La Reine de la Crasse

LA REINE DE LA CRASSE

Première partie d’une nouvelle campagne Millevaux solo-multisystèmes, en crossover avec la mythologie de la Trilogie de la Crasse et la ville crapoteuse et hallucinée de Mertvecgorod née sous la plume de Christophe Siébert. Où un simple exécutant s’entiche pour la victime qu’il doit convoyer et tente l’impossible pour la retrouver. Un  récit par Damien Lagauzère

(temps de lecture  :  32 min)

Joué le 07/05/2019

Le jeu principal  :  Pour la Reine d’Alex Roberts, le turfu du jeu narratif

Salut, je viens de finir le 1er chapitre de ma nouvelle campagne solo Millevaux / La Trilogie de la Crasse. je l’ai fait précéder de l’intro/créa de perso.  En tout, j’aurai joué avec Grey CellsPour la Reine et Bois-Saule, dans un univers mixant Millevaux, la Crasse et la RIM.

La RIM est le théâtre du prochain recueil de nouvelles de Siébert qui devrait paraître l’an prochain (Note de Thomas Munier, 30/09/2021 : il s’agit sans doute des Chroniques de Mertvecgorod). Il y a, je trouve, bien des points communs avec La Trilogie de la Crasse, mais comme il en est aussi l’auteur, on peut difficilement lui en vouloir ^^

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Chiara Baldassarri, cc-by-nc-nd

L’histoire:

    Je m’appelle Damon Haze. Je suis âgé de… on s’en fout complètement en vérité. Et je ressemble à ? A rien. Comme en vrai. Pourquoi « comme en vrai » ? Parce que rien n’est vrai, donc tout est permis, isn’t it ?
    Non, ce qui importe de savoir, c’est que je suis un Éveillé, une Mouche au service de Black Rain. Et là, vous vous dîtes que je suis fou. Pas vrai, docteur ? Et vous avez raison. Je suis fou. Pourquoi ?
    Je suis fou parce que je sais que rien de tout cela n’est réel. Et pourtant, j’y crois ! Ce n’est qu’une fiction. C’est un jeu. Un jeu de dupe. Un jeu de rôle. C’est parce que rien n’est vrai que tout est permis. Rien de tout cela n’existe vraiment. Je le sais. Mais je fais le choix aussi conscient et aussi volontaire que possible pour un simple avatar, le simple être de fiction que je suis, oui ! Je fais le choix de croire que tout cela est vrai. Je choisis de croire que je suis un agent de Black Rain, un Éveillé explorant le multivers à la recherche d’indices au sujet de la mort de l’Hommonde. Mais ce n’est pas tout. Je travaille aussi sur cette nouvelle forme de l’Entropie nommée Millevaux, cette forêt maudite, cette bulle de pourriture née sous le derme pourrissant de l’Hommonde qui éclate en bulle putrescente et répand sa pestilence dans tout le multivers, hâtant sa décomposition. La Pluie Noire et les agents de l’Entropie. Millevaux et ses Horlas et ses Cœlacanthes. Le meurtre de l’Hommonde. Je fais le choix de croire que tout ça a un sens, que tout ça a une quelconque réalité. Je choisis de jouer le jeu. J’accepte ces données. Je sais que je ne suis pas celui que je prétends être. Je sais que tout est faux, docteur. Ce n’est pas la peine d’essayer de m’en convaincre. Mais j’ai choisi d’y croire. Alors, je vais jouer.
    Et comment je sais que tout cela est faux, que tout cela n’est qu’une fiction ? Parce que je suis un avatar du Joueur. Je suis son personnage, un peu plus qu’une marionnette. Ou un peu moins puisque je n’existe même pas sous la forme d’un bout de bois. Je le sais parce que, en tant que personnage de ce jeu, je… je ne le vois pas, non, c’est lui qui me voit mais… je sais que le Joueur est assis face à son PC. Je sais que son bureau est rempli de papiers, de fiches de personnage, une fiche surtout ! La mienne ! Je sais même, sans le voir car ce n’est pas moi mais le Joueur qui le voit, qu’il y a cet exemplaire de La Trilogie de la Crasse à gauche de l’écran. Je sais même qu’il y a une clé USB blanche et rouge fichée dans le port du PC.
    Et comment je sais que tout cela est faux, que tout cela n’est qu’une fiction ? Mais docteur, parce que le pays même où je vis n’existe pas ! La République Indépendante de Mertvecgorod n’existe pas en réalité. C’est une fiction. Une fiction littéraire qui n’existe même pas encore sous forme de livre imprimé ! La sortie n’est prévue qu’en 2020 ! Vous vous rendez compte, docteur ? Je sais tout ça ! Mais je choisis de considérer que c’est réel car je veux jouer. Je veux percer les mystères du meurtre de l’Hommonde. Je veux percer les secrets de cette forme d’Entropie corruptrice qu’est cette forêt de Millevaux.
    Mais franchement, même vous docteur, comment pouvez-vous prétendre être réel ? Regardez-vous ! Avec vos… tentacules sur le crane ! Vos yeux de camé…-léon ! Vous ne portez même pas de vêtements ! Vous êtes à poil docteur ! Bon, je sais que cette expression n’est pas trop le bien venue pour un être reptilien mais… Vous êtes à poil docteur ! À poil et à vapeur, même… si je puis me permettre. Bref…

    Je suis Damon Haze et je suis une Mouche. Le reste… on s’en fout !

    Docteur, même les rêves que je vous raconte ne sont pas réels. Ce ne sont pas les miens. Ce sont ceux d’un écrivain, Anton Vandenberg. Tenez, avant de partir, écoutez celui-là :

«  En voyage avec ma compagne R.
Quelque chose est sur le point de se terminer.
Nous quittons la chambre d’hôtel le cœur serré.
Au-dessus de nous, le ciel est lourd et plombé.
On monte dans la voiture sans rien dire. Pas besoin : on sait où on doit aller.
On roule pendant un long moment sur une route de campagne.
À perte de vue, une immense forêt. Qui défile.
Impression persistante de circuler le long d’une interminable balafre infligée par l’homme à la nature.
Après plusieurs heures de trajet, nous atteignons la frontière.
Devant nous, l’Estonie.
Ma compagne gare la voiture sur un parking jonché de mégots et de bouteilles de bière vides puis coupe le moteur.
Au moment où on ouvre les portières, un cri atroce retentit de l’autre côté de la frontière.
Un cri de hyène.
Tu es toujours sûre ? je demande à R.
Allons boire un verre, répond-elle en désignant le bar miteux situé juste à côté du poste de douane.
Deux types énormes, massifs, sont attablés près de l’entrée.
L’un nous tourne le dos ; il arbore une queue de cheval aussi huilée que son Perfecto orné d’une tête de mort.
L’autre ressemble à un skin, ou un biker – ou un mélange des deux.
Regards croisés façon Western de série B et grand silence avec bruit de mouches violées.
On ressort du bar et on retourne à la voiture. Demi-tour.
On est tranquilles nulle part, dit l’un de nous deux au bout d’un quart d’heure.
Dès notre arrivée à l’hôtel, on s’aperçoit que notre chambre a été faite.
Manifestement, elle est même déjà relouée, car toutes nos affaires ont été balancées dehors en vrac.
Qu’est-ce qu’on fait de ça ? demande ma compagne.
« ?a », ce sont deux énormes peluches, grandes comme un enfant de six ou sept ans.
Un ours blanc et une lionne.
On ne peut pas les prendre, je réponds. Pas de place.
?a fait un bail qu’il n’y a plus de place nulle part pour les peluches.
Aucun de nous n’est dupe, mais elle n’insiste pas.
On entasse vite fait quelques fringues dans nos sacs, puis on remonte dans la voiture.
R. démarre, les mâchoires serrées.
Je ne sais pas où on va.
Je n’ai pas envie de le savoir.  »

    Alors, docteur, vous en pensez quoi ? Vous savez quoi ? En vrai, je sais où on va. On rentre à la RIM. Je la ramène. Je ramène R. Elle, elle ne le sait pas. La pauvre. J’aimerais pas être à sa place.  Je crois que je l’aime.

