La fin des inspirations pour Millevaux, un bilan et un top 10

La fin des inspirations pour Millevaux, un bilan et un top 10

Il n’y aura plus d’inspirations multimédia pour Millevaux dans mon fil de news quotidiennes ! Voici pourquoi je clôture ce chapitre, avec une réflexion globale sur mon rapport à la documentation et à l’inspiration, et pour fermer cette page en beauté, un top 10 des références les plus hallucinantes qui ont innervé l’univers forestier de Millevaux.

(temps de lecture : 7 minutes)

Les druides apportant le gui, par George Henry et Edward Hornel, domaine public

Je crois que depuis que je publie des choses sur l’univers de Millevaux de façon un peu intensive, j’ai diffusé de loin en loin des inspirations visuelles, tout autant que sonores ou filmiques ou livresques.

Il s’agissait soit de pépites que j’avais dénichées moi-même, soit d’œuvres qui m’avaient été pointées par la communauté et que je relayais.

À retrouver en intégralité :

Musique

Icônographie

Bibliographie

J’aurais beaucoup à dire sur toutes les créations faites par la communauté, mais ce n’est pas l’objet de cet article.

Aujourd’hui, je vous annonce que je vais clôturer la rubrique inspirations. J’ai 226 news en avance dans mon roaster. À mon rythme actuel de 5 news par semaine, il me faudrait encore un an pour me mettre à jour. Je préfère donc limiter d’ajouter de nouvelles choses à ce roaster, et donc ces une à deux inspis par mois font partie des choses qui vont dégager.

Ceci répond également aux interrogations que j’ai depuis longtemps au sujet des sources d’inspiration en général.

La documentation est une forme de procrastination qui permet de repousser à plus tard le vrai travail de création.

Par ailleurs, elle a un autre défaut. Quand vous êtes trop documenté, votre univers fictionnel a tendance à se boursoufler.

Il est temps que je vous fasse un aveu. Beaucoup de membres de la communauté m’envoient des inspirations pour la forêt de Millevaux. Albums sur Pinterest, films à voir sur Youtube, vidéoclips, conseils de lecture, podcasts à écouter…

Je n’ai pas le temps de m’y consacrer. J’ai beaucoup de gratitude pour ce travail de fourmi accompli par la communauté, mais je dois reconnaître que je n’ai même pas assez de place dans mon agenda pour cliquer sur les liens et jeter ne serait-ce qu’un coup d’œil aux galeries d’images qu’on m’envoie.

Je vous invite toujours à faire profiter la communauté de vos trouvailles sur le discord Millevaux, mais je dois vous avertir que je ne pourrai plus les relayer.

La vérité est tout simplement que l’univers de Millevaux doit cesser de croître. Au fur et à mesure que je me suis documenté, j’ai accumulé 100 000 mots de notes pour trois gros livres d’univers : Ruine, Nature et Surnature, qui seront a priori regroupés dans une table aléatoire unique du nom de Biomasse.

Aujourd’hui, chaque note que je rajoute dans cette encyclopédie contribue à rendre Millevaux plus incohérent.

Ajoutez à cela que Millevaux est un univers poétique, et non un univers de hard SF. Je mets sur le même plan d’égalité des acquis de la science et des pseudo-sciences ou des superstitions, et toutes les infos que je recueille sont enduites d’un vernis de merveilleux. A ce titre, je ne saurais me donner les mêmes exigences que si je faisais de la hard SF

Avec l’écriture de Dans le Mufle des Vosges, j’avais pris l’habitude de lire beaucoup de livres et de romans en rapport avec le sujet de la forêt ou du terroir, ce qui m’a fait accumuler encore plus de notes, à la fois pour le roman et pour Millevaux. C’est une pratique que je recommandais dans cet article.

Il faut que j’arrête avec cette manie, parce que j’ai tout simplement trop de notes. Alors que le roman Dans le mufle des Vosges touche à sa fin, j’ai encore environ une soixantaine d’idées à reventiler dans mon texte (sans parler du script). Je suis très content de mon roman, mais force est de constater que l’accumulation d’anecdotes et de vignettes doit cesser, au risque de voir l’intrigue principale s’y diluer complètement.

Lors de mes lectures, je me suis pris de fascination pour le riche vocabulaire forestier déployé par des romans tels que La Forêt des Mythimages ou Le Roi des Aulnes, et je me suis hâté de le pasticher. Mais je commence à en revenir, de cette passion pour le vocabulaire. Je me rappelle aussi que ces lectures ont été rendues pénibles par de trop fréquents recours au dictionnaire.

