémorable. De quel anniversaire s’agissait-il ? Qu’est-ce qui l’a rendu si mémorable ?
C’est l’anniversaire de mon entrée au couvent. Il est mémorable parce que j’ai vraiment le droit de manger beaucoup à ce moment et parce que personne n’évoque jamais la date exacte de mon entrée.

Un amour passé fait toujours partie de votre vie. Depuis quand étiez-vous amoureuse ?
Qu’aimiez-vous le plus chez cette personne ? Comment votre histoire s’est-elle terminée ?
J’ai été amoureuse d’une batelière qui menait les pélérinages vers la fontaine d’oubli. J’aimais la langueur de cette personne. L’histoire s’est terminée quand j’ai dû boire l’eau d’oubli.

Asa Hagström, cc-by, sur flickr

Sœur Marie-des-Eaux

Feuille créée avec L’Empreinte :
Vocation : Combat
Métier : Nonne exorciste
Attitudes :
Combattre la menace / Se rapprocher par erreur de la menace

Empreintes : + Estropié

Feuille créée avec Les Exorcistes :

Vice :
La colère

Vertu :
La force

Description physique et personnalité :
Jeune, borgne (cache-oeil), cheveux courts, visage androgyne (tout le monde la genre au masculin). Un air de froide détermination. Paranoïaque et violente. A reçu une formation de mémographe et tient un registre de tous ses souvenirs (pattes de mouche)

Bref historique :
A connu une jeunesse très traumatique (elle a notamment aimé un horla, mais celui-ci est mort quand ils se sont embrassés, étonnement c’est la chose qui l’a marqué le plus alors qu’elle a été victime de choses plus violentes), au terme duquel elle a d’abord reçu une formation de mémographe puis de soeur exorciste. En guerre contre les figures du mal. Assez attachée au voeu de chasteté. Fascinée par le texte de l’Apocalypse.

Mots-Clefs :

  • Soeur Exorciste
  • Opinel
  • Mémographe
  • Combattante
  • Âne

Lien avec autre PJ :
A sauvé la vie de Soeur Jacqueline, s’en rappelle mais ne veut pas lui remettre ça dans les dents. La naïveté de Soeur Jacqueline a failli leur coûter la vie en enfer.

PNJ favori :
Basile, le cordelier (ses cordes sont vecteurs d’égrégore, elles lui ont révélé la statue de Jésus)

Passé oublié (tiré avec Session Zéro)

Il y a quelqu’un de spécial à qui vous avez ouvert votre cœur. Décrivez votre premier amour :
Était-ce réciproque ? Qu’est-ce que vous aimiez le plus chez cette personne ?
Je pense que c’était réciproque. C’était un être de cicatrices et de souffrance, alors il me comprenait sans parler, c’est ça que j’aimais le plus chez lui. Notre amour était réciproque et c’est ça qui l’a perdu, il est tombé en miettes quand je l’ai embrassé.

Un son particulier vous fait toujours sourire. De quel son s’agit-il ? Comment est-ce devenu
un son rassurant pour vous ? L’entendez-vous encore maintenant que vous avez commencé à
voyager ?
C’est le son de l’eau courante. Cela évoque la vie et la pureté qui continuent à se trouver un chemin, malgré tout. Je ne l’ai pas beaucoup entendu durant mon périple, aussi je m’intéresse à découvrir où sont les ruisseaux aux Voivres, on m’a parlé des Forges Quenot.

Vous aviez un compagnon fidèle en grandissant. Décrivez l’animal qui a accompagné votre
enfance. Comment est-il devenu votre compagnon ? Est-il toujours votre animal ?
C’était un lapin dodu et je l’emmenais partout avec moi. Mais un jour, on m’a fait manger du civet et j’ai appris que c’était mon lapin. C’est le dernier souvenir que j’ai de mes parents.

