[Dans le mufle des Vosges] 3. Un exorcisme dans le poulailler

Où l’on en apprend plus sur les lunaires habitants du village, et sur les turpitudes morales de nos deux nonnes exorcistes.

Joué / écrit le 31/10/2019

Jeu principal utilisé : Les Exorcistes, de Batronoban et Trickytophe (auquel j’ai aussi pas mal contribué avec le texte de l’Apocalypse de Millevaux et tout le chapitre sur la résolution diceless)

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

Image
normanack, cc-by, sur flickr

Contenu sensible : cruauté envers les animaux

Passage précédent :
2. La folie du cordelier

L’histoire :

Image
Black Goat of the Woods, par Black Moutain Transmitter, entre synthés à la Carpenter, musique de giallo et dark ambient, une promenade en forêt où la tension ne redescend jamais.

Une silhouette dans les ténèbres. La main et le visage fracturé.

La Soeur Marie-des-Eaux était tendu, l’Opinel en avant, à bout de nerfs, respirant à haute cadence.

C’était juste la statue du Jésus-Cuit que Basile avait abîmée et qui était remisée là depuis.

Le novice replia sa lame, mais il quitta le grenier avec le sentiment que quelque chose clochait.

Elles bénirent la maison des Thiébaud et firent quelques prières avec les parents, pour les rassurer. La mère Thiébaud tartina la Soeur Marie-des-Eaux de teinture d’iode, un genre de placebo pour gérer sa morsure de loup.

« Alors il est pas possédé par le démon, mon petit ?
– Non, non… Pourquoi ça s’appelle le Chaudron ici, demanda la Soeur Marie-des-Eaux
– Oh, c’est juste une histoire, d’une peute femme par là qui faisait des choses dans un chaudron. Le père, quequ’cétait-y d’l’histoire de la femme au chaudron ?
– Oh, division, je peux pas tout m’rappeler !
– Il faut toujours que tu passes ton temps à me raminer !
– Bobi, si Felix est rentré ? »

« Et que le Seigneur Vieux soit sur vous, et que sa volonté soit faite, en forêt comme au ciel, lui qui veille sur nous avec son fils Jésus-Cuit, et l’Esprit-Chou. »

C’était à peine rentrées au village que les deux soeurs durent se joindre à la messe de l’après-midi. L’abbé Houillon baptisait un nourrisson. Il rappela en chaire l’importance de baptiser les enfants au plus tôt pour ne pas qu’ils errent dans les forêts limbiques en cas de décès. Il en appela aussi à un rapide retour d’une nouvelle statue que le diocèse ne manquerait pas de faire parvenir, par l’entremise des deux chanoinesses qu’il présenta cordialement. Il y avait pas mal de monde, apparemment les voivrais étaient pieux, et les figures locales ne manquaient pas de se montrer, le maire Fréchin, la cuisinière Bernadette, l’oncle Mougeot à cancanner dans les rangs du fond. Mais pas de trace des Soubise.

« C’est drôle, leur confia l’abbé Houillon après la cérémonie, mais après toute cette affaire, on se sent mieux pendant l’office. Avant, j’étais exténué, en sueur, fatigué, et les ouailles pareilles. Comme si les prières nous tiraient des efforts surhumains. Et là aujourd’hui, je me sentais tout léger. C’est peut-être le changement de saison. Mais bon, c’est pas tout ça, je regrette que vous ayez été blessé, remettez vous vite et ensuite vous pourrez rentrer au calme à Saint-Dié, dans la montagne.
– J’ai envie de rendre visite aux Soubise, d’abord, répondit la Soeur Marie-des-Eaux. »

La Soeur Jacqueline passa son tour. Elle insista d’ailleurs pour que son novice reste à se reposer, mais que voulez-vous, une tête de mûle pareille pourrait donner des leçons à Maurice.

