Le peuple du monolithe

LE PEUPLE DU MONOLITHE

Retour dans la cité américaine de Sturkeyville dans les années 20 pour un épisode lovecraftien  où la menace de la contagion par Millevaux se fait de plus en plus pressante ! Récit d’une partie solo par Damien Lagauzère.

(temps de lecture : 34 min)

Cette partie fait suite à Sturkeyville 2

Ce solo a été joué avec Black Stars Rise, Arkham Noir, Muses & Oracles, Imagia, le jeu de cartes des Folies de l’Appel de Chtulhu, le Solo Investigator Handbook, Lovecraftesque, Bois-Saule,
les Vertiges Logiques et 1000 Years Old Vampire. 

Joué le 27/04/2019

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N_Yoder, cc-by-nc-nd, sur flickr

L’histoire:

Damon Haze, 40 ans, est reporter pour la gazette locale. Lewis Hatecroft, 44 ans, travaille à la bibliothèque. Le 1er est connu pour ses papiers à la plume parfois assassine. Le 2nd, personne ne le sait, collectionne les ouvrages rares sur les sujets les plus variés et le plus ésotériques. Haze a déjà dû faire face aux conséquences de ses actes littéraires. Aussi, par précaution, il laisse toujours une copie de ses notes à Dick Hive, un détective privé. Il a aussi mené une enquête sur Hatecroft et, ayant découvert son secret, a finalement choisi de ne rien en dire. Ils sont même devenu amis et passent de longs moments à discuter littérature, occulte ou non. Hatecroft a d’autres amis, plus étranges. Ainsi, Angel Corso, qu’il n’a jamais rencontré et ne rencontrera peut-être jamais, lui a fait don de son exemplaire du Peuple du Monolithe.

    Sturkeyville, 23 juillet 1937. un vieil homme est mort, personne ne sait comment. C’était une figure du coin, même si on le ne voyait plus beaucoup. Il vivait seul dans le manoir au sommet de la colline. La rumeur dit qu’il possédait une collection de créatures étranges conservées dans des bocaux. Il n’en faut pas plus de ces deux mystères pour éveiller la curiosité de Haze et Hatecroft.
    En effet, Lewis reconnaît être des plus intéressés par cette histoire de monstre en bocal. Et Damon est très curieux de savoir pourquoi le cabinet d’architecte de Daniel Upton tient tant à acquérir le manoir. On parla peu de littérature cet après-midi. On tenta plutôt d’échafauder un plan pour s’introduire dans le manoir du vieux Fieldfire.

    Le vieux vivait seul. Il n’y a donc à priori personne au manoir. Cela ne devrait donc pas être un problème de s’introduire à l’intérieur, surtout s’il fait nuit. En plus, le manoir est isolé. Damon et Lewis sont donc plutôt confiants dans leur entreprise et curieux de ce qu’ils vont bien pouvoir découvrir. Haze rêve déjà d’un article à sensations, Hatecroft d’une nouvelle pièce à sa collection.

    C’est donc dans la nuit du 28 juillet que les deux amis décident de se rendre au sommet de la colline. Les nuages cachent la lune et ils n’y voient pas grand chose. Mais pour autant, il fait plutôt bon cette nuit. Ni l’un ni l’autre ne sont des professionnels de la cambriole, mais Haze parvient à forcer la serrure sans trop de difficultés.
    Toutefois, à peine après avoir mis un pied dans le couloir, ils se figent. Il y a du bruit à l’étage. Des voix ! Quelqu’un est déjà là. Lewis reconnaît la voix de… Randolf Carter ! L’écrivain est connu pour passer parfois ses vacances à Sturkeyville. Il y a aussi écrit certains des ses ouvrages. Mais que fait-il ici ? Et à qui parle-t-il ? Damon fait signe à Lewis de se taire et de ne pas bouger. Il commence à grimper les premières marches de l’escalier mais celles-ci se mettent à grincer. Les voix s’arrêtent aussitôt. Que faire ? Rester là et faire face à une situation gênante, voire dangereuse, ou s’enfuir aussi vite que possible ?
    N’écoutant que son courage… et la prudence (ils ne sont pas armés) Damon dévale les escaliers et entraîne Lewis avec lui à l’extérieur. Ils courent sans s’arrêter jusqu’au véhicule de Damon, garé un peu plus à l’abri des regards. Lewis est très déçu de la tournure des événements mais comprend la réaction de Damon. En effet, qu’auraient-ils pu faire si Carter et son camarade avaient été armés ? Toutefois, Damon voit le côté positif de la chose. Ils auront au moins appris qu’il n’y a pas qu’Upton qui s’intéresse au Manoir, Carter aussi. Et si eux l’ont reconnu, lui par contre n’a normalement aucune idée de leur identité, ce qui est un avantage non négligeable.

29 juillet :

    Pas la peine d’attendre. Haze n’a dormi que quelques heures mais il se sent bien. Que faisait Randolf Carter dans ce vieux manoir en pleine nuit ? Et avec qui parlait-il ? C’est cela qu’il veut découvrir. Carter est un écrivain. Aussi, nul doute qu’il a dû coucher par écrit tout ou partie de ses projet concernant le manoir. C’est une personnalité à Sturkeyville. Tout le monde respecte sa tranquillité mais tout le monde le connaît et sait où il loge quand il vient dans cette petite ville. Et Haze le sait aussi. C’est pourquoi, il a tout simplement décidé de se mettre en planque et d’attendre le bon moment pour s’introduire chez l’écrivain.
    Haze prend ses positions en fin de matinée. Il espère que Carter sortira déjeuner au restaurant, bénéficiant ainsi d’une heure et demie à deux heures pour trouver quelque chose d’intéressant. Pas de chance, il déjeune chez lui. Mais, il sort pour une promenade digestive en début d’après-midi. Haze espère juste qu’il ne rentrera pas trop tôt.
    Dans la rue, la vie suit son cours sans que personne ne lui prête spécialement attention. Une fois devant la porte ; la serrure s’avère plus difficile à forcer que celle du manoir. Toutefois, il parvient quand même à faire les choses proprement. Carter ne devrait se rendre compte de rien.
    À l’intérieur, il n’y a pas un bruit. Haze cherche le bureau de l’écrivain mais quelque chose attire son attention dans le salon. Il y a là des bougies disposées à divers endroits le long d’un cercle tracé au sol. Les diverses lignes à l’intérieur du cercle forment un labyrinthe compliqué auquel semble répondre une peinture au plafond représentant un ciel étoilé. Quelque chose ne va pas dans cette représentation du ciel. Haze n’est pas astronome mais il a passé assez de temps à observer les étoiles pour savoir qu’elles ne sont pas placées au bon endroit. Il y a des constellations qu’il ne reconnaît pas. Et, soudain, une tristesse aussi infinie et insondable que l’espace s’empare de lui. Il se sent attiré par le centre de ce cercle mais quelque chose le retient et le fait finalement fuir cette pièce. Mais, avant de littéralement s’enfuir, il remarque un vieux carnet. L’espace d’un instant, il envisage de le voler mais préfère se limiter à en lire quelques passages.

