La fin des livres artisanaux

(temps de lecture : 3 minutes)

Proposé en 2014 en prime des formats habituels (impression à la demande, PDF) avec la sortie d’Inflorenza, le livre artisanal a été une de mes signatures.

Moyennant un prix libre, je vous fabriquais un livre personnalisé, relié au fil, et agrémenté de collages et de bidouilles plastiques des plus expérimentales. L’ambition était de prolonger une démarche artistique entamée avec la création de jeu de rôle en concrétisant des livres-objets.

Entre 2014 et 2020, j’en ai vendus 77, pour des prix (toujours fixés par les personnes) allant de 5 à 100 euros (23 euros en moyenne).

C’était vraiment une belle aventure mais je dois raccrocher les gants.

latteda, cc-by

Sur cette même période, mes projets se sont multipliés alors que mon temps créatif s’est réduit, phénomène qui s’est encore accru avec la crise que nous avons traversée cette année.

Je ne peux plus me permettre de passer 3 heures pour réaliser un livre-objet à l’intention d’une seule personne. Sur ce même laps de temps, je peux écrire et diffuser des œuvres qui s’adresseront au plus grand nombre. De ce point de vue, la production de livres artisanaux est devenue un luxe.

Je pense aussi avoir fait le tour de cette discipline. C’était très gratifiant de tenter une expérience artisanale (c’est d’ailleurs pour gérer cet aspect que mon auto-entreprise est enregistrée à la Chambre des Métiers et non à l’AGESSA comme la plupart des auteurices de jeu de rôle) et ça m’a renforcé dans mon identité d’auteur artisanal. C’était aussi mon hommage personnel à la culture des fanzines punks que j’adore, et qui m’a profondément inspirée, donc cette démarche avait toute sa cohérence.

Russel Davies, cc-by-nc, sur flickr

Mais aujourd’hui, je peine à renouveler. De surcroît, mon imprimante commence à montrer des signes de faiblesse, donc il m’aurait été difficile de continuer dans de bonnes conditions, et racheter une imprimante aurait représenté d’importants frais, ce qui m’aurait engagé à continuer encore sur de nombreuses années.

A l’heure de ce bilan, je fais aussi un triste constat : la création de livres artisanaux était une activité déficitaire, puis que j’ai fait 1820 € de chiffres d’affaires, pour 2400 € de charges (2 imprimantes, de l’encre, du papier, des consommables, des timbres…) Autrement dit, j’ai perdu 580 € dans l’histoire, ce qui représente 6 mois de donations sur mon Tipeee.

J’avoue avoir donc complètement sous-estimé mes charges. Je pensais qu’à défaut de me faire gagner du temps, cette activité me faisait gagner de l’argent, mais c’était faux.

Je n’ai pas de regret, vous savez que mon activité d’auto-éditeur depuis 2010 n’a jamais eu pour but de m’enrichir, l’objectif est simplement d’être à l’équilibre, ce qui est le cas.

Néanmoins, vous devez aussi savoir que je ne peux pas continuer éternellement ainsi et faire supporter le coût de ma vie, toute frugale soit-elle, à mes proches et à l’administration. D’ici deux ans au plus tard, je devrai trouver un moyen de me dégager un revenu, que ce soit en tant que salarié ou en tant que free-lance. En attendant, je voudrais pouvoir diffuser encore un maximum de contenu gratuit. Aussi je dois commencer par écarter les activités qui sont le plus coûteuses en temps et en argent, en tête la production de livres artisanaux. Je réalise que j’avais des réticences à arrêter car au fil des ans, j’ai accumulé beaucoup de matériel pour agrémenter ces livres. Mais c’est une leçon de minimalisme : le changement positif doit primer sur la « rentabilisation » de nos stocks matériels.

Aujourd’hui, vous aurez peut-être plaisir à apprendre qu’il me reste un livre artisanal à vendre : un exemplaire de Musiques sombres pour jeux de rôles sombres. Il est bien entendu à prix libre.

Si vous possédez un de mes livres artisanaux, je serais très heureux d’en recevoir une photo pour voir comment vieillissent les exemplaires, et pouvoir le montrer à la communauté.

L’aventure artisanale continue, mais dans nos cerveaux 🙂