Kraken

KRAKEN

Le joueur en personne se retrouve catapulté dans Millevaux ! Prisonnier de son propre jeu, il va devoir s’en remettre aux pires extrémités pour tenter une évasion. Nouvelle campagne solo multisystèmes par Damien Lagauzère, cette fois-ci axée sur Millevaux et Mantra 2ème édition !

(temps de lecture : 40 min)

Joué le 20/07/2019

Le jeu : Mantra Oniropunk, vertiges métaphysiques et multiversels par Batronoban, Nina François-Lucchioni & co.

Salut, voici la 1ère partie de mon solo de Mantra qui se passe dans la forêt de Millevaux. ça finit un peu en sucette car en vérité j’ai dû me tirer un peu en speed et les Yeux s’en sont mêlés d’une façon un peu strange avec un enchaînement de questions tirées de hacks de Pour la Reine  dont Oriente, le hack Millevaux et de Vertiges Logiques. Sinon, je joue donc cette campagne avec Mantra mais aussi Omniscience et les Forges d’Encre. la suite se situera dans le Berlin de Cold City.

Cette nouvelle campagne Millevaux / Mantra 2 peut être vue comme la suite de la précédente campagne Millevaux / La Trilogie de la Crasse

Avertissement  :contenu sensible (voir détail après illustration)

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RANT 73 – Digital Art., cc-0, sur flickr

Contenu sensible : camps de la mort

L’histoire:

Salut,
    Il y a quelques semaines maintenant, j’ai lu Cheval du Diable, le dernier chapitre de La Trilogie de la Crasse (Tétralogie désormais), le jeu de rôle de Christophe Siébert et Batronoban. Et plus je lisais, plus une voix dans ma tête (la mienne) disait « Oh, putain !… Oh, putain !… »
    Je n’ai nulle intention de spoiler le contenu de ce texte mais je dois dire que les révélations contenues dans Cheval du Diable ont fait plus que s’interroger le rôliste solitaire que je suis. Je me suis posé pas mal de questions après avoir lu Cheval du Diable. Mais j’ai aussi eu vachement la trouille ! Ça, je dois bien le reconnaître.
    Histoire de me changer les idées (ou de me voiler la face) je me suis lancé dans quelques parties en solo mais sans finalement jamais réussir à trop m’éloigner des univers de la Crasse et de Millevaux. Il me fallait quelque chose de plus fort. Alors, j’ai ressorti Mantra. Pour des raisons finalement assez évidentes, je m’étais jeté dessus pour le lire au plus vite mais, plus ou moins consciemment, repoussais le moment de passer à l’acte et créer un personnage. Mais au bout d’un moment, je n’avais plus vraiment le choix.
    Rôliste solitaire, il m’est plus facile qu’à d’autres de trouver la Magicienne. En plus, je la connaissais déjà depuis l’affaire des Cœlacanthes. Aussi, j’ai pu obtenir sans problème mes premières doses de Billes et de Noix, dont je sais aujourd’hui qu’elles sont en parties composées de Pétrol’Magie. Grâce à la Bille, j’ai eu une double illumination. Une bonne et une mauvaise nouvelle en quelque sorte.
    La bonne nouvelle, c’était que j’allais de nouveau incarner le Kraken. Et pour ça, je n’ai même pas eu besoin de me jeter dans le Puits des Âmes. La mauvaise, c’était que j’avais désormais le Bureau des Narcotiques aux fesses. Et oui, j’ai beau être rôliste solitaire, il y a quand même des choses que même la double casquette de MJ/PJ ne peut permettre d’éviter. En ce moment, je n’ai pas de boulot donc ce n’est pas grave si je suis aux abonnés absents. Aussi, j’ai décidé de m’enfuir !
    J’ai filé aussi vite que j’ai pu. J’ai juste pris avec moi mes dés, ma réserves de Billes, un rêve d’Anton Vandenberg et une photo d’Olav. J’ai fermé les yeux et, comme dans Fight Club, j’ai commencé à explorer ma caverne intérieure jusqu’à ce qu’un pingouin me dise « Glisse ! ».

    Et j’ai émergé dans cette espèce de cave, au pied d’un escalier. En haut, une porte. La peinture s’écaillait. Ça avait l’air dégueulasse. Tout avait l’air dégueulasse. C’était humide et sale. J’ai d’abord cru m’être retrouvé à Silent Hill. Mais non ! Heureusement ! J’ai fixé cette porte un moment.  Plusieurs choses, j’avoue, me fichaient la trouille. Déjà, l’obscurité de cette cave. Non pas que j’ai peur du noir mais je n’avais alors aucune idée de ce qui pouvait se tapir dans les ténèbres. Et c’est pas comme si, la seule chose dont j’étais sûr, c’est que partout autour de moi ça grouillait de Horlas. Et puis j’avais les pieds dans la flotte, ce qui est très désagréable. Et puis, il y avait ces runes sur la porte. Elles aussi ne m’inspiraient pas confiance, loin de là. Puis, enfin, la lumière derrière la porte. C’était une lumière éclatante. Un truc aveuglant. Un flash de fin du monde. Ou plutôt un flash de création du monde. Je n’avais aucune idée de ce qu’il pouvait y avoir derrière cette porte. Ma seule certitude concernait l’existence de Horlas. Voilà où j’en étais. Derrière moi, le Bureau des Narcotiques dont les agents étaient sûrement déjà à mes basques. Et devant, en haut des marches, un Nouveau Monde où tout était à découvrir, à construire. Et pour ça, je n’avais en poche que mes dés, le Rêve 18 d’Anton Vandenberg et les photos d’Olav. Mais heureusement, grâce à Christophe BJ Breysse, je reste Connecté.

XxXxX

    Je monte les marches. Plus j’approche de la porte couverte de runes, plus la lumière est aveuglante. Derrière, il n’y a rien que le blanc. Tout est à créer. Et pour cela, je n’ai qu’un rêve d’Anton Vandenberg, le n°18.
    Je ferme les yeux. J’ouvre la porte. Je fais quelques pas. J’ouvre les yeux. Je suis dans le salon miteux d’une petite maison en bois. En fait, c’est plus que miteux, c’est carrément à l’abandon. À travers la fenêtre perce un rayon de la Lune A, celle qui précède la Lune B, qui éclaire un pistolet, un Beretta, qui traîne sur la table basse. Je vais en avoir besoin. Dehors, j’entends hurler les Voix Mortes. Je savais qu’il y avait des Horlas ici.
    Je monte à l’étage. Les escaliers grincent mais tiennent bon. J’entre dans une pièce vide. Une porte fenêtre s’ouvre sur un balcon. Là, je vois la forêt s’étendre à perte de vue. De tous les mondes maudits où je pouvais atterrir il fallait que ce soit celui-là ! Millevaux !
    Au loin, je vois des immeubles abandonnés et envahis par la végétation. On dit qu’une tribu de tarés y vit. On les appelle les Natifs de l’Abattage. Tout un programme. Je vois aussi les ruines d’un théâtre antique. Je sais. C’est là que se trouve le prochain rêve d’Anton Vandenberg.
    Pour l’instant, avec ce qui me reste du rêve n°18, je fais en sorte que trois ouvriers retapent un peu cette maison qui est désormais la mienne. Par le balcon, je vois qu’Olav a peint des runes un peu partout. Elles me protègent des Voix Mortes. Avec un nouveau rêve d’Anton, je pourrais améliorer tout ça.

    Le rôliste solitaire est tout autant PJ que MJ. En cela, il est un peu Omniscient. Cela fait de moi, au moins de dans ce Nouveau Monde, ce nouveau Millevaux, un Connecté. Ainsi, je sais comment l’avènement de la Chèvre Noire, la Mauvaise Mère, a précipité la fin de l’humanité. Mais pour ce qui est de dire ce qui s’est vraiment passé à l’époque, je crois bien qu’il n’en existe plus aucune trace. Je crois que les survivants ont fait de leur mieux pour écrire leur histoire puis la transmettre oralement mais… l’Emprise, l’Égrégore et l’oubli. Bref, il ne reste plus rien aujourd’hui. Que des ruines. Des immeubles en ruine. Des ruines humaines à la mémoire rongée par la forêt. Et les Horlas et autres Cœlacanthes qui hantent les bois.
    Il y a encore des zones saines bien sûr. Où ? Je ne sais pas encore mais il y en a. Tous les survivants n’ont pas fini comme les Natifs de l’Abattage. Certains ont rafistolé comme ils ont pu les ruines dans lesquelles ils se sont installés et y vivent aussi paisiblement que possible.
    Les Horlas et les malades comme les Natifs ne sont pas les seules menaces auxquelles il faut faire face. L’ennemi est parfois plus insidieux quand il prend la forme de la corruption. Corruption de l’âme mais aussi des corps. La corruption frappe tout le monde, humain, animal, végétal, minéral. Tout ce qui est, sous l’influence de la Mauvaise Mère, peut devenir un ennemi mortel. C’est peut-être une des façons qu’a la nature de reprendre ses droits. Mais heureusement, il y a encore moyen de trouver de la nourriture saine et de l’eau potable. L’eau de pluie, quand elle n’est pas noire, peut être récoltée. Pour peu qu’on la fasse bouillir, l’eau des lacs est potable aussi.
    Pour l’instant, la seule communauté que je connais est celle des Natifs de l’Abattage. Elle est à quelques kilomètres d’ici, dans les immeubles abandonnés. Là-bas, c’est la loi du plus fort et du plus fous. En ce moment, je crois que leur chef s’appelle Kainen. J’aimerais être sûr qu’ils sont comme ça à cause de Millevaux. Mais je crois que non. À ma connaissance, ils n’ont aucun lien avec les Horlas. Je crois même qu’ils les craignent. C’est leur choix de vivre ainsi, c’est tout. Il va vraiment falloir que je me protège car s’ils se rendent compte que je suis là, je ne donne pas cher de ma peau.
    Et là, vient le moment où Christophe Breysse m’interroge à propos des Connectés. Comment ils sont perçus, s’ils sont l’objet de luttes d’influence etc. ? Sauf que, à ma connaissance, je suis le seul Connecté ici. Peut-être que j’en rencontrerais d’autres. Mais pour l’instant, je suis le seul.
    Et la résistance ? Contre qui ? Millevaux ? La Chèvre Noire ? Les Horlas ? Je ne pense pas qu’on puisse dire que les Natifs de l’Abattage constituent un mouvement de résistance contre quoi que ce soit. Et comme pour les Connectés, s’il y a une résistance, je n’en ai vu aucune trace. En fait, j’ai l’impression que si quelqu’un fait office de résistance, c’est moi. Et là, on est vraiment mal barré.

