Safe Orbit

SAFE ORBIT

Quand Millevaux a colonisé toute la planète, une station orbitale aseptisée semble être le refuge idéal… ou pas. Ça vous tente, un saut dans le futur ? Sixième épisode de la campagne solo Millevaux / Trilogie de la Crasse par Damien Lagauzère
   
(temps de lecture  : 20 min)

Joué le 23/06/2019

Le jeu principal de cette séance : Remember Tomorrow, de Gregor Hutton, le cyberpunk à la sauce narration partagée

Avertissement : contenu sensible (voir détail après illustration)

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crédits : Darwin Bell, Euan, futile boy, Gordana AM, theojunior, licence cc-by-nc

Contenu sensible : viol

   
Parties précédentes de la campagne Millevaux / Trilogie de la Crasse :

1. [La Trilogie de la Crasse] La Reine de la Crasse
Première partie d’une nouvelle campagne Millevaux solo-multisystèmes, en crossover avec la mythologie de la Trilogie de la Crasse et la ville crapoteuse et hallucinée de Mertvecgorod née sous la plume de Christophe Siébert. Où un simple exécutant s’entiche pour la victime qu’il doit convoyer et tente l’impossible pour la retrouver.

2. [S’échapper des Faubourgs] Tuer Précieuse
Une incursion dans un sous-monde où à la fois l’univers de Cœlacanthes et le thème des femmes au destin tragique envahissent tout.

3. [Grey Cells] Le coût d’entrée
L’agent-mouche décide de partir dans Millevaux pour sauver le monde même si tout le monde s’en fout… et quoi que ça puisse lui coûter.

4. [La Trilogie de la Crasse] La poubelle du multivers
Désavoué, l’agent-mouche Haze se la joue en solo et part en enquête à l’aveuglette dans les recoins les plus sordides du multivers, où Millevaux progresse toujours plus.

5. La porte de la ruine
Alors que Millevaux a envahi Mertvecgorod, Haze se retrouve baby-sitter d’une femme qui s’avère être une porte entre les mondes… 5ème épisode de la campagne solo multisystèmes Millevaux / Trilogie de la Crasse par Damien Lagauzère. (temps de lecture : 12 min)

L’histoire :

J’ai avalé la Bille de travers et me suis retrouvé… ailleurs. Enfin, pas dans mon monde d’origine. En tout cas, il s’est passé quelque chose afin de préserver un semblant de cohérence dans tout ça. J’émerge dans une salle d’attente, visiblement celle d’un médecin et personne n’a l’air choqué par ma présence. Il y a deux autres personnes. Un type bourré de tics nerveux, à se demander s’il est pas défoncé. Et une femme, jeune, plutôt jolie. Rien à voir avec Eurydice mais jolie quand même. Je fais style d’être tombé dans les vapes et d’émerger. Je demande où je suis. Et elle me demande où je crois être, en montrant ma jambe d’un signe de tête. Bon, au moins la Bille a fait en sorte de m’envoyer chez le toubib. Elle me demande si je compte remplacer. Je ne comprends pas. Elle parle de ma jambe. Elle veut savoir si je vais profiter de cette blessure pour la remplacer. Je regarde autour de moi et je percute. J’ai dû atterrir dans un roman de Gibson. Alors non, je dis, ce n’est qu’une simple blessure par balle. J’ai juste besoin de quelques points de suture. Ça devrait suffire. Une voix se fait entendre, venant d’un haut-parleur que je ne parviens pas à localiser. C’est mon tour. Une porte s’ouvre automatiquement. Personne ne vient pour m’aider. Je me lève comme je peux et entre dans le cabinet du médecin dont le matériel date manifestement de l’ère soviétique. Ça pique mais au moins j’ai récupéré une jambe en état de marche.

    Une rue bizarre pleine de boutiques pour androïdes, qui vendent des prothèses, des pièces détachées ou des robots sexuels. Deux membres des Free-Limbs sont là pour affaire. Ils sont de tous les coups, du moment qu’il y a du fric à se faire. Là, ils ont récupéré les restes de l’androïde qui s’est jeté sous un métro ce matin. C’était un androïde domestique. On ne sait pas trop ce qui lui a pris. Et les Free-Limbs s’en fichent. Tout ce qui importe, c’est que certaines parties sont encore à peu près en état et peuvent être vendues. En plus, là, ils ont vraiment besoin de fric. Leur dernier coup s’est mal passé et ça s’est retourné contre eux. Maintenant, ils doivent un gros paquet à plus gros qu’eux. Beaucoup plus gros.