    On nous dit pas grand chose à Black Rain. C’est, parait-il, pour qu’on puisse avoir un regard neuf sur les faits. Nos chefs se chargent ensuite de faire des recoupements et de tirer des conclusions dont on ne sait jamais rien. Et là, je ne sais pas pourquoi on m’a demandé de ramener R. à la RIM. R. ne fait pas partie de Black Rain. Elle n’est ni une Mouche ni même une sensitive. Je l’aurais vu dans ce cas. Elle ne sait rien du meurtre de l’Hommonde, du multivers et de l’Entropie. R. est une actrice. Dans l’industrie du divertissement pour adulte, certes, mais une actrice quand même et… je crois que je l’aime. Est-ce pour ça qu’on m’a demandé de la ramener ? Ou alors est-ce pour ça que ces deux mastards de Black Rain (oui, je sais qu’ils en sont) étaient au bar ? Ils nous surveillaient. Ils me surveillaient. Est-ce une épreuve, un test de loyauté ? Mais oui, je vais la ramener. Et elle le sait…

    Je n’ai eu droit à ce qu’on appelle dans le jargon « une rendez-vous privé » qu’une seule fois avec la Reine R. Mais je n’en garde pas un très bon souvenir car je dois reconnaître que je n’ai pas été à la hauteur. Timidité ? Ouais, peut-être… Je ne sais pas. J’ai fait le job, on va dire mais… ce n’était pas inoubliable et j’aurais même finalement préféré l’oublier.

    Pourquoi je l’aime ? Pourquoi j’aime R. Je ne sais pas. Rien ne devrait me détourner de ma tâche, ma véritable Reine, les Trois Mouches et ma mission. Pourtant, R. me touche. Je n’aime pas son métier mais… je crois que j’éprouve de la compassion. Je connais un peu son passé. Je sais comment elle en est arrivée là. Elle ne se plaint pas. Elle aussi elle fait son job. Mais je sais et j’aurais aimé que les choses soient différentes pour elle. Si je devais donner dans le mélo, je dirais que j’aime son drame. Alors c’est pour ça que je l’aime, que je veille sur elle autant que possible. J’aimerais faire plus. Mais là… j’avoue être un peu coincé.

    Je suis emmerdé par cette mission. Je sais que ça ne va pas bien finir pour elle. Elle le sait aussi. Je crois qu’elle sait que je l’aime. Et je crois qu’elle comprend que je n’ai pas d’autre choix que de l’escorter jusqu’à la RIM. J’essaye de ne pas en faire des caisses, de rester sobre et efficace. Et je crois qu’elle apprécie.

    Pourtant, je pourrais lui en vouloir. L’autre soir, on était encore loin de la frontière, on s’était arrêté dans un petit resto italien. On avait commandé des pâtes et plusieurs bouteilles de vin. Et elle a eu l’alcool amer. Elle a dit des choses. C’était blessant. Pas gratuit, mérité même, mais blessant. Le lendemain, elle a dit ne se rappelait de rien, qu’elle était bourrée. Mais elle s’est excusée quand même.

    C’est elle qui conduit. Elle a insisté. À tout moment, elle pourrait faire demi-tour, changer de route. Le temps que je reprenne le contrôle de la situation et du véhicule… elle nous aurait peut-être planté contre un platane et ce serait certainement aussi bien pour elle. Et même pour moi… Remarque, moi je m’en fous. Si je meurs, le Joueur me fera renaître sous une autre forme. Un autre Haze, une autre Mouche… ou un Cafard, va savoir.
    Mais elle va tout droit. Elle ne dévie pas de la route. Et moi, quand même, alors que je regarde défiler le paysage, j’ai la main dans la poche, serrée sur la crosse de ce flingue dont je ne sais pas s’il va me servir à la protéger contre dieu sait qui ou à lui tirer une balle dans le dos si, finalement, il lui prenait l’envie de s’enfuir.

    Mais je ne pense pas qu’elle s’enfuira. Elle a tout de suite compris quand elle m’a vu débarquer. Elle a promis de me suivre sans faire d’histoire. Je la crois.

    La RIM… Je ne sais pas quoi penser de ce pays. Je ne sais pas pourquoi le Joueur a choisi de me balancer là. Au moins, il aurait pu me trouver un loft luxueux de l’Ultra-Marin et au lieu de ça je me retrouve dans un studio dégueulasse au Xème étage d’un immeuble déglingo dans un Rajon pourri. Non, c’est pas juste…
    En vrai, je sais pourquoi j’ai atterri là. C’est parce que ce pays est un concentré de merde. Parce qu’il y a là la plus grande décharge de toute l’Europe, voire du monde et que tout ce que la planète compte de dégueulasse finit par y arriver, exactement de la même façon que tout ce qui crève et qui est dégueulasse finit sur le tas de merde des Cafards. La RIM est un formidable terrain de jeu pour les Cafards, mais pour les autres aussi, les Soars notamment. Comme le dit la chanson « Tout ce que la ville comptait de sportif et de sain s’était donné rendez-vous là… » Aussi, je devais forcément y être. Au plus près de la merde !

    Un jour, après des heures à rouler en silence, elle a demandé « Pourquoi moi ? » En fait, elle ne me demandait pas pourquoi cette merde lui tombait dessus à elle mais pourquoi on m’avait demandé à moi de le faire. Que pouvais-je faire que personne d’autre ne pouvait faire ? « Allez au bout », je lui ai dit. Elle ne comprenait pas. Alors je lui ai expliqué. Je lui ai dit que j’étais fou parce que je pensais ne pas être réel, parce que je pensais que rien n’était vrai et que tout ça n’était qu’un jeu et que c’est pour ça que, même si je l’aimais, j’irais au bout car… le Joueur joue pour jouer et il veut connaître la fin de la partie. Un autre aurait pu renoncer, se laisser attendrir, vouloir s’enfuir. Mais pas moi car le Joueur veut connaître la fin de l’histoire. « Mais nous enfuir et vivre heureux, c’est une fin de l’histoire. Ton Joueur ne veut pas la connaître ? » elle a dit. « Le Joueur s’en fout de cette histoire. Ce qu’il veut connaître, c’est l’assassin de l’Hommonde. Il veut percer les mystères de l’Entropie et de Millevaux. Nous devons rentrer à la RIM. » j’ai dit. Elle s’est tue.

    R. m’aime bien. Et parfois, elle m’aime plus que je ne m’aime moi-même. Je le lis dans ses yeux et je lui souris et elle change de regard.