    Mes trois ouvriers, mes trois techies que j’ai appelés Haze, Corso et Lewis-Maria ont, entre autres petits travaux, restauré l’électricité. J’ai ainsi fait la découverte, à la cave, d’une Forge d’Encre. Ça tombe très bien. Grâce à elle, je vais pouvoir en apprendre un peu plus sur ce théâtre antique où se trouve le prochain rêve d’Anton Vandenberg.
    Une fois seul, je m’installe et réfléchis à ce théâtre. Que sait-on à son sujet ? Que sais-je à son sujet ? Tout d’abord il s’agit d’une ruine datant de l’Antiquité gréco-romaine. Avant l’avènement de la Mauvaise Mère, c’était déjà une ruine. Mais des archéologues l’avaient extirpée de la terre. Ils avaient remis en état tout ce qui pouvait l’être et avaient reconstitué une partie de son histoire afin que le public se rappelle comment on vivait à l’époque et à quoi ce genre de lieu servait. À l’époque, cette découverte a stoppé net la construction de nouvelles barres d’immeubles. En effet, c’est en creusant les fondations d’un futur HLM que ces vestiges furent découverts. Aussi, pour des raisons historiques, culturelles, etc, le projet d’agrandissement de la ZUP locale fut abandonné. Au contraire même, les édiles de l’époque se félicitaient de la proximité de ces précieuses ruines avec les barres déjà existantes. Ainsi, la culture et l’histoire se trouvaient à quelques pas des populations les plus défavorisées. Avec le temps, la forêt a détruit les bâtiments les plus proches du théâtre. C’est pour ça que le quartier général des Natifs de l’Abattage semble plus éloigné.
    De mon balcon, le théâtre ne paraît pas si décrépi que ça, comparé aux immeubles. En fait, il semble faire corps avec la forêt. C’est un peu comme s’il n’avait pas été envahi et rongé par Millevaux mais plutôt comme s’il en était une partie. D’ailleurs, on raconte des choses sur cet endroit. On dit que ceux qui en reviennent sont porteurs d’une maladie mortelle et contagieuse. Avec le temps, ce lieu s’est entouré d’une aura de mystère et de secret. Mais, en réalité, de secret il n’y en a point. C’est juste que cet endroit est le cœur du territoire d’un de ces Horlas qu’on appelle Manducateur. C’est lui le vecteur de la maladie. Les Manducateurs ne sont pas seulement des porteurs de maladies, ils se nourrissent aussi de cadavres. Et, quand ils n’en trouvent pas, ils tuent ! Une fois là-bas, je devrais être très prudent. Surtout que je n’ai qu’un Beretta pour me défendre.

    Maintenant que j’en sais un peu plus sur ce qui m’attend, je me concentre. Grâce à Christophe BJ Breysse, même ici je reste Connecté. Aussi, je peux avoir une vision de ce qui m’attend. Je ne sais pas si me concentrer permet de la générer. Aussi bien, ces visions sont spontanées mais j’essaye quand même.
    Est-ce un pur hasard ? Je vois ! Le théâtre bien sûr. Je suis dans la fosse. Étrangement, à l’intérieur, la végétation est moins envahissante. Je vois le rêve d’Anton Vandenberg. Il est gravé sur une plaque de pierre perché au sommet d’une colonne. Comment mettre la main dessus ? J’ai tout le trajet pour y réfléchir.

XxXxX

    Et me voilà parti pour ce théâtre en ruine. Je pars seul. J’aurais pu emmener Haze, Corso et Lewis-Maria avec moi mais cette quête de rêve est la mienne. À moi, à moi tout seul ! Ça m’apprendra à ne jamais me rappeler de mes rêves. Je n’aurais pas besoin de piquer ceux des autres si je m’en rappelais.
    Dans l’état actuel des choses, il n’est pas compliqué d’éviter les immeubles des Natifs de l’Abattage. Par contre, je vais quand même devoir me dépatouiller des Voix Mortes qui entourent la cabane (j’ai du mal à dire « ma maison »). Plus je m’éloigne de la cabane, plus je m’approche de la sphère d’influence de cet étrange Horla que sont les Voix Mortes. La cabane se situe dans une petite clairière et au moment de m’enfoncer réellement dans la forêt, je sens l’influence du Horla, quelque chose dans l’air, comme un filet, un réseau d’Égrégore. J’ai la sensation très nette que continuer ma route me serait plus que néfaste. Pour autant, je n’ai pas vraiment le choix. Je regarde autour de moi. Je cherche un autre chemin, sans trop y croire. Et je vois cette espèce se stèle qui se dresse un peu plus loin sur ma droite. Je m’approche. Le caillou fait environ un mètre de haut. Il n’a rien de particulier si ce n’est cette série d’encoches taillées au sommet. À cet endroit, la roche est particulièrement polie. Il ne faut pas être un génie pour comprendre que ces encoches sont une sorte d’interrupteur. Je vois bien qu’il faut que j’y pose la main, sauf que ce n’est pas vraiment configuré pour une main humaine. À la limite, je peux passer mes doigts dans chaque entaille, mais dans quel ordre ? Qu’est-ce qui va se passer si je le fais ? Qu’est-ce qui va se passer si je le fais mal ? Est-ce que ce truc va désactiver le Horla ou au contraire m’attirer la colère des Voix Mortes ? Je passe un doigt dans chaque encoche, l’une après l’autre, de gauche à droite. Maintenant, il arrivera ce qui doit arriver.
    Et merde ! C’est ce que je craignais. J’ai attiré les Voix Mortes. Je les entends avant de les voir. En fait, je les sens dans ma tête. C’est un bourdonnement désagréable, les prémices d’une sacrée migraine. Le truc dont je n’ai pas besoin maintenant. Évidemment, aucun dealer de Relpax ou d’Ibuprofène dans le coin ! Je ne bouge pas. Je reste près de la stèle. Je penche la tête. J’essaye de voir les Voix Mortes mais je ne vois rien. Pourtant, je les sens. Elles approchent. Pourquoi je ne peux pas les voir ? Elles sont tout près. Je m’empare du Beretta, même si je sens bien que ça ne sert pas à grand chose. J’ai pris mes Billes avec moi. J’espérais ne pas avoir à m’en servir avant de tomber sur le Manducateur.
    Une voix dans ma tête. Plusieurs voix dans ma tête, qui se superposent. Des hommes et des femmes, des adultes et des enfants, dans plusieurs langues.

    « Prends le masque du Toxique ! »

    De quoi ça parle ? Quel masque ? Involontairement, mon regard se porte sur la stèle. Et il  y a un masque. Un mélange de masque à gaz et de cagoule SM. Je prends le masque.

    « Mets le masque du Toxique ! »

    Bizarrement, je ne sens aucune agressivité dans ces Voix. Normalement, les Voix Mortes devraient vouloir me tuer et me manger. Mais je ne le sens pas comme ça. Je mets le masque. Et je les vois. Les Voix. Les Voix Mortes. Des dizaines de silhouettes. Elles sont là, partout devant moi, si proches et immobiles. On dirait des statues de glaise. Elles sont orangées et décrépites. Elles ne portent pas de vêtement mais ne possèdent aucun organe génital visible. On  ne peut pas faire la différence entre les hommes et les femmes. Ils n’ont pas de visage, juste deux trous pour les yeux et un pour la bouche. Pas de nez. Pas de dent. Pas de cheveux. Autour d’eux, l’air est trouble. Comme quand il fait très chaud. Je n’ose pas bouger. Je dis juste que, selon moi, elles étaient sensées me sauter dessus pour me tuer et me manger. Les Voix rient.

    « Non, nous ne souhaitons pas te tuer, ni te manger. Mais tu as raison. C’est dans la logique des choses. Nous devrions avoir envie de te tuer et te manger. »

    Je suis presque rassuré et je leur demande si leur changement de comportement est lié à mon projet de me rendre au théâtre. Évidemment ! qu’elles me disent. Je les crois solidaires du Horla qui vit là-bas. Alors, je leur explique ne pas spécialement vouloir tuer le Manducateur. Je veux juste le rêve d’Anton Vandenberg qui est au sommet d’une vieille colonne. Si le Manducateur me laisse le prendre et m’en aller, il ne se passera rien. Comme j’ai tendance à parfois trop parler, je leur explique aussi qu’à l’origine j’avais pour projet de « discuter » avec le Horla afin de savoir s’il y avait un moyen de s’allier contre les Natifs de l’Abattage. Mais je me suis rappelé que ce type de Horla ne communiquait pas. Ils ne font que tuer et répandre la pestilence. D’ailleurs, je note que ce masque est le bienvenu. Et maintenant, je leur pose la question qui me brûle les lèvres depuis hier. Les Voix Mortes pensent-elles qu’il est possible d’« apprivoiser » le Manducateur si je lui fournis de la nourriture ? C’est un non catégorique ! Il me tuera. Ça a le mérite d ‘être clair.