Objectifs des PNJ

La Mère Thiébaud : se plaindre plus que les autres, se faire remarquer
Le Père Thiébaud : partir en forêt suivre la voix des elfes
Le Maire Fréchin : maintenir la paix sociale
Le Fils Fréchin : se venger de Champo
Le Fils Domange : se venger de la Soeur Marie-des-Eaux
La Bernadette : Faire un enfant à la Soeur Jacqueline ?
Le curé Houillon : éviter les ennuis.
Les cordes : se nourrir de mémoire, s’en prendre au curé Houillon
Madeleine Soubise : s’extirper de l’emprise des Soubise
Hippolyte Soubise : avoir une enfance normale
Le Père Soubise : servir la Mère Truie
La Mère Truie : exacerber et se nourrir de la violence des villageois
Vauthier : boire pour oublier
Le Nono Elie : faire concurrence à l’Oncle Mougeot dans le trafic de ragots
L’exorciste de Saint-Dié : attendre qu’on l’appelle pour venir mettre de l’ordre aux Voivres
L’Oncle Mougeot : faire du trafic de ragots et d’objets mémoriels pour accumuler de l’égrégore et avoir la main sur le village
La Mélie Tieutieu : soutenir les PJ en leur apportant des infos.

[Dans le mufle des Vosges] 5. Face à la diablerie

FACE À LA DIABLERIE

Les exorcistes font enfin la rencontre du véritable démon qui faisait peser sa menace sur le village. Et ça va faire très mal ! Je passe ensuite à un nouveau jeu de rôle avec le vénéneux L’Empreinte.

Joué / écrit le 14/11/2019

Jeu principal utilisé : L’Empreinte, de Thomas Munier, survivre à une transformation qui nous submerge

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

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Dan Noyes, cc-by-nc-nd, sur flickr

Contenu sensible : cruauté envers les animaux, suicide, mutilation

Passage précédent :
4. Purification

 

L’histoire :

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Dwelling In A Dead Raven For The Glory Of Crucified Wolves, par Wolfmangler, du drone dark folk riche en cuivres et en chant sinistre, à la fois murmuré et grogné, pour une chasse funèbre entre chiens et loups.

Soeur Marie-des-Eaux encaisse mal le choc. Quand Soeur Jacqueline reprend ses esprits et revient au monde matériel, c’est pour voir le novice se noyer dans le ruisseau des Forges Quenot.

Elle s’empare de sa main grêle et tire de toutes ses forces. Un instant, ça ne semble pas être suffisant, mais le temps d’après le corps du novice suit tout seul. Champo avait dévalé le talus et avait tiré l’autre poignet. Le novice ne s’étale pas en remerciement, il s’empare aussitôt de sa robe pour la jeter sur sa nudité. Le sherpa n’a pas l’air intéressé par la chose, mais ça ne change rien à la pudeur de Soeur Marie-des-Eaux, qui n’a vraiment confiance qu’en Jacqueline. Un peu confiance.

Les voilà maintenant en haut du talus. Champo a allumé un feu et elles se réchauffent à proximité de la pierre maternaire. Craquements d’escarboucles qui procurent une fausse intimité, une fausse sensation de réconfort. En forêt, il faut toujours être aux aguets.

« Je pense que vous voulez retourner chez les Thiébaud. Je voudrais vous accompagner.
– Pour quelle raison ? Vous nous tenez sans doute responsable de la mort de Basile.
– Je ne raisonne pas en termes de cause à effet, de bien ou de mal. Certes, votre exorcisme lui a fait du mal, mais c’est trop tôt pour faire un lien avec son suicide. Et c’est trop tôt pour savoir si vous avez bien fait ou mal fait. Mais je pense une chose : il y a ici des forces néfastes, et les habitants des Voivres sont trop péteux pour prendre les choses en main. Vous êtes des étrangères et vous venez nous aider alors que tout le monde vous crie de vous mêler de vos oignons. Moi, je pense que vous êtes bien intentionnées et que c’est mon devoir de vous aider, pour protéger les gens de ce village, en priorité les enfants.
– On ne peut pas accepter, c’est un païen, siffla la Soeur Marie-des-Eaux.
– C’est surtout un homme de bien, coupa la Soeur Jacqueline. Qu’il soit baptisé ou non, c’est un don du ciel pour la mission que tu veux tant dont on s’acquitte. »