    Un matin, je ne sais pas pourquoi, R. s’est mise à me poser des questions. Elle voulait savoir si j’avais été marié, si j’avais des gosses quelque part. Peut-être, je lui ai dit. Techniquement, j’ai fait ce qu’il faut pour en avoir mais je ne suis pas resté pour savoir ce que ça avait donné. Peut-être qu’un jour on toquera à ma porte et qu’on m’appellera papa. Ça l’a fait rire. Et peut-être même que je suis ton père. Après tout, on sait pas. Elle n’a pas ri.

    Ça y est, nous avons passé la frontière. Nous sommes rentrés à la RIM. Je sens qu’elle ne l’a pas fait consciemment mais elle a ralenti. Moi, j’ai raffermi ma prise sur la crosse de mon flingue, au cas où. Nous rentrons dans la capitale. Je lui indique les rues, où tourner et tout. Elle s’exécute. C’est le mot. Elle va certainement mourir effectivement. Et prendre très cher avant.
    Nous arrivons. Une caisse de luxe aux vitres teintées est déjà là. Elle détonne dans ce décor de décharge publique. Je lui dis d’arrêter le véhicule mais de laisser tourner le moteur. Je ne sais pas pourquoi je lui demande ça. Ça pose une ambiance, un peu comme dans un film policier ou d’espionnage. Ça donne l’impression qu’il va peut-être falloir filer en vitesse, qu’elle sera peut-être sauvée au dernier moment.
    Nous sortons de la bagnole. On s’approche de la caisse aux vitres noires. Le chauffeur, un type énorme, vient à notre rencontre. Il se fige et nous toise du regard. Il fait un signe de tête et je demande doucement à R. d’avancer. Elle s’exécute. J’ai les mains moites. Le type la saisit par le bras sans aucune délicatesse. Je ne bouge pas. Il la traîne jusqu’à sa bagnole. Il ouvre la portière arrière et la jette à l’intérieur. Je distingue une silhouette massive. C’est un Soar, hein ? ROHUM me dit que oui.

    Je n’attends pas qu’il se tire. Je me retourne et monte dans la bagnole. Le moteur tourne toujours. Je réfléchis quelques instants. Black Rain a forcément une bonne raison. Forcément. Mais là, je vois pas laquelle.
    Je desserre le frein à main, enclenche la 1ère vitesse et retourne dans mon rajon dégueulasse. Je crois savoir pourquoi le Joueur a choisi ce studio pourri plutôt qu’un loft luxueux. C’est parce que je suis une Mouche, une Mouche à merde… une mouche de merde… et un Cafard ?

    « Je suis embêté docteur. Black Rain m’a refilé une mission bizarre et je ne comprends pas trop pourquoi. Je ne sais pas si vous vous rappelez cette affaire du 10ème Rajon en 2011. Ouais, ça date. Et si vous ne vous souvenez de rien, c’est normal. Ce n’est pas que l’affaire a été étouffée. On ne sait pas trop en fait. Elle est juste tombée dans l’oubli, réduite à l’état de mème viral dans les profondeurs du web.
    Bref, pour la faire courte, une bande de jeunes avaient kidnappé des gamins en bas âge. Ils les avaient retenu prisonniers dans un appart sordide. Ils les avaient torturés et finis par les abattre. Mais c’est pas le plus important. Le plus important, ou plutôt ce qui intéresse Black Rain, c’est que ces jeunes se sont suicidés en utilisant une technologie venue d’on ne sait où pour se connecter à leurs victimes et ressentir ce qu’ils étaient en train de leur infliger.
    Je sais pas si je suis clair docteur. Ces jeunes s’étaient connectés à leurs victimes pour ressentir les tortures qu’ils leur infligeaient et en mourir avec eux. Sauf que Black Rain veut savoir qui leur a fourni cette technologie. Et moi, ce que je voudrais savoir, c’est pourquoi Black Rain ne s’y intéresse que maintenant !
    Et puis, comment ça se fait que cette affaire est tombée aussi vite dans l’oubli pour devenir une sorte de légende urbaine ? Est-ce le fait des pourvoyeurs de cette technologie ? Black rain ne m’a rien dit mais je pense qu’ils pensent que ce sont des gars d’un autre monde qui ont fourgué leur matos à ces jeunes pour le tester en situation réelle. Et une fois le test concluant, ils ont fait en sorte d’effacer toutes traces mais… On est là !
    L’autre problème, c’est que je n’ai aucune piste. Le journaliste qui avait rapporté l’affaire à l’époque est tellement introuvable que je ne suis même pas parvenu à savoir s’il était encore en vie. Ma seule piste, c’est ce rêve, docteur… »

À moto. Je conduis. J’ai un passager. Un militaire.
Il arbore des dizaines de décorations – et une énorme moustache.
On dirait un sapin de Noël – ou une drag-queen.
Il s’accroche à moi, les mains plaquées sur mes hanches.
Alles unter Kontrolle, je lui dis.
Quoi ? il gueule en commençant à gesticuler.
Tout est sous contrôle, je répète.
Aussitôt, le type se calme.
On attaque une descente. Quasiment à pic.
?a va très très vite. Plus de 250 km/h.
Je suis serein. Alles unter Kontrolle.
J’enchaîne avec un virage. Je décélère à peine.
Je ne sens plus les mains du militaire autour de ma taille.
Une ville se profile. Je ralentis – un peu.
J’aperçois une épicerie à l’angle d’une rue en pente.
L’endroit me rappelle quelque chose.
Sur la vitrine est écrit le mot « Delikatessen », en lettres gothiques.
Je coupe le moteur, et me gare devant la boutique.
En descendant de la moto, je réalise que le militaire a disparu.
En revanche, ma compagne est à mes côtés, comme sortie de nulle part.
Quatre personnes sont allongées sur les marches à côté de l’épicerie.
Trois filles et un garçon. Je les reconnais.
Je me dirige vers eux. On commence à discuter.
Je leur demande des nouvelles du quartier.
Alors, quoi de neuf, depuis que je suis parti ? ce genre de connerie.
Les trois filles m’envoient un regard vitreux, comme si elles ne m’avaient jamais vu.
Le gars, en revanche, a les yeux qui pétillent.
Ils n’ont pas dû prendre les mêmes drogues.
Ils commencent à se désaper.
Deux des filles s’embrassent ; la troisième se caresse.
J’ai l’impression qu’on est là depuis des heures.
Comme si la scène se déroulait au ralenti.
Soudain, ma compagne brise le silence.
On va peut-être y aller, mon amour ? elle demande.
Tu sais que Caspar rentre le 29 ; on pourrait aller le voir.
Bonne idée, ma belle, je lui réponds.
On est le 26 et je ne connais aucun Caspar.
Tout ça est absurde et j’en ai conscience, mais on s’en fout.
On s’éloigne. Les quatre ne nous calculent pas.
Ils ont déjà commencé à se mélanger.
On n’existe plus pour eux.
Peut-être même qu’on n’existe plus du tout.

    Je ne connais aucun Caspar, docteur. Et on est le 26. Alors, je fais quoi ?