Le vocabulaire n’est pas le seul vecteur d’immersion à la portée du romancier ou de l’auteur de jeu de rôle. L’histoire, les personnages, les décors et les effets de style y participent tout autant et sont plus accessibles au lectorat.

Je ne suis pas certain, si jamais je refais d’autres romans Millevaux, de reprendre cette orgie de bibliographie. Ainsi, j’aimerais bien un jour romancer ma campagne des Sels de Millevaux, qui suit la trajectoire de trois alchimistes dans une Prague enforestée. J’ai dans ma bibliothèque L’œuvre au noir, La nuit sous le pont de pierre, et Le golem. Ces trois livres devraient amplement suffire à étoffer mon texte ! L’histoire et le contexte sont déjà présents, et il vaut mieux un roman de deux cents pages avec une intrigue condensée qu’un labyrinthe de 500 pages boursouflé d’anecdotes et de digressions savantes.

C’est ma conception de l’expérience immersive, tant en jeu de rôle qu’en littérature.

Sur cette annonce de la fermeture de la rubrique inspis, je ne saurais vous quitter sans un top 10 des inspirations Millevaux jamais dévoilées !

1. La Forêt des Mythimages, de Robert Holdstock.

Le livre nous plonge dans l’histoire d’un vétéran anglais de la seconde guerre mondiale qui retourne dans sa maison natale, en bordure d’une forêt sauvage qui a longtemps fasciné son père et son grand-frère. Il va découvrir que cette forêt est magique : son espace intérieur, quasiment infini, recèle des créatures issues de l’inconscient collectif… Les humains qui vivent à proximité peuvent d’ailleurs engendrer leurs propres « mythagos » de façon plus ou moins volontaire. Le héros va s’enfoncer dans cette forêt à la recherche de son père et de son frère, et va y faire la rencontre de la farouche Gwienneth, une mythago qui bouleverser sa vie.

Il y a tout Millevaux dans ce roman. Un champ lexical forestier très fouillé, des manifestations de la ruine, des horlas, et une version fascinante du concept de l’égrégore.

Bref, un classique absolu pour toute personne qui veut explorer Millevaux plus avant.

2. La sorcellerie en France aujourd’hui, par Dominique Camus.

Ce livre d’ethnographie dresse un portrait de la sorcellerie dans les années 90. J’avais déjà beaucoup aimé le « Pouvoirs Sorciers » de Dominique Camus (une enquête anthropologique en immersion dans le milieu des envoûteurs et des désenvoûteurs), mais cet ouvrage « La sorcellerie en France aujourd’hui » a un GROS truc en plus : une collection de photos (notamment des voults et des poupées percées de clous) impressionnante qui donne vraiment à voir toute la diversité des dispositifs d’envoûtement. Seul bémol : cette iconographie est tellement riche que je doute de la véracité de tous les fétiches présentés. Je pense que l’auteur les a fabriqués lui-même pour les besoins de l’ouvrage. Mais pour un usage fictionnel, cette référence est sans prix.

3. Sang Noir, de Bertrand Hell

Chasse, rage et ensauvagement au programme de cet ouvrage d’anthropologie qui décrypte toute la mythologie des chasseurs avec en filigrane une peur et une fascination ancestrale : celle de devenir la bête. On y découvre des réflexions sur le sang noir, la viande noire, des substances qu’on va retrouver telles quelles dans l’univers de Millevaux. De surcroît, le livre nous enseigne une technique de chasse au cerf qui consiste à s’enduire du foutre du dit animal pour se dérober à ses sens ! Priceless, je vous dis.

(Pour rappel, je suis opposé à la chasse, de même qu’à la pêche et à l’élevage).

4. En errance, une BD par Ayros

Une BD d’horreur forestière qui va vous secouer les branches.

Évidemment, je ne vous parle pas de cette BD par hasard. Je vous l’évoque car elle constitue une parfaite inspiration pour l’univers forestier de Millevaux ! En soi, En Errance pourrait constituer un théâtre, avec son écologie, ses créatures, sa narration… Au-delà de la forêt et de l’aspect post-apo et cauchemardesque, l’univers d’En Errance comporte d’autres similitudes avec Millevaux. Ce phénomène de la gangrène, la perversion des contes, évoquent l’emprise et l’égrégore dans Millevaux. Les entités présentes constituent autant de horlas. Et la forêt souterraine donne une vision des forêts limbiques.

5. Summerland, un jeu de rôle par Greg Saunders

Ceci est un peu le frère jumeau de Millevaux qui aurait arrêté sa croissance avant de devenir boursouflé. L’essentiel est là dans ce petit jeu de 200 pages au système à la fois traditionnel (MJ, feuille de personnage, compétences) et moderne (accent mis sur l’impro, assez freeform) qui à mon avis donne un parfait condensé de ce que j’ai cherché à produire en premier lieu dans Millevaux.

