[Dans le mufle des Vosges] 17. Déflagration

DÉFLAGRATION

Le face à face avec la Mère Truie s’avère dévastateur !

Joué / écrit le 09/03/2020

Jeu principal utilisé : L’Empreinte, de Thomas Munier, survivre à une transformation qui nous submerge

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

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(C) Armand Pigss

Contenu sensible : zoophilie, ultra-violence

Passage précédent :

16. L’heure du sacrifice
Enfin uni.e.s, les exorcistes s’apprêtent à tout donner.

L’histoire :

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Migration, par Buried At Sea, un mare de goudron drone sludgecore qui se traîne lourdement à l’infini vers la mort.

La ferme des Soubise semblait endormie, une carcasse sous le croissant de lune, que fouettaient les arbres en se balançant au gré du vent. Entre la soue et la bâtisse, un chaos de courges énormes et d’enclos à cochons. L’un d’eux pouvait se réveiller à n’importe quel moment et donner l’alerte. La nuit était déjà brune, il ne ferait bientôt plus assez sombre pour agir.

« Je vais ouvrir la porte, Père Benoît. Je me sens inspiré par Saint François d’Assise. Il ne tolérerait pas le mal qu’à commis cette créature à nos frères les animaux.

Il y avait du bruit derrière la porte. Mais les dés étaient jetés, il était plus que temps de se lancer.

Il ouvrit !

Dans la pénombre, une masse grognante qui puait comme mille fosses à lisier. Et derrière elle, s’activant comme un beau diable, un vieil homme nu. A son visage rond et ses cheveux frisés, Champo le reconnut, bien qu’il paraissait de plus en plus rarement dans le village. C’était le grand-père Soubise. Et il était en train de triquer la Mère Truie.

« Démon, siffla la Sœur Jacqueline. Ainsi donc, c’est toi le père de tous ces porgrelets !
L’homme resta silencieux. Il se retira des chairs flasques de sa maîtresse, le vît encore dressé.
C’est la Mère Truie qui répondit, d’une voix caverneuse, étouffant les exorcistes de son haleine putride, les aspergeant de glaviots et de pus :
« Grrrrrrrruuuuu-yyyyy-kkkkkkkkrrrrrrrlllllll !!! Gra-ortchl. Comment ose-tu revenir à moi, toi qui t’es enfuie de mon giron ? Comment osez-vous venir me troubler ainsi que ma progéniture ? »
Elle se vautrait sur ses propres porgrelets et en écrasa un par négligence.
« Silence !, bouâla la Soeur Marie-des-Eaux. Tu n’es qu’une mère qui dévore ses enfants. Relâche-les, laisse les voivrais en paix et vas-t-en.
– Légion…, siffla le Père Benoît.
– GRRRRRRREUUUYYYYUUUIIIIRRRRRRRKKKKLLLLL ! A moi, mes cochons ! A moi, les Soubise ! A moi, les enfants ! »

Déjà le halo d’une lampe à huile se fit voir derrière les carreaux crasseux de la maison. On accourait !

La Sœur Marie-des-Eaux eut la revoyotte de son dialogue avec le maire Fréchin. « Tu es un tueur, comme moi. » Il revit la scène de l’abattage dans l’arrière-salle du Pont des Fées. Son oeil mort palpitait comme une forge.

« Silence ! Tu n’es qu’une mère qui dévore ses enfants ! », lança-t-il.
Il se jeta de toutes ses forces sur la gueule immense de la bestiole et planta son opinel entre ses deux yeux. Le monstre rua dans tous les sens en boûlant comme la gorge de l’enfer et propulsa le novice dans les planches de la soue qu’il traversa comme si ça avait été du carton.

Champo se croyait déterminé à affronter l’horreur. Il ne l’était pas. Il tourna les talons, souleva par une forme de lâcheté et de désespoir qu’il ne se serait jamais soupçonné. Dehors, le père Soubise en robe de chambre avec sa fourche, pataugeant dans le péquis, et derrière lui, tenant la lampe à huile, Madeleine avec le petit Hippolyte dans ses basques.

Le père Soubise dépassa le sherpa, enjambant les courges, la protection de la Mère Truie avait sa priorité.

Alors Champo eut une idée pour se redonner une contenance, et il gueula assez fort pour que les exorcistes l’entendent.

