La feuille de compétences de la joueuse

La capacité de jeu, exposée dans un article précédent, recouvre un répertoire complexe d’habiletés et de potentialités. J’avais évoqué une capacité de jeu absolue, qui recouvre tout ce qu’elle serait capable d’effectuer au cours de sa carrière, et cette capacité de jeu peut être évaluée par une liste d’habiletés et de potentialités, un peu comme une feuille de personnage en quelque sorte.

Justin Hall, cc-by, sur flickr

Si l’exercice vous intéresse, je vous invite à me donner votre propre liste de personnages en commentaires. Recopiez les éléments de la liste qui vous semblent être vos points forts, ou encore recopiez tous les éléments en leur attribuant à chacun un pourcentage, comme une feuille de l’Appel de Cthulhu.

J’ai conscience que présenter la capacité de jeu comme une liste de compétences peut faire passer un message capacitiste ou capitaliste, résument les joueuses à de simples utilitaires dans la partie de jeu de rôle.

Je voudrais nuancer ce propos en précisant que ce n’est qu’une approximation, un modèle, qui vise surtout à montrer que nos possibilités de préhension durant une partie de jeu de rôle sont différentes d’une joueuse à l’autre. Il n’y a aucune hiérarchie entre les joueuses, d’une parce que je souhaite défendre les dispositifs de jeu inclusifs, et de deux parce que tant qu’on ne connaît pas le dispositif, on ignore quelles habiletés sont requises. Un peu comme un personnage de l’Appel de Cthulhu : mieux vaut-il avoir 90 % en Bibliothèque ou 90% en Arme à feu ? Et bien, comme dirait l’autre, ça dépend du MJ et du scénar 🙂

Cette feuille de compétence veut aussi battre en brèche la notion de joueuse expérimentée. Une joueuse qui n’a jamais fait de jeu de rôle mais a déjà fait du théâtre aura peut-être des scores élevés dans certaines compétences de roleplay qu’une joueuse timide avec vingt ans de jeu de rôle derrière elle n’atteindra jamais. Nos goûts divergent également et nous font porter nos efforts sur des compétences différentes. J’ai ainsi 25 ans d’expérience du jeu de rôle mais je ne suis pas certain d’avoir mis beaucoup de points dans les compétences tactiques 🙂

J’ai organisé cette feuille de compétences par blocs. D’abord mes traditionnelles divisions entre tactique, moral, esthétique et social. Comme elles se sont avérées insuffisantes pour tout couvrir, j’y ai adjoint les blocs « mécanique », « immersion » et « roleplay ».

Cette feuille de compétences n’a pas vocation à être mon propos définitif sur la capacité de jeu. C’est un peu une liste en vrac, on pourrait discuter de chaque intitulé et de sa place dans tel ou tel bloc, et certainement rajouter un tas de compétences auxquelles je n’ai pas pensé.

Chaque compétence est également vague et circonstancielle. Que veut dire « Faire des descriptions cool » ? Cela va bien sûr dépendre de la table 🙂

Les dispositifs inclusifs ont tendance à recruter les joueuses sans regarder leurs feuilles de compétences, tandis que les dispositifs mélioratifs ou inclusifs vont en revanche y accorder de l’attention : les dispositifs mélioratifs visent l’objectif de faire acquérir certaines compétences aux joueuses, tandis que les dispositifs élitistes cherchent à recruter des joueuses qui ont déjà acquis un certain profil.

La feuille de compétences décrit la capacité de la joueuse dans l’absolu. Le dispositif de la partie va bien sûr déterminer si ces compétences auront une chance de s’exercer, voire de s’améliorer. Vous pouvez considérer que le dispositif apporte des bonus ou des malus aux compétences des joueuses 🙂

La capacité de jeu est un concept qui vient des jeux vidéos, des jeux de société et du théâtre. L’adapter aux jeux narratifs est un peu casse-gueule parce que j’ai le sentiment (sans hiérarchiser les types de jeux qui sont tous aussi cool) que la variété des habiletés qu’une joueuse peut déployer est plus vaste dans les jeux narratifs (et sans doute encore s’il y a mise en jeu du corps). Quelque part, le concept de feuille de compétences est peut-être plus adapté que le concept de capacité de jeu.

Ceci rejoint une vieille idée d’expérience que j’avais émise : jouer à une partie de jeu de rôle avec en plus de nos feuilles de personnages, des feuilles de joueuses, qui nous contraindraient à imiter le style d’une joueuse qui n’est pas nous. C’est ce que nous avons testé dans la partie Dieflorenzard en quête d’auteur. L’outil d’émulateur de PJ, proposé pour du JDR solo, s’en rapproche aussi, même s’il est d’ordinaire utilisé pour gérer des PNJ comme s’ils étaient des PJ, plutôt que pour incarner le personnage principal du soliste.

Alors, quand tu veux morfler tout en crevant quand même l’écran, jette 2d6+diva ! Et quand tu veux jeter l’émoi parmi tes petits camarades, jette 2d6+drama !

LA FEUILLE DE COMPÉTENCES DE LA JOUEUSE :

Tactique :

+ Créer un personnage efficace

+ Faire des descriptions précises et utiles

+ Manipuler l’arbitre / les joueuses

+ Faire des plans

+ Optimiser

+ Tricher

+ Se fixer des objectifs atteignables

+ Poser les bonnes questions

+ Diplomatie

+ Psychologie

+ Chance aux dés

Moral :

+ Se fixer une quête

+ Etablir les valeurs de son personnage

+ Commenter la teneur morale des situations

+ Dévoiler l’état d’esprit de son personnage.

+ Drama queen

+ Se mettre en disposition de ressentir des émotions fortes

Esthétique :

+ Expertise dans un domaine

+ Faire des descriptions cool

+ Respecter le canon

+ Co-construire une chouette intrigue

+ Faire un personnage mémorable

+ Expérimenter sur les contraintes formelles

+ Connaître l’univers

+ Créer de l’univers

+ Jouer pour perdre

+ Jouer au service

+ Jouer radiophonique (dans le cadre d’un actual play)

+ Scream queen (pour les jeux de rôle d’horreur)

+ Mettre le dawa dans l’intrigue

Social :

+ Pitcher une partie

+ Planifier les parties

+ Accueillir

+ Faire de bons petits plats

+ Prendre la parole

+ Faire briller les autres

+ Distribuer la parole

+ Avoir une présence agréable

+ Être cool

+ Être un bon public

+ Commenter les actions des autres

+ Respecter la sécurité émotionnelle

+ Prendre soin les un.e.s des autres

+ Respecter la sphère physique des autres

+ Participer à la conversation hors-jeu

Mécanique :

+ Apprendre les mécaniques

+ Mémoriser les mécaniques

+ Enseigner les mécaniques

+ Manipuler les mécaniques

+ Hacker

+ Juriste des règles

+ Expérimenter des situations

+ Playtester

+ Analyse critique

+ Improviser

+ Préparer

+ Mise en jeu du corps

Immersion :

+ Visualiser

+ S’abstraire des signaux parasites

+ Jouer sans méta

+ Retraduire les informations méta en fiction

+ S’émerveiller

+ Entrer en bleed

+ Tester la solidité de l’univers

Roleplay :

+ Interpréter un personnage

+ Comprendre un prétiré

+ Jouer un script

+ S’approprier un rôle

+ Etoffer son personage

+ Lier son personnage aux autres

+ Impliquer son personnage dans l’intrigue

+ Jouer l’impact

+ Dialoguer

+ Décrire son personnage dans son environnement

Pour aller plus loin :

Eugénie, jouer l’impact 1, sur JenesuispasMJmais

Eugénie, jouer au service 1, sur JenesuispasMJmais

Baptiste Cazes, Reprenez le contrôle avec le Freeplay, sur Electro-GN

Podcast Voix d’Altaride 20 – L’appropriation

Podcast Outsider (et article) : Ce sont les joueuses qui font le jeu

Dieflorenzhard en quête d’auteur, compte-rendu de partie pour Inflorenza par Eugénie

Podcast Outsider N°53 : Game Design Jeu de rôle : Varier les aventures

Podcast Outsider N°53 : Game Design Jeu de rôle : Varier les aventures

Et si on changeait du porte-monstre-trésor ? Ou si on changeait de porte-monstre-trésor ? Un beau marronnier auquel j’ai décidé de grimper à mon tour 🙂 Et vous, où allez-vous quand vous êtes en quête de territoires inédits ?

Lire / télécharger le mp3

Frontier Official, cc-by, sur flickr

Avertissement : ce podcast, enregistré avant 2016, évoque, comme source d’inspiration, le film Dogville de Lars von Trier. C’était avant que circulent les accusations d’agression sexuelle visant ce réalisateur. Si le podcast était à refaire aujourd’hui, j’aurais évité de citer le film.