La doyenne préféra traverser la grand-rue, direction l’Auberge du Pont des Fées proposer son aide pour le repas. C’est sur le chemin qu’elle croisa un étonnant cortège. Des marmots encordés qui descendaient le village, menés par un homme du même non-âge que la Soeur Jacqueline, le teint tanné, avec un drôle de chapeau et des yeux bridés. Comme la Jacqueline était accorte avec les gens, il s’entame vite une discussion ponctué par les chants et les plaintes des gamins pressés. L’homme s’appelait Champo et il conduisait les enfants entre leur maison et leur école, c’était là son métier au village. Difficile de savoir qui habite à un endroit depuis quand vu qu’on ne se souvenait de rien, mais – et quand bien même c’était peut-être lui le seul véritable autochtone – Champo ne faisait pas couleur locale.

« Vous voyez cette corde, il y a un noeud par enfant. Ils sont tous encordés et moi je tiens la corde, c’est le moyen le plus sûr de leur faire traverser la forêt pour le sentier de l’école. C’est la corde de vie. C’est Basile qui l’a faite. Je dis qu’il y a quelque chose de sa bienveillance dedans. Et on en a besoin. Parce qu’il y a pas que les renards enragés et les crevasses dans la forêt comme danger. Il y a les tulpas aussi.
– Les tulpas ?
– Oui, c’est dans ma religion. Ce sont des choses qui ont une apparence humaine. Elles sont fruits de nos pensées.  »
En bout de cordée, il y avait un gamin au greugnot tout noir de saleté que les autres tenaient visiblement à l’écart, et qui inspirait un mélange de dégoût et de pitié. C’était le plus jeune des Soubise.

C’est autour d’une tartine de fromage de tête – en profitant de l’absence de la Soeur Marie-des-Eaux – que le trouble de la Soeur Jacqueline s’accrut. Comme si aux Voivres on en savait plus long que dans le catéchisme. Alors qu’elle savourait la terrine constituée de morceaux de tête de porc, la Bernadette lui avoua :
 » Vos exorcismes, je crois pas que ça soit utile à plus qu’à rassurer les gens un temps.
– Pourtant, c’est que le diocèse nous a enseigné. Quand la médecine est incompétente, c’est qu’il faut pratiquer un exorcisme.
– Le truc, c’est que c’est pas le Diable qui est derrière tout ça. C’est autre chose. Mais on vous apprend pas ça dans vos livres. Dans le Petit Albert, par contre, il y a les réponses, pour sûr. »

On ouvrit la mirabelle offerte par le Père Thiébaud. Elle était vraiment forte, c’était pas loin de l’alcool pur. On trinqua à la sécurité des habitants des Voivres, et la Soeur Jacqueline avait un beau sourire.

« Vous voyez, ici je suis une esclave. »

Madeleine Soubise avait d’abord été très réticente à ouvrir les portes de sa ferme à l’ecclésiastique. Mais la Soeur Marie-des-Eaux dégageait une telle aura de souffrance qu’elle finit par se reconnaître en elle, et la concevoir comme une alliée qui vivait des affres comparables. La cuisine où elle lui avait servi une chicorée trop épaisse était d’un grand dénuement. Sol de terre battue, papier peint déchiré, un gros poele qui occupait toute la place, et deux chiens pelés qui occupaient le reste. L’intérieur sentait fort la vache et pour cause, Madeleine Soubise sentait la vache et l’étable était juste derrière la porte, d’ailleurs quand la Soeur Marie-des-Eaux demanda les commodités, elle lui indiqua cette porte : on faisait directement dans le fumier. La fermière portait manteau même en intérieur, elle transpirait. Elle avait la peau toute rouge là où elle n’était pas couverte de croûtes sourdant du pus : un eczéma que la pingrerie des Soubise interdisait de soigner.

Tout le paradoxe des Soubise était là. De l’aveu de Madeleine, la ferme sortait des cochons gros comme des mammouths, mais tout le reste était à vau-l’eau. La Soeur Marie-des-Eaux n’avait croisé que des vaches maigres jusqu’à l’os au milieu d’un péteuillot qui constituait toutes les terres des Soubise. Pour tout dire, il avait failli louper la ferme, le bâtiment était en ruine, entièrement recouvert de lierre et des arbres en ressortaient. Mais il y avait des sous dans la caisse. Une gôyotte qui ne servait jamais, puisque les Soubise n’achetaient rien et se refusaient tout confort.