    Georgia Hatton est un hacker. Un petit hacker, pas de ceux qui deviennent des stars richissimes. Elle, son truc, c’est pas d’accumuler de l’argent, de l’information ou des relations. Ce qu’elle veut, c’est se sentir libre. Et elle se sent libre quand elle est dans la Matrice. Mais son dernier job ne s’est pas passé comme prévu. Ses employeurs se sont révélés être beaucoup plus corrompus que sa conscience ne pouvait l’accepter. Et aujourd’hui, son principal souci est de réussir à mettre un maximum de distance entre elle et eux.
    Georgia a peur de rentrer chez elle. Elle craint que son appart ne soit surveillé. Alors, elle reste en mouvement. Elle erre dans les rues. Là, elle s’est acheté un truc à grignoter et regarde les ombres électroniques s’agiter sur le mur d’en face. C’est rigolo. Mais tout s’arrête quand un type ouvre sa fenêtre pour les envoyer se faire enculer. C’est le code. Elle a payé ce voisin pour qu’il la prévienne si des mecs louches arrivaient dans le coin.
    Elle cherche les Seigneurs de la Verticalité. Ces types, et ces nanas, font de la chute libre du haut des immeubles. Certains se sont écrasés sur des murs invisibles. On dit qu’il y aurait une ville invisible qui se superposerait à la ville visible, une ville virtuelle. Si c’est le cas, peut-être qu’elle peut s’y planquer. Elle doit trouver ces Seigneurs de la Verticalité avant que ses anciens patrons ne la trouve.

    Dans cette station à la météo contrôlée, impossible à l’Entropie de se manifester sous la forme de la Pluie Noire. Millevaux a déjà envahi la Terre et les hommes ont bien compris que la nature n’était plus leur alliée. Il n’y a ici que le minimum de verdure. La plupart de l’alimentation est produit en cuve ou via l’agriculture hydroponique. L’humanité est désormais réduite à une portion infime mais elle est toujours là. Comme la mauvaise herbe, elle résiste. Mais l’Entropie se fait fort d’en finir avec ce monde aussi. L’Entropie a ses agents, ses monstres, ses fous, ses traîtres à l’humanité, ses désœuvrés près à en finir mais qui ne veulent pas partir seuls. Ils agissent dans l’ombre. Mais dans l’ombre agissent aussi leurs ennemis. Malgré la victoire de Shub-Niggurath sur Terre, Black Rain continue à leur poser des problèmes. Les Mouches sont le dernier caillou dans la chaussure, celui dont on arrive pas à se débarrasser.
    L’homme est là, devant la statue de cet homme tenant un satellite entre ses mains. L’homme ne peut s’empêcher de penser que ce satellite sert de relais, comme les Stations Fantômes. L’homme est un agent de l’Entropie. Il sait pour Lateralus. Il sait que Kid a échoué et qu’il est sous terre, les pieds plantés dans la boue pétrolmagique de Millevaux. Mais il sait aussi que l’histoire peut être réécrite si Eurydice parvient à remonter le réseau des Stations Fantômes jusqu’à Station One. Aussi, il cherche l’une de ces stations, espérant pouvoir remonter jusqu’à leur point d’origine et détruire Station One avant l’arrivée d’Eurydice. Mais, sa mission est rendue compliquée par les Agents de Black Rain. Sur la Terre, rongée par Millevaux, les Mouches ne sont rien. Mais ici, paradoxalement, c’est lui qui est en difficulté. Et forcément, si Station Fantôme il y a, ce sera ici.

    Malgré les apparences, ce doc a fait du bon boulot. Ma jambe ne me fait plus souffrir. Je me ballade dans cette ville qui se révèle être une station orbitale. Le dernier bastion de l’humanité qui a fui la Terre et Millevaux. Nous sommes donc en orbite entre la Terre et la Lune. Ici, pense-t-on, on est en sécurité. Jamais la forêt ne pourra étendre ses branches assez haut pour s’emparer de la station. Je comprends que la végétation est ici extrêmement contrôlée. L’avènement de Shub-Niggurath a sonné de le glas de toute considération écologique. De plus, un département de la police est spécialement dévolu à la traque des cultistes en tout genre. On pourrait penser que c’est une précaution inutile ici. Et pourtant, à la radio, on raconte qu’une bande de terroristes a saboté un des systèmes de régulation du climat artificiel pour faire tomber une Pluie Noire. La pluie Noire, le symbole de l’Entropie. Au vue des récents événements, j’en arrive à me demander si cette Pluie ne serait pas du Pétrol’Magie. Y a-t-on pensé chez Black Rain ? Faudrait que je pose la question, si je rentre. Mais après tout, si les serviteurs de Shub-Niggurath et de l’Entropie sont traqués dans ce monde, il est plus que probable que Black Rain y ait des bureaux.
    Et j’en suis là de mes pensées quand j’entends s’élever des cris autour de moi. Une espèce de robot ressemblant à une gargouille médiévale armée d’une longue lance fend la foule et me fonce dessus. Et moi j’ai… mon flingue… Mais pas que ! Je ne sais pas si c’est grâce aux analgésiques que m’a donné le doc ou si c’est juste l’air saturé en je ne sais quoi de cette station mais j’ai l’impression de n’avoir jamais eu d’aussi bons réflexes ! Je roule sur le côté, me rétablis et tire. Bon, la balle n’occasionne aucun dégât mais au moins, j’ai visé juste. Et surtout, étant maintenant derrière cette gargouille, je vois gravé dans le métal des symboles ésotériques caractéristiques de Shub-Niggurath et compagnie. Je ne sais pas si c’est une simple coïncidence mais entre cette attaque et le sabotage à la Pluie Noire… En tout cas, les « méchants » savent que je suis là. Et maintenant, je sais qu’ils savent. Je n’en suis que plus déterminé à trouver Black Rain et à me tirer d’ici. Ce monstre est fort mais lourd. Le temps qu’il reprenne sa position, je me suis déjà planqué dans une ruelle sombre.