Errata : J’ai dit que le thread « Pourquoi tant de baston ? » sur Casus No avait été initié par Romain d’Huissier. Erreur ! Le vrai auteur est Sébastien Delfino. J’ai par ailleurs échoué à retrouver le sujet sur le forum…

Biblio / articles :

Tim C Koppang, Why Two-Player? sur TCK Roleplaying

Les Artisans de la Fiction, CONSTRUIRE UN ROMAN : Raconter avec les 7 intrigues fondamentales

Jérôme Larré, Jeux non ordinaires

Thomas Munier, Techniques d’expression avancées, pour Jeu de Rôle Magazine N°46

Grégory Pogorzleksi, Tous dans le minivan

Eugénie, Les bascules 1, sur JenesuispasMJmais

Thomas Munier, Gaming vs Playing, sur Les Bons Remèdes

Vivien Féasson, On se fait un caprice ? sur Contes et Histoires à vivre

Romain D’Huissier, Animer les combats, dans le recueil Mener des parties de jeu de rôle, ed. Lapin Marteau

Coralie David, Jérôme Larré, Thomas Munier, Animer les scènes spéciales, dans le recueil Mener des parties de jeu de rôle, ed. Lapin Marteau

S. John Ross, La Grande Liste des Intrigues de Jeu de Rôle

La technique du donjon en 5 pièces sur Le Blog du MJ

Les 36 situations dramatiques, par Georges Polti (résumé sur Wikipedia)

Brisecous, Jeu, culture et divertissement

Thomas Munier, Comment faire du jeu de rôle centré sur le personnage pour le blog Scriiipt

Sébastien Delfino, la série d’articles Sandbox, sur Memento Ludi

Frédéric Sintes, Combativité et Absorption, sur Limbic Systems

Axelle Cazeneuve, Identité Alternée, Réalité Partagée

Bastien Wauthoz « Perfectionnez vos scénarios avec des outils adaptés », communication au Colloque Université des 40 ans du jeu de rôle, Villetaneuse, 2015

Biblio, romans :

Franz Kafka, Le Procès

Franz Kafka, Le Château

Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet

Biblio, podcasts :

Podcast France Culture, Peut-on échapper au travail ? (2/4) : L’effet Bartleby

Podcast France Culture, « Un homme qui dort » de Georges Perec

Podcast Outsider : Les bacs à sable

Podcast Outsider : Onirisme, drogues et réalités virtuelles

Podcast Voix d’Altaride : Le drama

Podcast de la Cellule : Quel avenir pour le jeu de rôle ?

Podcast Les Aventureux : Les jeux réalistes

Guylène Le Mignot, dossier sur le jeu de rôle sans surnaturel dans le podcast Radio Rôliste

Bastien Wauthoz « Perfectionnez vos scénarios avec des outils adaptés », communication au Colloque Université des 40 ans du jeu de rôle, Villetaneuse, 2015

Biblio, jeux ou aides de jeu :

Lycéenne, un jeu de rôle de Kadnax

Paper Tigers, un jeu de rôle d’Ashok Desai

Thomas Munier, Jouer le vertige logique

Thomas Munier, Odysséa

Thomas Munier, Le Témoignage

Le GN Plan social

Biblio, comptes-rendus de partie :

Mars, pour Innommable, par Thomas Munier

Pompéi, pour Inflorenza Minima, par Thomas Munier

Duels, pour Inflorenza par Thomas Munier

Epistolia, pour Inflorenza par Thomas Munier

La liste des scénarios et campagnes dans l'univers de Millevaux

Une liste de tous les scénarios Millevaux disponibles !

Tous systèmes, tous styles et tous auteur.e.s confondues, voici la compilation des préparations pour l’univers de Millevaux, triées par pays ! Vous n’avez désormais plus aucune excuse pour ne pas jouer !

Cette liste sera remise à jour périodiquement.

_, Kurdish Struggle, n8wood, tom jervis, cc-by-nc, sur flickr

J’ai préféré trier les scénarios par pays plutôt que par système. Avec un peu d’expérience, je pense que vous pouvez changer le système du scénario, c’est moins évident de changer le contexte.

Notez que l’Atlas de Millevaux peut être considéré comme un recueil de scénarios, chaque pays étant rédigé comme un contexte de jeu, mais j’ai préféré ne pas surcharger cette liste avec une entrée par pays issue de l’Atlas. Notez qu’un certain nombre de pays n’ont pas d’autres scénarios que leur description dans l’Atlas. Je vous invite également à fouiller dans la liste des comptes-rendus de partie triés par pays, vous trouverez des comptes-rendus associés aux scénarios listés ci-dessous et des comptes-rendus de parties improvisées que vous pourrez rétro-ingénérier en scénarios.

Pour éviter des doublons, j’ai rassemblé dans la catégorie Nomade les scénarios et campagnes étalés sur plusieurs pays ou régions.

Il y a largement de quoi vous occuper. Je n’ai personnellement pas encore eu le temps de jouer tous les scénarios de ma plume et d’autres écrits dans l’univers de Millevaux.

Nomade :

[Millevaux Sombre] Pèlerinage en enfer

[Inflorenza] Les Chemins de Compostelle (scénario du livre de jeu) et son add-on Glaise par Julien Delorme

[JEU-CAMPAGNE] Odysséa

[CAMPAGNE] [Millevaux au seuil de la folie] L’élixir de mémoire par Michel Chevalier (scénario du livre de jeu)

[CAMPAGNE sans règles] Vidéodrone

Pays non identifié :

[SCÉNARIO-JEU] Oriente

[Millevaux Sombre] La Forêt aux Mille Seringues (scénario du livre de jeu)

[Millevaux Sombre Zéro]Un Tramway Nommé Martyre (dans le recueil Hurler dans les forêts zéro)

[Millevaux Sombre] Le village, par Axel Tentacle

[Inflorenza] La Moisissure de l’Oubli (scénario du livre de jeu)

[Inflorenza] Zone Cancer, par Eugénie (scénario du livre de jeu)

[Inflorenza] Vrille, par Eugénie (scénario du livre de jeu)

[Inflorenza] L’Hôpital, par Eugénie

[Inflorenza] Et si on jouait (13)…, par kF

[Inflorenza] Team building from outer workspace, par kF

[sans règles] Mémoires vives, par Michel Poupart (scénario compris dans Millevaux Renaissance)

[sans règles] Les enfants d’Ayrol, par Michel Poupart (scénario compris dans Le Chanvre Noir)

[sans règles] Trois graines, par Michel Poupart (scénario compris dans Le Chanvre Noir)

[sans règles] La vouivre, par Michel Poupart (scénario compris dans Le Chanvre Noir)

[sans règles] Le puits par Michel Poupart (scénario compris dans Le Chanvre Noir)

[sans règles] Le joueur de flûte aux portes de l’aube, par Michel Poupart (scénario compris dans Le Chanvre Noir)

[sans règles] L’engeance, par Michel Poupart (scénario compris dans Le Chanvre Noir)

[sans règles] Bramore, par Michel Poupart (scénario compris dans Contes et légendes de Millevaux)

[sans règles] La visiteuse du vestibule, par Claude Féry

[sans règles] Dans la forêt verticale, par Claude Féry

[sans règles] Debout les Morts, par Michel Poupart

[Trophée Sombre] Le Moulin Déjà-vu, par JBFH

Les Terres Franques :

Lieu indéterminé des Terres Franques

[sans règles] Les gardiens par Michel Poupart (scénario compris dans Millevaux Renaissance)

[sans règles] La fosse d’Ourdane, par Michel Poupart (scénario compris dans Le Chanvre Noir)

[sans règles] Le Chanvre Noir, par Michel Poupart (scénario compris dans Le Chanvre Noir)

[sans règles] La saga des enfants de Torne, par Michel Poupart (scénario compris dans Contes et légendes de Millevaux)

[sans règles] La Louvière, par Michel Poupart (scénario compris dans Contes et légendes de Millevaux)

[sans règles] Le Gnome, par Michel Poupart (scénario compris dans Contes et légendes de Millevaux)

[sans règles] Lahg et Biarz, par Michel Poupart

Auvergne

[Millevaux Sombre] PünxXx Ov Wilderness (scénario du livre de jeu)

[Millevaux Sombre] Rouge

[Millevaux Sombre Zéro] Le Trésor du Vorgne (dans le recueil Hurler dans les forêts zéro)

[Arbre] Animalia (scénario du livre de jeu)

[sans règles] L’armée des morts, par Michel Poupart (scénario compris dans Millevaux Renaissance)

[sans règles] Les loups de Sainte Mort, par Michel Poupart (scénario compris dans Contes et légendes de Millevaux)