« Je peux voir vos cochons ?
– Pour sûr non, il faut pas les déranger, si je vous les montrais, je me ferais sacrément houspiller. »
On aurait dit qu’elle parlait du Père Fouettard plutôt que de parler de son mari.
La Soeur Marie-des-Eaux ne put voir aucun des membres de la famille des Soubise.
« Vous attendiez un enfant récemment ?
– Non, non, pas du tout ! »

Le soir venu, la Bernadette lui confirma que c’était impossible à vérifier, attendu que Madeleine Soubise ne se montrait jamais, et que son entrevue avec le novice avait tout d’un événement exceptionnel.

Le novice s’était senti épié à son départ de la ferme. Par quelqu’un, ou par quelque être.

La convalescence lui servit d’excuse au novice pour refuser de manger plus qu’une ou deux patates, et la Soeur Jacqueline se fit encore taper sur les doigts quand elle voulût accepter du pâté lorrain, la bonne tourte à la viande de porc marinée dans du vin rouge. Les hommes prisaient de la fougère séchée, et Fréchin paya une tournée générale de sirop de bourgeons de sapin, qui ravit le palais privé de viande de la Soeur Jacqueline.

Image
Malkhut, par Dédale(s), un bourbier de dark ambient bruitiste et texturé, qui s’enfonce dans des territoires de plus en plus ténébreux, humides, caverneux, utérins, vers un abandon de soi et une transe horla habitées de gargouillis, de grognements et de chauves-souris toutes de malignité tressées.

Alors ce fut la chambre, et encore des cordes de bougie passées à griffonner dans le carnet. Ensuite la Soeur Marie-des-Eaux rabacha des extraits de prière d’exorcisme :

« Cessa decipere humanas creaturas, eisque æternæ perditionis venenum propinare : desine
Ecclesiæ nocere et ejus libertati laqueos injicere. Vade satana, inventor et magister omnis
falIaciæ, hostis humanæ salutis. »

C’était des prières à retenir par coeur et à ne surtout pas tourner en latin de cuisine ; aussi le novice avait raison de les réciter tous les soirs, et la Soeur Jacqueline lui emboîta le pas bien que la tête tournée par les excès de bonne chère de la journée.

Mais ensuite, la Soeur Marie-des-Eaux poussait le zèle à réciter des fragments de L’Apocalypse, un texte apocryphe, et à mesure que la bougie faiblissait, sa voix se faisait de plus en plus cassée et haletante, les flammes rendaient son visage spectral :

« Et l’Homme qui survivra à la chute, son esprit chutera encore à l’intérieur de lui-même. Sa mémoire comme une Babylone spirituelle s’effondrera sous le poids de sa démesure. Il oubliera tout ce qui lui était cher, l’odeur de l’amandier et le rire de son enfant, mais il oubliera aussi ses péchés.

Car après la chute, la colère de Dieu n’aura de cesse que de tourmenter les survivants, pour qu’ils vivent dans la crainte de son Nom. Cette colère sera l’amoncellement, comme une tourbe primordiale, de tout ce que les Hommes ont oublié de vertueux et de vicieux. Et ce limon spirituel grossira des craintes divines et vénielles des Hommes, et de toutes leurs pensées, qu’elles soient des prières ou des péchés de tentation ou d’intention. Comme le Nil qui s’enfle de tous ces alluvions, grande sera la colère de Dieu et elle s’incarnera dans mille fléaux, elle les gonflera de son limon. Ainsi, chacun verra la forêt et ses êtres se peupler de ses hantises les plus intimes, porteuses du souffle punitif du Très-Haut ; ainsi chaque homme et chaque femme souffrira dans son propre enfer, créé par Dieu à son image pour le mettre à l’épreuve et le punir du péché d’orgueil des générations précédentes, et du péché d’ensauvagement des générations futures. »

La Soeur Jacqueline se réveilla au milieu de la nuit, dans les odeurs doucâtres de la fumée de bougie. Le corps de son novice bruissait comme du bois mort.