    « On m’appelle désormais le Boucher. Je ne sais déjà plus qui j’étais avant. Avant ? Avant quoi ? Avant que ce Horla ne fasse de moi sa proie, puis son fils. Il m’a à moitié dévoré mais ne m’a pas tué. À la place, il m’a fait ce qu’il estime être un cadeau mais qui est une malédiction. Maintenant, moi aussi je dois tuer pour me nourrir. Et – est-ce à cause de cette nouvelle nature qui est la mienne ? – j’ai l’impression que mes souvenirs filent plus vite que le vent. Quel incroyable paradoxe alors même que je suis maintenant quasiment immortel.
    Plus que jamais, je veux me rappeler. Je veux me souvenir, ne pas oublier. C’est pour ça que je commence à écrire. Ce carnet et ceux qui le suivront seront ma mémoire. Ils seront ma tête quand je la perdrai. Mais je peux échapper à l’oubli. Pour cela, il suffit d’échapper à Millevaux. Plus facile à dire qu’à faire. Comment quitter cette forêt maudite ? Comment fausser compagnie à Shub-Niggurath ? C’est un rêve insensé ! Aussi, c’est par le rêve que je m’enfuirai. J’ai fait la connaissance d’un serviteur de Shub-Niggurath. Il s’appelle NoAnde et est un ancien shaman du clan des Arbres. Il connaît les chemins secrets du rêve qui relient les mondes. Il a accepté de m’aider. Il a ses propres buts, il ne fait pas ça pour m’aider mais peu importe. Grâce à lui, je suis entré en contact avec un rêveur d’un autre monde. Il s’appelle Randolf Carter et il va faire ce que je lui dis pour me permettre de quitter Millevaux et le rejoindre dans son monde.
    Je sais maintenant pourquoi NoAnde a accepté de m’aider. Il voit dans ma fuite le moyen d’ouvrir un passage vers un autre monde à offrir à Shub-Niggurath. Il se servait de moi encore plus que je ne l’imaginais. Mais je ne laisserai pas cette forêt me rattraper. Aussi, quand est venue la faim, c’est NoAnde qui l’a apaisée. Maintenant, son sang coule dans mes veines. Je fuirai Millevaux mais la forêt ne me suivra pas. Elle n’infectera pas le monde de Randolf Carter. »

    Haze n’en revient pas de ce qu’il vient de lire. Il hésite à en lire plus, à dérober le carnet mais le temps passe et il ne veut pas que Carter se doute de quoi que ce soit. Aussi, il le repose soigneusement là où il l’a pris en se promettant de revenir dès que possible. Mais en attendant, il doit filer avant que l’écrivain ne rentre et le surprenne. Il doit aussi raconter tout ça à Hatecroft. Que va en penser le bibliothécaire ? Est-ce que le vieux possédait quelque chose dont Carter aurait besoin pour aider cette créature d’un autre monde à rejoindre le nôtre ? Est-ce que toute cette installation dans le salon doit servir de passage ?

29 juillet, en fin d’après-midi :

    Lewis Hatecroft écoutait avec attention le récit de Haze et n’en revenait pas que son ami ne l’ait pas appelé pour cette aventure. Il aurait voulu voir tout ça de ses propres yeux. D’autant plus que certaines des choses mentionnées lui rappelaient ses lectures occultes. Il allait devoir passer du temps dans sa bibliothèque, une bonne partie de la nuit, voire un peu plus.
    Il remercia Haze pour toutes ses informations et il le remercia également d’être passé mais il avait présentement du travail et il lui promis de le tenir informé dès qu’il aurait du nouveau. Sitôt Haze dehors, il s’empara du Peuple du Monolithe. Effectivement, certains poèmes parlaient bien de Millevaux, nommée aussi le Titan-Millevaux ou encore la Forêt Verticale. Il s’agissait là d’une création autant que du domaine ou même d’un avatar de Shub-Niggurath, une divinité du fond des âges et du cosmos que l’on pourrait assimiler à l’élément-Terre. Mais était-il possible d’en apprendre un peu plus ? Et surtout, quel dangers planent désormais sur eux, sur Sturkeyville, voire sur le monde ? En effet, que cette créature, ce Horla, ait ou non tué ce NoAnde, il n’empêche que toute ouverture de passage entre les deux mondes permettra à Millevaux de s’introduire dans le nôtre. Et cela, il faut à tout prix l’empêcher.
    Ce Horla, le Boucher comme on semble l’appeler, est en contact avec Carter et a besoin de lui pour ouvrir ce passage. Aussi, peut-être qu’il suffirait de réussir à convaincre Carter de renoncer à son projet. Mais se laissera-t-il convaincre ? Acceptera-t-il seulement d’écouter la voix de la raison ? Que lui a promis ce Horla en échange de son aide ? Comment a-t-il pu faire confiance à une chose vue dans un rêve et qui se fait appeler le Boucher ?
    Hatecroft continuait à lire, à chercher des informations sur Millevaux, les Horlas et Shub-Niggurath quand l’horloge sonna minuit. Il sentait la fatigue s’abattre sur ses épaules mais ne voulait pas aller se coucher avant d’avoir trouvé quelque chose de vraiment significatif à rapporter à Haze. Et pourtant, il dut s’assoupir car il sentit entre ses mains Le Peuple du Monolithe, le livre, palpiter au rythme d’un cœur qui bat. L’espace d’un instant, il eut l’impression que le livre était vivant et cela le terrifia. Ses membres étaient figés. Impossible de lâcher le livre. Les larmes coulaient abondamment sans qu’il ne puisse les arrêter ni même sans vraiment savoir pourquoi il pleurait. Et le livre était animé de pulsations aux rythmes desquelles les mots semblaient s’animer tels d’horribles vers noirs. Il voulait jeter l’ouvrage au loin, s’en débarrasser, le brûler mais ne pouvait bouger. Et le visage de Carter lui apparut, flou à cause des larmes. Malgré sa peur, malgré le dégoût inspiré par le livre, il se sentait irrésistiblement attiré par l’écrivain, par le rêveur. Et il l’entendit clairement s’exprimer ainsi :

    « Ne résistes pas, soumets-toi, répares l’injustice que tu as commises, la colère du Morning Man provoquera des dégâts… »

    Puis le visage de Carter disparut. Et tout disparut. Le livre, la bibliothèque… Tout ! Hatecroft se tenait maintenant au milieu d’une forêt de sacs plastiques. Tout était immobile. Les sacs étaient figés. Pourtant, on voyait bien qu’ils étaient agités par le vent mais Hatecroft ne sentait pas ce vent et tout autour de lui était figé. Oui, il y avait du vent. Et même un vent fort car les sacs étaient quasiment à l’horizontal. Ils n’auraient pu se retrouver ainsi sans le vent. Et pourtant, il ne sentait rien. Le soleil se couchait. Ou plutôt, il n’en finissait pas de se coucher. Ce n’était pas ces sacs en plastique qui étaient figés, c’était le temps. Et lui, Hatecroft, pouvait-il bouger ? Oui, mais au prix d’un effort et d’une douleur considérable. Aussi, après avoir seulement tenté de lever le bras, il renonça. Pire, il haletait car il avait senti son os se briser. Et son cœur s’emballait… au rythme des battements de cœur du Peuple du Monolithe ? Et il ressentit alors une faim de loup. Simple conséquence de sa blessure ? Non, c’était autre chose. Une autre faim. Une faim de quoi ? Pas seulement de nourriture. Il ne pouvait tourner la tête sans risquer de se briser le cou mais il parvint à faire rouler ses yeux et voir ses mains se recouvrir d’écorces d’arbres. Il sentait son cœur battre. Et il sentait aussi que, dans ses veines, son sang cédait la place à autre chose. De la sève. Et il vit quelque chose bouger à la périphérie de son champ de vision. Une silhouette approchait. Et il sut qu’il s’agissait du Boucher. Son visage était horrible, à cause des profondes cicatrices qui le défiguraient. Mais ce n’étaient pas de simples cicatrices. C’était des symboles. Il reconnut certains des signes qu’il avait vu reproduits dans les ouvrages de sa collection. Le Boucher était marqué du Signe des Anciens. Mais aussi des symboles typiques des adorateurs de Shub-Niggurath et du Dieu-Insecte. D’autres formaient des entrelacs dont il supposait qu’il s’agissait de pentacles rituels, des sortilèges peut-être. Et il se pencha pour lui chuchoter à l’oreille.

    « Le Non-Sens Électronique… Comment la retrouver ? »

    Puis Hatecroft se retrouva de nouveau chez lui.

    Et la pièce fut envahie par une nuée d’insectes.

    À son grand soulagement, tout cela n’avait été qu’une sorte de rêve éveillé mais, son bras était bel et bien brisé.