    Je ne comprends pas pourquoi elles m’ont donné ce masque. Est-ce seulement parce que j’ai touché la stèle avant de m’enfoncer dans la forêt ? Je n’ose pas leur demander. En fait, je me borne juste à les remercier pour le masque et leur mise en garde. Puis, le plus poliment possible, je leur explique devoir prendre congé. Un rêve m’attend. Les Voix Mortes ne bougent toujours pas. Elles me laisseront passer, elles disent, mais… Mais quoi, bordel ? Que veulent-elles ?
    Et elles m’expliquent. Elles ont un ennemi. Elles me laisseront passer si j’utilise une partie du rêve à faire échouer ses plans. Je reste prudent et explique ne pas pouvoir promettre de réussir du premier coup. Peut-être qu’il me faudra plusieurs rêves pour ça. Et puis, j’ai besoin de savoir qui est cet ennemi. Il faudra m’en dire le plus possible. Partant de là, pourquoi pas, oui ! J’étais prêt à m’allier au Manducateur, pourquoi ne pas m’allier aux Voix Mortes ? Qu’elles me laissent aller à ma guise dans la forêt et moi, avec les rêves que je trouverai, je combattrai leur ennemi.

    Les choses n’ont pas vraiment pris la tournure à laquelle je m’attendais mais soit ! Alors, avant que je ne parte pour le théâtre, qui est cet ennemi ? On l’appelle Euphorie ! OK, est-ce un chef de guerre, un sorcier, un solitaire ou est-il à la tête d’une armée, d’une bande ? Euphorie est un guerrier solitaire. Un véritable colosse. Je devine qu’il s’agit d’un redoutable chasseur de Horlas. Mais non ! Pas du tout ! En fait, Euphorie est un vieil ami. Je comprends pas. En quoi est-il un ennemi alors ? Parce que c’est un menteur ? Je ne comprends vraiment rien. Et les Voix Mortes m’expliquent que ce vieil ami s’est mis à colporter des mensonges à leur sujet. Aussi, il faut le faire taire. Bon, je sens bien qu’il va falloir faire avec ça dans l’immédiat. De plus, la journée avance et je dois encore récupérer le rêve d’Anton. Nous aurons de nouveau l’occasion de parler avec les Voix Mortes mais, avant de partir, je veux encore connaître un détail sur Euphorie qui me permettra de le reconnaître. Il a les yeux violets et de vilaines cicatrices.

    Le moment était venu de prendre congés. Les Voix Mortes s’écartaient sur mon passage. Je gardais le masque du Toxique sur la tête jusqu’à ce que je sois sûr qu’elles étaient toutes loin derrière moi. Je le remettrai en arrivant au théâtre. Il me protégera de la pestilence du Manducateur.

XxXxX

    Arrivé au théâtre, j’enfile le Masque du Toxique. Je regarde autour de moi, au cas où les Voix Mortes seraient là. Je ne vois personne mais je sens quand même leurs présences, à moins qu’il ne s’agisse du Manducateur. Je descends dans la fosse et commence à errer au milieu des colonnes recouvertes de lierre et autres plantes grimpantes. En vérité, c’est beau. Le marbre de certaines colonnes est encore lisse malgré les siècles. Je lève la tête. Je cherche celles de ces colonnes au sommet de laquelle se trouve le rêve d’Anton. Je finis par la trouver. Pas de bol, c’est haut. Un peu de bol, quand même, on dirait que le Manducateur n’est pas décidé à se montrer. Peut-être qu’il n’a pas faim.
    J’ai pratiqué l’escalade en salle pendant quelques années. Sur le plan purement théorique, j’ai des restes. Maintenant, il faut voir si mes jambes et mes bras suivront. Ça fait presque deux ans que je n’ai pas touché une prise mais je continue à faire de l’exercice très fréquemment. Sans battre des records, je reste quand même assez endurant. J’espère que ça suffira pour arriver en haut.
    J’ai encore de beaux restes en escalade, pour peu que les prises soient bonnes. Arrivé au sommet, je m’empare de la tablette sur laquelle est gravée le rêve. Être un Connecté me permet d’avoir sur moi de la corde et un petit sac à dos. C’est un peu casse-gueule mais j’arrive à ranger la tablette dans le sac et à redescendre sans rien me casser.
    Une fois en bas, je regarde partout autour de moi. Aucune trace du Manducateur ! Limite, ça m’inquiète. À moins qu’il ne soit parti chasser, je ne sais pas. Autant en profiter un peu pour explorer les lieux. Je n’aurais peut-être pas l’occasion de le refaire. Errant d’abord au milieu des colonnes, je monte ensuite sur les gradins. Je regarde la scène. C’est vraiment bien fichu. Je me rappelle qu’on m’a aussi dit que ces théâtres antiques étaient une merveille d’acoustique. Aussi, je prête l’oreille. Le silence… absolu ! Ça, par contre, c’est vraiment bizarre. À moins que la pestilence du Manducateur ait fait fuir tous les animaux du coin ? En vrai, c’est très possible. Je renonce à l’idée de chercher la tanière du Horla. Ce serait vraiment un risque inutile. Par contre, je m’emplis une dernière fois les yeux de ce magnifique décor. Et je vois quelque chose qui brille en bas. Je redescends pour voir. C’est un diamant. Pas un truc énorme mais quand même, d’où je viens ça vaut une fortune. Je l’embarque et quitte les lieux. Rester plus longtemps, c’est s’exposer au retour du Manducateur.
    Plus je m’éloigne du théâtre, plus je marche vite. Au bout d’un moment, je me rends compte que je me suis mis à courir. J’ai gardé le Masque du Toxique et j’ai bien fait. Il est là, soudain, dressé devant moi, le Manducateur ! Là, ça craint ! Ce truc ressemble à un cadavre momifié enveloppé dans un suaire dégueulasse. Le Masque du Toxique me permet en plus de voir l’aura de pestilence qui l’entoure. Plantée devant, elle avance la tête dans ma direction et ouvre grand sa bouche dans un feulement silencieux. Ce truc est doté d’une force prodigieuse et est quasiment indestructible. Et moi, je n’ai qu’un pauvre petit flingue. Il me faudrait un lance-flamme plutôt. Merde ! Je suis le Kraken, je peux le faire ! J’ai gobé de la Bille ! Du Pétrol’Magie coule dans mes veines alors… je peux le faire ! La drogue me permet de dépasser mes capacités de Connecté. Aussi, le flingue devient la lance relié au réservoir d’essence qu’est devenu mon sac-à-dos. Et je dis :

    « Je suis le Kraken !
    Ici et maintenant, pour te renvoyer dans les ténèbres que tu n’aurais jamais dû quitter, je te crames la gueule !
    Je suis le Kraken ! »

    Et j’envoie la sauce ! Et je pries pour que les Yeux de la Forêts me soient favorables. Alors, les Yeux, que dois-je faire de plus pour en finir avec ce truc ?
    Et malgré le Masque, j’entends « … rétablir le Colosse… » Je comprends pas mais j’accepte. C’est promis, les Yeux, je rétablirai le Colosse !
    Le vent se met alors à souffler. Le Manducateur s’enfuit en hurlant. Cette fois, je l’entends. Mais un retour de flamme me fait lâcher mon arme. Ça chauffe dur. Ça me brûle les mains. Heureusement, le Masque me protège le visage.

    C’est pas la méga forme mais je finis par rejoindre la cabane, ma maison. Mes trois techos s’occupent de moi. Ils me passent de la crème sur les mains. Je vais avoir mal pendant un petit moment mais ça va finir par passer. Au moins, même si c’est douloureux, je peux me servir de mes mains. Je descends à la cave et dépose la tablette sur la plateau de la Forge d’Encre. Je commence la lecture du Rêve n°14.

XxXxX

    Je commence à décortiquer le Rêve n°14. J’ai besoin d’une source d’information. L’air de rien, mes ennemis commencent à être nombreux : le Bureau des Narcotiques, le Manducateur, les Natifs de l’Abattage… et je ne sais pas trop ce que je dois penser des Voix Mortes et d’Euphorie.
    Dans le rêve, il y a un micro et tout un matériel de sono. Avec ça, et mes souvenirs de la tête de Kid, je me bricole une radio. Le Bureau des Narcotiques travaille sous l’autorité directe du Président. Pas celui de la soi-disant République, non ! Ses agents travaillent pour le vrai Président, celui de mon signe astral, le Lion ! Liés que nous sommes par l’astrologie, je me mets au diapason de sa fréquence et écoute. Alors ? Savent-ils où je suis ? Non, mais… ils se rapprochent. Je vais devoir être vigilant.
    Je change de fréquence et tente de capter les Natifs de l’Abattage. Hey ! Je ne m’y attendais pas mais ces barbares émettent. C’est plein de parasites mais je comprends quelques mots. Ils parlent d’étrangers et d’en finir. Parlent-ils de moi ? Je ne suis pas sûr qu’ils soient au courant de ma présence ici mais on ne sait jamais.
    Je change encore de fréquence. Là, je capte une conversation. De qui s’agit-il ? De quoi parlent-ils ?