C’est donc à trois qu’ils remontèrent la grande-rue, en direction du Chaudron. Quand la Soeur Jacqueline vit la Bernadette sur le pas de la porte, son coeur se serra. Quelque chose se noua dans ses tripes, comme si ses chairs se calcinaient, comme si la merde lui remontait le long des intestins, ça faisait un mal de chien comme elle n’en avait jamais connu. Elle s’approcha de la Bernadette, et comme cette dernière ne la repoussait pas, elle se sentait étrangement mieux. L’odeur de graillon et de transpiration de la cuisinière était comme un baume pour le feu qui lui bouffait le bide.
« Alors vous remontez au Chaudron ?
– Oui.
– Soeur Jacqueline, je vous en prie, faites quelque chose pour moi.
– Tout… ce… que… vous voudrez…
– Ramenez-moi la corde du pendu. Elle ne doit pas tomber en de mauvaises mains.
– O… oui…
– Faites attention aussi au petit. Je comprends pas pourquoi il veut pas se faire soigner. Je comprends pas comment il arrive à tenir debout avec toutes ses fractures.
– C’est… C’est sa rage qui le maintient en vie.
– C’est ça, c’est un renard enragé. Prenez garde à sa morsure. »

La Bernadette lui prit sa main. La doyenne sentit le contact physique avec une acuité qui lui fit peur. Le fourmillement dans ses articulations, les ongles de la cuisinière enfoncés dans sa peau, le frottement de leurs deux épidermes. Puis la Soeur Marie-des-Eaux la tira de façon bourrue et la séparation fut douloureuse comme un déchirement musculaire.

 

Il régnait une pluie pisseuse qui détrempait les chemins et collait aux frusques, charriant une odeur de grès qui donnait presque la nausée.
Champo les fit passer par un chemin différent, pour brouiller les pistes. Au détour de la ferme des Fournier, avant les Faignottes, ils empruntèrent un chemin tout encombré de pierres semées avec anarchie dans l’humus. Ils passèrent à côté d’une maison en ruines, « le château de paille », d’après leur guide, d’où dégorgeaient des masses de foin moisi.

La Soeur Jacqueline jetait des regards nerveux derrière son épaule.
« On nous suit… On nous guette… »

Crâ !

Seul le cri d’un corbeau répondit à cette remarque. Il y avait un tel fouilis de broussailles et de branches noueuses, que les tréfonds de la forêt étaient difficile à discerner, malgré la chute des feuilles.

Leur éventuel espion bénéficiait de l’avantage du terrain.

Puis il y eut une côte à descendre, avec des ornières si profonde que les deux soeurs, percluses qu’elle étaient, n’arrivaient pas à avancer sans l’aide du sherpa qui tirait leur cordée comme à la manoeuvre.

Enfin un chemin à niveau mais tout aussi accidenté que les précédents, longeant un étang obstrué par les lentilles d’eau, un verger de pommiers retourné à l’état sauvage, et juste avant l’écurie des Thiébaud, un entrepôt passablement abandonné, dont le dernier usage semblait être pour le stockage des stères de bois en attente de la découpe, et qui était rendu à l’empire des buissons d’orties, des ronces, des poutres effondrées et des bâches déchirées.

Ils trouvèrent les Thiébaud dans leur cuisine. Dans un triste état. La nourriture était carbonisée dans la poêle sur la cuisinière à bois, le père soliloquait dans son fauteuil et la mère était au trente-sixième dessous, du vomi sur son tablier à fleurs, hagarde. Ils étaient tellement diminués qu’ils étaient à peine conscients du sort de leur fils.

« Bobi, si Félix est rentré ? »

La Soeur Marie-des-Eaux se mit en tête de chercher le chat, dans l’espoir que ça leur redonnerait un peu le moral.

Au pied du poulailler, la Soeur Jacqueline et Champo trouvèrent l’Elie, un chasseur du village. Il était là, le fusil cassé, en bottes de plastique et béret, avec son chien, et comme qui dirait il occupait tout l’espace avec se bedaine et ses yeux de faucon, un peu ici en terrain conquis comme le sont partout les chasseurs. Il portait un jeune chevreugne dans ses bras, avec une grande douceur, comme on porte un enfant. Un enfant avec trois impacts de balle au flanc, et le chargea dans la benne de son tracteur avec délicatesse, amoureusement pour ainsi dire.