« Madeleine, Hippolyte, c’est terminé ! Il faut me suivre ! Il faut s’enfuir ! »

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Subliminal Genocide, par Xasthur, black metal dépressif et shoegaze, une peinture des limbes entre ciel et enfer qui se complaît dans la souffrance, y trouve son lit et sa catharsis.

« Vinrat ! Toi, j’t’avais donné une chance mais j’vais t’planter !, rugit le père Soubise en se retournant.
Champo leva sa serpe italienne devant ses yeux, dans un geste de défense plus que d’attaque.
Mais quelque chose s’interposa entre lui et le fermier sorcier. Glissant comme des serpents, puis se tendant comme des câbles, venues des quatre coins de la cour, des cordes se tendirent et s’arrimèrent aux pignons des granges, bloquant le passage.
Champo n’en revenait pas, il se demandait ce que c’était, puis il se rappela Basile. Basile le cordelier.

Le Père Soubise fouettait les cordes avec sa fourche, sans efficacité. « Nom de Vieux de nom de Vieux, de toute façon, tu peux pas me les prendre, y sont noués !
Madeleine Soubise, dont la lumière éclairait les croûtes du visages pour en souligner le relief, hocha la tête pour confirmer, au désespoir.

« Jacqueline…, chuinta la Truie que le sang giclant de son crâne dérangeait à peine, t’es prise par le con, que ça soit par moi ou par d’autres, ça te perdra ! Elle se recula, manquant d’écrabouiller son amant, avec un mouvement de traction de la tête, comme si elle tirait quelque chose avec les dents. Et la Sœur Jacqueline fut traînée les genoux dans la boue, le bassin en avant, et elle souffrait comme si on lui avait fourré des braises dans l’intimité, comme si on lui coulait du plomb fondu sur les cuisses et le ventre, et dans son intérieur, quelque chose tressauta.

Le Père Benoît récitait les prières d’exorcisme :
« Exorcismus in Satanas !
Et Angelos Apostatos !

Judica Domine nocentes me expugna impugnantes me !

Confundantur et revereantur quærentes animam meam !

Fiat via illorum tenebræ, et lubricum : et Angelus Domini persequens eos !

Gloria ! Patri ! et Filio ! et Spiritui Sancto !

Sicut erat in principio…

Arg…

Et nunc ! Et semper !
Et in sæcula … sæculorum !!!

AMEN ! »

Mais ça revenait à pisser dans un violon.

La Sœur Jacqueline était maintenant les quatre fers en l’air et glissait dans la boue à droite à gauche à mesure que la truie secouait la tête, hurlant, pleurant, traînée de plus en plus vers elle.

« Tu m’auras pas, tu m’auras plus, la Mère ! Moi aussi je suis une sorcière !
Le grand-père sentait qu’il y avait un risque, alors il se campa entre la doyenne et la truie. Il pointa son majeur à l’ongle noir, et le croisa avec le majeur de son autre main pour former une croix inversée, il accentuait le mal de la nonne et tentait de la renverser dans leur camp. Elle était soulevée d’ondes de douleur et de ses profondeurs, remontait, plus horrible encore, une vague de plaisir charnel.

« Imbéciles !, hurla-t-elle avec une voix rauque que le Père Benoît reconnût comme la voix des possédés ! En me torturant à ce point, vous ne me rendez que plus forte ! Je suis votre égAAAALEEEEE ! »
Elle se tordit en arrière, sa colonne vertébrale se ploya dans un craquement dégueulasse. Dans son ventre, un poing frappa. Ainsi, c’était vrai, la Bernadette lui avait fait un petiot, et d’une certaine façon il lui venait en aide.

Des vagues de flux spirituel s’échappèrent d’elles en souffles excentriques comme autant de déflagrations. Le grand-père Soubise, pour puissant qu’il fût, tomba à la renverse comme si sa tête avait reçu un boulet de canon, la gueule en sang.

Les cochons étaient tellement en panique qu’ils défoncèrent leurs enclos.

La Soeur Marie-des-Eaux se traînait dans la boue en s’aidant de son crucifix qu’il plantait devant lui, incapable de marcher.

