Pierre, prince des mille peurs

PIERRE, PRINCE DES MILLE PEURS

Bois-Saule utilisé pour créer une rédaction de collège sur le thème des arbres ! Un récit par Xavier Féry.

(temps de lecture : 4 min)

Joué/écrit le 17/12/2019

Le jeu : Bois-Saule, jeu de rôle solo pour vagabonder dans les ténèbres sauvages de Millevaux

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Photo : Claude Féry, par courtoisie

L’histoire :

Il était une fois, un jeune prince, prénommé Pierre.
Il vivait dans une magnifique demeure, pleine de couloirs, et de chambres, trop souvent obscures. Son père, le roi était trop occupé par les affaires du royaume pour prêter attention à son jeune héritier.
Pierre vivait donc entouré de ses maîtres le jour et la nuit était envahi par ses peurs.
Comme tout enfant, il craignait les ténèbres qui envahissaient le palais, dès presque-nuit.
Alors, chaque soir, il édifiait une tour de ses oreillers pour garder l’entrée de sa chambre, et se réfugiait sous son lit, tandis qu’une pile d’édredons égarait le monstre qui était promis à l’engloutir dans sa faim dévorante.
Chaque matin, il se promettait qu’il serait un jour suffisamment brave pour affronter le monstre de ses cauchemars.
Un matin comme un autre, son maître calligraphe, le gronda sévèrement pour avoir laissé tomber sa plume, une fois de plus au sol.
En la ramassant, glissant sous la table, il crut apercevoir un monstre qui se tenait dans l’ombre du maître. Il sentit dans cette ombre plus dense qui se confondait dans les plis de la robe du vieillard, une force terrible et hostile.
Il était terrifié, terrorisé.
Il se souvint alors de sa volonté d’un jour affronter ses peurs. Il se redressa, prêt à chasser de sa voix l’esprit mauvais qui possédait son maître.
Mais la peur fut plus forte encore.
Il s’enfuit du palais. Il courut à perdre haleine, loin très loin, de l’endroit ou ses peurs l’attendaient.

Bientôt, il se retrouva perdu, au cœur de la forêt.
Pas la forêt où il accompagnait son père à la chasse. Celle-là, il en connaissait les sentes.
Il était égaré, seul dans le bois. Les arbres bougeaient, menaçants sous le vent.
Aucun autre homme alentour.
Il était seul.
Bientôt, la nuit noircit les troncs des arbres.
Il entendit le chant du hibou. Il lui glaça le sang.
Alors Pierre se réfugia au creux d’un vieil arbre vénérable, couvert de lichens et de mousses.
Il tremblait de froid et de peur.

Au comble de sa terreur, il entendit une voix caverneuse, une voix de feuilles, de mort.

Des lianes, des ronces bougèrent tout autour de lui.
Il tenta de s’éloigner au plus vite, mais un tentacule de lianes mêlées le saisit.
Le creux de l’arbre était une énorme bouche béante, et avide, désireuse de le dévorer.

Elle l’engloutit bruyamment et digéra ses peurs nouées en boule dans son petit ventre, pour recracher un Pierre gluant de sève, mais désormais, un prince sans peur.

Commentaires de Thomas :

A. C’est une sacrée bonne idée d’utiliser un jdr solo pour effectuer une rédaction ! Et puis le thème de la rédaction colle en effet à merveille à Millevaux !
B. J’espère que ça a aidé Xavier !
C. En tout cas, le récit se tient tout à fait.
D.  Je me suis permis de suggérer quelques corrections ortho/grammaire, plus l’adjonction d’un lexique.
E. Tu dis « Nous avons joué » : quelle part as-tu pris dans le processus de narration et d’écriture ?
F. Est-ce que Xavier envisage d’expliquer au sein de son devoir qu’il s’est aidé d’un jeu de rôle textuel ? (je ne crois pas que ça soit perçu comme de la « triche », surtout avec la ludification en vogue dans l’enseignement, mais je suppose que ça dépend de la sensibilité du ou de la prof)
G.  Peux-tu nous scanner les 4 images servant de support à la rédaction  ?

Claude :

A. B. C. D. Xavier comme souvent avait « oublié » qu’il avait un devoir à faire. Son enseignante lui a donné un délai supplémentaire. Il m’en a parlé à 17h30 hier soir.
Xavier est dys (dysgraphie et dysorthographie). Le passage à l’écrit est pour lui une épreuve.
Il bloquait et il a fini par me montrer son premier jet. Il ne parvenait pas à agencer les ingrédients du conte attendus. Je lui ai donné Bois-Saule. Il l’a lu et joué sa partie. Pour gagner du temps j’ai saisi sous sa dictée son récit. Je lui ai suggéré quelques modifications. J’ai imprimé le résultat après une relecture trop rapide, (merci à toi) qu’il a recopié en corrigeant certaines fautes de frappe ou d’orthographe.
E. La professeure est une agrégée lettres classiques très old school, sans revival. Je ne pense pas qu’il lui dira.
B. Ce fut pour lui une révélation. Il est capable d’écrire un récit et de raconter des histoires qui lui plaisent !

Thomas :

B. Super ! Je crois moi-même beaucoup au potentiel du jeu de rôle solo pour créer des récits, voir cet article que tu connais sûrement déjà : Le jeu de rôle, un outil pour l’écriture de roman ?

Claude :

Effectivement, sans pour autant avoir épuisé à mon niveau le sujet.
Si j’aspire à récolter le bénéfice esthétique de la démarche, je ne peux me résoudre à jouer en solitaire. J’éprouve le besoin d’éprouver en partage les émotions pour que cela fasse sens, (cf ma pratique antérieure de Bois-Saule avec Xavier)

F. Et bien finalement Xavier lui a indiqué qu’il avait joué son devoir avec jeu de rôle… Et lui a demandé si elle connaissait l’univers de Millevaux et elle ne le connaît pas. Xavier en était surpris

Thomas :

N’explique pas à Xavier que Millevaux n’est connu que par quinze personnes, ça briserait la magie 🙂
Plus sérieusement, je me demande comment la prof a réagi quand elle a appris que Xavier a utilisé un tel outil.

Claude :

Moi aussi
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Claude :

Elle a lu le devoir de Xavier hier soir et lui a dit que c’était très bien, mais qu’elle regrettait que la forêt ne soit pas au cœur de son récit. Elle prévoit de rendre les devoirs corrigés à la rentrée