La Soeur Jacqueline se dit qu’il avait de la veine que la Soeur Marie des Eaux soit en train de chercher le chat.

Il expliqua qu’il était sur la trace d’un gibier quand il est passé devant la ferme des Thiébaud, et s’est arrêté pour les saluer. Voyant leur état, il s’est dit qu’il irait voir le Basile, et c’est lui qui l’a découvert.
« Je l’ai décroché. Je pouvais pas le laisser comme ça. »

L’Elie est le seul équipé d’une CB dans le village, un outil à la fois pratique pour le chasseur et le cancanneur qu’il est. C’est ainsi qu’il a prévenu la mairie et que Champo a été mis au courant par proximité. Ensuite, il a repris sa chasse et là il s’apprêtait à rentrer. Champo l’aida à descendre Basile en bas du poulailler pour le mettre dans la benne contre le chevreugne. On aurait vraiment dit deux enfants, tous deux avec une tête paisible dans la mort.

« Félix ? Minou, minou ! »

La Soeur Marie-des-Eaux était monté sur le pont, c’est toujours là que ces cons de chats viennent se cacher.

Au premier étage, il y avait toujours ce relents d’oignons et de jus de pommes ranci mais pas de trace du matou.

Un bruit.

Le novice monta le raide escalier du deuxième avec précaution, il avait l’air aussi esquinté que ses propres abattis et craquait sous ses pieds pareil.

Cette fois, le mémographe qu’il était ne put s’empêcher de s’arrêter sur les cartons de revue. Un observateur extérieur aurait pu le voir feuilleter avec avidité les pages hors d’âge du journal La Liberté de l’Est. Les étranges événéments de l’âge d’or défilaient sous ses yeux, de l’encre qui sentait le moisi, des photos bleuâtres. Deux hommes chauves. Les irradiés de Forbach. Et des considérations sur le danger nucléaire. Voici ce qu’un observateur extérieur aurait pu voir.

La gorge de la Soeur Jacqueline se noua quant au terme d’une pénible escalade, elle arriva dans les combles du poulailler. Trois poules gloussaient sous la poutre principale. Le filet de lumière à travers la vitre de plastique éclairait le noeud coulant que l’Elie avait laissé sur le plancher. Il y avait ça et là tout ce qui restait du Basile : des cordes avec d’étonnants noeuds de marins, des baugeottes finement tressées, des bombonnes de jus de pomme à moitiée parées d’osier, et puis de ridicules jouets en ficelle.

Elle prit la corde de pendu dans ses mains, et songea à l’autre corde que le Basile leur avait offert, qui pendait à sa ceinture.

Elle sentit que quelque chose bougeait.

La Soeur Marie-des-Eaux cligna des yeux, et comprit au fourmillement dans son crâne qu’un temps indéterminé s’était écoulé à compulser des archives sans importance pour ceux qui les produisirent et cruciales pour les personnes d’aujourd’hui qui tombaient dessus.

Des particules de poussière volaient dans la lumière qui perçait du toit.

Il tourna la tête vers la pièce où était remisé le Jésus-Cuit, invisible car dans l’angle mort. Sur le plancher fragile de cette pièce, il y avait un petit corps roux inerte.

La Soeur Jacqueline secouait la poêle sur la cuisinière. Il fallait que la mère Thiébaud mange quelque chose, alors elle avait jeté quelques oignons et des patates dans cet ustensile qu’avaient cuirassé les fossiles noirs d’années et d’années d’huile brûlé.

L’Elie faisait la conversation au Père Thiébaud mais c’était pas évident.

« Bobi, si les Etienne sont rentrés des affouages au Beaulieu ?
– C’est pas bon, ça… Il parle de chantiers agricoles qui datent d’il y a trente ans. Les deux-là, on dirait qu’ils était complètement sucés. »

Difficile de savoir si le plus effrayant était que le Père Thiébaud soit retombé dans le passé ou si c’était que l’Elie soit capable en toute conscience de dater des choses aussi anciennes.