    « …il l’a tué et il a des remords !, dit une femme à la voix plutôt jeune.
    C’est pour rompre la malédiction, répond un jeune homme.
    C’est un rebelle…
    … qui a la bougeotte !
    Le Colosse, Euphorie ?
    Oui, et ?
    Il en a dans les boyaux ! Il sait se défendre !
    Il a de bons outils. Tu as vu ces plaques rouges qu’il a sur tout le corps ? »

    Ils parlent d’Euphorie. Ce Colosse aurait tué ? Pour rompre une malédiction ? On dirait qu’il s’en veut. Ces deux-là le perçoivent comme un rebelle, quelqu’un qu’il ne faut pas chercher. Mais, à les entendre, j’ai du mal à croire que ce soit vraiment un homme mauvais. J’ai quand même de plus en plus l’impression que les Voix Mortes ont essayé de m’entourlouper sur ce coup-là.

    Mais bon, c’est pas tout ça mais… j’ai un rêve qui m’attend sur ma Forge d’Encre. J’ai du boulot ! À l’origine, je comptais utiliser les rêves d’Anton pour améliorer un peu le confort de ma cabane. Mais là, le rêve n°14 rend d’autres projets possibles. Enfin, surtout un. Aussi, je commence par demander à Haze, Corso et Lewis-Maria de remplir tous ces sacs de terre et de les empiler afin de faire de cette petite clairière un camp aussi fortifié qu’une banque suisse. À l’intérieur, j’installe plusieurs gibets et guillotines. Je m’inspire d’ailleurs de ces instruments pour protéger mon territoire de quelques pièges bien cachés. Je veux évidemment me protéger des Voix Mortes comme des Natifs de l’Abattage qui pourraient venir fouiner par ici. Et je ne veux absolument pas qu’on fouine car… j’ai un plan !
    J’ai lu Cheval du Diable ! Et je sais quel rôle y jouent les camps de la mort. J’ai d’ailleurs une toute nouvelle théorie expliquant pourquoi les nazis les ont construit. Je ne rentrerai pas dans les détails car :
1-je ne veux pas spoiler.
2-je ne veux pas d’emmerdes ! Je ne me sens pas l’âme d’un Dieudonné… qui est pourtant parfois, voire souvent, très drôle quand même. Bref…
3-notez bien que ma volonté de ne pas spoiler (et donc vous inciter à lire Cheval du Diable en particulier et tout Christophe Siébert en général) l’emporte largement sur mon désir de ne pas finir devant un juge.
    Bref, grâce à ma Forge d’Encre et au rêve n°14, ma cabane se retrouve au centre d’un camp retranché qui n’attend plus que d’être peuplé. Et là, comme objet et fruit de mes futures expériences, j’invoque une foule d’éclopés, d’éborgnés et d’édentés grâce au Rituel de la Charogne que j’accomplis en plongeant le Kriss de Vill dans le cœur d’un serval.
    Et me voilà maintenant à la tête de mon petit camp. Haze, Corso et Lewis-Maria sont mes kapos. J’ai de hauts murs en sacs remplis de terre. Il y a des gibets, des guillotines et des pièges à l’intérieur comme à l’extérieur. Je n’oublies pas que je dois aussi m’occuper du Colosse Euphorie mais j’ai le sentiment que les choses vont bientôt commencer.
    Pour fêter ça, je fais le plein de Billes puisque Anton a eu le bon goût de remplir son rêve n°14 de drogue !

    Ça va être la fête ! Ça je vous le dis ! La fête à la charogne ! On va s’éclater un peu plus qu’à la kermesse d’un parti politique !

XxXxX

    Je ne sais pas si c’est à cause de la drogue contenue dans le rêve d’Anton mais… j’ai eu deux visions cette fois.
    Dans la première, je suis dans la forêt. Je cours ! Derrière moi, les agents du Bureau des Narcotiques. Ils m’ont retrouvé. Je dois les semer. Je dois sauver ma peau et surtout, surtout, faire en sorte qu’ils ne trouvent pas ma cabane.
    Dans la seconde, je crois que c’est pire. Je suis chez les Natifs de l’Abattage. Comment me suis-je retrouvé sur leur territoire ? Ils forment un cercle autour de moi. Non, autour de nous ! Il est là, le Colosse Euphorie. On ne m’a pas menti. Il est énorme. Je lis des sentiments contradictoires dans ses yeux violets. Son corps est parcouru de cicatrices et, par endroits, recouverts de plaques rouges dont je ne sais si c’est de l’écorce ou de la pierre. Je me rappelle qu’il n’est pas seulement un guerrier puissant. Il est aussi connu pour être un sorcier. Est-ce que ces plaques sont le résultat de sa magie qu’il aurait utilisé sur lui-même ? C’est possible. Mais pour l’instant, il va falloir que je me sorte de là car, au milieu des Natifs, on dirait bien que je vais devoir affronter le Colosse. On dirait qu’il va se battre à mains nues. Moi, j’ai mon Beretta mais je ne suis pas sûr que cela lui fasse grand chose…

XxXxX

    La drogue, c’est pas bien. Certes, j’ai eu deux visions mais ce sont vraiment des visions de merde. Dans chacune, je suis dans la merde jusqu’au cou et je n’ai aucun indice pour ce qui est de trouver le prochain rêve d’Anton.
    De mon balcon, je regarde Haze, Corso et Lewis-Maria maltraiter les éclopés que j’ai invoqués. J’espère que ce camp deviendra vite un vrai camp de la mort. Je veux savoir si ce que Siébert a écrit est vrai. Mais pour ça, pour aller plus loin, il me faut un rêve.
    Je lève la tête et regarde la forêt. Grâce au Masque du Toxique, je vois les Voix Mortes. Je vois les Voix, c’est drôle ça ! Bref, elles sont toujours là. Elles attendent que je règle leur problème avec Euphorie. Je vois les Voix et j’entends les Yeux. Les Yeux de la forêt qui ont, eux, d’autres projets pour le Colosse. D’habitude, je suis plutôt un observateur discret. Mais là, il va falloir que je me lance. Je regarde mes mains et constate que j’ai complètement oublié de m’en occuper. Les brûlures sont vilaines mais moins douloureuses.
    Et là, j’ai une idée. Une putain d’idée de génie ! Je ne suis pas un génie, évidemment mais… je suis pas non plus un parfait abruti. J’ai le minium syndical de culture et je sais ce qu’est un haruspice. Et je possède un Kriss. Et, du haut de mon balcon, j’ordonne qu’on m’amène un éclopé, un édenté, n’importe lequel ! Dans ces entrailles, je trouverai un indice. Alors, je saurai où chercher le rêve d’Anton.
    Je fais monter un autel entre une guillotine et un gibet. Je le fais construire entre autres par celui-là même qui va y passer. Ça ne m’amuse pas spécialement mais je dois être cruel si je veux que mon camp de la mort attire ceux que j’espère attirer. C’est à ce prix seul que je percerai les secrets de Cheval du Diable et que je saurai si, finalement, je suis bien réel ou si je ne suis qu’un personnage de fiction, moi aussi.
    Il faut un minimum de mise en scène et de décorum pour impressionner mes prisonniers. Mais je ne veux pas trop en faire non plus. Je veux que ça reste « froid » et « mécanique », utilitaire. Je fais ça car c’est utile et eux, dans tout ça, ne sont plus humains. Ils ne sont plus sujets. Je veux qu’ils sentent qu’ils ne sont que de la matière. Pas même des objets. Ils sont ce qui sert à fabriquer les objets. Ils sont encore en dessous. C’est ma petite touche de cruauté mentale. J’espère que ce sera suffisant.
    Allez, à peine un ou deux Iä Iä Shub-Niggurath pour le folklore et j’éventre l’éclopé. J’en fous partout et étale ses tripes en espérant vraiment y voir quelque chose. Et je vois ! Là où le temps s’écoule différemment. Là où le bois rejoint l’acier. Putain mais qu’est-ce que ça veut dire ? Je farfouille encore. Je vois de l’or. Je vois des cavernes. Des mines ! Ce sont des mines. Sous terre, dans le noir, on ne perçoit pas le temps de la même façon qu’en plein jour. Et dans ces mines, il y a du fer. Sous les bois, il y a de l’acier. Et entre cet acier serpentent les racines des arbres. Le bois rejoint le fer. Le rêve d’Anton serait donc dans des mines de fer ou d’acier. Mais où trouver ces mines dans le coin ?

    J’ordonne à d’autres prisonniers de disposer du cadavre. Dans mon infinie bonté, je les autorise à le manger. Ça les changera de l’infâme brouet qu’on leur distribue et l’apport en protéines leur redonnera un peu de force. Moi, je rentre dans la cabane et m’enferme au sous-sol, face à ma Forge d’Encre. Où sont ces mines ? Merde ! Je n’ai plus assez du dernier rêve pour les créer. Mais, d’un autre côté, ce rêve m’a permis de faire le plein de Billes. Et avec une Bille, je peux créer une carte.
    De retour dans le salon, je convoque mes trois kapos et leur explique que je vais devoir m’absenter. Je leur fais un topo de la situation. Je leur montre les mines et leur explique le contenu de mes visions. Pas de panique, je suis le Kraken ! Je m’en sortirai ! En vérité, je suis moins sûr de moi que je ne le montre mais bon…
    Et les emmerdes arrivent plus tôt que prévu. Dehors, ce sont des cris et des hurlements. J’en vois mes kapos voir ce qu’il se passe et monte jusqu’au balcon. Merde ! On est attaqué ! Je reconnais ces costumes, le Bureau des Narcotiques. Heureusement, ils ne sont que trois. Je dois réfléchir vite, très vite. C’est moi qu’ils veulent. Et moi, je ne veux surtout pas qu’ils parlent de mon petit camp à leurs supérieurs. Alors, j’attire leur attention en gueulant un bon coup et quitte le camp en courant à en perdre haleine. Heureusement que je cours sur de l’herbe et de la terre. Les vibrations qui remontent jusqu’à mon épaule sont moins douloureuses. Les kapos savent ce qu’ils ont à faire. De toutes façons, je suis le Kraken et nous sommes Connectés. Pour l’heure, je veux juste entraîner ces trois andouilles loin du camp et les abattre avant qu’elles n’en communiquent les coordonnées à leurs chefs. Ça peut marcher !