    Louis-Marie est un cafard. Ce n’est pas une métaphore. C’est vraiment un cafard, un insecte géant. Un tel monstre attire invariablement les cris de terreurs des enfants et les coups des adultes, surtout s’ils sont armés. Pourtant, Louis-Marie est à même de faire face. Il est en réalité quasiment indestructible. Mais il ne cherche pas les ennuis. Il cherche le respect. À l’inverse de beaucoup de ses congénères, il a un vif sentiment de son individualité et veut être reconnu en tant que tel. Or, cette reconnaissance, il n’estime pas la recevoir de la part de ses maîtres. Aussi, il s’est trouvé de nouveaux maîtres aux yeux desquels il espère briller grâce à ses compétences. Black Rain, l’organisation pour laquelle il travaille désormais, lui a confié une double mission. Tout d’abord, il doit trouver une Mouche dénommée Haze. On ne sait pas comment mais ce type vient d’arriver plus ou moins par erreur ici et on veut savoir comment et pourquoi. Et surtout, Louis-Marie doit en apprendre le plus possible au sujet des Stations Fantômes. Et comme rien n’est jamais dû au hasard, il est fort probable que la présence de ce Haze ait quelque chose à voir avec cette affaire. Les Stations Fantômes, Louis-Marie ne sait quasiment rien à leur sujet. Mais Black Rain ne dit jamais rien, c’est pour que les agents conservent un regard « neuf » sur les affaires qu’on leur confie. Bien bien bien, se dit le Cafard. En tout cas, cette histoire de Station sent mauvais. Ça sent la merde et c’est pas étonnant qu’une mouche tourne autour.
    Pour l’heure, Louis-Marie n’est pas au top de sa forme. Comme tout cafard qui se respecte, il a un petit penchant pour l’exploration de la mémoire d’autrui. Du point de vue de l’autrui en question, cela s’apparente plutôt à un viol psychique précédé d’un viol tout court puisque Louis-Marie, pour accéder à la mémoire de son hôte provisoire, doit littéralement s’introduire à l’intérieur dudit hôte. Cela n’est pas sans conséquence pour la victime. Cela n’est pas non plus sans conséquence pour le cafard qui en ressort généralement épuisé, suite à l’extase procurée par ces instants délicieux et malheureusement trop rares. Mais après quelques heures de repos, il est de nouveau apte à reprendre le boulot.

    Où-suis-je ? C’est trop bizarre ! Je regarde autour de moi. Je suis à côté de l’astroport. Il est 3h du matin. Il y a quelques instants, j’en suis convaincu, je courrais dans les escaliers d’un hôtel miteux pour échapper à une femme magnifique dont je suis sûr qu’elle est un Horla en provenance de Millevaux.
    L’hôtel, je m’en rappelle, j’y suis arrivé après qu’on m’a remis un flyer avec, au dos, une phrase étrange. Ce genre de phrase qui est le signe même de l’implication de Black Rain. À l’hôtel, dans une chambre sans serrure, une femme m’attendait. Une Sensitive, je l’ai vu grâce à ma Vision de Mouche. La cellule de Black Rain de ce monde avait fait en sorte de m’attirer ici. Ils avaient même mis un Relais à ma disposition pour que je puisse contacter la cellule de la RIM. Mais ça ne s’est pas bien passé. Le Relais s’est mis à dire des trucs bizarres. J’ai eu des flashs de Millevaux et cette femme est apparue. Elle aussi a dit des trucs bizarres. Elle a parlé d’une secte et d’un dieu. Je ne sais plus trop. L’autre, la Sensitive, était comme paralysée. Ou plutôt, bloquée dans une boucle de mouvements saccadés. C’était bizarre. Je me rappelle avoir pensé à un automate déréglé. Et je me rappelle les avoir plantés, elle et le Relais.
    Et maintenant, je suis là, près de l’astroport. Je ne sais pas comment je suis arrivé là. J’ai le sentiment étrange que mes souvenirs ne sont pas réels. Je suis sûr que c’est arrivé et pourtant quelque chose me dit que non. J’ai l’impression que cette partie de l’histoire a été… comme réécrite après un crash du PC. Ce n’est pas ma mémoire. Ces événements ont eu lieu mais quelque chose les effacés. Pas seulement effacés de ma mémoire. Ça a fait en sorte que ça ne soit pas arrivé. Sauf que, quelque part, va savoir pourquoi, je m’en rappelle quand même. Alors ouais, peut-être que c’est pas arrivé mais je me rappelle quand même avoir prévenu la cellule de Black Rain de la RIM de l’existence des Homosantos. Et je me rappelle aussi avoir pensé que cette cellule avait peut-être été infiltré par des agents de l’Entropie. Et je me rappelle que la femme, la Sensitive dont les ongles étaient des petits écrans diffusant des images du Big Bang… ou du Rebond, a aussi dit que Black Rain avait missionné un agent pour me trouver. Lui, il doit exister, c’est sûr. Et je dois le trouver ! Et je dois aussi faire en sorte que cette femme, l’autre, celle qui vient de Millevaux, ne me trouve pas.