ça commençait à sentir bon les oignons et les patate, et ça faisait un peu oublier la misère généralisée.

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The Dynamic Gallery of Thoughts, par …and Oceans, du black metal orné de claviers de toutes parts, maléfique, mélodique et racé.

Le novice s’avança pour se pencher sur le chat. Le plancher grinça.

Félix était mort. Il était tout sec, comme momifié. Comme sucé.

La Soeur Marie-des-Eaux sentit une force qui lui chopa le cerveau à pleine mains et commença à presser.

Cela aurait pu sonner n’importe qui d’autre, mais cette attaque sournoise et violente activa son mode guerre.

Le novice vit aussitôt volte-face, l’Opinel lancé en arc-de-ciel comme une prolongation naturelle de son bras. Son poing vient se briser à moitié sur la surface de son assaillant.

La statue de Jésus-Cuit !

Tous dans la cuisine entendirent des bruits de lutte monumentaux et se précipitèrent dans le salon en croyant que ça venait de là.

C’est ainsi qu’ils virent le plafond s’effondrer sous le poids de la statue et du novice. Sous la secousse, l’horloge comptoise du salon perdit l’équilibre et s’éclata sur le dos de la Soeur Marie-des-Eaux. La statue était explosée en trois morceaux et – une foutue – CHOSE – en émergeait, comme un amas de ronces d’où pendaient des grappes d’humeurs visqueuses et des ocelles qui luisaient d’un éclat noir. La chose s’aggrippait au corps du novice par ses crampons, labourant sa robe et ses chairs. Le novice chercha à frapper son ganglion central, une masse de métastases orné d’un sphuncter suceur, mais les ronces lui bloquèrent le poignet en en faisant gicler le sang dans une scène christique. Une ronce-sphuncter se jeta au visage du novice – « Non, non, NOOON ! » – et lui rentra dans l’oeil, directement, traversant l’orbite comme une pointe dans une planche. Et maintenant, elle n’avait plus qu’à aspirer sa cervelle. Plus rapide qu’une absorption télépathique.

Spprr—lotch !

C’est en résumé le bruit hideux que produisit la chose quand la Soeur Jacqueline écrasa la poêle chaude sur son ganglion central.

C’en était fini du véritable démon qui hantait Les Voivres.

 

L’écurie de l’Auberge du Pont des Fées était calme. Les chevaux respiraient avec silence. La chaleur et l’odeur du crottin formait comme un cocon. La Soeur Jacqueline soignait l’oeil de son novice du mieux qu’elle pouvait. Celui-ci n’avait pas eu la force de refuser qu’on se replie à l’auberge, mais refusait encore que la Bernadette s’occupe de lui. Il brossait le dos de Maurice et lui donnait de l’avoine par petites poignées que l’âne avalait goulument, avec une tranquille approbation. Cela apaisait le novice et occultait un peu l’immense douleur qui le crevait de toutes parts.

Après l’attaque de la chose dans la statue, ni le maire ni le prêtre n’avaient eu à coeur de maintenir l’exil des deux nonnes. Tout juste si le père Houillon avait rappelé qu’il y aurait séance de confessionnal dès qu’elles seraient un peu sur pied.

Le mal qui tirait le ventre de la Soeur Jacqueline s’était un peu adouci depuis qu’elles étaient revenues à l’Auberge, mais elle ressentit le besoin de laisser là le novice et trottiner jusqu’aux cuisines sous prétexte d’aider. Dès qu’elle vit la Bernadette affairée aux fourneaux, penchée sur ses gamelles le front humecté de sueur et les lunettes embuées, elle sentit que ça la bouffait moins.

« Vous prendrez bien du saucisson tant que la Soeur Marie-des-Eaux n’est pas là pour faire la police. »

La Soeur Jacqueline hocha la tête. La cuisinière lui tendit une rondelle rouge presqu’à portée de sa bouche. La doyenne s’en empara, c’était graisseux au toucher et chaud et acide sous la langue.