La doyenne était en nage, envahie d’un sentiment qu’elle ne pouvait définir, le ventre lourd et chaud. Sans doute à passer du temps à causer avec elle dans la journée, elle avait rêvé de la Bernadette. Elle était avec elle sur un radeau qui dérivait au fil de l’eau entre les arbres et…

Elle avait fait un rêve érotique.

Elle tourna et se retourna dans sa couche, et comme pour chasser son émoi, mais presque à contrecoeur au vu de la phrase enquiquinante qu’elle réinvoquait, elle se repasse les dernières paroles de Soeur Marie-des-Eaux émises en guise de bonne nuit :
« Demain, nous irons exorciser Basile. »

Elles mirent un temps fou à pouvoir l’annoncer à la Mère Thiébaud car quand elles retournèrent chez elle, elle était en train d’éviscérer un poulet, et l’odeur de la tripaille, prenante, et la vue des entrailles étalées sur la toile cirée avaient bloqué les soeurs un temps, sans parler des bonnes manières, et vous prendrez bien une chicorée, qu’elle fit réchauffer dans la casserole sans se laver les mains, la même chicorée qui se faisait réchauffer dix fois avant d’être finie. Elle avait les ongles des pouces longs et noirs.

La mère Thiébaud ne fut pas du tout rassurée par ce revirement de position, et elle pleurnichait tout en aidant à porter les seaux d’eau bénite vers le poulailler : « Mon petit il est pas possédé par le Malin, c’est sûr, il est bien trop innocent pour ça…
– Si c’est le cas, alors il n’a rien à craindre. Ce n’est qu’une procédure de sécurité. »

Le Père Thiébaud traînait à la suite, les mains croisées derrière le dos, et raminait : « Oh l’travail, oh l’travail… »

Champo les avait accompagnées, il semblait clair qu’elles avaient besoin d’un guide pour se rendre à nouveau au Chaudron vu les péripéties de la veille. Il les avait encordées comme des enfants mais elles n’avaient pas bronché. Maintenant, il se tenait sous le poulailler, ce n’était pas son rôle de les suivre là-haut.

« Ne t’inquiète pas Basile, ça va bien aller, dit la Soeur Marie-des-Eaux en lui tenant le visage, essayant de lui transmettre au-delà des mots l’affection qu’il avait à son égard et qu’il ne prodigait pas vraiment aux autres membres de l’humanité.

La Soeur Jacqueline avait allumé six bougies autour d’eux, et elle priait à voix basse, tentant de calmer l’atmosphère. L’odeur d’ammoniaque était peu supportable et les poules qui caquetaient en bas rompaient le sacré.

Basile tremblait de peur, il ne comprenait pas ce qu’on lui voulait. Et quand la Soeur Marie-des-Eaux annonna les premières paroles en latin d’une voix forte et tendue, il ne put retenir un long cri désarticulé :

« Deus cœli, Deus terræ, Deus Angelorum, Deus Archangelorum, Deus Patriarcharum, Deus
Prophe-tarum, Deus Apostolorum, Deus Martyrum, Deus Confessorum, Deus Virginum,
Deus qui potestatem habes donare vitam post mortem, requiem post laborem ; quia non est
Deus præter te, nec esse posset esse nisi tu creator omnium visibilium et invisibilium, cujus
regni non erit finis : humiliter majestati gloriæ tuæ supplicamus, ut ab omni infernalium
spirituum potestate, laqueo, deceptione et nequitia nos potenter liberare, et incolumes
custodire digneris. »

Et il cachait son visage dans ses mains quand le novice brandissait la croix. Il se pissait dessus.

Il attrapa un bout de ficelle auquel il avait des nœuds, un chapelet d’amateur, et il égrénait les prières qu’il connaissait.