Bretagne

[Inflorenza] Le Val sans Retour, par Antoine « Kirdinn » Nobilet

[sans règles] Révolution de palais, par Michel Poupart (scénario compris dans Millevaux Renaissance)

[sans règles] La dame aux épines, par Michel Poupart (scénario compris dans Contes et légendes de Millevaux)

Cannebière (Marseille)

[Millevaux Sombre Zéro] Un pastaga pour l’éternité (dans le recueil Hurler dans les forêts zéro)

Corse

[Inflorenza] Isula Di Suspiriu, par Orlov (scénario du livre de jeu)

Lugdunum (Lyon)

[Millevaux Sombre] La Guerre des Miasmes

[sans règles] Seolyne, par Michel Poupart (scénario compris dans Contes et légendes de Millevaux)

Marly-Gomont

[Millevaux Sombre Zéro] Barbaque ! (dans le recueil Hurler dans les forêts zéro)

[Arbre] Balade pour un missile (scénario du livre de jeu)

[sans règles] La relique, par Michel Poupart (scénario compris dans Millevaux Renaissance)

[sans règles] Le magicien, par Michel Poupart (scénario compris dans Millevaux Renaissance)

[sans règles] Les derniers jours de Maze, par Michel Poupart (scénario compris dans Contes et légendes de Millevaux)

Métro

[Inflorenza] La mémoire et la peau (scénario du livre de jeu)

[sans règles] Ni repris, ni échangés, par Michel Poupart (scénario compris dans Millevaux Renaissance)

[sans règles] La mine de Sarce-Hell, par Michel Poupart (scénario compris dans Le Chanvre Noir)

[sans règles] La mine de Sarce-Hell, par Michel Poupart (scénario compris dans Contes et légendes de Millevaux)

[sans règles] L’Astrolabe, par Patrick Cialf

Normandie :

[Millevaux Hex] Les Terres Nouarmandes, par Dino Van Bedt

Albion (Angleterre) :

[Millevaux Sombre] Eux

La Belgique :

[Inflorenza Minima] Lîdje , par Jérome « Corvos » Baronheid

L’Écosse :

[Millevaux Sombre Zéro] Cromlech (dans le recueil Hurler dans les forêts zéro)

L’Estonie :

[Inflorenza] La Carlingue, par Arjuna Khan (scénario du livre de jeu)

La Florence (Italie) :

[Inflorenza] Tre città per morire (scénario du livre de jeu)

La Germanie (l’Allemagne) :

[Inflorenza] Grünwalding par Seb Lenoir

Laponie :

[Inflorenza] Au Nord, sous les étoiles silencieuses, par Julien Delorme (scénario du livre de jeu)

[Inflorenza] Moins Quarante, par Orlov (scénario du livre de jeu)

La Mer des Tyrans (la Mer Méditerranée) :

[sans règles] Ara Taranta, par Michel Poupart (scénario compris dans Contes et légendes de Millevaux)

Les Royaumes Mèdes (Maghreb) :

[Millevaux Sombre Zéro] Sheitan & Haschischins (dans le recueil Hurler dans les forêts zéro)

La Slavosie (la Russie) :

[Inflorenza] Millevolodine, par Eugénie, Côme Martin et Olivier (aka Orféo)

[Inflorenza Minima] Novokirchiv, par Antoine Saint-Epondyle

[Les Sentes] Hiver Nucléaire

Le Tunnel sous la manche :

[Arbre] Le Tunnel de la Peur (scénario du livre de jeu)

Ukraine :

[Millevaux Sombre] Mildiou

Extérieur de Millevaux :

La Lune

[Inflorenza] Caligula et le vieux sac de toile, par Arjuna Khan (scénario du livre de jeu)

[Inflorenza] La face cachée de la lune, par Arjuna Khan

L’Espace

[Générique] CAMPAGNE Green / void par l’équipe du podcast Les Voix d’Altaride

Les forêts limbiques :

[Inflorenza] La tempête de Drusilla, par Arjuna Khan

[JEU-CAMPAGNE] Cœlacanthes

[sans règles] L’étoile du matin, par Michel Poupart (scénario compris dans Le Chanvre Noir)

Contemporain / Angleterre :

[Inflorenza] London’s Girls, par Eugénie (scénario du livre de jeu)

Contemporain / Amérique :

[Inflorenza] L’Autoroute des Larmes (scénario du livre de jeu)

[Inflorenza Minima] L’Autoroute des Larmes

Contemporain / Russie :

[Inflorenza] Noir Norilsk, par un auteur anonyme

Uchronie :

[Inflorenza] Les Guerres Médiques, par Julien Delorme (scénario du livre de jeu)

[Inflorenza] Itération, par Côme Martin (scénario du livre de jeu)

[Les Exorcistes] L’Apocalypse selon Millevaux

[Millevaux Âge de Pierre] Un amour éternel, par Michel Poupart (scénario du livre de jeu)

[Millevaux au seuil de la folie] Un amour éternel, par Michel Poupart (scénario du livre de jeu)

[Millevaux Âge de Pierre] La malédiction du dieu cerf, par Michel Poupart (scénario du livre de jeu)

[Millevaux au seuil de la folie] La malédiction du dieu cerf, par Michel Poupart (scénario du livre de jeu)

[Millevaux Âge de Pierre] Le cor de Cernunos, par Michel Poupart (scénario du livre de jeu)

CAMPAGNE [Colonial Gothic] Abîme, par Trickytophe

[sans règle / GN ] C-Day, le jour de la crise

Multivers :

[Inflorenza] InflorItras, par Eugénie et Côme Martin

[Millevaux Mantra] Œdipos (scénario du livre de jeu)

[sans règles] Phase liquide, par Michel Poupart (scénario compris dans Millevaux Renaissance)

[sans règles] Total Recall, par Michel Poupart (scénario compris dans Le Chanvre Noir)

[sans règles] Invasion, par Michel Poupart (scénario compris dans Le Chanvre Noir)

[sans règles] Le chevalier à la rose, par Michel Poupart (scénario compris dans Le Chanvre Noir)

[sans règles] L’arbre aux corbeaux, par Michel Poupart (scénario compris dans Contes et légendes de Millevaux)

[sans règles] L’éveil des titans, par Michel Poupart (scénario compris dans Contes et légendes de Millevaux)

[sans règles] Henn Till Livett, par Michel Poupart (scénario compris dans Contes et légendes de Millevaux)

Médiéval-fantastique :

[Swords without Masters] Dans l’enfer de Jade, par Gulix

[Coureurs d’Orage] Verte Flamme, par Tholgren

[Dans le mufle des Vosges] 18. Le martyre

LE MARTYRE

Suite et fin de l’épouvantable combat contre la Mère Truie !

Joué / écrit le 18 et le 20/03/2020

Jeu principal utilisé : L’Empreinte, de Thomas Munier, survivre à une transformation qui nous submerge

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

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Eric Chan, cc-by, sur flickr

Contenu sensible : violence sur enfant, mutilation génitale (sur adulte)

Passage précédent :

17. Déflagration
Le face à face avec la Mère Truie s’avère dévastateur !

L’histoire :

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S/T, par HKY, un post-hardcore lourd, noir, spatial, à fleur de peau : tristesse, abysse et goudron.

Sœur Jacqueline avança vers le Père Soubise, aggravant ses plaies et se mettant davantage à sa merci. Elle devait prendre ce risque pour espérer prendre un allant décisif sur le fils sorcier.
« C’est toi qui n’es pas fort assez. Dénoue Madeleine et Polyte ou il t’en cuira. »

Le Père Soubise n’émit qu’un grognement en guise de réponse. Sa gueule se déforma à la maigre lueur de la lune, dans un immonde bruit d’os broyés. Elle devenait son vrai visage, une tête de porc, le groin palpitant, les yeux étroits, couverte de la sanie de cette métamorphose.

La Sœur Jacqueline serra les dents, elle sentait tout ce qui était encore solide dans son corps devenir de la pisse, du sang et des larmes, mais elle tint bon et masqua sa peur autant qu’il était humainement possible de le faire. Ces choses, ces vacheries de choses, ces hommes-porcs qui ressortaient du pus de son passé, c’en était trop, elle sentait tout claquer dans sa tête, couche par couche, mais whoit ! il fallait qu’elle tienne bon, pour la Sœur Marie des Eaux
… pour Champo
… pour Madeleine
… pour le Polyte
… et même pour le Père Benoît

… pour ce qu’elle portait en elle et qui vaille que vaille était le fruit d’un amour

… et pour expier.

« Vous me les prendrez pas… », vagit la Mère Truie.

Champo avait défoncé la table de nuit des parents Soubise, maintenant il déchirait le matelas. Il y avait bien des écus planqués, mais pas ce sâpré de nom de Vieux de voult. Alors que Madeleine l’aidait à chercher, il eut un sale pressentiment, il se retourna et il vit qu’Hippolyte n’était plus là.