« Je ne comprends pas ce que votre novice a contre la charcuterie. C’est tout le terroir des Vosges.
– Elle aime les créatures du Vieux plus encore que les hommes, je crois.
– En attendant, faudrait bien qu’elle prenne des forces. Parce qu’elle vous expose à un grand danger, sachez-le. Et ça m’inquiète parce que je tiens à vous. »

Ces derniers mots eurent plus d’impact que la Soeur Jacqueline ne l’aurait imaginé. Elle se sentait fondre comme si elle était elle-même une rondelle graisseuse de saucisson dans une bouche gourmande. Elle essaya de passer un coup de balai dans ces pensées.

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What has become of the one i love ?, par Yseulde, du post-americana lunaire et lo-fi pour un feu de camp introspectif à l’infini.

« Ce que vous avez vu… au Chaudron. C’était un horla. Il se nourrissait de l’énergie mentale des gens qui allaient à la messe.
– Un horla ?
– Bien entendu, vous n’avez jamais entendu parler de ce terme. Ils vous ont pas bien préparé vos curés exorcistes, au Diocèse. Ils vous ont tout expliqué de travers, avec leurs histoires de diable. »

Elle tira un tiroir pour montrer le noeud coulant qui y était caché au milieu des couteaux de cuisine.

« Encore merci pour ça. J’en ferai bon usage.
– Bon usage ?
– Ecoutez, Soeur Jacqueline, je vous suis reconnaissante pour ce que vous avez fait pour le village et je veux vous aider. J’ai appris dans le Petit Albert deux ou trois choses qui pourraient vous être utiles. Vous voudrez bien de mon aide ?
– Naturellement.
– Tant mieux, parce que si vous continuez à taper dans les taupinières, vous pourriez bien trouver d’autres horlas. Maintenant, je vais vous montrer comment cuisiner des rognons. »

La chair de foie de veau rissolait dans la poêle, emplissant les narines de son fumet. La main ridée de la Bernadette tenait le poignet de la Soeur Jacqueline pour la guider, doucement mais fermement.

 

La voix de la Soeur Marie-des-Eaux égrénait les faits de la journée et de la veille. Il avait besoin de dire à haute voix ce qu’il inscrivait dans son carnet mémographique maintenant qu’il était borgne.

ça raisonnait dans la tête de la Soeur Jacqueline allongée, en proie à la brûlure qui lui tenaillait le ventre et descendait, et bien consciente que ça n’aurait pas été convenable d’aller visiter la cuisinière à cette heure-ci pour se calmer.

La voix du novice énumérait le récit de leur calvaire d’une façon monocorde qui dénaturait ce qu’elles avaient vraiment vécu, et renforçait la conviction que la Soeur Jacqueline avait sur la vacuité du dogme mémographique.

Puis ce fut, alors que la bougie s’étouffait dans sa fumée, l’habituelle litanie des prières d’exorcisme et de l’Apocalypse :

« Et ceci sera l’œuvre du Démon. Car le Démon est entré dans la demeure de l’Homme quand celui-ci lui a ouvert la porte et l’a accueilli à bras ouverts. Il a laissé le Démon marcher dans les rues et les palais de Babylone et il lui a servi du vin et l’a appelé Fils de l’Homme.
Et le Démon lui a donné ce qu’il nommait des bienfaits : la vie, la fertilité, l’abondance, et toutes les bêtes et les choses à son service.
Et l’Homme s’est bandé les yeux, il a goûté au fruit tendu par le Démon et il a mordu sa chair grouillante d’asticots sans prendre garde à son goût infect. Et l’Homme a sacrifié les êtres et les choses innocentes au Nom du Démon, il a embrassé la bouche du Démon, et il a dit : « J’embrasse la bouche du Fils de l’Homme. »

La Soeur Jacqueline murmurait en écho pour faire acte de participation, mais sans conviction. Et la voix de son infortuné novice s’éteint dans un souffle comme la flamme de sa bougie, pour sombrer dans un sommeil où la fatigue extrême, l’exténuation terminale du corps, avait pour un temps triomphé sur la souffrance.