« Notre Vieux qui êtes aux cieux,
que ton nom soit plantifié,
que ton peigne vienne,
que ta volonté soit faite dans la forêt comme au ciel… »

La charpente du poulailler craquait comme un navire en perdition.

Maintenant c’était le moment le plus désagréable, et la Soeur Jacqueline se dévoua pour ouvrir le bal.

Il fallait pleurer, alors elle se frotta le visage avec de l’oignon, elle savait que les larmes sincères viendraient plus tard, bien assez tôt. Les yeux injectés de sang, elle se confessa :

« Notre vieux, je confesse le péché de luxure par pensée.
J’ai convoité une personne, j’ai convoité la cuisinière. »

La Soeur Marie-des-Eaux se tourna vers elle avec un visage tordu par la désapprobation. Cela n’était pas du tout correct de sa part de la manifester, mais le novice n’avait aucune notion des conventions.

« Que vas-tu mettre en oeuvre pour expier ton péché ?, demanda-t-il. C’était la requête rituelle.
– Nous irons dormir au presbytère, je ne lui adresserai plus la parole et je ferai pénitence. »

La Soeur Jacqueline se redressa. Les larmes sincères étaient venues bien rapidement. Elle pris le relais du novice pour brandir le crucifix vers Basile et prêcher en latin :

« Per Christum Dominum nostrum. Amen.
Ab insidiis diaboli,
Libera nos Domine. »

C’était au tour de la Soeur Marie-des-Eaux de morfler :
« Notre vieux, je confesse le péché de colère par intention. J’ai envie de frapper plusieurs personnes aux Voivres, de planter mon Opinel dans leurs chairs. J’ai envie qu’ils souffrent comme ils font souffrir et qu’ils meurent comme ils tuent. Pardonnez-moi mon vieux de vouloir me substituer à votre sainte justice. »

Image
Frjee feather EP, par Forest Swords, un post-rock dub psyché et mazouté à souhait !

« Que vas-tu mettre en oeuvre pour expier ton péché ?
– Je vais m’infliger ce que je voulais leur infliger. » Et lentement, le bras empesé par son pansement, il ouvrit sa robe pour se larder la poitrine. La Soeur Jacqueline eut le temps de lui retirer la lame, pesant de tout son corps, avant qu’il n’ait pu s’entailler vraiment sérieusement, mais déjà il y avait du sang partout.

Il régnait une atmosphère de folie furieuse, entre le sang, l’ammoniaque, les gémissements de Basile, la sueur. A la lueur des bougies, l’air était comme tordu, une manifestation commune lors des exorcismes mais qui semblait prendre ici une ampleur inhabituelle et nouait le ventre.

Basile était résorbé en position fœtale, et les soeurs s’écroulèrent sur lui, fourbu.

Comme à chaque fois, il n’y avait pas eu de démon à exorciser. Basile était juste ce qu’il était, un simple d’esprit, influençable, qui avait commis une bêtise sous l’emprise de la boisson, et elles venaient de mettre en grand péril ce qu’il lui restait de santé mentale, juste pour vérifier un soupçon.

A leur sortir, Champo les regarda avec l’air attéré d’un témoin impuissant. On avait fait du mal à son ami, et c’est en se sentant bien merdeuses qu’elle réempoignèrent la cordée pour retourner aux Voivres.

Le sherpa se garda d’émettre un jugement, il fit même mine d’être jovial sur le trajet du retour, au milieu des sapins huileux qui bavaient sur le sentier, et derrière le rideau de ténèbres qui cachait des choses hostiles.

En revanche, il ne fit aucun commentaire, à part ce mot, à l’arrivée :
« Vous savez, les tulpas ne sont pas tous néfastes. Certains sont de bon conseil et essayent de nous prévenir du danger des autres. »

Elles le quittèrent pour se rendre à l’office du soir, elles étaient à moitié cassées mais elles ne pouvaient se dérober à leur devoir et elles avaient besoin de la communion pour se laver de ce qui était advenu.