XxXxX

    Et voilà ! Comme dans ma vision, je suis dans la forêt et je cours. Et derrière moi, les agents du Bureau des Narcotiques. Il ne s’agit pas seulement de les éloigner de mon petit camp de la mort. Je dois surtout m’assurer qu’ils n’ont transmis aucune information me concernant au Bureau. Aussi, maintenir la pression pour qu’ils n’aient pas le temps de le faire. Les tuer. En gardant un vivant pour le faire parler. Je cours et tire quelques coups de feu pour maintenir la pression. Je ne suis pas un très bon tireur. En plus, le poids de l’arme me fait mal à l’épaule. Que j’en touche un serait vraiment un coup de bol. Coup de bol que je n’ai pas bien sûr. Mais ça suffit à leur mettre la pression. Maintenant, je dois trouver un lieu favorable à une embuscade. Je peux les conduire jusqu’à l’antre du Manducateur. C’est loin mais je suis endurant et je peux tenir. Je ne m’inquiète pas pour mes poursuivants, ils sont entraînés.

    Le théâtre en ruine ! Est-ce que le Horla est chez lui ? Oui, et il a l’air particulièrement agressif. Tant mieux ! Je lui tire dessus. Pas pour le blesser car je sais qu’il est quasiment indestructible, mais pour l’énerver encore un peu plus. Les agents du Bureau sont juste derrière moi. Et moi, j’utilise ce don du Kraken pour passer en mode « camouflage » et me fondre dans le décor. Je peux le faire car…

    « Je suis le Kraken !
    Ici et maintenant, pour disparaître de la vue de mes ennemis, j’accepte de répondre sans réserve aux questions des Yeux.
    Je suis le Kraken ! »

    Et l’obscurité se répand, comme un nuage d’encre noire, dans tout le théâtre. J’entends le Manducateur hurler. J’entends les agents du Bureau aussi. Ils ne tirent pas mais crient. Ils tentent de comprendre ce qui est en train de se passer. Ils tentent de se localiser les uns les autres. Et moi, je réponds à la question des Yeux. Les Yeux de la forêt me demandent :

    « Gardes-tu un bon souvenir de votre relation intime avec Oriente ? »

    Quoi ?! Mais de quoi ils parlent ? Il me faut un petit moment pour comprendre. Les Yeux font référence à Trancher les parties pourries, la partie d’Oriente que je joue avec Thomas Munier. Sauf que, ni moi ni mon personnage n’avons eu de relation intime avec Oriente. Ou alors, qu’entend-on par intime au juste ? En fait, mon personnage est convaincu qu’Oriente est affilié aux Horlas et à Shub-Niggurath. Il craint fort que ce dernier ne nous guide tous à la mort, un peu comme le joueur de flûte. Mon personnage et moi croyons que nous sommes, pour Oriente, les éléments à sacrifier dans le cadre d’un rituel dédié à la Mauvaise Mère mais, comme nous ne pouvons rien prouver, une curiosité malsaine nous force à le le suivre. Mais peut-on vraiment parler d’intimité ? Je ne sais pas. Je ne crois pas. Ou alors, les Yeux feraient allusion à une intimité à venir ? Quelque chose qui va avoir lieu mais dont je ne suis pas encore au courant ? Oh, les Yeux ! Je ne suis pas sûr d’avoir répondu à votre question mais c’est ma réponse. Mais j’y pense, je devrais m’enfuir, non ? Il est plus que probable que le Manducateur ne va faire qu’une bouchée des trois agents du Bureau des Narcotiques. Il est dans ce cas plus que probable que je n’ai personne à interroger. Alors, pourquoi je reste ? Pour voir l’état des corps ? Par curiosité ? Comme mon personnage d’Oriente ? L’intimité, la proximité… Mon personnage est quasiment certain que sa curiosité va le mener à la mort. Et la mienne ? Je crois que j’ai saisi le message, je m’en vais. Je saurai bien assez tôt si les agents ont survécu et s’ils ont prévenu leurs chefs.
    Je m’éloigne du théâtre. Je ne sais toujours pas où se trouve cette mine, là où je devrais trouver le prochain rêve d’Anton. Mais je sais qu’à un moment ou un autre je vais me retrouver chez les Natifs, face à Euphorie. Alors, et si je me jetais dans la gueule du loup ? Histoire de pouvoir dire « ça, c’est fait ! » Et puis, il n’est pas exclu que le Colosse ou un de ces barbares puissent me dire, justement, où est cette mine.

    J’arrive sur le territoire des Natifs de l’Abattage. Une demi-douzaine d’immeubles en ruine envahis par la forêt. Il n’y a plus une seule vitre aux fenêtres. Des pans entier de béton se sont écroulés. Par endroit, les caves sont à ciel ouvert. Comme des mines ? Des mines à ciel ouvert ? Non, non ! Ça ne peut pas être là. Dans les entrailles de l’éclopé, j’ai vu une vraie mine.
    Je m’approche et suis surpris par le silence qui règne là. Je ne sais pas pourquoi mais je m’attendais à tomber sur une bande de brutasses et une orgie permanente. Je crois que je m’attendais à une sorte de teuf tek, des « boum-boums » etc. Mais rien de tout ça. Je suis d’autant plus sur mes gardes. Ça sent le piège.
    Soudain, une lance se fiche dans le sol, juste devant moi. Les emmerdes, c’est maintenant que ça commence. Je m’empare de l’arme et essaye de localiser celui ou celle qui l’a lancée. Un peu plus loin, sur ma gauche. Une jeune femme. Une jeune fille plutôt, elle doit avoir dans les 14 ou 15 ans à peine. Elle me regarde avec beaucoup d’attention mais son calme n’est qu’apparent. Il y a de la colère dans ses yeux. Ses yeux. Les Yeux. Je pourrais accepter de répondre à une autre de leurs questions pour me tirer de se mauvais pas mais… au contraire ! J’attends précisément de cette fille qu’elle me conduise là où je dois rencontrer le Colosse Euphorie à qui j’ai tant de chose à dire. Histoire de faire bonne impression, je retire le Masque du Toxique et je lui explique venir en paix.

    « Je ne cherche pas les emmerdes ! J’en ai assez comme ça. Je veux parler à Euphorie. Je sais qu’il est ici. Peux-tu me mener à lui ?
    Non, Euphorie n’est pas chez nous. Mais tu es bien renseigné. Il doit effectivement arriver sous peu. »

    Elle ne pose pas la question mais je sens qu’elle a envie de savoir qui je suis. Alors, je dis la vérité, tout simplement, ou je me la raconte à mort en inventant un personnage de dingue ?

    « Je m’appelle Damien. Mais on m’appelle aussi, ça dépend, Demian ou le Joueur. Je suis aussi le Kraken. Et toi ? »

    A voir son air suspicieux, je ne suis pas sûr d’avoir marqué des points.

    « Je m’appelle Barrette…
    … parce que tu portes une barrette ? »

    Elle porte effectivement une grosse barrette en bois. Je ne saurais dire si c’est joli ou non. Disons que c’est… spécial. En tout cas, on la reconnaît de loin.
    Je fais un pas dans sa direction. Je tiens sa lance pointe baissée. Grâce à ma vision, je sais que les choses vont mal tourner mais autant retarder ce moment.

    « Je ne suis pas si bien renseigné que ça. Je croyais que le Colosse était déjà là. Ça t’embête si je l’attends ? »

    Et je continue d’avancer dans sa direction. J’espère qu’elle est seule même si je suis convaincu que plusieurs paires d’yeux nous épient. Je respire lentement. Je veux paraître le plus sûr de moi possible. Allez, je suis le Kraken et rien ne peut m’arriver.

XxXxX

    À tout moment, je m’attends à ce qu’une bande de barbares me tombent dessus. À chaque pas, je sens la pression sur mes épaules devenir de plus en plus lourde. Mais il ne se passe rien. J’arrive face à Barrette. Elle me fixe du regard, menaçante. Je crois qu’elle a oublié que c’est moi qui ai sa lance. D’ailleurs, en signe de bonne volonté, je la lui rends. Alors, va-t-elle me conduire jusque chez eux pour y attendre le Colosse ? Non ! Comment ça, non ? Elle m’explique que je suis assez grand pour y arriver tout seul. Elle m’indique le chemin. Je n’ai pas le GPS intégré mais je devrais m’en sortir.