Il le retrouva vite au bruit de ses hurlements et des coups sourds laissés sur son passage. Il était attiré par la Mère Truie comme un aimant, balloté à travers la maison, beugné contre les murs, entraîné par une poigne invisible vers une fenêtre.

Champo le chopa par les pieds au dernier moment, le môme était passé à travers une vitre et il allait s’envoler vers la créature. Madeleine et le sherpa le tenaient de toutes leurs forces, tandis qu’une force grandissante cherchait à leur arracher le gamin tout lacéré de verre et poisseux de sang.

Champo sentit au fond de lui-même comme une vrille dans l’estomac, il réalisa qu’Hippolyte n’était rien pour la Mère Truie, mais qu’elle cherchait juste à faire du mal à chacun d’eux, et le gamin était sa proie parce que ça l’affectait lui, c’était sa faute, à cause de son sentiment de culpabilité, qu’Hippolyte était en danger !

Le Père Benoît était tordu en quatre, il faisait que prier, ses mains tremblaient comme des feuilles, refermées jusqu’au sang sur son crucifix.

« Vous n’êtes RIEN !, exulta la déité horla qu’était la Mère Truie, tout en mettant bas des grappes de porgrelets sur la tête de la Sœur Marie-des-Eaux, qui n’étaient que foetus gluants à la sortie, et grossissaient à toute vitesse, pour devenir des verrats infâmes, les plus peutes créatures que la terre ait jamais portées, aveugles et sans jambes, qui n’avaient d’autre rôle que d’incarner la colère stupide de leur mère avant de crever sous leur propre poids.

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Metsänkulkija, par Kalmankantaja, du black metal dépressif, épique et animiste, pour une chevauchée suicidaire au fond des bois.

Et les bêtes à groin, libérées de leurs enclos, prises de panique totale et en même temps toujours sous l’emprise de leur mère, se lâchaient dans tous les temps, bousculant la Sœur Jacqueline, piétinant le Père Benoît. La nuit brune n’était plus qu’un loin cri porcin. C’était la fin !

Madeleine et Champo fermèrent les yeux. Ils sentaient les petits doigts du Polyte sur le point de lâcher les leurs.

La main du Père Benoît émergea de la masse des couennes, brandissant son chapelet.

C’est alors que l’événement se produisit.

Une chasse fantôme venue des tripes du ciel et de la forêt déferla sur la soue et les enclos. Des destriers drapés de loques translucides, que montaient des chevaliers du temps jadis, décharnés, nimbés de lumière, et fondant, dans un éclat de jugement dernier, tout droit vers la truie.

À leur tête en gloire, couronne d’or, de rameaux et de baies, la barbe au vent que parcouraient des torques et des bijoux, l’épée au clair et des proies de toutes sortes pendues dans ses gibecières, le spectre d’un

« L’Empereur Charlemagne, unificateur des chrétiens ! Mes prières ont été entendues ! », exulta le Père Benoît malgré la douleur.

Et alors qu’il chargait la déité horla, la Sœur Marie-des-Eaux reconnut sa monture.

Il était donc là aussi, le fier animal sauvé des limbes par la grâce divine, et dans un braiement d’outre-tombe revenant à leur rescousse.

Maurice !

« Sâpré nom de Vieux de vacherie ! », bouâla le Père Soubise, distrait par l’apparition. Il fit la double erreur de relâcher sa poigne sur sa fourche et de regarder en arrière. La Sœur Jacqueline retira ses mains ensanglantées des pointes de la fourche, puis, mû d’une force qu’on n’aurait jamais pu lui soupçonner, la retourna contre son bourreau.

En plein dans les parties.

Le Père Soubise tourna d’un coup blanc comme un linge à part là où ça pissait rouge le sang, et son corps glissa des lames alors qu’il tombait dans les pommes.

Champo raffermit sa poigne sur l’enfant. Mais n’en pouvant plus, la Madeleine lâcha. Et Champo fut emporté avec le petiot ! Le Polyte passa à travers le réseau de cordes. Il n’en fut pas autant du sherpa, qui s’écrasa dans le réseau et finit étranglé. La dernière chose que vit le môme avant de perdre connaissance, c’était son protecteur, les yeux écarquillés, tirant la langue. C’en était fini de Champo, qui n’avait jamais rien eu d’autre de sa vie en tête que de guider ceux dans le besoin.

Le Polyte tomba comme un paquet sur la couenne de la Mère Truie. Elle poussa une gueulante de mille beusses enragées quand la charge spectrale fondit sur elle avec le grondement d’un coup de tonnerre.

Le Père Benoît, qu’on eut put tenir pour lent et dépassé par les événements, fit la preuve de son sang-froid. Il comprit qu’ils avaient qu’une fenêtre de temps très réduite avant que la chasse fantôme ne révèle que ce qu’elle était : un écran de fumée. Il vit la Madeleine Soubise tenter de passer à travers les cordes, il s’empara de l’Opinel du novice et trancha dans les filins, libérant à la fois la mère et le cadavre du sherpa.
« Prenez votre enfant et suivez-nous, on doit partir MAINTENANT ! »

Il ordonna à la Sœur Jacqueline de porter la Sœur Marie-des-Eaux et se chargea lui-même du corps de Champo. Pas question de laisser un chrétien fraîchement baptisé aux mains de ces monstres.

Et c’est ainsi que les exorcistes quittèrent le clair bois pour se réfugier au presbytère, qui ne serait qu’un abri très temporaire.

Alors que la presque-aube jetait un peu de voyotte dans la sacristie et que le Père Houillon rassemblait du vin et des linges, dans un dérisoire simulacre d’assistance, le Père Benoît put constater les dégâts.

La Mère Truie n’avait pas été inquiétée.

Le Père et le Grand-Père Soubise se remettraient de leurs blessures pour si peu qu’ils trouveraient un guérisseur dans le village ou que leur monstrueuse maîtresse possède des soins dans sa palette maléfique.

Il ne voyait pas comment jeter l’anathème sur eux, aussi, le trafic de porcs allait continuer et la Mère Truie pourrait encore se nourrir de la violence faite aux animaux et aux hommes. Tout au mieux pourrait-il en détourner les gens de bien.

Madeleine et Hippolyte avaient pu les suivre. « J’suis plus nouée, je le sens, là. », avait dit la mère. Le Père Soubise devait conserver son voult dans son pantalon, et c’est ce qui l’a perdu. Mais ils ne pouvaient pas rester aux Voivres, sous peine de retomber dans le giron des Soubise. Aussi leur exil était à organiser dans les plus brefs délais.

Le malheureux sherpa était mort et le Père Benoît ne put que lui administrer le dernier sacrement, misant sur la possibilité d’un dernier souffle présent dans sa poitrine.

La Sœur Marie-des-Eaux était condamnée au grabat.

Il surprit une conversation censément privée entre le novice et la Sœur Jacqueline, penchée sur son lit de souffrance :
« Tu vois Marie, les voivrais n’avaient pas le choix, ils étaient sous l’emprise de la Mère Truie.
– C’est faux. En tuant les animaux, ils accédaient à leurs souvenirs. Ils auraient dû comprendre qu’ils faisaient du mal à des êtres sensibles : ils savent mais ils ignorent.
– Assez parlé de ces pauvres bêtes. Parlons de toi, Marie. Je n’ai pas choisi grand-chose de ma vie et toi non plus. Mais toi, tu peux encore saisir ta chance. »

Ce furent les derniers mots sensés qu’on entendit de la bouche de la doyenne. Dorénavant, elle n’afficha plus qu’un masque béat en guise de visage. La raison l’avait quittée.

Lexique :

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.

Notes liées aux règles de L’Empreinte :

Menace : une Déité Horla (la Mère Truie)
Lieu de départ : Les Voivres
Avancement :
Acte I – Introspection + Tentation + Agression
Acte II – Introspection + Tentation + Agression
Acte III – Introspection + Tentation + Agression
Acte IV – Introspection + Tentation + Agression

Préparation :

A. À la fin de l’épisode précédent, j’ai posé cette question au public : Pour qui ou quoi le Père Benoît est-il prêt à se battre ?

J’ai eu cette réponse de Damien Lagauzère : « Et si le Père Benoit avait un souvenir tatoué ou gravé à même la peau, quelque chose qu’il ne voudrait et ne pourrait ainsi oublier? Un peur comme dans le film Memento ^^ Cela ferait office pour lui de mobile à ses actions même s’il en a oublié l’origine. Il suivrait « les ordres » de ce souvenir. Cela pourrait être un passage de l’Apocalypse ou une historiette tirée de l’almanach. »

Je rajoute la réponse à mon programme !