    Une fois dehors, je constate que mon humeur est maussade. Tout l’inverse du temps. Dommage, ou pas. Je ne sais pas. Mais je n’ai pas l’occasion de rester très longtemps perdu dans mes pensées car je suis… suivi ! Et elle est plutôt pas mal foutue. Ce n’est pas la « compagne » de mon rêve, enfin… du rêve d’Anton puisque mes rêves sont en réalité les siens !, mais elle lui ressemble. Il ne lui manque que le sourire…
    Je fais encore quelques pas et me retourne brusquement. Je mets en évidence le poing que je serres dans ma poche pour qu’elle comprenne que je suis armé. C’est pas du bluff. Je suis vraiment armé. Mais je vais pas sortir mon flingue en pleine rue quand même.

    « C’est à quel sujet ?
    J’ai le cœur brisé.
    Pas par moi. En quoi ça me concerne ?
    Vous aimez les motos ?
    Hein ?
    Vous aimez les mots ?
    Les mots ou les motos ?
    Les mots !
    Je… euh… oui… Au fait, vous êtes ?
    Bourgeon, Lyre, Histoire. »

    Et elle s’éloigne à reculons. L’espace d’un instant, j’ai envie de la retenir. J’ai envie de la saisir violemment par le bras, la traîner jusque dans mon studio miteux pour l’attacher à une chaise et lui faire avouer tout ce qu’elle sait. Mais quelque chose en moi me dit que sa mission est terminée et qu’en vérité elle n’en sait pas plus. Appartient-elle à Black Rain ? Est-elle en mission pour une autre organisation ? Est-ce juste une pute à qui on a donné quelques ? juste pour m’accoster et prononcer ces trois mots ?
    J’ai envie de pisser et de boire un café. Je ne peux pas faire les deux en même temps. Je vais d’abord pisser. Ça m’aidera à réfléchir car, pour l’instant, je ne pense qu’aux initiales que forment ces trois mots et ça donne BHL et c’est juste insupportable !

    A la fenêtre de mon studio avec vue sur la Zona, je remplis de café la vessie que je viens de vider. Et je réfléchis à ce qu’a dit cette femme. Motos et mots ? Ai-je mal entendu ou cela a-t-il du sens ? Si j’aime les mots… les motos… et si je chevauchais les mots comme une moto. Ou si je m’en servais pour voyager à… 250 km/h. Les mots sont un moyen de locomotion mais pour aller où ? Dans d’autres mondes ? Lyre ? Un instrument de musique. L’ire, la colère. Lire… des mots, des Histoires. Et le bourgeons ? La feuille ou la fleur en devenir… Un végétal en tout cas. Cela me fait penser à Millevaux, la Forêt Maudite, la Forêt Verticale, le Titan-Millevaux à la fois avatar et domaine de Shub-Niggurath, la maladie, le vecteur de l’Entropie.
    Les mots sont mes alliés dans cette histoire. Ils vont me faire voyager à plus de 250 km/h et me permettre de vaincre la menace végétale ! Les mots comme moyen de locomotion… Un rituel ? De la magie ? Un voyage astral ? Si pour résoudre cette affaire je dois aller dans un autre monde, soit je dois en trouver les coordonnées dans les dossiers de Black Rain, soit je dois trouver une rune Hshl et un passage y menant. Mais comment savoir de quel monde chercher les coordonnées ? Millevaux, c’est bien beau, mais cette peste a déjà contaminé tant de mondes. Lequel est celui que je cherche ?

    Le Voyeur ! C’est à lui que je dois m’adresser. Son vrai nom, c’est Angel Corso. Il est médecin légiste pour Black Rain mais pas que… Il est aussi mort et… vivant. Et il a passé pas mal de temps à charrier des ordures sur le tas de merdes des Cafards. Là, il a appris des trucs. Notamment des trucs concernant le mythe de Mantorok.
    Ce mythe veut que trois entités – auxquelles correspondraient trois univers reflets les uns des autres – s’affrontent sous l’arbitrage de Mantorok, le Gardien. Ces 3 entités doivent finir par s’entre-tuer. Cela suppose soit une fusion des trois univers dans une sorte de paradis retrouvé sous la houlette de Mantorok, soit la destruction de tous les univers. Les trois divinités auraient enchaîné Mantorok pour pouvoir se faire la guerre. Il s’agirait de Chattur’Gha, symbole de la force brute, Ulyaoth, symbole de la magie et de la spiritualité, et de Xel’lolath, la folie.
    Il existe des runes qui, selon la façon dont on les combine, permettent de faire des choses… magiques. Et Corso en possède quelques unes lui permettant d’invoquer une espèce de petit scorpion à trois pattes. Ce petit monstre n’est visiblement pas fait pour vivre chez nous car il explose généralement au bout de quelques instants. Mais, tout ce qui est pris dans l’aire d’explosion se retrouve téléporté pour un temps dans ce que Corso a appelé la Dimension du Voyeur. Il décrit ça comme une espèce de dimension intermédiaire entre d’autres dimensions. Vous voyez ces châteaux avec tout un réseau de couloirs secrets permettant d’espionner les gens à travers un miroir sans tain ou une peinture percée. La Dimension du Voyeur, c’est ça. Ça permet de voir les autres dimensions, de les espionner.
    Avec l’aide de Corso, je devrais pouvoir trouver dans quel monde je dois me rendre pour en savoir plus. Par contre, je ne dois pas traîner. On est le 26 et Caspar arrive le 29 !

    On est sensé être le 27 mais là… je n’ai aucune idée de où et quand je suis. Corso a utilisé ses runes. Le petit scorpion à trois pattes est apparu et à explosé au bout de quelques instants. Je me suis retrouvé dans l’aire d’explosion puis… ici, dans le noir et le blanc.

    Une chansonnette se fait entendre. Je ne sais pas d’où elle vient. Je suis seul ici. Mais je me rappelle que les mots sont mes amis, mon véhicule.

«  Je suis censé l’aimer ?
Celui-là serait mon ami ?
J’exercerais la profession de médecin ?
Impossible !
Qui a falsifié mon journal intime ?  »

    Un ami ? S’agit-il de Corso ? Est-ce que je l’aime ? Oui… enfin, dans les limites du raisonnable. Est-ce à dire que je dois lui faire confiance ? Mais je lui fais déjà confiance. Est-ce une mise en garde ? Va-t-il m’arriver quelque chose ici qui pourrait me faire douter, me faire penser qu’il m’a tendu un piège ? Et puis quoi ? Moi, médecin ? Non ! Je ne suis pas médecin. Je consulte oui mais… à moins que… ma mission ferait de moi un médecin. Résoudre cette énigme guérirait quelqu’un ou quelque chose ? Et pourquoi parler de mon journal intime ? Je ne tiens pas de journal intime ! Mais un tel journal, c’est une mémoire, non ? Qui a falsifié ma mémoire ? On a falsifié ma mémoire ? Je ne m’en rappelle pas. Devrais-je tenir un journal ?

    La chansonnette s’éteint. Je quitte mes pensées et regarde autour de moi. Les couleurs sont étranges, essentiellement du noir et du blanc. Si j’en crois les nuances, c’est le crépuscule… ou l’aube. Mais tout est inversé, comme en négatif. Il fait chaud mais c’est une chaleur étrange, bizarre. Étouffante mais pas désagréable. Un craquement retentit et il se met à pleuvoir. Une pluie noire. Là, j’ai peur. Ce monde est-il souillé par l’Entropie ? C’est alors que je prends conscience que je me trouve dans une forêt, où toutes les couleurs sont des nuances de noir et blanc inversées. La Dimension du Voyeur serait une sorte de négatif du notre, ou d’un autre ? Lequel ? Un monde rongé par l’Entropie ? Corso ne m’avait pas prévenu. Pourtant, il semblerait que je doive continuer à lui faire confiance.