    En vérité, même si le chemin n’est pas une ligne droite, trouver le repaire des Natifs de l’Abattage n’est pas très difficile. En effet, les hautes ruines sont toujours dans mon champ de vision et me permettent de me repérer. J’arrive donc dans ce qui reste d’un hall. Une grande partie du mur est effondré. Aussi, l’endroit est plutôt bien éclairé. À l’intérieur, le plafond menant au 1er étage est crevé et la végétation s’y est infiltrée. Certaines des branches et racines sont si épaisses qu’on doit pouvoir les escalader. Mais je m’amuserai à ça plus tard. En fait, il y a du monde et comme je n’ai rien fait pour que mon arrivée soit discrète…

    Tous les regards se tournent évidemment vers moi. À ma grande surprise, il n’y a pas tant d’hostilité que ça. Ce n’est pas le grand amour, faut pas exagérer, mais ils ne tirent pas à vue. Aussi, je me présente, Demian, le Kraken ! Je viens ici pour rencontrer le Colosse. Je sais qu’il est attendu pour bientôt, Barrette me l’a dit.

    « L’invasion avance un minimum à l’Ouest ! me dit un gars avec une longue barbe.
    C’est possible, je réponds. En réalité, je n’ai aucune idée de quoi il parle.
    Ceux qui sont contre nous veulent atteindre le minerai. »

    Et là, je tilte ! La mine !

    « Je sais ! Je dis alors qu’en vrai je n’en sais rien du tout. Je sais ! Vos ennemis en veulent au minerai. Ils veulent accéder à la mine. Moi aussi, mais pas pour les mêmes raisons. C’est pour ça que je dois voir Euphorie. Le Colosse, vous lui avez demandé de venir pour vous aider contre vos ennemis. Moi, ce sont les Yeux de la forêt qui m’envoient. Je dois rencontrer le Colosse ici. Je dois aller à la mine. Une fois fait, je m’en irai et je n’aurai pris aucun minerai. C’est promis. Mais si vous êtes menacé, je peux vous aider. Je suis Demian. Je suis le Kraken. Je peux le faire ! »

    Les Natifs ont l’air dubitatif, même si je suis sûr qu’ils seraient incapable d’écrire ce mot sans faire une faute. Mais, l’air de rien, je sens que ça cogite. J’enchaîne.

    « Je ne sais pas ce que vous demande le Colosse en échange de son aide. Moi, je ne vous demande qu’un accès à la mine. C’est tout. Les Yeux m’ont dit d’y aller. Alors, j’y vais. Puis je m’en vais. »

    Je ne sais pas trop ce qui se passe. C’est moitié conscient, moitié seulement… Je gobe une Bille et sens le contenu voyager dans mon corps. Je sens le liquide traverser ma gorge, traverser la paroi de mes intestins pour se mêler à mon sang. Je sens une partie remonter jusqu’à mon cerveau. Et là, je ne saurais dire si c’est de la prescience ou si j’ai provoqué cet événement mais…
    Le barbu veut savoir qui est le plus à même de les aider entre le Colosse et moi. Il veut que nous nous battions. Ils engageront le plus fort. C’est complètement débile car, objectivement je ne leur demande vraiment rien. Ils pourraient avoir deux protecteurs pour le prix d’un. Mais ce doit être à cause du mélange de Bille et de ma vision de Connecté ou un truc comme ça. Je n’aurais peut-être pas du prendre cette Bille. Mais bon, c’est comme ça. Maintenant, je n’ai plus qu’à attendre l’arrivée du Colosse.

    Que fout Euphorie ? Ça fait plusieurs jours que je suis là. On l’attend, comme des cons ! J’ai soigné mes mains et je n’ai presque plus de Billes. Ce n’est pas qu’on me retient prisonnier mais j’ai bien compris que je ne gagnerai rien à proposer de rentrer chez moi pour revenir plus tard. Alors, j’attends… comme un con ! Et le lendemain, enfin, le Colosse débarque. Avec ses yeux violets et ses plaques rouges. Il a pour seul arme un carreau d’arbalète. Pas l’arbalète, juste le carreau. Ça doit lui suffire et c’est pas rassurant.
    Le barbu l’accueille. Ils discutent. Je suis trop loin pour entendre ce qui se dit et, en vrai, je m’en fous car je sais déjà comment ça va se finir. Ça ne traîne pas. Les Natifs forment un cercle autour d’Euphorie et moi. Le barbu explique la règle du jeu, l’enjeu. Le Colosse se saisit de son carreau et le projette dans ma direction. Il vise volontairement largement au-dessus de moi. Je me retourne et voit le carreau planté dans le béton. Ça promet ! Je me remémore ma vision. Euphorie est énorme. Je lis des sentiments contradictoires dans ses yeux violets. Son corps est parcouru de cicatrices et, par endroits, recouverts de plaques rouges dont je ne sais si c’est de l’écorce ou de la pierre. Je me rappelle qu’il n’est pas seulement un guerrier puissant. Il est aussi connu pour être un sorcier. Est-ce que ces plaques sont le résultat de sa magie qu’il aurait utilisé sur lui-même ? Il va se battre à mains nues. Moi, j’ai mon Beretta mais je ne suis pas sûr que cela lui fasse grand chose.
    En vérité, je n’ai aucune intention ni même aucun intérêt à me battre avec lui. Alors, je m’assois en tailleur au milieu du cercle et je dis :

    « Salut, Euphorie ! Je suis Demian, le Kraken. Je ne viens pas pour me battre contre toi. Je ne viens pas pour prendre ta place ou ton job. J’ai proposé mon aide aux Natifs, mais pas dans l’idée de te remplacer. Je pensais qu’on pourrait travailler ensemble. En fait, j’ai quelque chose à faire dans la mine. Ce n’est pas long. Mais je voulais aussi te parler. J’ai un souci car les Yeux de la forêt et les Voix Mortes m’ont parlé de toi. Les Yeux m’ont demandé de t’aider mais les Voix Mortes m’ont demandé l’inverse. Spontanément, j’aurais plutôt tendance à écouter les Yeux. Mais les Voix Mortes ont dit que tu étais un ancien ami, mais que tu avais dit des mensonges sur elles. Et les Yeux, au contraire, ont dit que tu avais besoin de mon aide pour te rétablir. Es-tu malade ? »

    Le Colosse est vraiment plein de contradiction. Je vois bien dans son regard qu’il est irrité par mes propos. Pour autant, je sens qu’il prend sur lui pour rester conciliant. En vérité, il n’est pas du tout une brute sans cervelle ne pensant qu’à se battre. Il a un cerveau et il s’en sert. Mais pour autant, il demeure silencieux. Je crois savoir à quoi il joue. Il veut certainement laisser s’instaurer un silence gênant. Le premier à le rompre sera en quelque sorte le perdant car parler reviendra d’une façon ou d’une autre à livrer quelque chose de soi à l’adversaire. Bon, réfléchissons. Le concernant, j’ai deux sons de cloches différents. Celui des Yeux de la Forêt, qui sont bizarres mais plutôt bienveillant. Celui des Voix Mortes, des Horlas ! Ai-je vraiment besoin de réfléchir plus longtemps ? Je me relève et m’approche du Colosse.

    « Écoute, ce serait ridicule de ma part d’accorder du crédit aux dires des Voix Mortes. Quoi que tu aies pu dire sur elles, que ce soit vrai ou non, cela ne me concerne pas et, surtout, je ne suis pas vraiment l’ami des Horlas. Par contre, les Yeux, c’est différent. Ils ne sont pas toujours très clairs dans leurs propos mais ils ont quand même eu l’air de dire que tu avais besoin d’aide. Alors, en quoi puis-je t’aider ? »

    Et je me rappelle ces mots que j’ai entendu dans la Forge d’Encre. Une malédiction. Il a tué pour se débarrasser d’une malédiction. Peut-être que ça n’a pas marché, que ce n’était pas ça qu’il fallait faire. Je lui propose de continuer en privé mais il refuse. Bon, OK ! Alors je lui expose ma théorie selon laquelle il aurait effectivement été maudit. Il est un sorcier aussi connaît-il certains rituels. Peut-être est-ce pour accomplir un rituel de désenvoûtement qu’il a tué quelqu’un, comme l’ont dit les voix dans la Forge d’Encre. En tout cas, ça n’a pas marché. Je lui explique donc posséder une telle Forge. Je lui dis aussi qu’avec un rêve d’Anton je dois pouvoir lever cette malédiction. Mais, le rêve se trouve dans la mine. Alors, me laissera-t-il accéder à la mine ?

    C’est pratique et bizarre d’être « dissocié », « clivé », je ne sais pas comment on dit. Mais alors que, au beau milieu des Natifs de l’Abattage qui s’attendaient à une boucherie en règle, je négocie avec le Colosse Euphorie, je suis également face à mon PC. Je tire une carte Muses & Oracles du paquet situé sur ma gauche. Je regarde le Colosse en souriant. Je retourne la carte en espérant ne pas tirer un « Non ! » et… Je tire un « Oui, et… » Et c’est pas tout ! Le picto représente une poignée de main. Mon sourire grandit. Et le Colosse se met à sourire aussi. Sur la carte, je lis des mots et des expressions comme « Fou de joie », « Relation : sauveur/sauvé », « Breuvage » et « paroxysme ». Je ne sais pas qui sont les ennemis des Natifs mais je sais que ce n’est pas moi qui les combattrais. Moi, je viens de me faire un ami pour la vie. On va fêter ça ici avec les Natifs et un flot de boisson. Ensuite, j’irai chercher le rêve d’Anton.