Je suis à peu près sûr que Saunders ne connaissait pas mon travail, mais je n’ai pas le monopole de la forêt.

J’ai tout particulièrement aimé dans ce livre le travail sur les PNJ, le guide pour créer des enclaves, et cette maladie, l’appel de la forêt, qui ensauvage les hommes.

Je me suis fendu d’un compte-rendu de partie et d’un commentaire au sujet du jeu ici.

extrait du fanzine Putride, critique consacrée au film. Crédits : cleanzor, jon.hayes, mlhradio, cc-by-nc & (c) john hillcoat

6. La Route, film de John Hillcoat (2009)

Avec son esthétique âpre et son ambiance qui vous prend à la gorge, La Route est à mon humble avis le plus grand des films post-apocalyptiques. Loin des fioritures épiques à la Mad Max, il nous plonge dans le quotidien d’un père et de son fils, clochardisés après l’effondrement, et qui vivent dans la peur. L’espoir dans ce film où l’homme est un loup pour l’homme n’est qu’une bougie fragile mais qu’il faut entretenir à tout prix.

Eugène Grasset, domaine public

7. La playlist Millevaux

Il me semble que Millevaux me vient avant tout de la musique. J’ai toujours eu un grand besoin de tapis sonore pour engager mon immersion dans cet univers forestier aussi terrifiant que fascinant. Ceci justifie l’attention toute particulière que j’ai portée à collecter des albums dans des genres assez marqués. La playlist Millevaux aléatoire sur Chartopia constitue un achèvement de cette démarche, que je vous ai livrée il y a peu, accompagnée d’un top assez garni.

extrait du fanzine Putride, critique consacrée aux sculptures de Theo Junior. Crédits : theo junior, cc-by & cleanzor, gordana AM, mlhradio, cc-by-nc

8. Les golems de Theo Junior

Theo Junior est un sculpteur qui récupère des figurines et autres statuettes et leur donne une seconde vie en les retravaillant et en les repeignants, ce qui donne en résultat une galerie à la fois homogène et grotesque qui peuplent son univers.

Cette galerie est une mine d’or pour dénicher des figurants et des monstres pour Millevaux, j’avoue y avoir beaucoup puisé avant de travailler davantage les photographies.

Les images sont en licence Creative Commons Paternité – Pas d’usage commercial – Utilisation selon les mêmes conditions. C’est absolument exceptionnel qu’un artiste de cet envergure partage ainsi son travail.

9. $2 Portraits, par Thomas Hawk

Le principe : Thomas Hawk rencontre des sans-abris, leur offre $2 en échange d’une pose. Et parfois, ils lui racontent leur vie.

Avec le temps, ces portraits de SDF sont devenus indissociables de l’identité visuelle de Millevaux, j’en ai utilisé vraiment des tonnes.

Je trouve que le regard du photographe a une belle empathie envers ses modèles, et en même temps on ressent aussi une certaine peur de cet inconnu (Thomas Hawk est un photographe professionnel qui est payé pour prendre en photo des défilés de mode) de la part d’un artiste qui n’est pas vraiment du même monde.

Les sans-abri sont les explorateurs de nos frontières. Ils sont perdus mais ils nous aident à nous retrouver. Je pense que nous leur devons beaucoup et que nous devrions prendre davantage soin de ces personnes, sans pour autant brider leur immense soif de liberté.

J’avoue moi-même ne pas en faire assez. Donner une petite pièce de temps en temps ne suffit pas. J’essaie néanmoins de vous proposer d’entrer dans leurs têtes et leurs corps aussi meurtris qu’ouverts aux plus grands mystères du monde, en espérant qu’après vous les regarderez d’un autre oeil.

Les photos de Thomas Hawk sont sous licence Paternité-pas d’usage commercial, une mine d’or à exploiter sans fin.

10. Le glamour forestier en photos.

Olga Barantseva capture la forêt de Millevaux dans ce qu’elle peut avoir de plus esthétique, charnel et magique.

Grande inspiration pour Inflorenza.

Je ne sais pas si j’ai réussi à le faire sentir, mais j’ai recherché énormément à capturer une forme de beauté dans l’univers de Millevaux. Ce n’est pas qu’horreur et putrescence, il y a de nombreux instants de grâce. Les photos d’Olga Barantseva, qui réconcilient l’homme et la femme avec la nature et les animaux sauvages sont la quintessence de cette beauté que je cherche à exprimer au milieu du marasme ambiant qu’est Millevaux.

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