B. Voici l’exercice d’écriture de Draftquest du jour : « Cette semaine, pour ceux et celles qui ne se sont pas encore lancés, un exercice pour vous aider. Une sorte de petite essai libre, de dix lignes. Dites-nous ce que vous avez envie de raconter! »

Voilà une question difficile ! Je ne suis pas parti avec une idée très précise en tête, les choses se développent au fur et à mesure, j’écris « pour voir ce qui va se passer » pour reprendre l’expression chère aux jeux de rôles propulsés par l’Apocalypse. Mais je suppose que dès le départ, j’avais une idée de mon mélange entre Millevaux et le folklore vosgien du 19ème siècle, pour avoir déjà fait quelques parties de jeu de rôle sur le sujet, et l’idée de faire jouer des prêtres exorcistes était également déjà assez mûrie, pour l’avoir expérimentée sur une de mes parties de jeu de rôle Millevosges. Le couple de sœurs exorcistes m’est venu du couple de moines dans Le Nom de la Rose. J’aimais beaucoup ce couple mais pour être original, je l’ai inversé doublement : outre le changement de sexe, j’ai fait de la doyenne une naïve qui s’ouvre aux plaisirs charnels, et du novice un érudit à la foi inébranlable, bref j’ai inversé les rôles par rapport au Nom de la Rose. Cela s’est avéré fertile. Le fait que les exorcistes soient des sœurs est particulièrement intéressant parce que ça leur interdit de faire les sacrements et les forcent à composer avec le clergé masculin. Quand au concept d’écriture, motorisé par du jeu de rôle, il me vient d’une longue réflexion sur la possibilité d’irriguer des romans par des systèmes de jeu de rôle, initiée notamment avec ce podcast. J’ai lancé Dans le mufle des Vosges pour répondre à ce défi, car je sentais que dans la communauté littéraire et rôliste, tout le monde était dubitatif sur cette possibilité. J’ai recyclé un vieux projet de jeu de rôle, qui était de jouer au jeu Les Exorcistes dans Millevosges et un autre vieux projet, qui était de faire une campagne multi-systèmes, et ça a donné un résultat qui a dépassé mes espérances.

C. Retrouvez ici mon système d’écriture. Je le mettrai à jour au fur et à mesure.

D. Par curiosité, je suis retourné voir le nombre de mots de mes précédents romans achevés : 47000 mots pour La Guerre en Silence, et 81000 mots pour Hors de la Chair (qui est en fait un recueil de trois nouvelles qui se suivent). Je réalise donc qu’avec déjà 37000 mots pour 17 session d’écriture (soit 2200 mots par session), j’avance plutôt bien ! Je vais maintenir l’objectif de 40-45 sessions / 100 000 mots, mais je dois garder à l’esprit qu’arrêter avant ce terme serait déjà tout à fait honorable en terme de taille.

E. Confinement oblige, mes habitudes de travail sont chamboulées et il ne m’est plus possible de faire une session d’écriture d’un seul bloc. Pour tenir le rythme d’un épiosde par semaine, je vais donc fractionner ma session de trois heures en autant de micro-sessions qu’il sera nécessaire (mais j’ai au moins un bloc d’1 h 3/4 ce soir).

F. Mes lectures du moment : Je suis en train de lire La Mélie Tieutieû : Couaries avec le Père Fanfan de Georges L’Hôte, une série de saynètes en patois lorrain que j’ai empruntée à la bibliothèque familiale : une inspiration indispensable pour réviser mon patois et mon humour paysan ! Je suis également plongé dans Petits métiers des villes, Petits métiers des champs de Fabienne Reboul-Scherrer, qui met à l’honneur des vieux métiers du 19ème siècle : une source d’inspiration intéressante pour Dans le Mufle des Vosges et tout à fait prodigieuses pour Millevaux.

Bilan :

A. Avec la fermeture des écoles, je dois m’occuper de mon fils, et ça m’a été assez difficile de trouver ces trois heures d’écriture ! En attendant, je suis très en retard sur beaucoup de choses courantes. Alors j’ignore si je pourrai continuer Dans le mufle des Vosges lors des prochaines semaines de confinement. Nous verrons bien.

B. « L’esprit de Charlemagne qui autrefois conclu un pacte avec la nature lors de son long séjour à Gérardmer revient du royaume des morts pour venger Maurice le supplicié » : voilà la réponse que Claude Féry avait faite à une de mes questions au public et qui attendait sur mon script depuis si longtemps ! Il était enfin arrivé le moment de l’appliquer ! J’espère que ça valait le coup d’attendre ! 🙂 J’ai essayé d’annoncer un minimum la chose pour que ça ne fasse pas trop deus ex machine, j’espère que les ficelles ne sont pas trop grosses 🙂

C. Sur un final à 6d6 pour les exorcistes contre 8d6 pour la Mère Truie, je sentais l’affaire perdue d’avance ! Et bien les probabilités m’ont donné tort, avec un total de 23 pour les exorcistes contre… 22 pour la Mère Truie ! Il s’en est vraiment fallu d’un cheveu ! Mais le mode cauchemar fait quand même bien mal, en me coûtant la bagatelle de deux personnages à qui j’étais très attaché ! Bon, ceci dit, j’avais commencé ce roman en me jurant qu’aucun personnage ne serait sacré… donc l’un dans l’autre j’ai eu ce que je voulais !

D. C’est donc la fin de la partie jouée avec L’Empreinte ! ça aura duré un sacré moment avec presque une demi-douzaine de sessions sans jets de dé ! Mais je pense que ça en valait la peine ! L’Empreinte a été un bon choix pour son caractère désespéré et nous a offert un final digne de ce nom à ce chapitre : je suis assez fier du système de résolution de ce jeu ! Je suis à peu près sûr de jouer la partie suivante avec Oriente, pour jouer l’exil de Madeleine et Hippolyte (qui ont failli ne pas y avoir droit !), ce qui va nous tenir quelques temps éloigné des Voivres.

E. Record bas du nombre de mots depuis que je fais le compte ! Il faut dire que manipuler le système de combat de L’Empreinte a ralenti mon écriture, mais j’espère pour le meilleur ! Après tout c’était un climax et il ne fallait pas le rater !

Aides de jeu utilisées :
Aucune, le combat m’a trop accaparé 🙂

Décompte de mots (pour le récit) :
Pour cet épisode : 1473
Total :  38466

Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article

Modifications : J’ai rajouté une empreinte à Champo et à la Sœur Jacqueline et les ai transféré dans le cimetière des personnages.

Question au public :

Voici la question qui fait suite à cet épisode :

Qui va guider les exorcistes à travers la forêt pour l’exil de Madeleine et Hippolyte ? La mystérieuse Augure, le roué Nono Elie, le candide menuisier Sibylle Henriquet, ou quelqu’un d’autre ?

La capacité de jeu

En furetant sur les internets, je suis tombé sur une notion qui apparaît dans le domaine du jeu vidéo comme dans le domaine du théâtre : la capacité de jeu. Baptiste Cazes en a proposé une déclinaison dans le domaine du GN, et j’aimerais m’approprier la notion en la déclinant dans le domaine du jeu de rôle, ou plus largement des jeux narratifs, car je pense que c’est une notion importante à considérer pour offrir des expériences de jeu plus inclusives, plus satisfaisantes pour les participantes, tout en diminuant la pression exercée sur leurs épaules.

Pedro Ribeiro Simões, cc-by, sur flickr

Avant de rentrer dans les détails, je tente une première définition : la capacité de jeu, c’est la capacité d’une joueuse à jouer, autrement dit l’éventail des attitudes et des coups qui lui sont possibles dans sa carrière de joueuse en général et durant la partie en particulier.

Pour aller plus loin :

Baptiste Cazes, La capacité de jeu, partie 1 : Quel joueur êtes vous ?, sur Electro-GN

Baptiste Cazes, La capacité de jeu, partie 2 : Les aptitudes à travailler, sur Electro-GN

La joueuse dispose d’une capacité de joueuse dans l’absolu, c’est-à-dire d’un répertoire d’attitudes et de coups qu’elle est susceptible de déployer à l’échelle de toute sa carrière : mais la totalité de ce répertoire n’est pas disponible à tous moments, il évolue avec le temps et l’humeur.

Par attitudes et coups possibles, on entend l’éventail des dialogues, gestes et décisions qu’une joueuse peut prendre dans le cadre d’un jeu narratif, et ceci recouvre aussi bien des pratiques tactiques, morales, esthétiques ou sociales. Ceci regroupe des coups et des attitudes observables de tous et toutes, comme le roleplay, la description du décor et des figurants, la manipulation des règles ou le comportement social, à des phénomènes plus intérieurs comme la visualisation, l’immersion ou l’appréhension de son personnage. La capacité de jeu recouvre les trois domaines du gameplay des jeux narratifs : l’interactivité, l’intercréativé et l’interprétation.