    Je ne bois pas d’alcool. Jusqu’à ce que je me mette à la Bille, ma seule drogue était le glucose. Bon, ce soir je ne picole toujours pas et je n’ai pas assez de Billes pour me permettre de les gaspiller. Pour autant, je passe un bon moment. Même si les Natifs ne m’appréciaient pas au départ, Euphorie a fait en sorte qu’ils me fichent la paix. Je crois surtout qu’ils n’ont rien compris à ce qui s’était passé. Toutefois, le Colosse s’est en quelque sorte porté garant pour moi donc tout va bien. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’avec les Natifs on se tape dans le dos mais je crois au moins pouvoir dire qu’ils ne me créeront pas d’ennuis.
    En réalité, Euphorie m’a vraiment l’air d’un type bien. Ce n’est pas qu’une force de la nature. Il a aussi un cerveau. Je ne lui ai rien demandé de ses secrets mais je pense que cette réputation de sorcellerie lui vient entre autre de son intelligence à laquelle on ne s’attend chez un type comme ça. En fait, je ne lui demande rien car, et je le lui ai dit, je veux avoir le champ libre quand je serai devant ma Forge d’Encre. Tout ce qu’il pourrait me dire serait autant de contrainte. Si je ne sais rien, face à la Forge, je serai libre de tout inventer. Cela me sera alors encore plus facile de régler son problème de malédiction. De même, je me fiche de savoir ce qu’il a pu dire sur les Voix Mortes. Et même, j’en fais mon affaire. Avec ce prochain rêve d’Anton, je trouverais sûrement dedans de quoi fortifier un peu plus mon camp. Il y aura peut-être des armes dedans ou au moins de quoi en faire. Ce serait bien. Un moment, j’ai pensé offrir le Masque du Toxique à Euphorie. Mais en vrai, c’est plus prudent que je le garde. D’ailleurs… Non, aucune Voix Mortes à l’horizon ! Par contre, quand je regarde le Colosse à travers les yeux du Masque, je vois une sorte d’aura arc-en-ciel. Je pense bien sûr au Rainbow Flag et me demande si Euphorie est gay. En vrai, on s’en fout complètement !
    Et c’est alors que je suis en plein je m’en foutisme concernant la vie privée de mon nouvel ami que j’entends, dans ma tête, les Yeux. D’habitude, ils me demandent quelque chose quand je leur demande quelque chose. Sauf que là, j’ai rien demandé. Pourtant…

    « Crois-tu ce qu’on raconte sur Atlanta ? Si non, pourquoi pas ? »

    Atlanta ? Merde ! De quoi ils parlent ? De la ville ? C’est quelqu’un ? À quoi ils jouent ? Ils savent très bien que je ne peux pas répondre à cette question sans gober une Bille. Ou alors, il faut que j’y consacre une part du rêve d’Anton. Mais dans ce cas, ce sera une part de rêve en moins pour aider Euphorie ou améliorer mon camp. J’ai l’impression que ces salauds veulent me forcer à gober une Bille. Ou alors, je peux m’en remettre au hasard mais avec le risque de tomber sur quelque chose de vraiment dégueulasse. Je n’ai plus que deux Billes. En claquer une juste pour m’assurer qu’Atlanta n’est pas une emmerde de plus… Est-ce que ça vaut vraiment le coup ? En plus, le temps file et le taux de Pétrol’Magie dans mon sang diminue. Bientôt, bientôt… Je serai en manque ! C’est ça, bordel ! Les Yeux veulent que je sois en manque ! Je dois absolument garder au moins une Bille alors je tire une carte ! Atlanta, c’est une personne ?

    « Oui, mais…
    Mais quoi ? Il est pas… humain ?
    Si, mais…
    Putain ! C’est une espèce de mutant dégueulasse ? C’est ça ? »

    Soudain…

    « Kraken, le chemin le plus long est parfois le meilleur : emprunte le ! »

    Je me lève. Je me sens pas bien du tout ! J’explique comme je peux aux Natifs que je dois aller à la mine immédiatement. À part, j’explique à Euphorie que les Yeux viennent de me parler et que c’est louche. Lui, il ne doit pas s’inquiéter. Ça ne concerne que moi. Mais on dirait qu’un long chemin m’attend. Sauf qu’avant, je dois me préparer. Et il me faut le rêve d’Anton.

    Je suis seul dans la mine. Je cherche. Je fouille. Je finis par trouver le rêve d’Anton. C’est le rêve n°7. Je rentre au camp. J’ai du boulot. Avec ce rêve je dois lever la malédiction qui pèse sur Euphorie, améliorer mon petit camp de la mort, me protéger des Voix Mortes et du Bureau des Narcotiques et me préparer à un long voyage pour savoir ce qu’on raconte sur ce mutant dégueulasse qu’a l’air d’être ce fameux Atlanta. C’est une bonne liste de course, ça !

XxXxX

    OK, je m’attelle à ma Forge d’Encre avec sous les yeux le rêve n°7. La Forge me demande la biographie d’un personnage imaginaire. Ça tombe bien, je dois m’occuper du mutant Atlanta. Mais avant, je dois lever la malédiction pesant sur Euphorie.

    J’ai fait en sorte d’avoir au maximum le champ libre pour aider le Colosse. Il ne m’a rien dit. Aussi, rien n’est fixé. Rien n’est vrai. Tout est permis. Je pioche dans le rêve n°7 d’Anton : «Dernières heures », « soleil », « accélérer » et « angoisse ». Ainsi, la malédiction qui le frappe lui fait revivre, à chaque lever et coucher du soleil, ses dernières heures en accéléré. Il voit sa mort à venir deux fois par jour. Et la vitesse du film est telle qu’elle le frappe comme un rocher dans la figure, le laissant rempli d’angoisse. Euphorie fait bonne figure mais il est en réalité rongé par cette peur que ces visions deviennent réalité. Mais que puis-je lui apporter ? Dois-je simplement le délivrer de ces visions en sachant qu’elles pourront malgré tout se réaliser ou dois-je encore consacrer une part du rêve à lui écrire une nouvelle histoire ? Je ne sais pas si c’est le meilleur des cadeaux que je lui fais  là mais je décortique le rêve n°7 et en tire un « jardin », un « chien », un « chat » et le sentiment d’être « à l’aise ».
    Nous mourrons tous. Que je le délivre de ses visions ne résoudra pas ce problème. Alors, deux fois par jour, il aura toujours une vision de ses dernières heures mais il les vivra dans un jardin, à l’aise, avec son chien et son chat !

    Et maintenant, Atlanta ! Tu es un mutant… artificiel ! Tu es un mélange de boue, de peinture et de plastique fondu. Tu as été crée à Berlin, dans un atelier caché sous un lac. Tu devais être une sorte de super Golem pour la plus grande gloire du Reich. Le premier d’une longue série de gardiens du nouvel Empire. Mais il s’est passé quelque chose d’inattendu. Un imprévu. Et tu n’es qu’une chose déclinante dont il a fallu se débarrasser. Voilà ce qu’on raconte sur toi. Et pour répondre à la question des Yeux, est-ce que je crois qu’on raconte sur toi ? Évidemment ! Et j’irai même plus loin que ça. Ce n’est pas pour rien que les Yeux m’ont parlé de toi, Atlanta, le mutant artificiel, le Golem raté ! Tu as été créé par des savants fous nazis, à Berlin ! Les nazis, ceux-là même qui ont crée tous ces camps de la mort. On dit que c’était pour se débarrasser de leurs ennemis, mais pas seulement. J’ai lu Cheval du Diable. Et je sais. Ou du moins, je crois savoir que les nazis voulaient surtout, en créant ces camps, attirer des Exilés afin de leur soutirer leurs secrets. C’est d’ailleurs ce que j’essaye de faire avec mon petit camp de la mort dans la forêt. Mais pour autant, le rêve d’Anton ravive une idée qui me trotte dans la tête depuis un moment. J’ai fabriqué mon petit camp mais je n’arriverai jamais à reproduire ce que les nazis ont fait. Si j’ajoute à ça que le Bureau des Narcotiques sait que je me réfugie à Millevaux et que, par conséquent, je n’y suis plus vraiment en sécurité (autant qu’on puisse être en sécurité à Millevaux), c’est peut-être tout simplement le moment de me tirer d’ici ! Et Berlin pourrait être la destination idéale. Pas le Berlin de la guerre, ce serait trop risqué. Le Berlin de l’après-guerre, du début des années 1950. La ville en ruine est aux mains des alliés. La plupart des nazis se sont enfuis en laissant tout en plan. Il reste certainement dans les décombres de leurs laboratoires les plus secrets des rapports concernant leurs expériences les plus barrées. C’est sûr, il reste des choses pour moi à Berlin. Les nazis n’ont pu ni tout emporter, ni tout détruire. Et en 1950, en tant qu’agent de la RPA, je pourrais mener ma petite enquête sans être trop ennuyé. Enfin, tant que le Bureau des Narcotiques ne me retrouve pas. Bon assez tourné autour du pot, mes trois kapos ne m’en voudront pas de les laisser là.
    Par contre, j’ai un problème. Je pourrais gober deux Billes pour remonter le temps jusque dans les années 1950. Sauf que je n’en ai plus qu’une ! Mais, je suis le Kraken et dans d’autres vies j’ai su ouvrir des Portes entre les mondes. J’ai fait ça, notamment, quand j’étais Corso. Je saurai le refaire. Alors, « Geh nach Berlin ! »