    À l’autre bout de la station, une autre femme espérait elle aussi qu’on ne la trouve pas. Georgia était toujours sur la trace des Seigneurs de la Verticalité mais prenait aussi grand soin de s’assurer que ses anciens employeurs n’était pas sur la sienne.
    Les Free-Limbs sont des racailles. Mais ce sont des racailles avides et efficaces. Aussi, malgré les apparences, ce sont des racailles friquées. Et avec le fric, on s’achète beaucoup de choses, du matériel, des informations, des gens… Tout a un prix, les gens en ont un aussi. Aussi, ils ne leur a pas été si difficile que ça d’apprendre que la nana cherchait les Seigneurs de la Verticalité. Et les Free-Limbs ont acheté des informations sur ces Seigneurs. Ils ont acheté des films aussi. Et ils ont acheté des gens qui leur ont dit où ils avaient vu cette nana qui les cherche.
    Les Free-Limbs ont payé des gens pour faire courir une rumeur comme quoi un saut allait avoir lieu du haut d’un hôtel, à l’aube. Et Georgia s’est arrangée pour être aux premières loges. À aucun moment elle ne s’est doutée qu’il s’agissait d’un piège. Et à l’aube, ce n’était pas un Seigneur qui sautait du toit de l’hôtel, c’était plutôt un groupe armé qui lui sautait dessus.
    Quand Georgia se rend compte qu’elle est prise pour cible, elle se rend vite compte que ça va lui être très difficile de faire le poids. Elle possède quelques grenades, mais c’est bien tout et ce serait pas très malin, pense-t-elle, de les faire sauter ici. Sauter… Elle venait voir un Seigneur de la Verticalité sauter… mais ce sont ces gangers qui lui ont sauté dessus. Et la seule arme dont elle dispose ferait sauter une partie du quartier. Malgré l’urgence, elle tente de garder la tête froide et de réfléchir. Surtout, ne pas faire n’importe quoi. Déjà, fuir évidemment, courir. Après, une fois qu’elle sera en sécurité, trouver un moyen de se connecter. Là, elle sera sur son terrain. À la vitesse de la Matrice, elle pourra en apprendre assez pour comprendre ce qui se passe et rendre la monnaie de leur pièce à ces types. Mais d’abord, fuir ! Et si elle parvient à se connecter, elle pourra alors lancer un programme « Leurre » qui les perdra un moment. Non ! Elle a une meilleure idée. Dès lors qu’ils ne l’auront plus en visuel, ils devront s’en remettre à leur réseau d’informateurs et à la Matrice. Et via la Matrice, ce n’est pas un simple leurre qu’elle peut envoyer, mais des copies d’elle-même. Ils ne sauront plus où ils en sont.
    Pas besoin de grenades ! Sitôt qu’elle est sortie de leur champ de vision, Georgia se connecte et lance son programme. Cette planque n’est que provisoire, c’est évident. Mais ici, elle a quand même le temps de se reposer un peu et de faire quelques recherches sur les Seigneurs de la Verticalité. Elle en profite pour faire état, anonymement, de sa mésaventure. Il est bien évident que les Seigneurs n’apprécieront pas qu’on se soit servi de leur nom pour monter un piège. Maintenant, elle n’a plus qu’à attendre leur réaction. Et au pire, elle tentera de quitter la station à bord d’une navette.