31 juillet :

    Haze était très fier du papier qu’il a écrit à propos de Carter. L’écrivain est une figure appréciée à Sturkeyville et il s’est fait fort de d’égratigner son image de marque en racontant avoir appris d’une « source sûre » et tenant à rester anonyme que Carter s’était rendu de nuit dans le manoir sur la colline. L’article mentionnait également ses relations avec la « pègre ». Ainsi, faisait-il allusion au « Boucher ».
    C’était donc le sourire aux lèvres qu’il se rendit chez Hatecroft, convaincu que suite à l’article qui était paru le matin même, Carter allait forcément être obligé de réagir et de se dévoiler. Mais son sourire s’effaça devant la mine du bibliothécaire. Ce dernier avait le bras en écharpe et les traits plus que tirés. Il lui offrit néanmoins d’entrer. Il avait des choses à lui dire.
    Et Haze tomba des nues en apprenant ce qui s’était passé. Cette forêt maudite existait donc. Et ce Boucher aussi. Et on en avait maintenant une description. Et tous ces délires mystiques prenaient une dimension beaucoup plus concrète dès lors qu’on voyait l’état du bras d’Hatecroft. Haze était un esprit rationnel mais il avait aussi toute confiance en son ami. Celui-ci ne lui mentirait pas. Il ne lui raconterait pas de telles histoires s’il n’en était pas convaincu.

    Shub-Niggurath, Millevaux, le Dieu-Insecte et le Boucher… Et Carter qui semble travailler à ouvrir un passage entre nos deux mondes… Et le vieux dans tout ça ? Qu’est-ce qu’il avait dont Carter a besoin pour son projet ? Ça, ils vont peut-être bientôt le savoir. En effet, Haze sait par expérience que ses articles sont pris au sérieux par la police. Aussi, même si Carter est une personnalité, il sera forcément convoqué au commissariat pour répondre à quelques questions. Il faudra donc en profiter pour se rendre de nouveau chez lui. Et Haze a placé un indicateur devant chez l’écrivain pour être informé du moment où il se rendra à ladite convocation qui ne manquera pas de tomber. En attendant cela, Hatecroft reprend du poil de la bête.

    En sortant de chez Hatecroft, Haze se hâta de rejoindre son indicateur qui lui affirma que Carter était sorti de chez lui précipitamment. Il ajouta même que ce dernier avait l’air inquiet. Haze le remercia et fit le tour de la maison pour forcer la porte de derrière.
    L’intérieur baignait dans la lumière agréable de l’été. Pour un peu, Haze se serait servi un verre. Mais il avait d’autres projets en tête. Il retourna dans le salon et chercha le vieux journal. Mais celui-ci n’était plus là. Carter avait dû le ranger quelque part, mais où ? Il y avait un placard dont la porte était fermée à clé. C’était idiot. Il y avait de grandes chances que ce soit là, dans cette pièce qui devait servir de rituel afin de communiquer avec le Boucher, que se trouve le journal. Pour autant, cela n’aurait pas été très prudent ni très malin de forcer cette porte. Mais après tout, n’avait-il pas déjà forcé la porte de derrière ?
    Cette serrure ne présentait pas beaucoup plus de difficultés que l’autre mais Haze fut interrompu par une voix à l’accent bizarre. Il se retourna et se retrouva face à un homme d’une maigreur extrême. Il avait les yeux d’un noir profond. Il était quasiment nu et ne portait qu’une sorte de pagne. Tout le reste de son corps était recouvert d’une sorte de peinture verte. L’homme riait. Il parlait mais Haze ne comprenait pas la plupart des mots. Mais il en reconnut certains malgré tout. Millevaux et Shub-Niggurath revenaient plusieurs fois.
    L’homme était là, riant et délirant dans cette langue inconnue. Il ne bougeait pas et Haze en arriva même à se demander s’il le voyait vraiment. Puis, au delà-de cette maigreur, de ces yeux noirs et de cette peinture verte, il reconnut Joe Mazurewicz, le voisin de Carter. Mais que lui était-il arrivé ? Était-ce Carter qui avait fait de lui cette épave ? Comment et pourquoi ? Était-ce lui qui était avec Carter l’autre nuit au manoir ? Mazurewicz était-il seulement en capacité de communiquer ? Haze tenta le coup.
    Et Mazurewicz reprit sa voix normale. Et il expliqua qu’il n’était pas avec Carter cette nuit là. Oui, il avait bien conscience que Carter lui avait fait quelque chose. Mais il n’était pas capable de dire quoi. Il souffrait de cet état mais ne cherchait pas à fuir l’influence de Carter car quelque chose, quelque part, l’enjoignait à poursuivre ce qui lui apparaissait comme une quête dont il ne saisissait ni les tenants ni les aboutissants. Oui, il allait se passer quelque chose. Il se passait déjà quelque chose. Mais quoi ? Joe Mazurewicz savait mais… il lui était impossible de le dire autrement qu’en utilisant les mots de la Langue Putride. Or, ces mots étaient maudits. Et si Haze les entendait, il serait maudit lui aussi.
    Haze profita de ce que Mazurewicz semblait avoir retrouver son calme et sa raison pour s’esquiver. Il lui fit promettre de ne rien dire de sa « visite » mais se doutait qu’il ne pourrait rien cacher très longtemps à Carter. Plus que jamais, le temps lui était compté.

31 juillet, chez Hatecroft

    Après le départ de son ami, Hatecroft ressentit le besoin de se reposer. Il s’installa dans son fauteuil et chercha le sommeil. Il ne trouva que des sombres pensées qui s’agitaient et cherchaient, finalement, à s’assembler comme les pièces d’un puzzle qui prendrait enfin sens. Il repensa à ce que lui avait dit cette chose scarifiée dans son « Rêve ».

    « Le Non-Sens Électronique… Comment la retrouver ? »

    Le monstre aurait dû dire « Comment LE retrouver ? » Mais comment trouver du non-sens ? Qu’est-ce d’ailleurs que le non-sens ? Est-ce l’absence de sens ? Est-ce l’opposé d’un « oui-sens » ? Hatecroft en était à se dire que le véritable non-sens n’était pas l’absence de sens mais un sens que l’on ne comprenait pas, soit parce qu’il nous manquait des éléments à cette fin, soit parce que l’être humain n’était tout simplement pas conçu pour accéder à la compréhension de tel ou tel phénomène.
    Alors, ce monstre, ce Horla ?, avait semblait-il des problèmes de mémoire. Était-ce sa mémoire qu’il cherchait ? Pensait-il que retrouver ses souvenirs lui permettrait de mieux comprendre sa situation, de faire sens ?
    Hatecroft tournait et retournait cette phrase dans sa tête. Elle l’obsédait. Le Non-Sens Électronique… l’Électronique Non-Sens… l’E. No-Sense… l’Innocence ! Était-ce possible que cela soit ça ? L’innocence ! Il chercherait à retrouver son innocence ? Sa nature d’être humain ? Peut-être pensait-il qu’il ne laissera pas que cette forêt derrière lui mais également la malédiction qui le frappe. Mais comment en avoir le cœur net ? En retournant dans cette forêt, dans ce cauchemar.
    Hatecroft se dirigea vers un des rayonnages de sa bibliothèque ésotérique. Il chercha et finit par trouver le grimoire dont il avait besoin. Là, il y avait un sort permettant de voyager entre les mondes par le biais du rêve. Il voulait se reposer, il allait rêver.