Mais pour la Soeur Jacqueline, la nuit s’étirait comme une rivière polluée, dans la rumeur des chats-huants, le roulis des feuilles mortes et la brûlure qui la tiraillait encore plus dans l’inaction. Elle descendit le main le long de son ventre et se massa les bourrelets dans l’espoir que ça se calme.

 

Lexique :

péteux : peureux
pont : grenier
baugeotte : gros panier à anse double

 

Bilan :

Un long préambule joué sans jeu de rôle attitré, puisque rédiger la fin de l’arc du Jésus-Cuit m’a pris les deux premières heures, sans suport des Exorcistes, et avant de créer mes feuilles de personnage avec L’Empreinte, réservée au nouvel arc consacré aux Soubise. Avec cette création, j’entérine le fait que Champo fait directement partie de l’équipe. Je flippe un peu parce que je pense que mes personnages vont en baver, avec d’importants risques de mort, mais je m’attends à ce que la nouvelle menace soit vraiment balèse et donc je dois pas les surprotéger. Allez, comme on n’est quand même qu’au début du roman, je règle la difficulté du jeu en mode intermédiaire. Je me dis que Champo servira de fusible, mais sait-on jamais, ce n’est peut-être pas lui qui va y passer, et quelque part ça m’arrangerait, j’aimerais bien faire une session d’Oriente centrée sur lui.

Bon allez, je change d’avis. Je passe en mode cauchemar pour montrer ce que L’Empreinte a dans le ventre et pour sortir de ma zone de confort. En revanche, je vais rester à un jet de dé par acte.

J’ai en revanche utilisé Oriente et Muses et Oracle, un tirage de chaque, pour raconter le voyage au début de l’épisode. J’ai passé beaucoup de cartes Oriente avant de trouver mon bonheur avec la carte « Quelle bête vous suit partout ? », qui fait le lien avec le fait que les Soubise ont mis les soeurs en filature. Je tire une carte Muses et Oracles et là, parfait, je tombe sur une icône de corbeau. Y a-t-il un lien entre les Corax et les Soubise ou la Mère Truie ? La suite nous le dira !

J’ai encore une fois utilisé des anecdotes très personnelles mais je me garderai bien de vous dire lesquelles.

 

Notes liées aux règles de l’Empreinte :

Menace : une Déité Horla (la Mère Truie)
Lieu de départ : Les Voivres
Avancement :
Acte I – Introspection + Tentation

 

Feuilles de personnage

Champo (créé avec L’Empreinte)
Vocation : Vagabondage
Métier : guide
Attitudes : Combattre la menace / Fuir la menace

 

Soeur Jacqueline

Feuille créée avec L’Empreinte :

Vocation : Sorcellerie
Métier : Nonne exorciste
Attitudes : Ressentir de la fascination pour la menace / Agir selon ses propres objectifs dans l’ignorance de la menace

Feuille créée avec Les Exorcistes :

Vice :
+ La luxure

Vertu :
+ La prudence

Description physique et personnalité :
Cinquantaine, visage rond et couperosé par la bière de lichen, yeux un peu fixes. Bonne vivante. Assez affectée par l’oubli, n’a pas de souvenir d’avoir jamais quitté le couvent de Saint-Dié

Bref historique :
Il est possible qu’elle ait eu récemment une vie en dehors du couvent. Il est aussi possible qu’elle ait été cloîtrée pour contrer son penchant à la luxure, et qu’on l’ait incité à oublier son passé (onction à l’eau bénite d’oubli ?)

Mots-clefs :
– Soeur Exorciste
– Inspire la confiance
– Cuisinière
– Contemplative
– Intuitions

Lien avec autre PJ :
A sauvé la vie de Soeur Marie des Eaux mais ne s’en souvient pas. Aurait été sa formatrice ou sa compagne d’apprentissage en exorcisme ?

PNJ Favori :
Bernadette, la tenancière du Pont des Fées

Passé oublié (tiré avec Session Zéro) :

Personne n’est parfait. Quel est le plus gros mensonge que vous ayez jamais énoncé ? À qui
l’avez-vous révélé ? Pourquoi avoir menti ?
J’étais la servante d’une Mère Truie. Je l’ai révélé (sous la torture) à l’archevêque de Saint-Dié. J’ai menti parce que j’étais infiltrée chez les chanoinesses, mais l’archevêque m’a sauvée de l’emprise de la Mère Truie et m’a accordé l’eau d’oubli.