    Georgia pensait vraiment avoir trouvé une bonne planque. En tout cas, elle ne pensait pas qu’on la trouverait si vite. Mais, heureusement, cette femme n’a rien à voir avec les Free-Limbs. En fait, elle a un marché à lui proposer. Elle a bien compris que Georgia était en cavale et devait se mettre au vert. Et c’est précisément ce qu’elle lui propose, le vert. Elle peut lui faire gagner la Terre, la forêt. Là, les Free-Limbs ne pourront rien contre elle. Évidemment, ce n’est pas gratuit. En échange, une fois là-bas, à charge pour Georgia de trouver ce qu’on appelle une « Station Fantôme ». Marché conclu !

    Cette femme, Torz, a déjà tout organisé. Georgia pensait qu’une navette était prête mais Torz a prévu un autre moyen de transport. Elle a rendez-vous dans un petit immeuble d’un quartier modeste. C’est une planque. Il n’y a rien pour dormir ou faire la cuisine. Aux murs et au sol, il y a plein d’inscriptions étranges peintes en rouges. Il y a d’épaisses tentures aux fenêtres pour empêcher la lumière d’entrer mais surtout pour empêcher qu’on puisse voir ce qui se passe ici. Il y a l’électricité mais la lumière n’est dispensée que par quelques bougies. Torz n’est pas seule. Il y a une autre femme avec elle. Elle est plus âgée. Elle a un côté très masculin, androgyne serait le terme plus approprié. Elle porte un imperméable en cuir en-dessous duquel on dirait qu’elle est nue. Sur la tête, elle a une toque en fourrure grise. Torz la présente comme étant la Magicienne. Elles lui expliquent que le monde n’est qu’une fréquence, que les mondes sont des fréquences et qu’on peut sauter de l’une à l’autre. La station, la Terre, Millevaux, ce sont des fréquences. La Magicienne lui tend une Bille. Georgia s’inquiète mais Torz la rassure. La Magicienne tient quand même à lui préciser que la Terre et Millevaux ne sont pas des lieux sans danger. Une fois là-bas, elle a beau être du « bon côté », elle devra faire face à bien des ennemis d’un genre bien particulier. Et elle lui parle des Horlacanthes. Georgia ne saisit pas bien de quoi il s’agit. Elle n’arrive pas à interpréter le regard de Trz quand la Magicienne évoque ces Horlacanthes. Mais bon, quand faut y aller… Elle prends la Bille que la Magicienne lui tend. Elle hésite un instant et la Magicienne lui dit « Saute ! »
    Ce qui ressent Georgia est indescriptible mais elle se demande si ce n’est pas cette sensation que recherchent les Seigneurs de la Verticalité. Et quand elle se retrouve dans la forêt, sur Terre, elle se demande si ce n’est pas cet endroit qu’ils cherchent. Mais elle n’a pas vraiment le temps de se poser des questions. Comme l’a laissé entendre la Magicienne, elle est attendue. Et le comité d’accueil n’a pas vraiment l’air bien intentionné. Un couple d’êtres de plus de 2 mètres de haut est là. Ils sont vêtus de cuir sur lequel on a cousu des plaques de bois et d’acier. Ils portent chacun une sorte de casque fait en plaque d’os qui se prolonge jusqu’aux épaules. L’un d’eux a deux paires de bras. Georgia comprend qu’elle va devoir courir très vite.
    Ces deux créatures sont objectivement plus fortes qu’elle. Et en plus, elles sont sur leur terrain. Parlementer risque de ne pas la mener très loin. Malgré tout, elle doit pouvoir trouver à se cacher dans cette forêt, un bosquet, sous une souche, une grotte… Mais avant, elle doit mettre de la distance. Et pour prendre un peu d’avance, une ou deux grenades peuvent l’aider.
    Le bruit des explosions est suivi de celui d’arbres qui s’écroulent. Elle ne prend pas la peine de se retourner pour voir ce qui s’est réellement passé. Elle espère juste que ces deux monstres ne pourront pas la rattraper. Elle court aussi vite et aussi longtemps qu’elle peut et se retrouve bientôt en vue d’un bunker à l’abandon à l’intérieur duquel elle se précipite. Elle reprend son souffle et constate que les deux créatures ne sont pas à ses trousses. L’espace d’un instant, elle se dit que c’est quand même une bien étrange coïncidence que la Magicienne l’ait mise en garde contre ce qui semble être ces fameux Horlacanthes. Et l’expression de Torz… Et si la Magicienne avait prévu son coup ? Et si ce comité d’accueil était une sorte de test ? Alors, elle a dû le passer avec succès. Elle doit être considérée comme apte à remplir sa mission, trouver cette fichue Station Fantôme.