    Il lut et relut attentivement le texte du rituel. Il se mit en condition et exécuta les mots en langues anciennes. Il fit aussi les gestes, autant que son bras le lui permettait. Les bougies étaient allumées, l’encens brûlait. Les symboles étaient tracés au sol et sur les murs. Alors, il se rassit dans son fauteuil et attendit le sommeil et le rêve.
    Mais autre chose se passa. Il ne dormit pas. Au contraire, il était totalement éveillé quand de la terre émergea entre les lames du parquet. Il vit des racines courir le long des plinthes et du lierre grimper le long des murs. Par la fenêtre, il voyait les rues de Sturkeyville. Mais, quand il regardait ses murs, il voyait une forêt s’étendre. Et concrètement, elle s’étendait. Elle gagnait en expansion. Hatecroft voyait son horizon défiler, se construire en quelque sorte sous ses yeux. Il ne bougeait pas de son fauteuil. Il avait l’impression que toute tentative pour se mouvoir ne lui briserait pas les membres comme la dernière mais… il avait peur.
    Et il avait tellement peur qu’il glissa malgré tout de son fauteuil. Il était maintenant recroquevillé sur lui-même et ne pouvait retenir ses larmes. Et on posa une main sur son épaule. Hatecroft tourna péniblement la tête et ne reconnut pas l’être qu’il avait déjà vu. Juste au-dessus de lui se tenait une espèce d’ombre à l’allure seulement vaguement humaine. La chose n’avait pas de visage, seulement des ténèbres. Une main noire était posée sur son épaule mais Hatecroft voyait distinctement s’agiter des grappes de tentacules dans le dos de cette ombre. La lumière était plus faible autour d’elle, comme si elle l’aspirait. Et elle aspirait le bruit aussi. Elle retira sa main et changea de forme pour devenir une espèce de ver ou plutôt de mille-pattes, mais de la taille d’un lion. Le silence régnait mais un bourdonnement se fit entendre quand la chose « parla ». Elle ne parlait pas réellement mais Hatecroft comprenait pourtant.

    « Je suis l’Assiminihilateur. Je détruis en assimilant. Ce que je détruis devient une partie de moi. La matière, la lumière, le son, je me nourris. Les sentiments, la raison, la peur, la joie, je m’en nourris. L’Innocence, je m’en nourris. »

    Cette horreur était-elle celle qui avait maudit l’homme scarifié ? Hatecroft réussit à balbutier sa question.

    « Oui, mais… le débarrasser de son innocence a provoqué un événement inédit. Cela n’était pas arrivé avant. Veux-tu que j’essaye encore ? »

    Ce monstre lui proposait-il de lui infliger la même chose ? Avec le risque de tout simplement mourir ?

    Ce qu’il voulait un cri se révéla un geignement.

    « Non… »

    Et le ver changea de nouveau de forme et prit celle d’un énorme chien sombre qui… détala ! Et, à mesure que le chien, cet Assiminihilateur, s’éloignait, la forêt cédait la place à un intérieur. Mais pas celui d’Hatecroft. En réalité, il était maintenant allongé en bas d’un escalier. Parvenant à se relever, il monta et se retrouva dans une mansarde dont les coins au niveau des murs, du toit et du plancher formaient des angles étranges.
    Il n’y avait là personne et Hatecroft n’avait aucune idée de là où il était. Il n’y avait là aucune fenêtre. Il aurait pu redescendre mais quelque chose l’en empêchait. Et si cette maison n’était pas vide ? Si on l’agressait encore ? Si ce qu’il pouvait trouver ici disparaissait le temps qu’il revienne ? Non, il devait comprendre le mystère de cette mansarde. Ensuite, seulement, il se déciderait à quitter les lieux.
    Il examinait soigneusement la pièce, explorait chacun de ces angles étranges, y cherchant une signification, un point commun avec quelque chose qu’il aurait lu ou vu ailleurs. Rien ! Puis, il entendit quelqu’un chanter. C’était une voix aiguë dans une langue inconnue. Cela venait d’en bas. Alors, il descendit.

    Au rez-de-chaussé, il reconnut la maison sur la colline, celle du vieux. Il suivit le chant jusqu’à la salle de jeu. Il ouvrit la porte et se retrouva face à un homme à demi-nu et recouvert de peinture verte. Il était d’une extrême maigreur et s’arrêta de chanter quand il vit Hatecroft. Il avait l’air fâché et, spontanément, Hatecroft s’excusa de son intrusion involontaire. L’homme ne se présenta pas mais prétendit parler au nom des Baleines Verticales.
    Verticales ? Hatecroft pensa aussitôt à cet autre nom de Millevaux, la Forêt Verticale. Qu’est-ce que cela voulait dire ? Et qu’est-ce que ces Baleines avaient à lui dire, à lui ?

    « Une traversée victorieuse se paie du prix du sang. Alors, le voyageur trouvera sa place à la table du festin. »

    Hatecroft tentait de comprendre. Carter était en communication avec un être d’un autre monde. Ce dernier, maudit par un monstre, un Horla, cet Assiminihilateur, voulait fuir son monde. Il espérait, peut-être, que rejoindre notre monde lui permettrait de mettre un terme à cette malédiction qui l’affligeait. Aussi, il avait besoin de l’aide de Carter et ce dernier semblait disposé à l’aider. Mais pourquoi ? L’écrivain avait visiblement tenté d’ouvrir un portail chez lui mais il y avait chez le vieux quelque chose dont il avait manifestement besoin. Était-ce dans cette mansarde ? Était-ce cette mansarde elle-même d’ailleurs ? Mais, ouvrir un portail supposait le risque que la malédiction de Millevaux et de Shub-Niggurath se répande dans le notre. Aussi, il fallait absolument stopper Carter. Et maintenant, cet homme étrange lui parlait de Baleines Verticales.
    Le voyageur, s’agissait-il de cet être qui voulait gagner notre monde ? Le prix du sang ? Pour qui cette traversée serait la plus dangereuse ? Pour lui-même ou pour nous ?

    « Carter a-t-il conscience des risques qu’il nous fait courir ? »

    Hatecroft cria cette question qui resta sans réponse. En effet, l’homme peint en vert recula et sa silhouette devint floue pour finalement disparaître. Et Hatecroft ne put contenir un long hurlement.

    Il resta un long moment à hurler dans cette salle de jeu. Puis, son cri mourut mais il resta encore un long moment figé dans ce cri silencieux. Puis, au matin, alors que s’annonçait une canicule, il sortit et rentra chez lui. C’est en se débarrassant de sa veste qu’il trouva dans sa poche des billets pour le ferry en direction de l’Ancien Monde. Il y avait là tout le nécessaire afin d’effectuer un trajet jusqu’au détroit de Béring, là où s’élève ce site qu’on appelle l’Allée des Baleines.

    Deux billets, cela incluait Haze évidemment.

1er août,

    Haze ne comprenait pas vraiment comment Hatecroft était entré en possession de ces billets pour le détroit de Béring. Toutefois, le temps pressait. Le départ était proche et il n’était pas du tout prêt à quitter Sturkeyville, surtout pour une destination aussi lointaine. Pourtant, il allait partir. Il ne comprenait pas les motivations de Mazurewiecz mais l’homme en vert avait réussi à semer le doute dans son esprit. Il n’était plus vraiment sûr qu’il soit si mal-intentionné que ça. L’homme n’était pas clair, cela était certain. Mais il n’était peut-être pas leur ennemi. En fait, et Hatecroft partageait ce point de vue, il se demandait s’il n’était pas « habité » par un esprit venant de Millevaux.
    Avant de partir, Haze aurait voulu se confronter avec Carter. Mais il n’avait plus vraiment le temps et il ne voulait pas prévenir un véritable ennemi potentiel de ses intentions. Aussi, il choisit finalement de se rendre chez Mazurewiecz. Mais il ne fut pas reçu par un homme a moitié nu et peint en vert. L’homme était habillé et ne montrait aucune trace de peinture. Et sans le trouver d’une très bonne constitution, il avait quand même l’impression qu’il était moins maigre que la dernière fois où il l’avait vu. Il se présenta et eut l’impression que Mazurewiecz ne le reconnaissait pas. Haze le sonda du regard mais ne discerna rien tendant à montrer qu’on cherchait à lui cacher quelque chose. L’homme le fit poliment entrer et lui offrit du thé.
    Haze était décontenancé et ne savait pas par où commencer. Aussi, il aborda timidement la question de Carter afin de savoir ce que cela supposait de vivre à côté d’une personnalité. Mazurewiecz se montrait aussi sympathique et serviable que possible. La question de Haze le fit rire car il avoua n’être pas du tout lecteur des romans de Carter. Aussi, il était un peu gêné quand il le croisait. Il ajouta aussi qu’il préférerait être damné que de devoir reconnaître devant l’auteur qu’il ne l’avait jamais lu. Haze se demandait ce qu’il faisait là. Quand une ombre sur le mur capta son regard. Il n’écoutait plus Mazurewiecz que d’une oreille distraite.
    Cette ombre était étrange. Elle bougeait… toute seule ? En tous les cas, ce n’était pas naturelle. Sur le mur, derrière Mazurewiecz qui ne semblait se rendre compte de rien, il se dessinait une île. Des formes bougeaient. Des arrêtes s’érigeaient. Par quelle magie ? Haze se sentait de plus en plus mal. Il n’aurait pu le prouver mais il était convaincu qu’il s’agissait là de cette fameuse Allée des Baleines ? S’agissait-il là d’un indice ou au contraire cherchait-on à l’effrayer et le dissuader de s’y rendre ? Puis l’ombre prit la forme d’un masque qui éclata en une multitude d’insectes sombres rampant dans tous les sens.
    Haze tomba de son fauteuil et se roula en boule.