    Je respire un grand coup et fait un premier pas. Je ne sais pas pourquoi mais l’espace d’un instant j’ai eu peur de ne pas pouvoir bouger, d’être paralysé et de me briser les os en voulant esquisser le moindre mouvement. D’où me vient cette appréhension ? « Qui a falsifié mon journal intime ? »

    J’avance entre les troncs d’arbres. J’explore ce monde végétal. Cette forêt. Et je pense à Millevaux. Le bourgeon, la végétation qui se développe, grandit et envahit tout comme elle a envahi les ruines que j’aperçois maintenant. Ces pans de murs sont d’un blanc éclatant. Il reste encore quelques grilles faisant penser que cet endroit a pu être une prison. Est-ce dans l’une des cellules que je trouverais ce que je cherche, une fenêtre vers le monde d’où provient cette technologie que veut récupérer Black Rain ? Non ! Pas une cellule, le poste de surveillance ! Dans une prison, il y a un poste de surveillance, un endroit avec des écrans permettant de tout voir ! C’est là que je dois me rendre. Cet endroit existe encore. Je le sens. Et même si de toute évidence plus rien ne fonctionne ici, je trouverai la réponse à ma question. J’ai confiance en Corso. S’il m’affirme que je trouverai une fenêtre vers un autre monde dans cette Dimension du Voyeur, c’est que c’est vrai !

    J’erre dans ces ruines beaucoup moins longtemps que je ne le craignais. Je trouve ce qui a été un poste de contrôle. Il y a plusieurs écrans de surveillance, tous brisés. Rien ne laisse penser qu’il y a la moindre chance de les faire fonctionner. Pourtant, du fond de ma mémoire falsifiée (pourquoi en suis-je à ce point convaincu ?) je sais qu’il y a un moyen de voir à travers ces éclats de  verre brisé. Mais, je sais aussi que je dois faire marche arrière. La solution est là, sous mes yeux, presque. Mais nous ne sommes pas encore le 29 ! Je pourrais invoquer les Yeux, le Kraken ou la Feuille mais ce n’est pas le moment. Je suis venu chercher une fenêtre vers un autre monde mais c’est autre chose que je vais ramener avec moi. Je vais ramener cette démangeaison. Ce truc qui me gratte au niveau du bras. Cette… moisissure, ce champignon brun et bleuâtre qui s’est taillé la route sous ma peau. Il bouge, il se développe, il grandit. Il bourgeonne… et forme un mot.

    « Crépuscule ! »

    C’est le crépuscule, déjà ? Une nuit et une journée entière se seraient donc écoulées ? Peut-être… et je dois rentrer maintenant.

    Et je me retrouve à mon point de départ. Corso est à côté de moi. Je ne saisis pas l’expression de son visage. À quoi pense-t-il ? A-t-il vu mon bras et le champignon ? Je cache mon bras derrière mon dos comme un gamin qu’on aurait pris en flagrant délit de dieu sait quoi. Il me demande si j’ai trouvé là-bas ce que je cherchais mais je vois bien qu’il n’attend pas vraiment de réponse. Alors, je me borne à lui affirmer que je lui fais confiance et je m’en vais.

    Une fois dehors, je ne peux quand même m’empêcher de me demander si ma confiance est vraiment bien placée…

    On est le 27. Deux jours avant l’arrivée de ce fameux Caspar dont je ne sais rien. Et je ne sais toujours rien non plus concernant cette fameuse technologie d’un autre monde. Mes seules pistes sont des rumeurs sur le web et un rêve qui n’est même pas le mien. « Qui a falsifié mon journal intime ? » Qui suis-je? C’est dans ces moments là que j’aurais besoin du docteur M. car c’est dans ces moments là que j’ai conscience de n’être qu’un personnage de fiction, le personnage d’un jeu, l’avatar du Joueur. Je ne suis pas moi-même car je n’existe pas. « On n’existe plus pour eux. Peut-être même qu’on n’existe plus du tout. » Rien de tout cela n’est vrai, sauf les mots. Les mots sont mon allié. Ils sont mon véhicule. La moto qui va propulser à plus de 250 km/h vers…

    … le cyber café le plus proche ! Je me connecte et explore les recoins les plus sombres du web à la recherche d’infos concernant cette vieille histoire. Mon bras me gratte. Ça me fait faire des fautes de frappe et je tombe là-dessus :

    « …la vermine et les oiseaux morts jonchent les rues du centre-ville… »

    Qu’est-ce que ça veut dire ? Et surtout, qu’est-ce que ça fiche là ? Quel est le rapport entre cette rumeur et mon affaire ? Cette histoire ne date pas d’hier. En fait, elle a été postée quelques jours à peine après que la vidéo des jeunes bourreaux ait été mise en ligne. J’ai beau chercher, il n’y aucune image en ligne. Et pour ce que j’en apprends, ça n’a même pas eu lieu dans le même Rajon. Pourtant, je vérifie et ce lien n’est pas apparu entièrement par hasard. Certes, il y a eu une faute de frappe mais pas à ce point là. Ces deux faits sont liés. Comment ? Ou… qui ? Évidemment, il n’y aucun nom.

    Je rentre chez moi. J’ai besoin d’un café. Sur le trajet, je me dis que je devrais passer par les locaux de Black Rain et jeter un œil aux vieux dossiers. Et je suis de nouveau suivi. J’accélère le pas sans pour autant me mettre à courir. J’espère arriver au bureau avant qu’ils ne me rattrapent. Ce sont maintenant cinq types plutôt costauds qui sont à mes trousses. S’ils me chopent, quoi qu’ils me veulent, je suis mal.
    Ce n’est qu’une fois au bureau que je me rends compte que j’avais arrêté de respirer. Je donne des consignes à l’accueil, ainsi que le signalement de ces types. Qui sont-ils ? Pour qui bossent-ils ? Et qu’ont-il après moi ?
    Finalement, j’ai de la chance. Leurs têtes sont connues. Ce sont des hommes de main au service des Soars. Les Soars, ceux-là même à qui j’ai remis la Reine de mon cœur au regard nonpareil…
    Jusqu’à présent, je pensais que la technologie utilisée par ces gosses était issue d’un autre monde et liée à Millevaux mais… et si je m’étais trompé ? Et si cette technologie n’était pas liée à Millevaux mais aux Soars ? Eux aussi voyagent entre les mondes. Peut-être ne dois-je pas me focaliser sur la forêt et au contraire explorer la piste Soar. D’une manière ou d’une autre, ils sont liés à cette affaire et ont appris que j’étais sur le coup.
    J’acquiers la définitive certitude que je tiens quelque chose quand mes recherches sur les PCs du bureau se soldent par un crash du système. Je crois comprendre qu’il va falloir un moment aux gars de la maintenance informatique pour tout remettre en état. Certains prient déjà pour ne pas avoir perdu de données importantes. Je vais me faire passer un sacré savon mais, l’air de rien, je tiens enfin un début de piste.

