Cauchemars en double

CAUCHEMARS EN DOUBLE

Le premier test de Cœlacanthes : en double table avec Batronoban ! Parce qu’on n’est jamais assez punk ! Témoignage d’une foutue descente aux enfers.

(temps de lecture : 4 min)

Le jeu : Cœlacanthes, l’abomination forestière

Joué le 08/10/2017 à la Convention Octogones

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(C) Mysko

Juste pour enjailler, une suggestion d’écoute musicale pour lire ce compte-rendu :
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The Singer, par Diamanda Galas : quand la plus grande sorcière gothique des années 90 se met à chanter du blues, ça vous écorche jusqu’à la moelle.

Je ne vais pas m’étendre sur la fiction, car ce serait soit vous spoiler le jeu, soit livrer des éléments de la vie privée des joueuses (puisque nous avons décidé de nous jouer nous-même), je vais en revanche tâcher de vous restituer les différentes techniques utilisées lors de cette partie qui a précédé la rédaction finale du jeu.

La chasse aux noix dans Octogones a été assez cocasse, ça m’a rappelé à juste titre notre double-table de L’Enfant Dissocié, qui je le rappelle a inspiré Cœlacanthes. Je suis pas sûr que toutes les noix aient été retrouvées, certaines avaient été planquées loin (sur nos stands…) En cours de jeu, un joueur a mangé quelques noix, que j’ai considérées comme défalquées des points de vie du groupe.

Dans le playtest, on avait censuré la pédophilie (parmi les thèmes proposés) et la mort d’un proche (parmi les tabous rajoutés par une joueuse), et c’est tout. Concernant la mort d’un proche, j’avoue j’ai triché sur ce dernier point car en temps que MJ j’ai décrit le cadavre d’un de mes proches, cependant sans le préciser aux joueuses. La censure de la pédophilie a fait qu’on n’a pas joué la Maison Carogne [J’ai par la suite ajouté dans le livre une méthode pour le jouer sans mentionner la pédophilie], mais c’est pour ainsi dire le seul impact qu’il y a eu. Aucune extraction durant le jeu. Donc c’était plutôt du 10% de sécurité.

Ce que mettaient les joueuses dans leurs descriptions d’elles-même :
+ le fait qu’elles étaient rôlistes 🙂
+ leur métier
+ leurs savoir-faire
+ leur caractère
+ leurs défauts, leurs faiblesses
+ leur physique
+ leur personnalité
+ J’ai aussi appris qui était titulaire d’un permis B et qui avait un frère jumeau

C’était hyper intéressant d’entendre les joueuses décrire leur version d’elle-même clochardisée. Le genre qui te met les poils parce que tu vois une intention forte du jeu se mettre en œuvre.

Le moment le plus difficile pour moi, ça a été, en tant que MJ/Magicienne, de me décrire nu. J’ai essayé de ne pas m’épargner, de livrer des détails, parce que je voulais être aussi impliqué que les joueuses (ce pourquoi d’ailleurs j’ai désobéi à la censure de la mort d’un proche).

La censure de la pédophilie a donné lieu à une scène assez marrante. Une joueuse se retrouve dans la même zone qu’un joueur retombé en enfance. Elle lui dit : « C’est dommage que la pédophilie a été censurée car je suis hypersexuelle alors j’aurais sauté sur l’occasion… »

Pour procéder au double-table, nous sommes partis du principe que les deux groupes faisaient la même campagne dans un univers parallèle. Tout le monde jouait l’acte I (les deux groupes séparément), et on a joué deux actes charnières en regroupant les deux tables : l’acte VII (Le double maléfique, le supplice et la conception) et l’acte final (Vaincre les Abysses).

Pour l’acte VII, on a bougé à l’autre bout de la convention pour trouver un espace avant un minimum de surface au sol dégagé. On a positionné des feuilles par terre pour symboliser les zones et on a joué debout, les joueuses se plaçant physiquement sur les feuilles pour matérialiser leur emplacement. Durant ce trajet, on a essayé de faire une queue leu leu mais on a perdu un joueur en marche, et quand on est revenu à la table de jeu, il n’y était pas non plus, mais nous avait laissé un message :
« C’était drôle ; mais la prochaine fois ; ÉVITEZ DE PERDRE VOS PUTAINS DE PJ !!! SAYONARA ; et à la revoyure (mais elles sont vachement bonnes vos noix) »

Effet des cut-up rigolos : une joueuse qui arrive à ma table avec une tête de vache sur chaque épaule.
cet autre joueur qui se retrouve en habit de médecin avec une boîte aux lettres à la place du sternum, un autre avec des ailes de mouche

Durant la partie, j’étais constamment en flippe de choquer mes joueuses, mais en cours de route j’ai fait la confession à Batro que toutes les pilules avaient l’air de passer crème. Il m’a répondu : « L’humour aide beaucoup… ». Parole d’expert ! Et en effet, le cocktail humour / trash s’est avéré tout à fait bien dosé !

Mon regret personnel est que la censure m’a empêché de jouer la Maison Carogne. Il me semble que c’est Batro qui devait jouer Sous la coupe des horlacanthes, l’autre cauchemar très intense, mais je ne suis plus sûr qu’il l’ait fait, en tout cas j’aurais voulu le faire moi-même. J’aurai heureusement l’occasion de le faire lors de notre deuxième double table, à Au-Delà du Dragon. Je n’ai encore pas eu l’occasion de maîtriser La Maison Carogne à ce jour.

C’est un jeu tactique et un jeu social, donc c’est fait pour donner une sensation d’achievement et pour qu’on se rapproche les uns les autres. A la fin du test, on a été applaudis par les joueuses, donc je pense que leur expérience était globalement positive.

Les conditions de jeu étaient pourtant assez abominables (mais c’est peut-être ça qui a justifié les applaudissements) : Cœlacanthes est un jeu qui nécessite pas mal de matos et de préparation, et on a fait ça dans une convention bondée dans un temps limité… Il y a eu des malentendus et des pertes de temps avec par exemple une table d’un autre jeu qu’on a obligé de changer de place deux fois… A nouveau, si vous voulez faire du Millevaux dans de bonnes conditions, jouez sans moi ! Mais malgré ces conditions, j’ai pu percevoir l’intensité et la folie du jeu. Nous remettrons une nouvelle fois le tapis en double table avec Batronoban sur la convention Au-delà du Dragon, dans de meilleures conditions.
Il me reste à tester le jeu en mono-table et sur un temps plus long… Chose que j’ai toujours repoussé. De quoi ai-je donc peur ? Sûrement de nous-mêmes.