4 août,

    Remis de sa crise, Haze fut incapable d’expliquer comment il avait quitté le salon de Mazurewiecz. Hatecroft tenta de rencontrer Mazurewiecz, en vain. L’homme avait disparu. Et comme la date du départ approchait à grands pas, il n’a pas insisté. Il a également renoncé à rencontrer Carter. Que celui-ci tente de mener son projet à terme. Eux, tenteraient de l’en empêcher. C’était maintenant une course contre la montre.
    L’avion aurait certainement été plus rapide, mais c’était deux billets pour le ferry en partance de Los Angeles qu’Hatecroft avait trouvé dans son manteau. Aussi, le trajet allait prendre plusieurs jours. Cela laisserait le temps à son bras de se consolider et à Haze de se remettre de ses émotions.
    La première journée, ils parlèrent peu de tout cela et encore moins de ce qu’ils allaient faire une fois arrivés. En fait, ils étaient tous deux convaincus que Mazurewiecz était « habité » par un esprit venant de Millevaux mais ils n’auraient su dire s’il s’agissait de ce Horla soucieux de traverser les mondes ou ce fameux NoAnde qui avait disparu. Était-il possible qu’il s’agisse d’encore quelqu’un d’autre ?

    Hatecroft se coucha tôt. Il fût réveillé par une étrange chaleur. Mais la température ne cessait de changer à un rythme très rapide et avec des écarts importants. En nage et glacé, il se résolut à se lever. Il fit quelque pas dans sa cabine mais se sentait mal, en danger. Il était en proie à un inexplicable sentiment d’insécurité. Pourtant, il était seul. Il regardait autour de lui et se surprit à chercher du regard ses livres, ses précieux ouvrages. Loin d’eux, il se sentait mal, en danger. C’étaient ses livres qui le protégeaient. Ici, en pleine mer, sans ses livres, il se sentait horriblement vulnérable. Les encyclopédies auraient pu expliquer cet étrange phénomène de chaud et froid. Et ses livres occultes lui auraient fourni un moyen de combattre toute influence surnaturelle. Il connaissait bien quelques rituels mais était-ce bien prudent d’en user ? Non ! Non ! Il devait se raisonner, rester calme. Il arrêta alors de faire les cents pas. Il ferma les yeux et se contraint à respirer lentement. Une fois apaisé, il ouvrit les yeux et vit… une caverne. Il n’aurait su dire pourquoi mais il eut le sentiment profond qu’il s’agissait d’une métaphore, d’un symbole. Cette caverne était sans nul doute la mémoire que ce Horla voulait explorer, sa mémoire qu’il voulait retrouver. Était-ce le but de leur voyage ?
    Un crissement le tira de ses pensées. Dans un coin de la pièce, il vit un rat courir le long du mur et se fondre dans les ombres. Il s’approcha du trou d’où était sorti l’animal et regarda. Il ressentit alors une vive douleur au sommet de la tête et, tentant de se relever, il perdit l’équilibre. La dernière chose qu’il vit fut un marteau s’abattre sur son crane.

5 août,

    Inquiet de ne pas voir son ami pour le petit-déjeuner, Haze se rendit alors dans la cabine d’Hatecroft. Il frappa mais n’entendit aucune réponse. Après l’avoir cherché une peu partout et interrogé les membres de l’équipage et les autres passagers, il obtint du capitaine qu’on ouvre sa cabine à l’aide d’un passe. Là, il découvrit le corps d’Hatecroft, étendu à terre, le crane et le visage fracassé, recouvert de sang. Une pièce d’or recouvrait chacun de ses yeux. Il se mit d’accord avec le capitaine pour garder le secret. Officiellement, Hatecroft était souffrant et devait garder le lit.

13 août,

    Haze arriva enfin à cette fameuse Allée des Baleines et se demanda ce qu’il faisait là. Finalement, il ne savait plus vraiment ce qu’il était venu y chercher. Hatecroft décédé, tout ceci avait-il encore une finalité quelconque ? Il se convainquit que oui et arpenta ce site ancien et majestueux à la recherche d’un détail significatif.
    Qui étaient ces gens ? Qui étaient ceux qui ont bâti cet endroit à partir d’ossements de baleines ? Quelque chose recouvrait-il ces cages thoraciques plantées dans le sol ou bien tout était-il déjà comme ça ? Haze errait dans cette forêt de côtes et de plaques osseuses. En réalité, il ne ressentait rien de particulier. La peine et le choc consécutifs à la mort d’Hatecroft s’effaçaient lentement. Son humeur se stabilisait, à l’inverse de la météo. Un vent froid se levait. Heureusement, il y avait quelque endroit où se mettre à l’abri. Ainsi, Haze se retrouva accroupi derrière une plaque d’os, une ancienne omoplate peut-être, et soufflait dans ses mains pour se réchauffer quand un mouvement furtif attira son attention. Une silhouette s’approchait en rampant. De loin, impossible de dire s’il s’agissait d’un homme ou d’une femme. Et puis, quelle étrange façon de se présenter à lui ! Il se leva pour aller à la rencontre de celui ou celle qui rampait ainsi et découvrit un cadavre (de femme ? C’était difficile à dire vu son état de putréfaction avancé.) se tortiller péniblement dans sa direction.
    Haze ne parvenait pas à s’émouvoir de cette chose. Et comme elle se déplaçait lentement, il prit tout son temps pour choisir une pierre suffisamment lourde qu’il laissa tomber sur le crâne de la morte. Il reprit ensuite sa place à l’abri du vent et souffla de nouveau dans ses mains.