La Soeur Jacqueline évita le regard de la Bernadette, à contre-coeur.

La Soeur Marie-des-Eaux refusa les soins que la cuisinière lui offrait, par solidarité avec la doyenne, qui se chargea, du coup, d’examiner les chairs meurtries du novice, dans la chambre, à la lueur de la bougie, alors qu’il griffonnait les mésaventures de la journée dans son fichu carnet.

La Soeur Jacqueline frissonnait d’émotions contraires à voir Soeur Marie-des-Eaux torse nu, corps grêle et noué de cicatrices comme autant de chemins de vie, palpitant de jeunesse et de colère.

Il y aurait supplément de Pater et d’Ave à murmurer durant la nuit.

« La Soeur Jacqueline, Champo vous a-t-il expliqué ce que c’était des tulpas ? »

Et c’est au cœur de la nuit qu’un cri du novice réveilla la doyenne, et peut-être tout l’étage avec :

« Cette histoire de tulpa, c’est la clé ! On a fait fausse route depuis le début !
– Qu’est-ce que vous racontez ?
– Demain, on retourne au Chaudron. »

Lexique :

raminer : critiquer, disputer
Division ! : juron
péteuillot : zone de gadoue
gôyotte : cagnotte, fortune cachée
greugnot : visage, bouche

Jauges communes :

Sainteté : 5
Bougies : 5
Chemin de Croix : 1

Bilan :

J’ai utilisé une aide de jeu intitulée Session Zéro, pour étoffer le passé de mes deux personnages principaux. Session Zero est un jeu de rôle créé par Meghan Cross, traduit par Axel Roll et
publié gratuitement avec l’aimable autorisation de Meghan Cross.
Relecteurs : Angela Quidam, Gaël Sacré, Matthieu Braboszcz
Le jeu implique de tirer 5 cartes par personnage, mais je n’en ai tiré que 3, pour ne pas alourdir. Je ne sais pas encore à quel point je vais exploiter ça, mais vous pouvez retrouver les trois souvenirs (oubliés) de chaque nonne dans les deux feuilles de personnage.
J’ai atteint une fois trois croix et j’ai donc considéré que les nonnes étaient désormais sous la surveillance des Soubise.
J’ai fait deux trois tirages de l’Almanach, mais pas de Muses & Oracles.
La prochaine session va nous faire arriver à un pinacle de l’économie de jeu des Exorcistes, et ça va permettre de clôturer après le climax de chapitre que j’avais envisagé…

Feuilles de personnage :

Deux Sœurs du Très-Saint-Sauveur (ordre chanoine, couvent à Saint-Dié)

Sœur Jacqueline

Vice :
+ La luxure

Vertu :
+ La prudence

Description physique et personnalité :
Cinquantaine, visage rond et couperosé par la bière de lichen, yeux un peu fixes. Bonne vivante. Assez affectée par l’oubli, n’a pas de souvenir d’avoir jamais quitté le couvent de Saint-Dié

Bref historique :
Il est possible qu’elle ait eu récemment une vie en dehors du couvent. Il est aussi possible qu’elle ait été cloîtrée pour contrer son penchant à la luxure, et qu’on l’ait incité à oublier son passé (onction à l’eau bénite d’oubli ?)

Mots-clefs :
– Soeur Exorciste
– Inspire la confiance
– Cuisinière
– Contemplative
– Intuitions

Lien avec autre PJ :
A sauvé la vie de Soeur Marie des Eaux mais ne s’en souvient pas. Aurait été sa formatrice ou sa compagne d’apprentissage en exorcisme ?

PNJ Favori :
Bernadette, la tenancière du Pont des Fées

Passé oublié (tiré avec Session Zéro) :

Personne n’est parfait. Quel est le plus gros mensonge que vous ayez jamais énoncé ? À qui
l’avez-vous révélé ? Pourquoi avoir menti ?
J’étais la servante d’une Mère Truie. Je l’ai révélé (sous la torture) à l’archevêque de Saint-Dié. J’ai menti parce que j’étais infiltrée chez les chanoinesses, mais l’archevêque m’a sauvée de l’emprise de la Mère Truie et m’a accordé l’eau d’oubli.