    Est-ce que le hasard existe vraiment ? Est-ce vraiment un hasard de me retrouver ici, juste à côté de l’astroport ? S’il y a un moyen de quitter cette station, c’est là qu’il se trouve ? Après, jamais une navette ne pourra me ramener chez moi. Pour regagner la RIM, j’ai besoin des coordonnées de mon monde d’origine, d’un Sigil, d’une rune Hshl. Bref, j’ai besoin de trouver cet agent de Black Rain qui soit-disant me cherche. Mais pour l’instant, la seule personne dont je suis sûr qu’elle me cherche, c’est cette femme, ce Horla. Et pour cause, elle est là ! Comment m’a-t-elle trouvé ? Aucune idée. Mais il va falloir que je me sorte de là.
    Problème, cette créature peut se rendre invisible. Problème n°2, elle peut changer d’apparence. Et là, elle a pris… la mienne ! Ça craint. Elle s’approche en souriant. Ce n’est pas moi. Je ne souris jamais de cette façon. Elle me dit que je veux faire couleur locale il va me falloir accepter quelques modifications. On fait des membres cybernétiques de très bonnes qualité et à des prix très abordables, il paraît. Sauf que je ne veux pas perdre mes membres, moi ! Puis elle me parle de la nature. Elle me demande comment on appellerait un histoire de l’écologie, un spécialiste de l’histoire de l’écologie, de l’évolution de ce concept à travers les âges ? Le pire, c’est qu’elle… que j’ai l’air sérieux. Ce truc avec ma tête me dit qu’il y a longtemps, les humains avaient commencé à développer une véritable conscience écologique, « l’Hypothèse Gaïa » et tout ça. Et puis, il y a eu Millevaux. Du point de certains, des survivants qui avaient pu sauvegarder un peu de leur science et de leur technologie, trop de nature n’était pas non plus une bonne chose. Alors, ils ont créé ici ce paradis on ne peut plus artificiel. Mais sur Terre, la nature a vraiment repris ses droits. Millevaux, c’est la nature indomptée mais c’est aussi la nature généreuse. Alors, quelle est désormais la place de Haze dans ce tableau, qu’elle me demande ? Je la fixe avec des yeux que je n’espérais pas ouverts si grands. Ma place, c’est dans mon appart pourri avec vue sur la Zona ! Ça fait chier de le reconnaître mais elle est là ma place. Je dois rentrer chez moi. Et surtout, je ne peux pas laisser ici ce truc avec ma tête car, j’y pense soudain, si l’agent de Black Rain la trouve en croyant me trouver… Merde ! Et elle sourit d’un air las. Je ne peux pas seulement m’enfuir. Je dois trouver ce type et prévenir Black Rain. Et je dois buter ce truc. Mais comment on bute ce truc ? Certainement pas avec un flingue de merde comme le mien. Il faut sûrement un moyen magique ou quelque chose comme ça.
    ROHUM ne pourra pas me dire comment la buter. Par contre, il peut me dire ce qui est en train de se passer pour cet agent. Et alors, je pourrais savoir où il est et espérer courir assez vite pour le choper avant elle. Ça, je dois pouvoir le faire.

    Je vois une rue. Un saxophoniste joue et seuls des robots lui donnent de l’argent. Non loin, il y a des grattes-ciels, les sièges de diverses corporations. Je mémorise le logo de Heinkel. Si je fais assez vite, le type de Black Rain sera peut-être encore dans les parages.

    Alors, je fais un truc complètement débile. Je me fiche un énorme coup de pied dans les couilles. Enfin, je fiche un coup de pied dans les couilles du Horla qui a pris mon apparence. Puis, je me mets à courir en direction du métro le plus proche. Une fois là, je trouverai une moyen de me rendre au siège d’Heinkel.
    Sauf que ça ne se passe pas comme prévu. Le Horla est beaucoup plus résistant que je ne le pensais et mon coup l’indiffère au plus haut point. Et c’est le sourire aux lèvres qu’il me laisse quelques secondes d’avance. Puis, il se met à courir !