Pour aller plus loin :

Thomas Munier, Podcast L’interprétation, sur Outsider

La capacité de jeu dépend du parcours de la joueuse : de sa culture ludique et extraludique, de son entourage. Elle est aussi influencée par sa personnalité : ainsi on peut supposer qu’une joueuse extravertie aura une capacité de jeu plus étendue (ou au moins différente) qu’une joueuse introvertie. Sa capacité de jeu sera également limitée par ses tabous ludiques ou émotionnels.

Les handicaps physiques et mentaux de la joueuse influent sur sa capacité de jeu, mais pas uniquement en la diminuant. Ainsi, une joueuse non-voyante aura peut-être une aptitude exceptionnelle à décrire les informations non-visuelles, et pourra également décrire des informations visuelles de façon disruptive, ou encore… tricher en lisant les résultats des dés en braille.

Lors d’une partie, la joueuse ne dispose que d’une partie de sa capacité de jeu, selon son état de santé physique et mental du moment, son énergie du moment, son état de confiance, le temps dont elle dispose pour jouer, et plus généralement, selon le cadre de jeu.

C’est là qu’intervient l’importance du dispositif de jeu. J’emprunte le terme « dispositif » à Virgile Malaquin qui l’emploie pour désigner l’acceptation la plus large du terme « système de jeu ». Le dispositif recouvre l’ensemble du contexte et des conditions rendant le jeu possible et l’encadrant : les participant.e.s, les règles du jeu, le contrat social (incluant l’éventuelle adaptation/hack des règles), les techniques de sécurité émotionnelle, le lieu de jeu, les non-participant.e.s autour, la durée du jeu, le support technique (social, textuel, virtuel, vidéoludique, présence de plateaux, de cartes, de dés, de pions ; musique, décorations, costumes, mise en scène…), etc. Pas de system does matter ou de player does matter dans la notion dans le dispositif : c’est TOUT le contexte qui est important.

Pour aller plus loin :

Principe de Baker-Care, sur Wikipedia

Romaric Briand, Le système du jeu de rôle, in Le Maelstrom (auto-édité)

Ce dispositif va censurer une partie de la capacité de la joueuse, mais va aussi en révéler une autre, par exemple en mettant la joueuse en confiance ou en rendant certaines pratiques légitimes : ainsi, une joueuse pourra très bien être en capacité de décrire le décor et les figurants, mais ne jamais le faire avant qu’un dispositif ne l’y encourage explicitement.

Il convient de distinguer ce que le dispositif permet (ce qu’il rend possible ou du moins n’interdit pas), et ce que le dispositif encourage (ce qui relève des prescriptions explicites, mais qui peuvent par ailleurs être empêchées par le dispositif : supposons par exemple un dispositif qui vous annonce que les personnages seront moteurs de l’intrigue mais qui finalement enchaîne les deus ex machina qui leur volent la vedette). Il se peut donc qu’un dispositif ne permette pas ce qu’il annonce encourager. Il se peut aussi qu’un dispositif permette une chose mais qu’elle ne soit pas mise en œuvre parce qu’elle n’est pas par ailleurs encouragée (ainsi, il peut être possible de modifier les règles du jeu à la volée mais peut-être que personne ne le fera si ça n’a pas été encouragé au départ).

Il ne suffit pas de dire qu’une chose est possible pour la rendre possible, il faut aussi établir le climat de confiance nécessaire à rendre la chose possible : c’est pour cela que je mets une nuance entre « autoriser » et « encourager » et que dans le verbe « permettre », on peut lire à la fois « permettre mécaniquement » et « permettre moralement ».

Un dispositif peut permettre une chose sans pour autant l’avoir prévue. Un dispositif peut permettre un type de propositions (« vous pouvez faire des blagues ») sans anticiper la nature des propositions (le dispositif ignore quelles blagues seront faites), tout comme un dispositif peut permettre une chose sans l’avoir fait exprès (sans même parler des joueuses qui font du « bug exploit »).

Un dispositif peut permettre beaucoup de choses, dans l’espoir de produire de bonnes parties par une forme de darwinisme ludique. Ainsi, le jeu de rôle traditionnel offre de nombreuses libertés : en quelque sorte, il permet le pire pour permettre le meilleur.

Alors que d’autres dispositifs vont être très restrictifs dans l’idée que c’est la voie royale vers une bonne partie. Ce qui est le cas des groupes qui jouent à des jeux spécialisés tout en clarifiant beaucoup leurs propres attentes à l’avance.

Par ailleurs, il ne suffit pas qu’une chose soit permise et encouragée pour qu’une joueuse le fasse : il faut aussi que le geste ait du sens, que ce soit dans la fiction, dans la cohérence narrative, dans les valeurs morales éprouvées, au sein du groupe de joueuses, ou selon les objectifs ludiques…

J’avais écrit une petite formule pour résumer cela :

Capacité de jeu = Information x agentivité x empouvoirement x sens.

L’information, c’est l’autorisation explicite de différents gestes.

L’agentivité mesure à la fois la capacité d’interaction des joueuses et l’impact potentiel de leurs actions. Plus l’agentivité est forte, plus le personnage a d’impact sur la situation et plus la joueuse est maîtresse de son personnage. Je ne suis pas tout à fait content d’avoir placé l’agentivité dans

L’empouvoirement, c’est la faculté du dispositif à faire réaliser à la joueuse son plein potentiel.

Le sens, comme dit précédemment, c’est la cohérence, la pertinence des choix possibles.

Pour aller plus loin :

Podcast Les Voix d’Altaride, Agentivité

Il existe des joueuses capables de dépasser ce qui est encouragé, voir dépasser ce qui est permis, dans certains domaines (la power gameuse dans le jeu tactique, l’extrêmiste dans le jeu moral, la joueuse en performance dans le jeu tactique, la joueuse « ambianceuse » dans le jeu moral), mais hormis ce cas particulier de joueuses promptes au détournement ou à l’expérimentation, on peut supposer que la capacité de jeu de la joueuse sera encadrée à la fois parce que le dispositif permet et par ce qu’il autorise ou encourage.

Pour aller plus loin :

Eugénie & kF, Jouer en performance 1, sur JenesuispasMJmais

Maintenant que nous avons compris l’importance du dispositif dans la capacité de jeu de la joueuse au cours de la partie, il convient de lister les différents types de dispositifs selon leurs requis vis-à-vis de la capacité de jeu des joueuses :

+ Les dispositifs inclusifs sont conçus pour fonctionner quel que soit la capacité de jeu de la joueuse. On ne demande pas à la joueuse des efforts particuliers, en tout cas on l’accepte comme elle est. Il n’y a pas de notion de « bon jeu » ou de « mauvais jeu », seul compte le fait de partager une expérience ensemble. Certains dispositifs inclusifs sont très encapacitants, mais même ceux-ci ne vont pas reprocher à une joueuse de « sous-jouer ».

+ Les dispositifs mélioratifs ont pour but d’atteindre un standard de jeu élevé, voire un poil au-delà de la zone de confort habituelle des joueuses impliquées. Il implique de permettre aux joueuses de s’entraîner (par des ateliers, des discussions ou des recherches) pour étendre leur capacité de jeu avant la partie. Si finalement, la capacité de jeu d’une joueuse est en-dessous des attentes, cela ne lui sera pas reproché mais le groupe peut le vivre comme un échec, appelant une nouvelle tentative.

+ Les dispositifs élitistes ont pour but d’atteindre un standard de jeu élevé. Il implique de recruter des joueuses ayant déjà la capacité de jeu suffisante, et/ou de leur proposer un entraînement préalable, et/ou de proposer des techniques pour étendre la capacité de jeu durant la partie. Si à l’approche de la partie, une joueuse n’a pas atteint la capacité de jeu demandée, elle peut se retrouver exclue. Si au cours de la partie, elle n’atteint pas la capacité de jeu demandée, elle peut se retrouver exclue des prochaines parties.

Je ne voudrais pas émettre un jugement de valeur sur ces trois types de dispositifs. Je dirais peut-être que si vous avez un temps de jeu suffisant, évitez le 100 % élitiste, prévoyez quelques parties qui soit en mode inclusif ou mélioratif. Vous pourriez ainsi (re)découvrir des joueuses, avoir de bonnes surprises, et sortir de votre tour d’ivoire. Quitte à vous rendre compte que l’important dans une partie de jeu de rôle… n’est pas forcément de faire une bonne partie.

Podcast Outsider N°52 : Game Design jeu de rôle : L’expérience du jeu de rôle permet-elle d’écrire du roman ?

Avec Erell, nous discutons des ponts entre écriture de scénario de jeu de rôle, pratique du jeu de rôle, et écriture de roman !