    Les mots sont mes alliés alors je pose des mots sur un bout de papier :
    -Millevaux : pour l’instant, rien de concret, si ce n’est ce truc au bras qui me gratte par intermittence et change de forme.
    -les Soars : ils ont appris que j’enquêtais sur cette affaire. Ils m’ont fait suivre et il est plus que probable qu’il soit à l’origine du crash-système issue de mes recherches. Je ne suis sûr de rien mais il est très probable que j’ai activé un truc, un logiciel ou un virus installé là depuis 2011.
    -cette Technologie issue d’un autre monde ne vient peut-être pas de Millevaux. Elle aurait peut-être même été introduite par les Soars qui l’auraient refilée à ces gamins en vue d’un test en grandeur nature.
    -la Vermine et les Oiseaux morts : je ne sais pas en quoi c’est lié à mon affaire mais il y a un lien. Et si c’était dû à une technologie d’un autre monde ? Mais quel monde pourrait mettre au point des trucs pareils ? On a d’un côté quelque chose qui vous fait ressentir ce que vous infligez à quelqu’un d’autre et de l’autre un truc qui ferait mourir les oiseaux en masse. Dans les deux cas, ça peut faire des dégâts.

    Bon, l’air de rien l’heure tourne. Il va bien falloir que je ressorte et… les cinq gars sont toujours là. Ils sont sacrément confiants car ils ne font même pas l’effort de se planquer. Ils m’attendent.  Si je les affronte, je vais juste me faire défoncer. Je peux aussi voir si le chef ne m’en veut pas trop pour le système informatique et veut bien envoyer quelques gros bras aussi.
    Le chef ne l’admettra pas mais il veut en savoir plus lui aussi. Alors, oui, il me passe un savon mais accepte ma requête. Évidemment, il me jure qu’après ça j’ai intérêt à ne plus rien lui demander avant d’avoir ramené du concret et blablabla. Mais bon, il décroche son téléphone et j’espère vraiment que nos gars vont flanquer la pâtée à ceux qui m’attendent car sinon… je vais prendre très cher.
    Avec le chef, on observe la scène à travers la fenêtre de son bureau. Nos gars sont plutôt rapides et discrets. Ils abordent les hommes des Soars comme si de rien était. Nous, on sait qu’ils leur ont bien fait comprendre qu’ils étaient armés et qu’il valait mieux obéir sans discuter. Et les gars ne discutent pas. Mais ça n’empêche pas l’opération de partir en sucette. Au moins, personne n’a eu à sortir son arme en public. Pourtant, il y a quand même eu une bonne bagarre sur le trottoir d’en face. Et on peut dire que nos gars l’ont suffisamment emporté pour faire fuir les autres. J’aurais aimé qu’ils en ramènent au moins un, histoire de le faire parler. Mais d’une certaine façon, ils ont mieux que ça. Ils ont un nom. L’un des gars, dans leur fuite, a mentionné un certain Lewis-Maria. Et lui, il est bien connu de nos services. C’est un Cafard ! Mais pas n’importe lequel. Ce n’est pas un agent du Tas de Merde. Il est en free lance. Il serait même plus juste de dire qu’il mène sa petite vie tranquille en essayant de mener ses petites affaires le plus discrètement possible. Il ne souhaite pas du tout attirer l’attention de ses anciens chefs qui lui feraient certainement regretter son petit hobby. Lewis-Maria aime les « animaux ». Il aime les zoos. Alors, il a monté son propre petit zoo personnel ici, quelque part, à Mertvecgorod. On ne sait pas vraiment où, mais on sait qu’il retient captifs plusieurs personnes, peut-être plusieurs dizaines même. Certaines sont même portées disparues depuis plusieurs années. En tout cas, le Cafard a l’air de rouler pour les Soars sur ce coup là. Il va falloir que je le trouve. Et d’autant plus vite que, l’espace d’un instant, je me surprends à craindre que la Reine n’est fini dans une cage de son zoo. Si le Cafard possède quelque chose que les Soars veulent, il peut leur avoir donné en échange de la Reine, pensionnaire de choix pour son zoo s’il en est. Mais alors, pourquoi Black Rain m’a demandé de remettre la Reine aux Soars ? Nos chefs savent des choses qu’on ne sait pas… Mais si la Reine est bien captive du Cafard, je ne suis pas loin de penser que Black Rain aurait fait en sorte de manigancer tout ça pour parvenir à des fins que j’ai bien du mal à comprendre.
    Il me faut un plan d’action. Ou au moins un but. Et ce but, c’est de trouver Lewis-Maria, trouver sa planque et savoir ce que les Soars lui veulent. Et s’il retient bien la Reine… et bien, je la sauverais et je serais un vrai héros !

    On est le 28 et Caspar rentre… demain ! J’ai une journée, peut-être deux, pour trouver la planque de Lewis-Maria et savoir s’il détient vraiment ma Reine captive. Cette perspective me fait grave psychoter quant aux intentions de Black Rain. Est-il possible qu’on m’ait contraint à la remettre aux Soars juste pour me « motiver » à trouver le Cafard et l’origine de cette technologie alien ou xeno-quelque chose (je ne sais même pas comment on appelle une technologie venue d’ailleurs, extra-dimensionnelle ?). Nos chefs sont-ils tordus à ce point ?

    Ici, ce qui se rapproche le plus du tas de merde des Cafards, c’est la Zona. La question est alors de savoir si Lewis-Maria a voulu s’en éloigner au possible ou si, au contraire, mû par un quelconque atavisme ou juste la volonté de garder ses traqueurs sous surveillance il s’est installé à proximité. Après tout, autant commencer par-là et voir ce que ça donne.
    D’après la page Wikipédia qui lui est consacrée, la RIM « tire ses principales ressources de la gestion et du recyclage des déchets internationaux, y compris biologiques et nucléaires. Une grande part de cette économie est souterraine.
[…] Le trafic d’organes, aux mains du crime organisé, constitue une autre source importante de richesses. […] »
    La vue imprenable de mon studio sur la Zona me permet d’affirmer d’une part que cette économie de l’ordure n’a rien de souterrain ! Et d’autre part, les rumeurs concernant Lewis-Maria attestent qu’on ne trafique pas que des bouts d’humains mais aussi des humains entiers.
    C’est en repassant par chez moi que j’ai eu la joie de constater que mon appart’ avait été savamment mis à sac. Évidemment, on m’a pris tout ce qui pouvait avoir un semblant de valeur mais je reste convaincu que les Soars sont derrière ça. D’ailleurs, ce n’est pas par hasard que certains dossiers, heureusement sans réelle importance, ont disparu. Je suis malin et tout ce qui concerne l’affaire en cours et tout ce que je peux savoir concernant le Joueur et la « vraie » réalité sont… ailleurs. Dans ma tête ? Dans les notes du docteur Mugwump ? Dans ces journaux intimes que je n’ai pas écrits mais qui ont pourtant été falsifiés ? Bref, je remettrai de l’ordre dans cette pièce plus tard. Avant ou après avoir remis de l’ordre dans mes idées et dans ma tête.
    Je descends. Je me balade aux alentours de la Zona. Je ne m’étais jamais posé la question de savoir si le Cafard pouvait s’être installé dans le coin. Mais si c’est le cas, peut-être que certains le savent. Et alors, il me suffirait d’un peu de chance ou d’un coup de pouce du destin. Et puis, les hommes de mains des Soars sont peut-être toujours dans le coin…
    Bon, c’est le moment de se rappeler que tout ça n’est qu’un jeu et que rien de ce qui va arriver n’est vraiment réel. Chaque jeu a ses règles. Dans les règles que le Joueur utilise, un « pouvoir » lui/me permet d’être « au bon endroit, au bon moment » mais il/je ne l’a/ai pas utilisé, préférant le garder pour plus tard. Dommage ! Car à l’instant, alors que je posais innocemment quelques questions pour savoir si quelqu’un avait vu dans le coin quoi que ce soit qui puisse me laisser penser que le Cafard créchait par-là, ce sont les hommes de mains des Soars qui me tombent dessus et… je vais certainement prendre très cher. À ce stade, ça ne sert à rien de faire dans la dentelle. Je sors mon flingue et tire le premier.
    OK ! J’aurais pu m’en tirer si j’avais eu un peu de chance mais les dés en ont décidé autrement. C’était pas loin de passer pourtant. Mais ça reste quand même un fail intégral. Je suis KO ! À peine conscient. Et maintenant, que vont-ils faire de moi ? Me laisser là ? M’achever ? Me conduire quelque part ? Oh putain ! Je n’aurais pas dû mettre « achever » dans les options car maintenant… ça peut vraiment arriver !
    Mais finalement j’ai du bol car ils m’abandonnent là. Ils doivent penser que j’ai eu mon compte, que le message était clair et que je vais en rester là. Erreur ! Je rampe jusqu’à chez moi. Je compte bien m’accorder une bonne nuit de repos et voir demain si je peux reprendre mes investigations.