    Georgia s’est réfugiée dans le Bunker en ruine. Il est certes probable qu’il y ait eu ici un émetteur à une époque quelconque. Mais il est quand même peu probable, par contre, que le hasard l’ait conduit pile là où se trouve une de ces fameuses stations fantômes. D’ailleurs, elle ne sait même pas à quoi ça ressemble, ni même à quoi ça sert vraiment.
    Dehors, il pleut et il fait froid. Aussi, elle décide de rester là et de prendre un peu de repos. Mais bientôt, du bruit venant de l’extérieur la réveille. Elle jette un œil à l’extérieur. Il y a du monde. Beaucoup de monde. Et ces gens sont moches. Ils sont vêtus de guenilles ensanglantées. Certains sont gravement blessés. Ils saignent abondamment. D’autres ont carrément un membre arraché, à se demander comment ils font pour se tenir debout. Une silhouette s’approche, moins mal en point mais non moins bizarre. Ce truc ressemble à un homme mais il est couvert de boue, de touffes de mousse et d’herbes. Il y a des plaques d’écorce un peu partout sur son corps. Il lève la main droite et dit « Je m’appelle Roger. Nous sommes le Thanatrauma. Le Thanatrauma a une question pour toi. Sais-tu vraiment ce que tu fais ici ? Ta quête est-elle juste ? Aides-tu les bonnes personnes ? Ne devrais-tu pas plutôt l’aider, lui ? »
    Alors, Georgia a une vision de la station. Un type est en train de courir. Derrière lui, lui-même ! Il se court après ! Celui qui fuit a l’air vraiment paniqué. L’autre, il y a quelque chose de carnassier dans son regard et son sourire.
    Elle est de nouveau dans le bunker. Roger suit du regard un insecte qui virevolte autour de lui. Il dit « La Mouche est ton amie, dit le Thanatrauma. Es-tu toujours déterminée à trouver cette station fantôme ? »
    Oh oui ! Georgia est plus déterminée que jamais à la trouver cette station fantôme car elle est convaincue que là est sa porte de sortie. Cette station lui permettra de couper définitivement les ponts avec ses ex-employeurs. D’ailleurs, c’est déjà le cas, non ! Avoir mis le doigt dans cet engrenage, avoir pris la Bille, cela a fait d’elle le pion dans un jeu d’une tout autre envergure. Elle navigue maintenant dans des sphères que même ses anciens patrons ne peuvent pas atteindre. Alors oui, elle va la trouver cette fichue station…

    « … dans cette vie ou dans une autre… » dit Roger alors qu’une première vague de morts-vivants s’approche du bunker.

    Je suis perdu ! Il y a une chance infinitésimale que j’arrive à trouver l’agent de Black Rain qui me cherche également. Il y a quelques instants, il était non loin du siège de la corporation Heinkel en train d’écouter un gars jouer de la musique. Ça aurait pu marcher, sauf que j’ai un Horla aux fesses et qu’il a décidé de jouer au chat et à la souris avec moi.
    Je cours à en perdre haleine. Je passe devant une vitrine. L’espace d’un instant, mon regard se fixe sur un chien empaillé. Le truc a six pattes ! Mais, dans le reflet de la vitrine, je vois un avion se crasher contre un immeuble. L’immeuble n’a rien. L’avion s’écroule. Je tourne la tête. Rien, à part moi-même hilare. Ce horla se fiche de moi. Il veut me rendre barjo avant de m’achever ou quoi ?

    « La forêt a plusieurs visages et plusieurs voix. Ne crois pas pouvoir y échapper… »

    Je vais quand même essayer d’y échapper. Ça m’embête pour ce type car, si je le trouve, il sera lui aussi la cible du Horla mais bon…
    J’atteins enfin le métro. Sur un plan, je localise le building Heinkel. Avec un peu de chance, ce type est toujours dans les parages. Et avec encore plus de bol, le Horla ne m’aura pas suivi. Je sors du métro et cherche le musicien. Il est encore là ! Et maintenant, l’agent de Black Rain, où il est ? Il y a foule ici. Comment savoir ? Est-il seulement toujours là ?
    Je me rappelle ce souvenir bizarre à propos de l’hôtel. C’était juste avant de me retrouver près de l’astroport. C’était pas vraiment un souvenir. C’était plus comme un passage qu’on aurait voulu effacer et réécrire sauf que… on l’aurait pas bien effacé. Il y avait un flyer avec le nom de l’hôtel. Le flyer a disparu évidemment mais… je me rappelle de l’endroit. Je me remets à courir et cherche une nouvelle entrée de métro.
    Une fois dehors, je fonce jusqu’à cet hôtel. Une femme d’un certain âge est à l’accueil. Je ne lui laisse pas le temps de me demander quoi que ce soit et monte jusqu’à la chambre avec la porte sans serrure. Derrière la porte, je m’attends à trouver une femme dont les ongles sont des mini écrans vidéos projetant des images de début ou de fin du monde. Je m’attends à trouver le Relais. Et je tombe sur…

    « Louis-Marie, enchanté. J’avoue que je commençais à désespérer de te mettre la main dessus. Heureusement que ces types bizarres m’ont aidé. »

    Et là, point de Relais ! Je ne les avais pas vus en entrant mais, dans un coin de la pièce, se trouvent trois morts-vivants. Pas comme ceux qui s’échappent parfois du tas de merde des Cafards. Non, là ce sont des vrais zombies de film d’horreur. Avec des membres en moins, la peau déchirée, les organes internes tout dehors et du sang partout. Et avec eux, il y a ce type. Enfin, pas tout à fait un type. C’est une espèce de tas de boue et d’écorce à l’air humain.