Lire / télécharger le podcast

Penn State, cc-by-nc

Crédits jingle :

Komiku, deux extraits de l’album Poupi’s incredible adventures, cc-by

Bibliographie :

Thomas Munier, Le jeu de rôle, un outil d’écriture pour le roman, sur Outsider

Thomas Munier, Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton écrit grâce à des systèmes de jeu de rôle

Le podcast « Procrastination » sur l’écriture de fiction SFFF

Grégory Pogorzelski, Les Gardiens de la Galaxie !, sur Du Bruit derrière le Paravent

Jean-Philippe Jaworski, Incarner des PNJ, in Mener des parties de jeu de rôle, ed. Lapin Marteau

Coralie David et Jérôme Larré, Évolution du discours théorique, in Jeu de rôle sur table, un laboratoire de l’imaginaire, ed. Lettres Modernes Minard

Thomas Munier, Comment créer une carte mentale pour bien visualiser son univers, sur Outsider

John Truby, L’Anatomie du scénario

Philip Athans, Writing Monsters: How to Craft Believably Terrifying Creatures to Enhance Your Horror, Fantasy, and Science Fiction

Elisabeth Vonarburg, Comment écrire des histoires – Guide de l’explorateur

Randy Ingermanson, How to Write a Novel Using the Snowflake Method

[Dans le mufle des Vosges] 17. Déflagration

DÉFLAGRATION

Le face à face avec la Mère Truie s’avère dévastateur !

Joué / écrit le 09/03/2020

Jeu principal utilisé : L’Empreinte, de Thomas Munier, survivre à une transformation qui nous submerge

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

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(C) Armand Pigss

Contenu sensible : zoophilie, ultra-violence

Passage précédent :

16. L’heure du sacrifice
Enfin uni.e.s, les exorcistes s’apprêtent à tout donner.

L’histoire :

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Migration, par Buried At Sea, un mare de goudron drone sludgecore qui se traîne lourdement à l’infini vers la mort.

La ferme des Soubise semblait endormie, une carcasse sous le croissant de lune, que fouettaient les arbres en se balançant au gré du vent. Entre la soue et la bâtisse, un chaos de courges énormes et d’enclos à cochons. L’un d’eux pouvait se réveiller à n’importe quel moment et donner l’alerte. La nuit était déjà brune, il ne ferait bientôt plus assez sombre pour agir.

« Je vais ouvrir la porte, Père Benoît. Je me sens inspiré par Saint François d’Assise. Il ne tolérerait pas le mal qu’à commis cette créature à nos frères les animaux.

Il y avait du bruit derrière la porte. Mais les dés étaient jetés, il était plus que temps de se lancer.

Il ouvrit !

Dans la pénombre, une masse grognante qui puait comme mille fosses à lisier. Et derrière elle, s’activant comme un beau diable, un vieil homme nu. A son visage rond et ses cheveux frisés, Champo le reconnut, bien qu’il paraissait de plus en plus rarement dans le village. C’était le grand-père Soubise. Et il était en train de triquer la Mère Truie.

« Démon, siffla la Sœur Jacqueline. Ainsi donc, c’est toi le père de tous ces porgrelets !
L’homme resta silencieux. Il se retira des chairs flasques de sa maîtresse, le vît encore dressé.
C’est la Mère Truie qui répondit, d’une voix caverneuse, étouffant les exorcistes de son haleine putride, les aspergeant de glaviots et de pus :
« Grrrrrrrruuuuu-yyyyy-kkkkkkkkrrrrrrrlllllll !!! Gra-ortchl. Comment ose-tu revenir à moi, toi qui t’es enfuie de mon giron ? Comment osez-vous venir me troubler ainsi que ma progéniture ? »
Elle se vautrait sur ses propres porgrelets et en écrasa un par négligence.
« Silence !, bouâla la Soeur Marie-des-Eaux. Tu n’es qu’une mère qui dévore ses enfants. Relâche-les, laisse les voivrais en paix et vas-t-en.
– Légion…, siffla le Père Benoît.
– GRRRRRRREUUUYYYYUUUIIIIRRRRRRRKKKKLLLLL ! A moi, mes cochons ! A moi, les Soubise ! A moi, les enfants ! »

Déjà le halo d’une lampe à huile se fit voir derrière les carreaux crasseux de la maison. On accourait !

La Sœur Marie-des-Eaux eut la revoyotte de son dialogue avec le maire Fréchin. « Tu es un tueur, comme moi. » Il revit la scène de l’abattage dans l’arrière-salle du Pont des Fées. Son oeil mort palpitait comme une forge.

« Silence ! Tu n’es qu’une mère qui dévore ses enfants ! », lança-t-il.
Il se jeta de toutes ses forces sur la gueule immense de la bestiole et planta son opinel entre ses deux yeux. Le monstre rua dans tous les sens en boûlant comme la gorge de l’enfer et propulsa le novice dans les planches de la soue qu’il traversa comme si ça avait été du carton.

Champo se croyait déterminé à affronter l’horreur. Il ne l’était pas. Il tourna les talons, souleva par une forme de lâcheté et de désespoir qu’il ne se serait jamais soupçonné. Dehors, le père Soubise en robe de chambre avec sa fourche, pataugeant dans le péquis, et derrière lui, tenant la lampe à huile, Madeleine avec le petit Hippolyte dans ses basques.

Le père Soubise dépassa le sherpa, enjambant les courges, la protection de la Mère Truie avait sa priorité.

Alors Champo eut une idée pour se redonner une contenance, et il gueula assez fort pour que les exorcistes l’entendent.

« Madeleine, Hippolyte, c’est terminé ! Il faut me suivre ! Il faut s’enfuir ! »

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Subliminal Genocide, par Xasthur, black metal dépressif et shoegaze, une peinture des limbes entre ciel et enfer qui se complaît dans la souffrance, y trouve son lit et sa catharsis.

« Vinrat ! Toi, j’t’avais donné une chance mais j’vais t’planter !, rugit le père Soubise en se retournant.
Champo leva sa serpe italienne devant ses yeux, dans un geste de défense plus que d’attaque.
Mais quelque chose s’interposa entre lui et le fermier sorcier. Glissant comme des serpents, puis se tendant comme des câbles, venues des quatre coins de la cour, des cordes se tendirent et s’arrimèrent aux pignons des granges, bloquant le passage.
Champo n’en revenait pas, il se demandait ce que c’était, puis il se rappela Basile. Basile le cordelier.

Le Père Soubise fouettait les cordes avec sa fourche, sans efficacité. « Nom de Vieux de nom de Vieux, de toute façon, tu peux pas me les prendre, y sont noués !
Madeleine Soubise, dont la lumière éclairait les croûtes du visages pour en souligner le relief, hocha la tête pour confirmer, au désespoir.

« Jacqueline…, chuinta la Truie que le sang giclant de son crâne dérangeait à peine, t’es prise par le con, que ça soit par moi ou par d’autres, ça te perdra ! Elle se recula, manquant d’écrabouiller son amant, avec un mouvement de traction de la tête, comme si elle tirait quelque chose avec les dents. Et la Sœur Jacqueline fut traînée les genoux dans la boue, le bassin en avant, et elle souffrait comme si on lui avait fourré des braises dans l’intimité, comme si on lui coulait du plomb fondu sur les cuisses et le ventre, et dans son intérieur, quelque chose tressauta.

Le Père Benoît récitait les prières d’exorcisme :
« Exorcismus in Satanas !
Et Angelos Apostatos !

Judica Domine nocentes me expugna impugnantes me !

Confundantur et revereantur quærentes animam meam !

Fiat via illorum tenebræ, et lubricum : et Angelus Domini persequens eos !

Gloria ! Patri ! et Filio ! et Spiritui Sancto !

Sicut erat in principio…

Arg…

Et nunc ! Et semper !
Et in sæcula … sæculorum !!!

AMEN ! »

Mais ça revenait à pisser dans un violon.

La Sœur Jacqueline était maintenant les quatre fers en l’air et glissait dans la boue à droite à gauche à mesure que la truie secouait la tête, hurlant, pleurant, traînée de plus en plus vers elle.

« Tu m’auras pas, tu m’auras plus, la Mère ! Moi aussi je suis une sorcière !
Le grand-père sentait qu’il y avait un risque, alors il se campa entre la doyenne et la truie. Il pointa son majeur à l’ongle noir, et le croisa avec le majeur de son autre main pour former une croix inversée, il accentuait le mal de la nonne et tentait de la renverser dans leur camp. Elle était soulevée d’ondes de douleur et de ses profondeurs, remontait, plus horrible encore, une vague de plaisir charnel.

« Imbéciles !, hurla-t-elle avec une voix rauque que le Père Benoît reconnût comme la voix des possédés ! En me torturant à ce point, vous ne me rendez que plus forte ! Je suis votre égAAAALEEEEE ! »
Elle se tordit en arrière, sa colonne vertébrale se ploya dans un craquement dégueulasse. Dans son ventre, un poing frappa. Ainsi, c’était vrai, la Bernadette lui avait fait un petiot, et d’une certaine façon il lui venait en aide.