    Je me réveille une dizaine d’heures plus tard. Je me sens à peine mieux. Toujours crevé et des courbatures partout. Je suis couvert d’hématomes. Niveau coloris, c’est dans le même ton que cette mycose bizarre qui me court le long du bras.
    On est le 29. C’est aujourd’hui que Caspar doit rentrer.

    Soyons lucide, je suis loin d’avoir récupéré de ma raclée d’hier. Pourtant, je dois sortir. Je dois poursuivre mon enquête. Surtout que nous sommes le 29. Ce Caspar doit rentrer et j’ai un très mauvais pressentiment. Une fois dehors, je me surprends à me retourner tous les trois pas. Partout, je cherche un signe comme quoi je serais suivi, comme quoi les types d’hier seraient là pour la deuxième couche. Mais non…
    Je cherche toujours à savoir si Lewis-Maria a sa planque du côté de la Zona ou si je vais devoir chercher ailleurs mais, soyons lucide là encore, je n’ai aucune piste. Alors… « au bon endroit, au bon moment », c’est maintenant ! Et c’est cette femme, là. Elle n’a pas l’air d’aller très bien. Elle a tout de la travailleuse occasionnelle et, dans le quartier, ça en dit long sur le secteur d’activité. Pourtant, je le sais, c’est elle. La bonne personne au bon endroit au bon moment. Je l’aborde.
    Elle a le regard flou. Elle est au moins moitié défoncée mais j’ai l’impression que ce n’est pas de son fait. Je lui prends le bras aussi délicatement que possible pour lui faire faire quelques pas, tranquillement, mais aussi pour vérifier l’état de son coude. Je ne vois aucune trace de piqûre, ce qui en soi ne veut rien dire. Il y a tellement de moyens de camer quelqu’un contre son gré. Elle me suit et marmonne :

    « On m’a trompé… on m’a trompé… »

    Elle est trop fracassée pour pouvoir répondre à mes questions mais j’ai ROHUM. Grâce à ce pouvoir, je peux lire ses pensées, aussi fracturées soient-elles par ce qu’on lui a fait gober. Je vois une cellule, une porte en acier avec un gros judas. Je vois un couloir, comme celui d’un appartement pourri dans un immeuble tout aussi pourri. Un peu comme le mien. Non ? Quand même pas ? Et pourtant si ! Cette femme est sortie de mon immeuble. Mais pas par le hall d’entrée. J’apprends l’existence d’un réseau de passages secrets dans mon propre immeuble menant à un étage dont je ne connaissais pas l’existence. Et cet étage, c’est là que crèche Lewis-Maria. Le Cafard pouvait difficilement être plus près de la Zona. Et si, comme je le crains, il retient ma Reine captive, ça veut dire qu’elle est finalement plus près de moi que je ne l’espérais.
    Mes pas nous mènent devant la devanture d’un Delikatessen. Sur le trottoir, deux filles et un garçon. Je regarde celle que je tiens par le bras. Le plus délicatement que je peux, je l’installe à côté des autres et regarde le tableau et…

Je leur demande des nouvelles du quartier.
Alors, quoi de neuf, depuis que je suis parti ? ce genre de connerie.
Les trois filles m’envoient un regard vitreux, comme si elles ne m’avaient jamais vu.
Le gars, en revanche, a les yeux qui pétillent.
Ils n’ont pas dû prendre les mêmes drogues.
Ils commencent à se désaper.
Deux des filles s’embrassent ; la troisième se caresse.
J’ai l’impression qu’on est là depuis des heures.
Comme si la scène se déroulait au ralenti.
Soudain, ma compagne brise le silence.
On va peut-être y aller, mon amour ? elle demande.
Tu sais que Caspar rentre le 29 ; on pourrait aller le voir.
Bonne idée, ma belle, je lui réponds.

    Je me retourne subitement pour faire face à ma compagne mais… il n’y a personne. Je suis seul face à ces quatre jeunes camés. Bon, j’ai ma piste. Pas la peine de traîner.
    Je ne sais pas trop comment cette fille a pu quitter sa cellule. On dirait que la porte s’est ouverte à cause d’un court-circuit. Cela ne fait pas longtemps qu’elle est dehors et avec un peu de chance le problème n’a pas été résolu. Il est donc possible que je puisse m’introduire chez Lewis-Maria sans trop de difficulté. J’espère…
    Et j’espère aussi que Caspar ne m’attend pas là-bas.
    Mon bras me gratte. Je relève ma manche. Entre les hématomes, ma mycose a écrit : « Crépuscule. » Putain, clair que ça m’aide ça ! À moins que cela ne veuille dire que quelque chose va se passer à ce moment-là de la journée et qu’il vaudrait mieux que j’en ai fini avec tout ça. Mais j’ai encore du temps devant moi, non ? En vrai, il ne m’en reste pas tant que ça. J’accélère.
    Mon bras me gratte encore. Là, c’est franchement désagréable. Je relève encore ma manche et lis que Lewis-Maria appartient à un culte secret dont les membres sont solidaires face à quelque chose. Est-ce que ce culte inclut les Soars ? Oui, me répond la mycose (l’ami cause…) mais ce sont des Soars dissidents, des rebelles. Et ils font face à quoi ? Là, évidemment, elle ne sait pas !
    J’arrive au local poubelle de mon immeuble. C’est par-là que la fille s’est enfuie. Je cherche mais ne trouve pas l’accès. Pire que ça, si j’étais Spiderman, c’est mon sens d’araignée qui serait en train de hurler. Là, ce n’est que mon intuition. Mais quelque chose craint vraiment. Je regarde autour de moi. Le local est vide. Je suis seul. Alors, pourquoi je suis fébrile tout à coup ? Je regarde mon bras. Il est écrit « Courage » en lettres moisies. Du courage, mais pourquoi ?
    Le crépuscule, cette période qui précède la nuit noire. La Nuit Noire ! La fin ! Et je pense à ce roman avec ce tueur barjo disciple d’Antéros ! C’est ça le crépuscule ! C’est pas la fin de cette putain de journée. C’est ma fin à moi, signifiée par l’arrivée d’un barjo disciple d’Antéros ! C’est ça ? Je regarde mon bras. Rien ! Évidemment !
    Je laisse tomber le Cafard, pour l’instant, et quitte le local poubelle en courant. On est le 29 et Caspar doit rentrer. C’est Caspar l’envoyé d’Antéros ! Mais qui l’a envoyé à mes basques ? Et pourquoi ? Et où aller pour être en sécurité ? Le bureau de Black Rain !
    Putain ! C’est toujours quand on a besoin d’un taxi qu’il n’y en a pas ! Je fonce dans le métro.  C’est pas normal ! Il n’y a personne. C’est impossible que les quais soient déserts à cette heure-ci. Caspar est donc déjà là et il m’attend quelque part. Je m’engouffre dans la première rame qui se présente. Elle est vide elle aussi et je réalise que j’ai certainement fait une énorme connerie. Le métro s’enfonce dans le noir, dans la Nuit Noire. L’éclairage fonctionne correctement dans le wagon. Pourtant, la luminosité décroît peu à peu. Le wagon est vide mais je sens une présence. La Vision m’informe de la présence d’un Soar invisible. Je feins de ne pas l’avoir vu. Il a l’air calme. Il m’observe. Je quitte la rame dès que possible. Ce quai là est également désert. J’ai l’impression d’être dans un niveau de Silent Hill 3 et je m’attends à voir débarquer des monstres à tout moment. Je n’ai aucune idée d’où je suis. Je regarde l’heure. C’est le crépuscule, le vrai, l’officiel. Et il y a un homme. Caspar !