14 août,

    Après une nuit agitée par de sombres cauchemars, Haze revint sur les lieux. Il se sentait mal. Il était fatigué et nerveux. Pour autant, il n’avait pas de souvenir précis des mauvais rêves qui avaient troublé son repos. Il ne se rappelait que de sorciers et de chiens menaçant. Il y eut aussi dans ses cauchemars, la menace d’un combat et la sensation d’être ballotté par le hasard, de ne rien contrôler.
    Haze gardait en tête que ce lieu quasi désertique était lié à cette forêt de Millevaux. En effet, il s’agissait d’empêcher Randolf Carter de réussir à ouvrir un portail qui non seulement permettrait à un Horla de fuir la forêt maudite, faisant ainsi entrer une sorte de vampire dans notre monde, mais surtout à la forêt elle-même de se répandre et contaminer notre réalité. Carter avait tenté d’ouvrir un tel portail chez lui. Il en avait vu le pentacle tracé au sol. Mais cela n’avait pas dû fonctionner. C’était sans doute pour cela que, sous l’influence peut-être de l’être qui avait un temps possédé Mazurewiecz, il s’était rendu dans l’étrange mansarde du manoir du vieux, au sommet de la colline. Les angles peu conventionnels de ce grenier lui permettraient-ils de réaliser son projet ? Quoiqu’il en soit, c’était peut-être ce même être qui avait remis à Hatecroft deux billets pour venir ici. Aussi, d’une façon ou d’une autre, cet endroit était lié à Millevaux. Et Haze se demanda alors si l’Allée des Baleines n’était pas un ancien lieu de culte et de rituel. Et si, ici même, en des temps anciens, on avait tenté d’ouvrir ou de fermer des portails vers d’autres monde ? Et qu’attendait vraiment celui qui avait remis ces billets à Hatecroft ? Ce lieu était-il assez puissant pour contrer le rituel de Carter ou, au contraire, allait-il lui conférer encore plus de pouvoir ? Et, l’espace d’un instant, Haze se surprit à penser que ceux qui avaient bâti ce site avaient peut-être emprunté un de ces portails. Peut-être s’étaient-ils rendu dans cette forêt de Millevaux ?
    NoAnde, le shaman qui avait enseigné son art au Horla, semblait animé de ses propres buts. Il semblait vouloir contaminer les autres mondes et répandre la forêt, un avatar de Shub-Niggurath à en croire certains ouvrages de la collection d’Hatecroft. Si c’était bien lui qui avait remis ces billets à Hatecroft, ils n’auraient pas dû venir ici et Hatecroft serait encore vivant. Mais, s’il s’agissait d’un autre esprit, il y avait donc là le moyen de contrer Carter. Haze errait entre les ossements dressés vers le ciel et réfléchissait à ce qu’il devrait faire quand il trouverait, enfin, un quelconque indice. En fait, il auscultait les ossements à la recherche de glyphes, de gravures qui lui évoqueraient quelque chose.
    Puis, Haze eut la subite intuition qu’il était finalement au meilleur endroit non pas tant pour ouvrir un portail que pour en trouver un qui serait déjà ouvert. Alors, ne devait-il pas le traverser et se rendre dans cette forêt pour régler définitivement le problème ? Il se rappela cet aspect de son cauchemar et se sentit de nouveau l’objet de forces qui se servaient de lui comme, peut-être, elles s’étaient servies de Mazurewiecz. Mais était-il venu jusqu’ici pour faire demi-tour ? Non, quelles qu’en soient maintenant les conséquences, il devait aller jusqu’au bout. Il devait trouver ce passage. Et il se demanda alors si ce n’était pas précisément ce passage qu’avait emprunté le cadavre mort-vivant dont il avait fracassé le crâne la veille.
    Haze rentra précipitamment à son hôtel. Là, il mit par écrit l’ensemble de ses récentes réflexions. Il ajouta à ses notes l’exposé de ses buts, sa tentative à venir de trouver un portail vers Millevaux afin de s’y rendre, combattre ce Horla et, si possible, revenir vivant afin de fermer définitivement ce portail. Ensuite, il envoya tout ça son ami le détective Dick Hive. Il ne laissait aucune consigne particulière au détective. Il ne lui demandait pas de prendre la suite de son combat si toutefois il devait ne pas revenir. Il ne lui demandait pas de rendre ces notes publiques. Il se doutait qu’on le prendrait pour un fou, ce qu’il était peut-être effectivement devenu. Non, il voulait seulement laisser une trace, pour que quelqu’un se souvienne. Ensuite, il se coucha.

    Haze ne s’endormit pas. Il était sur le point de s’endormir quand il ressentit un frisson étrange, comme si un voile d’électricité le recouvrait. Il se redressa et fut assailli par une vision des plus étranges. Tout autour de lui semblait s’abîmer, se détériorer à vitesse accélérée. Ses draps se tachaient d’humidité et se trouaient, devenaient lambeaux et disparaissaient. Les murs se lézardaient, se parcouraient de lierre qui fleurissaient, pour se racornir et fleurir à nouveau. Le plancher se crevaient de racines noueuses. Les murs finissaient par s’écrouler et leur ruines se couvraient de mousses, cédaient la place à des arbres qui grandissaient eux aussi à vitesse accélérée. Il vit des créatures se déplacer à une vitesse vertigineuse. Il en vit naître et mourir. Il vit de nouvelles espèces apparaître et disparaître. Il vit des hommes et des femmes, des monstres au visage recouvert de plaques d’os. D’autres avaient des bois de cerfs sur la tête. Au loin, l’espace d’un instant, il crut voir Hatecroft. Puis tout s’arrêta.

???,

    Où ? Millevaux sans doute. La forêt maudite, l’avatar et le domaine de Shub-Niggurath.
    Quand ? Aucune idée…

    Haze errait au milieu d’un ossuaire envahi par la végétation. En réalité, il reconnaissait clairement l’Allée des Baleines telle qu’il l’avait déjà visitée. Mais les terres froides et désolées du détroit de Béring étaient maintenant recouvertes par la forêt de Millevaux. Il faisait nuit noire mais sa vue s’était finalement rapidement adaptée à l’obscurité. De plus, il connaissait les lieux.
    Soudain, le vent se mit à souffler. Une véritable tempête le contraignit à chercher un endroit où se protéger. Pourtant, tiraillé par la soif, il offrit sa bouche grande ouverte à la pluie dont les grosses gouttes lui martelaient le visage. Puis, il ferma prestement la bouche quand il se rappela être sur le territoire d’une ancienne divinité maléfique. Tout ici était maudit. L’air et la pluie également. Était-ce sage de boire ainsi cette eau de pluie ? Quelle impureté allait maintenant souiller son organisme ?
    Il entraperçut une forme courir à la périphérie de son champ de vision. Il eut peur car il reconnut la silhouette d’un sanglier. L’animal ralentit et s’approcha de lui. Lorsqu’il fut à quelques mètres, il se redressa sur ses pattes arrières et fit craquer ses doigts, des doigts… humains ! Le sanglier bipède, dans un anglais parfaitement maîtrisé et clair malgré la configuration de sa mâchoire se présenta comme étant NoAnde, ancien shaman du Clan des Arbres et serviteur de Shub-Niggurath. Haze vit sa dernière heure arriver.
    Quelque chose se brisa en Haze. Il se raidit, se contracta et poussa un long hurlement. Puis, il se mit à crier des mots dans une langue qu’il ne connaissait pas mais qu’il savait maudite. Les mots sortaient de sa bouche en un flot violent et incontrôlable, impur et putride. La Langue Putride. Ces trois mots seuls avaient du sens pour lui en cet instant. Il parlait la Langue Putride mais ne savait pas ce qu’il disait ni quelles pouvaient être les conséquences de ces paroles dont il craignaient qu’il ne s’agisse là d’horribles rituels en l’honneur de la Chèvre Noire.
    Toujours figé et incapable de contrôler les mots qui sortaient de bouche, il croisa le regard de l’homme à tête de sanglier. Ce dernier avait l’air calme, à l’aise, joyeux. Tout semblait se passer exactement comme il le désirait. C’était là une horrible sensation. Haze ne voulait plus prononcer un mot mais il lui était impossible d’endiguer ce flot. Alors, il souhaita seulement ne plus l’entendre. Et, le son de la tempête fut remplacé par celui de la 5ème de Beethoven… C’était impossible, et pourtant… Il n’entendait plus rien à part cette musique. Il ferma les yeux en espérant se réveiller de ce qui ne pouvait qu’être qu’un cauchemar. Et cela était nécessairement un cauchemar, qu’il dorme ou non.
    Les yeux fermement clos, Haze sentit la mousse et le lichen grimper le long de ses jambes et s’insinuer sous ses vêtements. La musique se faisait toujours entendre. Il sentait les muscles de sa mâchoire continuer de bouger. La mousse remontait le long de ses jambes et recouvrait son abdomen, sa poitrine, ses bras puis son visage. Elle s’infiltrait dans sa bouche et envahissait sa trachée et son œsophage. Elle courait jusque dans ses poumons et son estomac. Quand ce cauchemar cesserait-il ?
    Haze tenta alors de reprendre le contrôle de son corps. Il ouvrit les yeux et vit NoAnde qui s’était rapproché de lui. Il lui glissait des mots à l’oreille. Il ne les entendait pas à cause de la musique mais en comprenait pourtant le sens. Il avait l’horrible sentiment que sa dernière heure était proche. Pire, qu’elle était là, qu’il était à la porte de la mort. Il voulut alors se rappeler les bons moments de sa vie, tentant de s’y raccrocher. Il acceptait de quitter ce monde mais il voulait partir avec de belles images en tête. Il se rappela ces derniers jours avec Hatecroft. Une menace planait mais c’était stimulant, intéressant. Ils avaient partagé des choses importantes tous les deux. Il était un véritable ami. Et lui ?
    Il se revit alors sur le bateau, dans la cabine d’Hatecroft alors que ce dernier, à quatre pattes examinait un trou dans le mur. Haze ne savait pas ce qu’il faisait là. Il ne savait pas où il avait trouvé ce marteau qu’il tenait fermement dans la main. Il ne savait pas non plus où il avait trouvé ces pièces d’or qu’il déposa sur les yeux de son ami après qu’il lui eut fracassé le crane !
    Comment ? Pourquoi ?
    Puis, par dessus le son de la musique, par dessus le bruit de la tempête, il entendit et comprit les mots de NoAnde pourtant prononcé dans la Langue Putride :