    « Je suis Roger. Nous sommes le Thanatrauma. Tu veux rentrer chez toi, Damon Haze. Le Thanatrauma veut trouver la Station Fantôme. Tu veux aussi la trouver. Trouves-là et le Thanatrauma te renverra chez toi. »

    Ce truc pue le Horla et Millevaux à des kilomètres. Évidemment que nous voulons tous les deux mettre la main sur la Station Fantôme mais comment peut-il penser une minute que je vais la lui remettre ou lui donner quelque information que ce soit à son sujet ? Est-il à ce point convaincu qu’il n’y a que lui qui puisse me ramener chez moi ? C’est dingue ! Après tout, ce Louis-Marie appartient à Black Rain et il a les coordonnées de mon monde d’origine. Avec un peu de chance, il les connaît déjà et je n’ai même pas besoin de me rendre dans les locaux de Black Rain. L’autre Horla a dit que la forêt a plusieurs visages et plusieurs voix. Mais ces voix sont elles finalement toute accordées entre elles. J’ai un doute. Et si je pouvais faire confiance à ce Roger ?

    Je lui demande ce qu’il a à me proposer et… il me tend une Noix.

    Je jette un œil dans la direction de Louis-Marie. Il tente de faire bonne figure mais je le sens débordé par la situation. Je réfléchis et le Horla patiente, la main tendue avec la Noix dedans. Je sens que je ne suis pas près de rentrer de chez moi mais… je prends la Noix.

Commentaires de Thomas :

A. « Ici, pense-t-on, on est en sécurité. Jamais la forêt ne pourra étendre ses branches assez haut pour s’emparer de la station. »  Le vrai risque est ailleurs : il vient de la contamination par des spores que véhiculeraient des migrants ou des explorateurs venus de Millevaux, spores qui se développeraient d’autant plus dans le milieu aseptisé de la station orbitale, par une sorte de choc biologique. Ce concept est exploité dans ce compte-rendu, La Forêt-Galerie.

B. Louis-Marie, Lewis Maria… Le thème des doubles planaires est récurrent chez toi. Tu es mûr pour jouer à L’Effet Doppelganger 🙂

C.  « J’ai le sentiment étrange que mes souvenirs ne sont pas réels. Je suis sûr que c’est arrivé et pourtant quelque chose me dit que non. J’ai l’impression que cette partie de l’histoire a été… comme réécrite après un crash du PC. Ce n’est pas ma mémoire. Ces événements ont eu lieu mais quelque chose les effacés. Pas seulement effacés de ma mémoire. Ça a fait en sorte que ça ne soit pas arrivé. Sauf que, quelque part, va savoir pourquoi, je m’en rappelle quand même. »
Le thème de la mémoire trafiquée est cool parce qu’il forme un chaînon entre le cyberpunk et Millevaux. C’est quelque chose d’assez exploité dans mon Millevaux cyberpunk, Little Hô Chi Minh Ville.

D. « Comme l’a laissé entendre la Magicienne, elle est attendue. Et le comité d’accueil n’a pas vraiment l’air bien intentionné. Un couple d’êtres de plus de 2 mètres de haut est là. Ils sont vêtus de cuir sur lequel on a cousu des plaques de bois et d’acier. Ils portent chacun une sorte de casque fait en plaque d’os qui se prolonge jusqu’aux épaules. L’un d’eux a deux paires de bras. Georgia comprend qu’elle va devoir courir très vite. […] . L’espace d’un instant, elle se dit que c’est quand même une bien étrange coïncidence que la Magicienne l’ait mise en garde contre ce qui semble être ces fameux Horlacanthes. »
Mais est-ce que ce sont vraiment des Horlacanthes ? Tu mentionnes pas vraiment de tête de poisson. A moins que ce soit les plaques d’os que tu évoques et qui seraient non pas des casques mais leur tête…

Damien :

A. Les gens pensent qu’ils ne risquent rien. Ça ne veut pas dire que c’est vrai et justifié ^^

B. C’est aussi et surtout un clin d’œil. Dans mes différents solo je réutilise des persos, des noms, des mots, des lieux… De mon point de vue, ça donne aussi une relative cohérence à ce qui peut paraître comme un multivers ou/et une succession d’univers parallèles où chacun à son double, son équivalent.

C. En fait, là j’ai vraiment eu un crash de PC. J’ai perdu tout ce que je venais de taper. J’ai donc recommencé en prenant ce petit incident en compte ^^

D. Oui, ce sont bien des Cœlacanthes mais du point de vue de quelqu’un qui ne sait pas ce que sait et n’en avait jamais vu avant.

Un commentaire sur “Safe Orbit

  1. La saga des solos Millevaux par Damien Lagauzère n’en finit pas !

    Pour vrai, il y a encore beaucoup de solos par lui dans mon roaster. J’espère que ça vous fait découvrir des jeux et des univers tout en vous apportant votre dose quotidienne de Millevaux 🙂

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