« Wrrriiiiick… Des vieux et des éclopés, voilà tout ce qu’on m’envoit. »

Et la Mère Truie se roula sur le novice. La dernière chose qu’il vit fut le corps énorme, puant et couvert d’éclaboussures de porgrelets s’affaisser sur son corps.

Sainte Mère de Vieux ! Je me suis déjà fait écraser par un truc de cette taille !

Alors qu’il sentait ses os à peine ressoudés se briser à nouveau, le novice était en pleine revoyotte, il était tout petiot à l’époque. L’engin agricole était trop chargé d’un côté. Il lui avait basculé dessus. Il ressent à nouveau la douleur, inédite pour l’époque, presque surpassée dans son intensité par la stupéfaction, la stupéfaction de sentir que son corps vient d’être broyé comme une noix. Il n’a que la tête qui dépasse, il n’a même plus l’énergie de crier, il ne peut que pleurer. Tout se brouille, il perd connaissance à intervalles réguliers, à chaque fois de plus en plus de gens attroupés dans la forêt autour de lui. Il entend sa mère pleurer. Il voit son père les bras ballants, complètement impuissants. ça bouâle dans tous les sens, des dizaines de bras qui tentent de soulever le colosse de métal. En vain.

Ainsi donc sa vie n’a été que souffrance.

Champo tirait Hippolyte par la main, le gamin avait beau se débattre, le sherpa l’emportait d’une poigne surnaturelle, et Madeleine avait pas d’autre choix que de les suivre.

Il était rentré dans la ferme, et il fouillait tous les meubles, en sortait tout un bric-à-brac qu’il jetait aussitôt derrière lui :
« Il faut trouver le voult. Il faut trouver l’objet qui vous noue… Fouillez !
– Mais vous comprenez pas, ça sert à rien…
– J’ai dit FOUILLEZ ! J’veux pas encore perdre un môme ! J’en perdrai plus jamais un ! » Il était rouge de rage, il écrasait des assiettes et des pots sur le mur au papier peint pourri. Sa mâchoire tremblait et Hippolyte en avait encore plus peur que de son père.

Les cochons, victimes et esclaves de leur mère, couraient au milieu des planches emportées par le vent, éclatant les courges sur leur passage. Gruikkk, gruikkkk, gruikkkkk !!!!

La Mère Truie, toujours bloquant le novice, jubila en présence de la Sœur Jacqueline. Le Père Benoît, lui, ne comptait pas.

« Là où vous m’avez étonné, c’est en réussissant à retourner mes alliés Corax contre moi. Mais ça ne fait rien, finalement, ils ne sont pas venus vous aider, et quoi qu’ils vous aient confié, ça n’a pas l’air de faire d’effet… Grruiikkk
Puis ses paroles se poursuivirent en grognement et son grognement se mua en un langage articulé fait de borborygmes et de hurlements proches du brâme : la langue putride !

« IIIIII wwwww AAAAAaaaaaa…. SssssHHHHHHH BBbbbbbbweur Gniiiii GGGGRRRWWWWRRReeeeuuuuhhhh TTTTTTrrrrrrr GrrrrruIIIIIIIIIKKKKKKRRRRLLLLLL ! »

Ils comprirent à cet instant qu’ils avaient affaire à une entité de la fin des temps.

« Whoit ! La graine de la mort absolue !, bouâla Champo. Il s’était enfui avec la seule chose qui pouvait peut-être nuire à ce monstre. Et maintenant, s’il revenait, il serait peut-être trop tard pour sauver Madeleine et Hippolyte !

Le père Soubise s’approchait de la doyenne avec sa fourche tendue. Il sifflotait.

Elle arrêta les pointes avec ses mains. Ou plutôt à travers ses mains.


Lexique :

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.

Notes liées aux règles de L’Empreinte :

Menace : une Déité Horla (la Mère Truie)
Lieu de départ : Les Voivres
Avancement :
Acte I – Introspection + Tentation + Agression
Acte II – Introspection + Tentation + Agression
Acte III – Introspection + Tentation + Agression
Acte IV – Introspection + Tentation + Agression (en cours)

Préparation :

A. À la fin de l’épisode précédent, j’ai posé cette question au public : Durant la confrontation avec la Mère Truie, qui va leur prêter assistance contre toute attente ?