    « Fais pire, au nom des Abysses. »

    Haze se réveilla en même temps que le soleil se levait. Il était dans son lit, dans cette chambre d’hôtel qui était de nouveau tout à fait normale. Étrangement, il se sentait tout à fait bien. Il prononça quelques mots à hautes voix et eut le plaisir de voir qu’il parlait en anglais mais ses propres paroles lui semblaient quelque peu lointaine, recouvertes qu’elles étaient par la 5ème de Beethoven.
    Il regarda ses mains. Il avait du sang et de la terre sous ses ongles.

    Et maintenant, allait-il faire pire… au nom des Abysses ?

Réponse de Thomas :

A. A quoi ça correspond Black Stars Rise / Mansion of the Hill ? C’est un jeu ou un supplément cthulhien ?

B. Quand j’ai lu la mention au Peuple du Monolithe, je me suis rappelé que j’avais particulièrement tripé sur cette histoire de Peuple du Monolithe, mentionnée d’abord par Lovecraft puis par Bloch, et situé en Hongrie. L’idée d’une préhistoire mégalithique maléfique en Europe me parlait beaucoup. Cette idée de mégalithes noirs me hante. Il y a des mégalithes comme ça, à Monteneuf, dans le Morbihan. Je rêverais d’y jouer au GN Les Sentes [Note du 07/07/2021 : Depuis, j’y ai effectivement joué et c’était d’enfer]. J’ai repris cette idée de mégalithes maléfiques dans le scénario Cromlech, pour Millevaux Sombre Zéro, ils sont aussi un peu évoqués dans l’Atlas.

C. Sturkeyville est-elle une ville de ton invention ou vient-elle d’un supplément cthulhien ?

D. « Je sais maintenant pourquoi NoAnde a accepté de m’aider. Il voit dans ma fuite le moyen d’ouvrir un passage vers un autre monde à offrir à Shub-Niggurath. Il se servait de moi encore plus que je ne l’imaginais. Mais je ne laisserai pas cette forêt me rattraper. Aussi, quand est venue la faim, c’est NoAnde qui l’a apaisée. Maintenant, son sang coule dans mes veines. Je fuirai Millevaux mais la forêt ne me suivra pas. Elle n’infectera pas le monde de Randolf Carter. »
J’ignore si manger une créature corrompue jusqu’à la moelle par Shub-Niggurath est la meilleure façon de préserver le monde où on se rend de la contamination par Millevaux.

E. Ce solo concrétise les menaces de contamination des mondes par Millevaux, déjà envisagées dans les parties précédentes.

F.«  Et pourtant, il dut s’assoupir car il sentit entre ses mains Le Peuple du Monolithe, le livre, palpiter au rythme d’un cœur qui bat. L’espace d’un instant, il eut l’impression que le livre était vivant et cela le terrifia. Ses membres étaient figés. Impossible de lâcher le livre. Les larmes coulaient abondamment sans qu’il ne puisse les arrêter ni même sans vraiment savoir pourquoi il pleurait. Et le livre était animé de pulsations aux rythmes desquelles les mots semblaient s’animer tels d’horribles vers noirs. Il voulait jeter l’ouvrage au loin, s’en débarrasser, le brûler mais ne pouvait bouger. » 
Très cool usage d’un ouvrage du  Mythe !

G. Hatecroft arrive dans Millevaux mais dans un temps suspendu. Et quand il fait des mouvements, il risque de se briser les os. Très chouette épisode de vertige logique ! Le fait que son bras est bel et bien brisé dans la réalité acte l’interaction entre les deux réalités, donc c’est vraiment du vertige logique au sens où personnellement je l’entends.

H. Note que pour un américain des années 20-30, ni les sacs plastiques ni le terme « électronique » ne doivent avoir grand sens 🙂

I. « L’homme était là, riant et délirant dans cette langue inconnue. Il ne bougeait pas et Haze en arriva même à se demander s’il le voyait vraiment. Puis, au delà-de cette maigreur, de ces yeux noirs et de cette peinture verte, il reconnut Joe Mazurewicz, le voisin de Carter. […] il lui était impossible de le dire autrement qu’en utilisant les mots de la Langue Putride. Or, ces mots étaient maudits. Et si Haze les entendait, il serait maudit lui aussi. »

De là à insinuer que le polonais est la Langue Putride, il n’y a qu’un pas !

J. « Hatecroft tournait et retournait cette phrase dans sa tête. Elle l’obsédait. Le Non-Sens Électronique… l’Électronique Non-Sens… l’E. No-Sense… l’Innocence ! »
Jeu de mot impossible à faire en anglais, mais c’est pas grave, c’est du roleplay, pas de la littérature 🙂

K. « Mais autre chose se passa. Il ne dormit pas. Au contraire, il était totalement éveillé quand de la terre émergea entre les lames du parquet. Il vit des racines courir le long des plinthes et du lierre grimper le long des murs. Par la fenêtre, il voyait les rues de Sturkeyville. Mais, quand il regardait ses murs, il voyait une forêt s’étendre. Et concrètement, elle s’étendait. Elle gagnait en expansion. » Cool cool cool

L. « Il ne comprenait pas les motivations de Mazurewiecz mais l’homme en vert avait réussi à semer le doute dans son esprit. Il n’était plus vraiment sûr qu’il soit si mal-intentionné que ça. L’homme n’était pas clair, cela était certain. Mais il n’était peut-être pas leur ennemi. En fait, et Hatecroft partageait ce point de vue, il se demandait s’il n’était pas « habité » par un esprit venant de Millevaux. »
A Millevaux, il existe une société secrète, la Caste des Veilleurs, chargée de traquer les horlas et, en but ultime, de trouver un remède contre Millevaux. On peut supposer l’existence, dans les autres mondes, de membres de la Caste des Veilleur qui ont sont chargés d’empêcher la contamination de leurs mondes respectifs par Millevaux.

M. « Cette caverne était sans nul doute la mémoire que ce Horla voulait explorer, sa mémoire qu’il voulait retrouver. Était-ce le but de leur voyage ?  »
L’idée que certains souvenirs soient cristallisés dans des lieux mémoriels est vraiment cool !

N. « Haze errait dans cette forêt de côtes et de plaques osseuses. En réalité, il ne ressentait rien de particulier.  » : je suppose que l’emploi du terme « forêt » n’est pas innocent.

O. « Puis, Haze eut la subite intuition qu’il était finalement au meilleur endroit non pas tant pour ouvrir un portail que pour en trouver un qui serait déjà ouvert. Alors, ne devait-il pas le traverser et se rendre dans cette forêt pour régler définitivement le problème ? » Trop bonne idée…

P. « Il était sur le point de s’endormir quand il ressentit un frisson étrange, comme si un voile d’électricité le recouvrait. Il se redressa et fut assailli par une vision des plus étranges. Tout autour de lui semblait s’abîmer, se détériorer à vitesse accélérée. Ses draps se tachaient d’humidité et se trouaient, devenaient lambeaux et disparaissaient. Les murs se lézardaient, se parcouraient de lierre qui fleurissaient, pour se racornir et fleurir à nouveau.  »
Super transition vers Millevaux en mode vertige logique !

