[Dans le mufle des Vosges] 41. Nourrir les faibles

NOURRIR LES FAIBLES

Enfin, le retour aux Voivres et un épisode pour se poser. Avec un changement de jeu de rôle pour guider l’écriture, cette fois-ci on passe à Nervure ! (bon, juste deux tirages…)

(temps de lecture : 5 mn)

Joué / écrit le 08/12/20

Le jeu principal utilisé : Nervure, un jeu de cartes et de rôle pour explorer la forêt de Millevaux, par Thomas Munier

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, u roman-feuilleton Millevaux et une expédition d’exorcisme dans le terroir de l’apocalypse

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

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Animal people forum, cc-by-nc, sur flickr

Contenu sensible : meurtre d’animal

Passage précédent :

40. Le seuil
Le dernier mort-vivant, la prison d’un être déchu et le mur du son à franchir, voici le programme des ultimes errements avant le retour aux Voivres ! (temps de lecture : 9 mn)

L’histoire :

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S/T par Winslow, de l’americana mélancolique, belle et inquiétante pour un voyage dans des bivouacs de lourds souvenirs.

C’est par ce petit matin fourbu qu’ils descendirent enfin la grand’rue des Voivres. Les poules en divagation, les tas de fumier devant les maisons, rien n’avait changé. Il pleuviottait juste, c’était un petit froid agréable.

« Allons prendre des nouvelles du père Houillon, fit le père Benoît.
– Non. On va d’abord aller voir la Sœur Jacqueline. »

Ça lui fit une drôle d’impression de franchir à nouveau l’entrée de l’auberge du Pont des Fées.

« Mâ ? Ço â oures-ci qu’vos rotrez ? », leur fit la Bernadette pour tout accueil. Elle avait l’air vieilli.
« Où est ma sœur ? », répondit le novice sans plus de cérémonie.

« Elle est là, dans la cuisine. Elle tresse des bôgeottes avec les saules coupés à la fin de l’automne. Elle ne sait plus faire que ça, ça l’occupe. »

L’ancienne se tourna vers eux, la rondeur de son visage toujours encadré par sa coiffe. C’était difficile à dire si elle les reconnaissait.

La Sœur Marie-des-Eaux s’avança. Au départ, il se configura comme le novice qui venait d’arriver aux Voivres, stoïque, hostile à toute marque de rapprochement. Mais cette image de lui était devenue floue, il ne se rappelait plus pourquoi il était comme ça, ni si c’était ce qu’il devait être. Ses réflexions s’écroulèrent et le corps parla. Il se jeta dans les bras de l’ancienne, et il la pleura. La Sœur Jacqueline arborait un sourire innocent.

« On vient de faire les sombres de pommes de terre, je vais vous faire çà. », annonça la Bernadette. Le novice déclina et réclama une hostie à la place. Mais de son côté, le Père Benoît ne se fit pas prier

Pour le dessert, la cuisinière posa le grand gaufrier de fonte à longs manches sur un trépied au-dessus de la flamme. Le bois sec et odorant.

Pour le prêtre, chaque bouchée de nourriture comblait une blessure.

Dans le bar juste au bout du couloir, Vauthier redemanda une goutte et la but cul-sec. « Et bien, ça descend comme un char-à-bancs dans la côte des Voivres ! », souligna la Bernadette avec des soupirs d’admiration.

Il y avait aussi des familles attelées à boire un canon. Un gamin racontait : « Parrain me dit, Serge, on va faire des founés !, je dis oui ! Nous oualà dans le champ. Parrain amasse avec sa fourche les bois de pommes de terre. Il y met le feu, oulà les grandes flammes qui montent. Tout à coup, il me dit, Serge, une souris ! Je cours, je prends un bâton et je lui fais la chasse. Je la tiens, je l’attrape par le bout de la queue et je la jette dans la flamme ; la pauvre bête était toute cuite et toute ratatinée par le feu. »

Les Voivres n’avaient pas changé.