Des vagues de flux spirituel s’échappèrent d’elles en souffles excentriques comme autant de déflagrations. Le grand-père Soubise, pour puissant qu’il fût, tomba à la renverse comme si sa tête avait reçu un boulet de canon, la gueule en sang.

Les cochons étaient tellement en panique qu’ils défoncèrent leurs enclos.

La Soeur Marie-des-Eaux se traînait dans la boue en s’aidant de son crucifix qu’il plantait devant lui, incapable de marcher.

« Wrrriiiiick… Des vieux et des éclopés, voilà tout ce qu’on m’envoit. »

Et la Mère Truie se roula sur le novice. La dernière chose qu’il vit fut le corps énorme, puant et couvert d’éclaboussures de porgrelets s’affaisser sur son corps.

Sainte Mère de Vieux ! Je me suis déjà fait écraser par un truc de cette taille !

Alors qu’il sentait ses os à peine ressoudés se briser à nouveau, le novice était en pleine revoyotte, il était tout petiot à l’époque. L’engin agricole était trop chargé d’un côté. Il lui avait basculé dessus. Il ressent à nouveau la douleur, inédite pour l’époque, presque surpassée dans son intensité par la stupéfaction, la stupéfaction de sentir que son corps vient d’être broyé comme une noix. Il n’a que la tête qui dépasse, il n’a même plus l’énergie de crier, il ne peut que pleurer. Tout se brouille, il perd connaissance à intervalles réguliers, à chaque fois de plus en plus de gens attroupés dans la forêt autour de lui. Il entend sa mère pleurer. Il voit son père les bras ballants, complètement impuissants. ça bouâle dans tous les sens, des dizaines de bras qui tentent de soulever le colosse de métal. En vain.

Ainsi donc sa vie n’a été que souffrance.

Champo tirait Hippolyte par la main, le gamin avait beau se débattre, le sherpa l’emportait d’une poigne surnaturelle, et Madeleine avait pas d’autre choix que de les suivre.

Il était rentré dans la ferme, et il fouillait tous les meubles, en sortait tout un bric-à-brac qu’il jetait aussitôt derrière lui :
« Il faut trouver le voult. Il faut trouver l’objet qui vous noue… Fouillez !
– Mais vous comprenez pas, ça sert à rien…
– J’ai dit FOUILLEZ ! J’veux pas encore perdre un môme ! J’en perdrai plus jamais un ! » Il était rouge de rage, il écrasait des assiettes et des pots sur le mur au papier peint pourri. Sa mâchoire tremblait et Hippolyte en avait encore plus peur que de son père.

Les cochons, victimes et esclaves de leur mère, couraient au milieu des planches emportées par le vent, éclatant les courges sur leur passage. Gruikkk, gruikkkk, gruikkkkk !!!!

La Mère Truie, toujours bloquant le novice, jubila en présence de la Sœur Jacqueline. Le Père Benoît, lui, ne comptait pas.

« Là où vous m’avez étonné, c’est en réussissant à retourner mes alliés Corax contre moi. Mais ça ne fait rien, finalement, ils ne sont pas venus vous aider, et quoi qu’ils vous aient confié, ça n’a pas l’air de faire d’effet… Grruiikkk
Puis ses paroles se poursuivirent en grognement et son grognement se mua en un langage articulé fait de borborygmes et de hurlements proches du brâme : la langue putride !

« IIIIII wwwww AAAAAaaaaaa…. SssssHHHHHHH BBbbbbbbweur Gniiiii GGGGRRRWWWWRRReeeeuuuuhhhh TTTTTTrrrrrrr GrrrrruIIIIIIIIIKKKKKKRRRRLLLLLL ! »

Ils comprirent à cet instant qu’ils avaient affaire à une entité de la fin des temps.

« Whoit ! La graine de la mort absolue !, bouâla Champo. Il s’était enfui avec la seule chose qui pouvait peut-être nuire à ce monstre. Et maintenant, s’il revenait, il serait peut-être trop tard pour sauver Madeleine et Hippolyte !

Le père Soubise s’approchait de la doyenne avec sa fourche tendue. Il sifflotait.

Elle arrêta les pointes avec ses mains. Ou plutôt à travers ses mains.


Lexique :

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.

Notes liées aux règles de L’Empreinte :

Menace : une Déité Horla (la Mère Truie)
Lieu de départ : Les Voivres
Avancement :
Acte I – Introspection + Tentation + Agression
Acte II – Introspection + Tentation + Agression
Acte III – Introspection + Tentation + Agression
Acte IV – Introspection + Tentation + Agression (en cours)

Préparation :

A. À la fin de l’épisode précédent, j’ai posé cette question au public : Durant la confrontation avec la Mère Truie, qui va leur prêter assistance contre toute attente ?

J’ai eu cette réponse de Damien Lagauzère : « Et pour la question… m’inspirant de mon solo en cours… Et si c’était un Horla qui intervenait pour les aider contre la Mère-Truie? Peut-être le ferait-il pour de mauvaises raisons (c’est un Horla) mais peut-être aussi pour de bonnes… voire les deux ^^ »

Voilà qui met sur des charbons ardents ! Je rajoute la réponse à mon programme !

B. Voici l’exercice d’écriture de Draftquest du jour : « je vous propose de rédiger un petit texte qui présente tous vos personnages, pas seulement selon leur liens explicites (par exemple, Roger est le mari de Jessica), mais aussi selon leurs liens implicites (Roger et Jessica sont diamétralement opposés: Roger est laid, elle est à tomber par terre – il est drôle, elle est sérieuse – il ne ferait pas de mal à une mouche, elle est potentiellement vénéneuse). Essayez de faire tenir cela en dix lignes. Cela vous permettra, dans un second temps, de faire des personnages qui seront « organiquement » liés. A vos stylos! Et on en parle sur le forum! »

Les quatre personnages, Sœur Jacqueline, Sœur Marie-des-Eaux, Père Benoît et Champo sont des exorcistes. Père Benoît a formé Sœur Jacqueline dans les forêts limbiques, qui a à son tour formé Sœur Marie-des-Eaux. On peut dire que les deux sœurs ont formé Champo, mais c’est encore rudimentaire, il n’a pas encore fait de séjour dans les forêts limbiques.
Père Benoît et Sœur Jacqueline partagent une certaine gourmandise, bien que Sœur Jacqueline ait tendance à la perdre depuis qu’elle a rompu avec la Bernadette.
Au contraire, Sœur Marie-des-Eaux et Champo partagent le sens de l’ascèse et ne se nourrissent que de végétaux. Ils semblent aussi avoir en commun le fait d’avoir un passé tourmenté.
Sœur Jacqueline n’est pas en reste en la matière, puisqu’elle a jadis été une servante de la Mère Truie, à l’époque où celle-ci se consacrait à la luxure et non à la violence. Elle semble avoir oublié beaucoup de son passé, et sa servitude à la Mère Truie ne lui est revenue que récemment.
On ne sait rien du passé de Père Benoît, ni s’il s’en rappelle. Il semble débonnaire et touché par la grâce, mais là aussi on ne sait si c’est une réalité intérieure ou une apparence.

C. Retrouvez ici mon système d’écriture. Je le mettrai à jour au fur et à mesure.

D. J’ai l’impression d’avoir été plus rapide dans ma mise en place, pour autant il ne me reste qu’une grosse heure et demie pour écrire mon histoire ! Tâchons d’être efficace !

Bilan :

Ecrire cette dernière scène de confrontation avec les règles de l’Empreinte a été galvanisant ! La musique de fond aidant, j’étais ON FIRE ! Le système de combat de l’Empreinte permet d’obtenir des scènes de conflit très détaillées, et je suis très surpris par la tournure des événements ! Les règles rendent la chose ample, par conséquent je n’en suis qu’à la moitié de mon combat ! Je me suis fixé comme objectif de sauver Madeleine et Hippolyte, mais seul l’avenir nous dira si cet objectif, pour humble soit-il, a des chances d’être atteint !

Aides de jeu utilisées :
Table des détails forestiers
Le jeu de rôle Les Exorcistes
Nervure

Décompte de mots (pour le récit) :
Pour cet épisode : 1707 mots
Total :  36993 mots

Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article

Modifications :
Une nouvelle empreinte pour Sœur Jacqueline : « enceinte de la Bernadette »

Question au public :

Voici la question qui fait suite à cet épisode :

Pour qui ou quoi le Père Benoît est-il prêt à se battre ?

Épisode suivant :

18. Le martyre

Suite et fin de l’épouvantable combat contre la Mère Truie !