Q. J’ai le sentiment que dans tes jdr solo, il y a un recours fréquent au deus ex machina. Je m’explique : quand le PJ est dans une impasse, soit il se met à réfléchir et au terme de son monologue intérieur fait d’associations d’idées pour le moins audacieuses, il trouve la solution (dans ce RP, le non-sens électronique qui donne l’innocence par exemple, et encore les décisions qui suivent sont encore plus capillotractées), ou alors les choses lui tombent dessus sans qu’il fait rien de spécial (ainsi Haze recherche un portail dans l’Allée des Baleines, en vain, et quand il rentre se coucher le portail vers Millevaux s’ouvre sous son lit). Je tenais à faire cette observation qui n’est en rien une critique, puisqu’après tout l’important est que ta façon de jouer te convienne, que c’est un mastic bien pratique pour coller un ensemble fait d’impro et de systèmes disparates, et qu’on ne saurait après tout exiger d’un rôliste solo (ou multi) des qualités scénaristiques (ce n’est pas forcément le but). En revanche, si toi ou une partie du lectorat identifie ce recours comme une faiblesse, je suppose qu’on peut envisager des recours différents, telles que : une discussion avec un PNJ pour remplacer le monologue interne (discussion qui peut se résumer à une simple phrase innocente que sort le PNJ et qui débloque le PJ car il la replace dans son contexte interne : procédé fréquent dans les séries basées sur l’intuition, telles que Dr House par exemple). Ou pour l’histoire du portail, faire qu’un personnage ne reparte jamais tout à fait bredouille d’un lieu, et qu’il ait des indications sur la marche à suivre. Ainsi, dans l’Allée des Baleines, il aurait pu recueillir une fleur à l’aspect frappant, qu’on lui ait ensuite dit que c’était une tisane de rêve, qu’il en ait volontairement bu une infusion qui l’ait conduit dans Millevaux…

R. « Tout ici était maudit. L’air et la pluie également. Était-ce sage de boire ainsi cette eau de pluie ? Quelle impureté allait maintenant souiller son organisme ? »
On retrouve ici la crainte totale de l’exposition à l’emprise.

S. Est-ce que quand Haze tue lui même son ami Hatecroft dans un souvenir, c’est un « fais pire au nom de l’Abysse » ou est-ce que c’est son souvenir originel qui était occulté par l’amnésie ?

Réponse de Damien :

A. alors, avant d’oublier ^^ Black Star Rise est un PBTA cthulhien plutôt bien foutu je trouve et Mansion of the Hill est le contexte du scenar proposé.

B-dire que j’ai tiré ce titre au D dans la 4è éd de l’Appel de Cthulhu. va falloir que je visite le Morbihan maintenant ?

C-Sturkeyville est une ville de l’invention d’un écrivain américain auteur de plusieurs nouvelles d’inspi lovecraftienne qu’il a situé dans cette petite ville. il y a eu un crowfunding pour une trad en français. j’ai backé bien sûr et j’attends de recevoir mon bouquin. et attendant de le lire, j’ai joué de dans.

D-très sincèrement, cette créature n’est pas très nette et ne jouit pas nécessairement de toutes ses facultés^^ et puis toutes les contorsions mentales et morales sont bonnes pour justifier ses actes ^^

E-yes! et ça va me servir pour la Crasse/Millevaux

F-et là, je suis en train de me demander si ce n’est pas entre l’effet d’un break de BSR justement^^

G-j’avoue avoir été emmerdé quand je suis tombé sur cette carte XD je ne savais pas du tout comment la jouer et.. cette idée est venue. j’ai trouvé ça… logique et pas trop mal

H-j’en conviens ^^ dans la perspective d’une nouvelle, c’est clair que j’aurais retravaillé tout ça. pour un jeu… bah vala quoi ^^ mais Scipion dit bien que lui aussi pour Sombre s’autorise des incohérences, des anachronismes par moment. Game must on ^^

I-je n’y avais pensé ? en plus, j’ai une certaine affection pour la Pologne où j’ai été pour le boulot il y a quelques années. j’y retournerais bien car on y mange plutôt bien XD et ils ont des forêts bizarres aussi… et une langue bizarre aussi… m’auraient on fait quelque chose là-bas? ?

J-oui voila… comme plus haut hein ^^ mais je l’aime bien ce jeu de mot

K-une autre carte des vertiges logiques ^^

L-peut-être… c’est vrai qu’en jouant, cet homme s’est révélé plus ambigu qu’il en avait l’air. si j’avais joué en campagne, ça aurait chouette de pouvoir le développer.

M-et je suis en train de me demander si cette idée ne m’est pas venue de Fight Club ?

N-E-No Sense ^^

O-bah là, j’étais un peu coincé donc… après réflexion, cette idée s’est imposée mais… j’aurais pu ne rien trouver du tout et devoir au contraire trouver un moyen d’ouvrir un portail moi-même

P-oui, ces cartes sont vraiment chouettes et ça introduit un challenge narratif en plus pour moi car je dois réfléchir à comment les mettre en scène.

Q-et bien quand je suis coincé, le perso se met effectivement à réfléchir. J’en déduis des hypothèses que je vais ensuite tester par des jets de compétences du perso et/ou des jets ou tirages de cartes pour simuler le MJ et après… bah ça passe ou pas. des fois, un tirage sur une table d’événements aléatoires relance la machine. C’est vrai que je ne recours pas assez aux PNJs. Pourtant, Muses & Oracles explique très bien comment faire et ça n’a rien de compliqué. C’est juste que même dans le solo je suis solo quoi ^^

R-yep ?

S-c’est un souvenir qu’il avait occulté. Le « Fais pire… » est une sorte d’ouverture. La question est maintenant de savoir comment/pourquoi il a tué Hatecroft ? Quelle force s’est alors emparé de lui et que va-t-il devenir maintenant ?

T- ah ouais, sinon quand même, le souvenir de Haze tuant Hatecroft emprunte aussi à la mécanique de Strings ^^

Réponse de Thomas :

B. Figure-toi que j’ai justement une occasion qui vient de se présenter de jouer aux Sentes sur ce site 🙂

G. Ah c’est cool que tu utilises le jeu de cartes du vertige logique. Cette aide de jeu a été ajoutée au dernier moment mais je crois que c’est ce qui fallait pour donner envie au lectorat de passer à l’acte 🙂

I. A la frontière de la Pologne et de la Biélorussie s’étend la forêt de Bialowieza, la dernière forêt primale d’Europe… J’avais joué une partie dans ce contexte, voir le CR La Forêt-Galerie
:
Il y a aussi un setting polonais dans l’Atlas, que j’ai notamment exploité dans cette partie : L’œil de la Baba-Yaga

L. Il fera peut-être partie de tes PJ/PNJ récurrents 🙂

P. Cela marche bien, car ça produit des effets que j’aurais pas spontanément décrits 🙂

Q. Ceci dit, ce truc du personnage solitaire qui rumine, c’est aussi très présent dans Bois-Saule, notamment avec les phases d’introspection et d’exploration.

Réponse de Damien :

en vérité, les cartes c’est quand même pratique^^ et c’est sympa aussi, ça change de tableaux aléatoires et j’aime vraiment l’idée de me creuser la tête pour savoir comment le mettre en scène. tu vois, sans déc, ça fait un pti moment que j’envisage de retourner en Pologne justement. je voudrais visiter les mines de sel près de Cracovie et ptete passer plus de temps à Varsovie… bon bah y a visiblement une forêt en plus ^^ pour l’homme peint en vert, je n’en ai aucune idée mais vu comment mon scenar actuel se profile, il n’est pas exclu en tout cas qu’il y ait des liens avec ce scenar…

3 commentaires sur “Le peuple du monolithe

  1. 10.000 mots ! La taille d’une belle nouvelle !

    J’espère que vous prenez autant plaisir que moi à suivre les aventures solo Cthulhu-Millevaux de Damien Lagauzère, qui plus tard inspirèrent en droite ligne mon roman « Dans le mufle des Vosges »

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    1. Damien aime beaucoup faire des jeux de mots comme un exercice de révélation occulte pour son personnage, ce qui rappelle le langage des oiseaux pratiqué par les alchimistes, par ailleurs mise à l’honneur dans le jeu de rôle Mantra !

      Aimé par 1 personne

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