Quand ils sortirent pour aller au presbytère, ils croisèrent la Mélie Tieutieu : « Oh, mais c’est qui des grands fantômes là ! »
La Sœur Marie-des-Eaux lui résuma leur périple.
« Je sais que j’ai pas dit du grand bien de l’Euphrasie, mais quand même je suis désolé pour vous. » Elle prit les mains squelettiques du novice dans les siennes toutes fripées, et les secoua bien fort. Et bien longtemps.
« Vous êtes ce qui nous est arrivé de mieux au village. Faites attention à vous. »

Elle marqua un temps, qu’ils mirent à profit pour reprendre leur marche.

Et la Mélie Tieutieu de conclure : « Mais faites quand même attention à la Bernadette ! Une femme qu’a appris à lire dans le Grand Albert, c’est pas de la bonne compagnie ! »

Quand ils toquèrent à la porte du père Houillon, ce fut une femme qui leur ouvrit. Elle avait l’air toute boudinée dans son tablier mais ses mains et son visage étaient fins.

Elle les conduisit au curé attablé sur une assiette de kneffes qui fumaient comme l’encens du vendredi saint. Il ne se leva pas pour les saluer, rougeaud et empâté qu’il était.

« On vous croyait morts, j’ai fait dire des messes en votre honneur et j’ai même envoyé un pigeon au diocèse ! Mais installez-vous ! (le Père Benoît omit de préciser qu’il avait déjà mangé). Maintenant, j’ai une bâbette, c’est la Germine Colnot ! Germinie, tu apportes le couvert pour ces voyageurs ! »

Elle obtempéra, elle avait l’air bien brave et bien sotte ainsi qu’il sied à une bonne du curé.

« Y’a d’autres nouvelles. Fréchin a été réélu maire du village. C’était tendu, parce que bon quand même il a tué son propre fils et pis le Nonô Elie s’était présenté en face de lui, mais on dirait qu’y a eu un petit coup de pouce du destin ! Enfin, c’est pas en s’usant les fonds de culotte à l’église qu’il a glané les suffrages qui lui manquaient ! »

Le Père Benoît engloutit sa portion de kneffes et félicita la toute fraîche sacristine. Il avait le palpitant qui s’emballait, les ventricules qui battaient comme des fanons désolés, mais il s’en foutait.

Le novice sortit prendre l’air. Il faisait trop chaud, ça mangeait trop, ça causait trop comme s’il ne s’était rien passé.

Il vit dans une courelle, à l’ombre d’un châtaigner, un enfant, le Fleurance Jacopin, qui donnait du lait aux chats errants. L’un d’eux, un mistrigi tout râpé, s’approcha de la coupelle et y donna de la langue. Le Fleurance, un gamin tout blond et trop grand pour son âge, le prit dans ses bras et fit mine de le caresser. Il sifflait pour le rassurer.

La Sœur Marie-des-Eaux resta en arrêt.

Le Fleurance Jacopin glissa ses mains sur le cou du chat et serra aussi fort qu’il peut, son visage exprimait une satisfaction sans nom. La Sœur se rua vers lui, l’opinel à la main, mais – las !- son corps était à bout de ressources. Il trébucha sur un muret et s’étala de tout son nom. Le gamin était déjà loin dans la futaie, avec sa proie.

Le novice avait besoin d’aide. Mais il n’y avait personne.

Lexique :

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.

Décompte de mots (pour le récit) :
Pour cet épisode : 1080
Total : 75202

Système d’écriture

Retrouvez ici mon système d’écriture. Je le mets à jour au fur et à mesure.

Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article

Épisode suivant :

42. La semaine des morts
Quand le système de résolution nous réserve une méchante surprise… Il faut accepter son sort. (temps de lecture : 7 mn)


3 commentaires sur “[Dans le mufle des Vosges] 41. Nourrir les faibles

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