    Et là, je me revois, dans mon petit camp, en train de découper l’éclopé pour lire dans ses entrailles. Et j’entends, dans ma tête, les Yeux me demander :
    « Qui connaît un secret te concernant ? Quel risque s’il le révèle ? »
    En vrai, je n’en sais rien. De quel secret ils parlent ? Du fait que je sois un Ancien ? D’une certaine façon, tout ceux qui lisent mes posts sur Facebook sont au courant. Mais tout le monde s’en fout puisque tout le monde pense que c’est un jeu de rôle. Ça n’a même pas besoin d’être un secret. Ce serait plus gênant si le Bureau des Narcotiques tombait là-dessus.
    Et je n’ai pas fini de penser cette phrase que tout change autour de moi. C’est comme si tout était de l’eau mais que soudain tout se figeait. Je suis maintenant dans un bureau. Le bureau de Don Vincente. Qu’est-ce que je fous là ? Tout le monde est immobile. Moi aussi, je ne peux pas bouger. En fait, on vient de me faire une proposition. Don Vincente vient de me proposer de travailler pour lui mais… cela voudrait dire que je trahirai ceux pour qui je travaille actuellement. Qui je suis dans cette réalité ? J’en ai aucune idée mais la situation a l’air des plus tendues. Je sens de la sueur perler au ralenti le long de ma nuque. Je ne peux absolument pas bouger. C’est même difficile de faire rouler mes yeux dans leurs orbites. Les Yeux, à quoi ils jouent bordel ?!
    « Où trouvez-vous régulièrement des éclats de bois et des épines chez votre amant  dryade ? Lors de vos rapports sexuels, comment vous protégez-vous contre ces petites douleurs ? »
    Je crois que les Yeux ont complètement craqué ! Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Je n’ai aucune relation de quelque nature que ce soit avec un… dryade ! Et c’est quoi d’abord ? Une espèce d’arbre vivant ? Si c’était le cas, l’endroit privilégié pour ça aurait été… Millevaux ! Pile l’endroit dont je viens de me tirer. Est-ce une sorte de métaphore ? Est-ce la façon qu’ont les Yeux de me dire qu’en construisant mon petit camp de la mort, j’ai fait quelque chose de pas très joli-joli et que, d’une certaine manière, cela veut dire que je serais finalement un peu pourri comme le sont tout ceux qui sont contaminés par Millevaux ? C’est ça la « relation sexuelle » ? L’esprit de Millevaux vu comme une maladie sexuellement transmissible parce que, au final, on tire un certain plaisir à faire du mal à autrui ? Pour être clair, je n’ai pas crée mon petit camp de la mort par sadisme. Je l’ai fait car, après avoir lu Cheval du Diable, je suis convaincu que c’est le seul moyen pour moi de percer le secret des Exilés et savoir, enfin, si je suis un être réel ou un être de fiction, le personnage d’un jeu. Suis-je le Joueur ou le personnage joué ? C’est uniquement pour ça que j’ai crée ce camp. Et d’ailleurs, maintenant que j’ai peut-être l’opportunité de trouver la réponse dans les archives des nazis à Berlin, je n’insiste pas et abandonne le petit camp. Comme quoi, je ne suis pas un sadique fou-furieux ! Ai-je réellement réussi à convaincre qui que ce soit alors que je ne suis même pas certain de m’être convaincu moi-même ?

Commentaires de Thomas :

A. Ici, on passe la vitesse supérieure puisque c’est le Joueur lui-même qui se retrouve protagoniste d’un dangereux voyage dans le multivers. On voit ici bien l’effet Mantra 2 (on se joue soi-même) mais c’est très cohérent avec l’évolution de plus en plus méta de tes parties précédentes. L’aspect horrifique s’en trouve renforcé puisqu’on suppose le Joueur plus fragile qu’un PJ (et cette fois-ci, pas de fusibles) mais on suppose aussi que la force du Joueur c’est son 100 % en Mythe de Cthulhu…

B. [Pour le public : Christophe Breysse est l’auteur d’Omniscience] « Et là, vient le moment où Christophe Breysse m’interroge à propos des Connectés. Comment ils sont perçus, s’ils sont l’objet de luttes d’influence etc. ? »
Fais-tu référence à une discussion en ligne que vous auriez eue ?

C. « Que sait-on à son sujet ? Que sais-je à son sujet ? Tout d’abord il s’agit d’une ruine datant de l’Antiquité gréco-romaine. Avant l’avènement de la Mauvaise Mère, c’était déjà une ruine. Mais des archéologues l’avaient extirpée de la terre. Ils avaient remis en état tout ce qui pouvait l’être et avaient reconstitué une partie de son histoire afin que le public se rappelle comment on vivait à l’époque et à quoi ce genre de lieu servait. À l’époque, cette découverte a stoppé net la construction de nouvelles barres d’immeubles. En effet, c’est en creusant les fondations d’un futur HLM que ces vestiges furent découverts. Aussi, pour des raisons historiques, culturelles, etc, le projet d’agrandissement de la ZUP locale fut abandonné. »
Est-ce que tu fais référence à un endroit réel ?

D. « J’ai pratiqué l’escalade en salle pendant quelques années. Sur le plan purement théorique, j’ai des restes. Maintenant, il faut voir si mes jambes et mes bras suivront. Ça fait presque deux ans que je n’ai pas touché une prise mais je continue à faire de l’exercice très fréquemment. Sans battre des records, je reste quand même assez endurant. J’espère que ça suffira pour arriver en haut. »
Intéressant (et très Mantra !) que tu utilises tes compétences de la vie réelle pour gérer un obstacle.

E. « J’ai lu Cheval du Diable ! Et je sais quel rôle y jouent les camps de la mort. J’ai d’ailleurs une toute nouvelle théorie expliquant pourquoi les nazis les ont construit. Je ne rentrerai pas dans les détails car :
1-je ne veux pas spoiler.
2-je ne veux pas d’emmerdes ! Je ne me sens pas l’âme d’un Dieudonné… qui est pourtant parfois, voire souvent, très drôle quand même. Bref…
3-notez bien que ma volonté de ne pas spoiler (et donc vous inciter à lire Cheval du Diable en particulier et tout Christophe Siébert en général) l’emporte largement sur mon désir de ne pas finir devant un juge. »
C’est amusant comme le Joueur quitte un instant les considérations de survie immédiate qui devraient l’animer pour se lancer dans une diatribe méta.

F. « De mon balcon, je regarde Haze, Corso et Lewis-Maria maltraiter les éclopés que j’ai invoqués. J’espère que ce camp deviendra vite un vrai camp de la mort. Je veux savoir si ce que Siébert a écrit est vrai. Mais pour ça, pour aller plus loin, il me faut un rêve. »
Ah oui, c’est chaud quand même.

G. Sympa que tu utilises des questions d’Oriente et que tu fasses référence à la partie qu’on a jouée ensemble ! (partie que j’ai renommée Trancher les parties pourries )

H. « Mon personnage est quasiment certain que sa curiosité va le mener à la mort. Et la mienne ? Je crois que j’ai saisi le message, je m’en vais. »
Certes ! Cette fois-ci la curiosité maladive du Joueur, sa volonté de savoir ce qui va se passer, l’a poussé à s’impliquer un peu trop !

I. « C’est pratique et bizarre d’être « dissocié », « clivé », je ne sais pas comment on dit. Mais alors que, au beau milieu des Natifs de l’Abattage qui s’attendaient à une boucherie en règle, je négocie avec le Colosse Euphorie, je suis également face à mon PC. »
Autant c’est intéressant en matière de jeu sur le méta, autant ça diminue le sentiment que le Joueur soit vraiment en danger.

J. « Je suis maintenant dans un bureau. Le bureau de Don Vincente. Qu’est-ce que je fous là ? Tout le monde est immobile. Moi aussi, je ne peux pas bouger. »
Sympa l’effet de temps suspendu. Une technique de vertige logique de plus !

K. « Où trouvez-vous régulièrement des éclats de bois et des épines chez votre amant  dryade ? Lors de vos rapports sexuels, comment vous protégez-vous contre ces petites douleurs ? »
Ça vient d’un jeu descended by the Queen ça ?

L. « Suis-je le Joueur ou le personnage joué ? »
Intéressante nouvelle couche métaphysique 🙂

Réponse de Damien :

A. Je pense être aller un peu plus loin dans le méta avec ma campagne de Mantra justement ^^

B. Pas du tout ^^

C. Pas du tout non plus ^^

D. Yep mais bon, je n’ai pas touché une prise depuis presque 2 ans donc je pense qu’une reprise serait très très dure ^^

E. En vrai, j’aime bien le méta-jeu justement ^^ c’est dommage de ne pas pouvoir dans le cadre d’une partie classique.

F. Cheval du Diable vaut vraiment le coup d’être lu 0_0 je n’en dis pas plus…

G. Méta toujours 🙂

H. Et bien, c’est un des paradoxes du perso. Le Quizz Mantra en fait un adepte de l’Hommonde mais son envie, voire son addiction au jeu de rôle, en fait plutôt un adepte du Cycle. C’est un de ses buts que de comprendre ça.

I. Bah je peux pas être tout le temps dans la méga-merde non plus ^^ autant qu’être un Ancien me serve par moment quand même ^^

J.     Oui, je voulais tester une alternance de hacks de Pour la Reine et de Vertiges Logiques. Y a moyen de faire quelque chose de fun. Là encore, ça peut être drôle à plusieurs.

K.  Oui 🙂 voir le J. ^^

L. Questionnement tout droit sorti de ma lecture de Cheval du Diable 🙂

Un commentaire sur “Kraken

  1. Un nouveau solo de 10 000 mots. Je m’interroge sur la vitesse de frappe de Damien… Personnellement, quand j’ai écrit « Dans le mufle des Vosges », je faisais du 1000 mots à l’heure si j’étais en forme. Mais ici, on est sur une forme d’écriture plus instinctive. Mais même à supposer que Damien fasse du 2000 mots à l’heure, quel stakhanoviste du solo ! 🙂

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