Les anniversaires sont toujours prétextes à de grandes fêtes. Décrivez votre anniversaire le
plus mémorable. De quel anniversaire s’agissait-il ? Qu’est-ce qui l’a rendu si mémorable ?
C’est l’anniversaire de mon entrée au couvent. Il est mémorable parce que j’ai vraiment le droit de manger beaucoup à ce moment et parce que personne n’évoque jamais la date exacte de mon entrée.

Un amour passé fait toujours partie de votre vie. Depuis quand étiez-vous amoureuse ?
Qu’aimiez-vous le plus chez cette personne ? Comment votre histoire s’est-elle terminée ?
J’ai été amoureuse d’une batelière qui menait les pélérinages vers la fontaine d’oubli. J’aimais la langueur de cette personne. L’histoire s’est terminée quand j’ai dû boire l’eau d’oubli.

 

Soeur Marie-des-Eaux

Feuille créée avec L’Empreinte :

Vocation : Combat
Métier : Nonne exorciste
Attitudes :
Combattre la menace / Se rapprocher par erreur de la menace

 

Feuille créée avec Les Exorcistes :

Vice :
La colère

Vertu :
La force

Description physique et personnalité :
Jeune, borgne (cache-oeil), cheveux courts, visage androgyne (tout le monde la genre au masculin). Un air de froide détermination. Paranoïaque et violente. A reçu une formation de mémographe et tient un registre de tous ses souvenirs (pattes de mouche)

Bref historique :
A connu une jeunesse très traumatique (elle a notamment aimé un horla, mais celui-ci est mort quand ils se sont embrassés, étonnement c’est la chose qui l’a marqué le plus alors qu’elle a été victime de choses plus violentes), au terme duquel elle a d’abord reçu une formation de mémographe puis de soeur exorciste. En guerre contre les figures du mal. Assez attachée au voeu de chasteté. Fascinée par le texte de l’Apocalypse.

Mots-Clefs :
– Soeur Exorciste
– Opinel
– Mémographe
– Combattante
– Âne

Lien avec autre PJ :
A sauvé la vie de Soeur Jacqueline, s’en rappelle mais ne veut pas lui remettre ça dans les dents. La naïveté de Soeur Jacqueline a failli leur coûter la vie en enfer.

PNJ favori :
Basile, le cordelier (ses cordes sont vecteurs d’égrégore, elles lui ont révélé la statue de Jésus)

Passé oublié (tiré avec Session Zéro) :

Il y a quelqu’un de spécial à qui vous avez ouvert votre cœur. Décrivez votre premier amour :
Était-ce réciproque ? Qu’est-ce que vous aimiez le plus chez cette personne ?
Je pense que c’était réciproque. C’était un être de cicatrices et de souffrance, alors il me comprenait sans parler, c’est ça que j’aimais le plus chez lui. Notre amour était réciproque et c’est ça qui l’a perdu, il est tombé en miettes quand je l’ai embrassé.

Un son particulier vous fait toujours sourire. De quel son s’agit-il ? Comment est-ce devenu
un son rassurant pour vous ? L’entendez-vous encore maintenant que vous avez commencé à
voyager ?
C’est le son de l’eau courante. Cela évoque la vie et la pureté qui continuent à se trouver un chemin, malgré tout. Je ne l’ai pas beaucoup entendu durant mon périple, aussi je m’intéresse à découvrir où sont les ruisseaux aux Voivres, on m’a parlé des Forges Quenot.

Vous aviez un compagnon fidèle en grandissant. Décrivez l’animal qui a accompagné votre
enfance. Comment est-il devenu votre compagnon ? Est-il toujours votre animal ?
C’était un lapin dodu et je l’emmenais partout avec moi. Mais un jour, on m’a fait manger du civet et j’ai appris que c’était mon lapin. C’est le dernier souvenir que j’ai de mes parents.