J’ai eu cette réponse de Damien Lagauzère : « Et pour la question… m’inspirant de mon solo en cours… Et si c’était un Horla qui intervenait pour les aider contre la Mère-Truie? Peut-être le ferait-il pour de mauvaises raisons (c’est un Horla) mais peut-être aussi pour de bonnes… voire les deux ^^ »

Voilà qui met sur des charbons ardents ! Je rajoute la réponse à mon programme !

B. Voici l’exercice d’écriture de Draftquest du jour : « je vous propose de rédiger un petit texte qui présente tous vos personnages, pas seulement selon leur liens explicites (par exemple, Roger est le mari de Jessica), mais aussi selon leurs liens implicites (Roger et Jessica sont diamétralement opposés: Roger est laid, elle est à tomber par terre – il est drôle, elle est sérieuse – il ne ferait pas de mal à une mouche, elle est potentiellement vénéneuse). Essayez de faire tenir cela en dix lignes. Cela vous permettra, dans un second temps, de faire des personnages qui seront « organiquement » liés. A vos stylos! Et on en parle sur le forum! »

Les quatre personnages, Sœur Jacqueline, Sœur Marie-des-Eaux, Père Benoît et Champo sont des exorcistes. Père Benoît a formé Sœur Jacqueline dans les forêts limbiques, qui a à son tour formé Sœur Marie-des-Eaux. On peut dire que les deux sœurs ont formé Champo, mais c’est encore rudimentaire, il n’a pas encore fait de séjour dans les forêts limbiques.
Père Benoît et Sœur Jacqueline partagent une certaine gourmandise, bien que Sœur Jacqueline ait tendance à la perdre depuis qu’elle a rompu avec la Bernadette.
Au contraire, Sœur Marie-des-Eaux et Champo partagent le sens de l’ascèse et ne se nourrissent que de végétaux. Ils semblent aussi avoir en commun le fait d’avoir un passé tourmenté.
Sœur Jacqueline n’est pas en reste en la matière, puisqu’elle a jadis été une servante de la Mère Truie, à l’époque où celle-ci se consacrait à la luxure et non à la violence. Elle semble avoir oublié beaucoup de son passé, et sa servitude à la Mère Truie ne lui est revenue que récemment.
On ne sait rien du passé de Père Benoît, ni s’il s’en rappelle. Il semble débonnaire et touché par la grâce, mais là aussi on ne sait si c’est une réalité intérieure ou une apparence.

C. Retrouvez ici mon système d’écriture. Je le mettrai à jour au fur et à mesure.

D. J’ai l’impression d’avoir été plus rapide dans ma mise en place, pour autant il ne me reste qu’une grosse heure et demie pour écrire mon histoire ! Tâchons d’être efficace !

Bilan :

Ecrire cette dernière scène de confrontation avec les règles de l’Empreinte a été galvanisant ! La musique de fond aidant, j’étais ON FIRE ! Le système de combat de l’Empreinte permet d’obtenir des scènes de conflit très détaillées, et je suis très surpris par la tournure des événements ! Les règles rendent la chose ample, par conséquent je n’en suis qu’à la moitié de mon combat ! Je me suis fixé comme objectif de sauver Madeleine et Hippolyte, mais seul l’avenir nous dira si cet objectif, pour humble soit-il, a des chances d’être atteint !

Aides de jeu utilisées :
Table des détails forestiers
Le jeu de rôle Les Exorcistes
Nervure

Décompte de mots (pour le récit) :
Pour cet épisode : 1707 mots
Total :  36993 mots

Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article

Modifications :
Une nouvelle empreinte pour Sœur Jacqueline : « enceinte de la Bernadette »

Question au public :

Voici la question qui fait suite à cet épisode :

Pour qui ou quoi le Père Benoît est-il prêt à se battre ?

Épisode suivant :

18. Le martyre

Suite et fin de l’épouvantable combat contre la Mère Truie !

6 commentaires sur “[Dans le mufle des Vosges] 17. Déflagration

  1. Et si le Père Benoit avait un souvenir tatoué ou gravé à même la peau, quelque chose qu’il ne voudrait et ne pourrait ainsi oublier? Un peur comme dans le film Memento ^^ Cela ferait office pour lui de mobile à ses actions même s’il en a oublié l’origine. Il suivrait « les ordres » de ce souvenir. Cela pourrait être un passage de l’Apocalypse ou une historiette tirée de l’almanach.

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