Les anniversaires sont toujours prétextes à de grandes fêtes. Décrivez votre anniversaire le
plus mémorable. De quel anniversaire s’agissait-il ? Qu’est-ce qui l’a rendu si mémorable ?
C’est l’anniversaire de mon entrée au couvent. Il est mémorable parce que j’ai vraiment le droit de manger beaucoup à ce moment et parce que personne n’évoque jamais la date exacte de mon entrée.

Un amour passé fait toujours partie de votre vie. Depuis quand étiez-vous amoureuse ?
Qu’aimiez-vous le plus chez cette personne ? Comment votre histoire s’est-elle terminée ?
J’ai été amoureuse d’une batelière qui menait les pélérinages vers la fontaine d’oubli. J’aimais la langueur de cette personne. L’histoire s’est terminée quand j’ai dû boire l’eau d’oubli.

Sœur Marie-des-Eaux

Vice :
La colère

Vertu :
La force

Description physique et personnalité :
Jeune, borgne (cache-oeil), cheveux courts, visage androgyne (tout le monde la genre au masculin). Un air de froide détermination. Paranoïaque et violente. A reçu une formation de mémographe et tient un registre de tous ses souvenirs (pattes de mouche)

Bref historique :
A connu une jeunesse très traumatique (elle a notamment aimé un horla, mais celui-ci est mort quand ils se sont embrassés, étonnement c’est la chose qui l’a marqué le plus alors qu’elle a été victime de choses plus violentes), au terme duquel elle a d’abord reçu une formation de mémographe puis de soeur exorciste. En guerre contre les figures du mal. Assez attachée au voeu de chasteté. Fascinée par le texte de l’Apocalypse.

Mots-Clefs :
– Soeur Exorciste
– Opinel
– Mémographe
– Combattante
– Âne

Lien avec autre PJ :
A sauvé la vie de Soeur Jacqueline, s’en rappelle mais ne veut pas lui remettre ça dans les dents. La naïveté de Soeur Jacqueline a failli leur coûter la vie en enfer.

PNJ favori :
Basile, le cordelier (ses cordes sont vecteurs d’égrégore, elles lui ont révélé la statue de Jésus)

Passé oublié (tiré avec Session Zéro)

Il y a quelqu’un de spécial à qui vous avez ouvert votre cœur. Décrivez votre premier amour :
Était-ce réciproque ? Qu’est-ce que vous aimiez le plus chez cette personne ?
Je pense que c’était réciproque. C’était un être de cicatrices et de souffrance, alors il me comprenait sans parler, c’est ça que j’aimais le plus chez lui. Notre amour était réciproque et c’est ça qui l’a perdu, il est tombé en miettes quand je l’ai embrassé.

Un son particulier vous fait toujours sourire. De quel son s’agit-il ? Comment est-ce devenu
un son rassurant pour vous ? L’entendez-vous encore maintenant que vous avez commencé à
voyager ?
C’est le son de l’eau courante. Cela évoque la vie et la pureté qui continuent à se trouver un chemin, malgré tout. Je ne l’ai pas beaucoup entendu durant mon périple, aussi je m’intéresse à découvrir où sont les ruisseaux aux Voivres, on m’a parlé des Forges Quenot.

Vous aviez un compagnon fidèle en grandissant. Décrivez l’animal qui a accompagné votre
enfance. Comment est-il devenu votre compagnon ? Est-il toujours votre animal ?
C’était un lapin dodu et je l’emmenais partout avec moi. Mais un jour, on m’a fait manger du civet et j’ai appris que c’était mon lapin. C’est le dernier souvenir que j’ai de mes parents.

2 commentaires sur “[Dans le mufle des Vosges] 3. Un exorcisme dans le poulailler

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s