    Je me fige. Comme un herbivore, j’espère qu’il ne m’a pas vu. Conneries ! Il m’a très bien vu mais il ne bouge pas. Je sens que quelque chose de terrible va m’arriver alors je consacre ces derniers instants, mes derniers instants à mettre un peu d’ordre dans mes pensées.
    Black Rain m’a demandé de remettre la Reine à des Soars. Je pense qu’ils l’ont remise à Lewis-Maria en échange de l’accès à un de ses pensionnaires venant du monde où ces Soars ont trouvé cette technologie, celle utilisée par les gamins en 2011, que veut récupérer Black Rain. Je pense que ces Soars et Lewis-Maria font partie d’une organisation secrète devant faire face à quelque chose, une menace. Et cette menace, je suis en train de me demander si je ne suis pas en train de lui faire face. Et si c’était pour s’en assurer que ce Soar invisible me surveillait tout à l’heure ? Et si cette menace était liée à Antéros ? Et c’est quoi ce type ? C’est quoi Caspar ? Et je comprends quand je le vois se mettre à bourdonner. Je vois se tordre subitement de douleur, pris de convulsions. Et je comprends ce que le Joueur sait depuis le début mais qu’il m’a caché. Il ne savait pas que Caspar était lié à Antéros. Non ! Ça, il vient de l’apprendre en même temps que moi. Mais il savait que Caspar est un Were-World, un monde-garou ! Ce type va se transformer en un monde, en une réalité qui va m’aspirer comme un trou noir et je n’ai aucune idée de là où je vais me retrouver ! Autour de moi, la réalité s’effrite par couches successives, comme un vieux papier peint qu’on arrache. Et dessous, c’est toujours le même motif qui se répète invariablement. Et j’entends ces mots :

« La reine de mon cœur au regard non pareil,
Qui riait avec eux de ma sombre détresse
Et leur versait parfois quelque sale caresse. »

    Et alors, je me dis qu’elle ne m’a peut-être finalement jamais aimé. Et j’ai envie de chialer. Et la Nuit devient Noire…

Commentaires de Thomas :

A. Un compte-rendu très littéraire, c’est cool, je trouve ça vraiment bien écrit et évocateur.

B. « Millevaux, c’est bien beau, mais cette peste a déjà contaminé tant de mondes. Lequel est celui que je cherche ? » On acte que Millevaux s’est déjà bien répandu dans le multivers. C’est cool.

C. « Vous voyez ces châteaux avec tout un réseau de couloirs secrets permettant d’espionner les gens à travers un miroir sans tain ou une peinture percée. La Dimension du Voyeur, c’est ça. Ça permet de voir les autres dimensions, de les espionner.  » :
ça fait penser à la Camera Obscura de la Maison Carogne…

D. « C’est alors que je prends conscience que je me trouve dans une forêt, où toutes les couleurs sont des nuances de noir et blanc inversées. « 
Les forêts limbiques à n’en pas douter. Auraient-elle envahi la dimension du voyeur comme Millevaux a envahi le Multivers ?

E. Tu fais une utilisation profonde de l’entrée de
L’Almanach « Qui a falsifié mon journal intime ? », c’est cool 🙂

F. C’est assez cool que le personnage développe une mycose au bras sans crier gare pour son premier passage dans Millevaux : on voit que l’emprise dans l’air est très forte et qu’un agent extérieur peut être très vite contaminé. Dans ce compte-rendu de partie (La Forêt-Galerie), les explorateurs venus de l’extérieur de Millevaux utilisent carrément des scaphandres pour éviter des contaminations foudroyantes.

G. « OK ! J’aurais pu m’en tirer si j’avais eu un peu de chance mais les dés en ont décidé autrement. […] Oh putain ! Je n’aurais pas dû mettre « achever » dans les options car maintenant… ça peut vraiment arriver ! » : On se prive vraiment plus du tout de casser le quatrième mur 🙂

H. « Je vois un couloir, comme celui d’un appartement pourri dans un immeuble tout aussi pourri. « 
Si tu veux varier les environnement urbains pourris, je te conseille Little Hô-Chi-Minh-Ville 🙂

Réponse de Damien :

A.     Et pourtant, je ne fais pas d’effort. Je ne relis même pas ^^

D.     Je n’en ai aucune idée ^^ En fait, de la dimension du Voyeur on peut aussi basculer vers d’autres mondes. Un peu comme les forêts limbiques d’ailleurs…

B.     Oui, j’aime bien cette idée que Millevaux n’est pas qu’un univers mais une sorte de menace, un croquemitaine du multivers. C’est un univers dans lequel on peut jouer mais aussi une menace dont il faut se protéger quand on joue dans un autre univers. C’est une variation de l’Entropie.

C.     Effectivement, mais là c’est surtout une adaptation d’un sort dans un jeu vidéo que j’aime beaucoup : Eternal Darkness ^^

E.     On fait ce qu’on peut ^^ je fais de plus en plus de méta-jeux et de cut-up. C’est la faute de Batro ^^

F.     ça, c’était l’effet L’Empreinte ^^ merci pour le lien:)

G.     Là encore, c’est la faute de Batro XD

H.     Re-fanx pour le lien ^^

Un commentaire sur “La Reine de la Crasse

  1. Ce compte-rendu est charnière à bien des titres.

    Il nous fait entrer de plein fouet dans les univers fou de la Trilogie de la Crasse et de Mertvecgorod, tout comme il nous exemplifie l’immense potentiel du jeu Pour la Reine et de ses nombreux hacks.

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