La feuille de personnage, espace de contraintes et de liberté

Juste un bout de papier pour porter vos idées…

(temps de visionnage / écoute : 1 H 13 min) / (temps de lecture : 8 min)

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MES ACTUS

[Les Sylvonautes] Ma gueule parle mais mon cœur et mon corps sont ours

Si vous aussi vous trouvez qu’il n’y en a que pour les goupils, il est temps de vous armer de ce lourd livret ursidé et de faire valoir la cause des ancêtres caverneux de toute humanité, j’ai nommé les grours et les grourses. Miel et férocité sur vous !

(temps de lecture : 8 minutes)

CRÉDITS

Merci à Guillaume Rioult pour son accompagnement sur la rédaction du script.

Le petit bonhomme en plâtre est une photo de Thomas Hawk, cc-by-nc

Un grand merci aux personnes qui soutiennent ce projet de vidéos sur Patreon :
royneau ; DeReel ; Denis Langevin ; Maître Yo ; Claude Féry ; Ely Chevillot ; Sylvain ROUSSEAU ; Calameche ; Eric PRADEAU ; Julien Pouard ; Mathieu Grayer ; kF

LIENS UTILES

[Notions]

actes
affordance
archétype
asymétrie
attrition
axiomes
backstory
belonging outside belonging
blackbox gaming
boussole décisionnelle
caractérisation
carte relationnelle
charge cognitive
clé
clôture ludique
Commedia dell’arte
compétences
diégétique
efficacité
emploi (théâtre)
everything can be attempted
fateplay
flag framing
freeplay
immunité narrative
incentive
interprétation
jeu de rôle traditionnel
karma
légaliberté
lifepath
livret de cadre
livret
méta-jeu
minimaxage
nudge
OSR
pbta
player skill
point de narration
points d’expérience
prétiré
protection de la niche
roleplay
sauvegarde
tension ludique

[Multimédia : série sur la création de jeu de rôle]

Le design par intention, arnaque ou panacée ?
Comment créer un jeu de rôle, du macro au micro
Qu’est-ce qu’un jeu de rôle élégant ?

[Multimédia, sur Outsider]

Faut-il rouler les dés pour du social ?

[Podcasts]

Podcast Outsider Game Design JDR, N°79 : Quels outils de game design pour optimiser l’immersion dans le personnage ?

[Jeux]

A Viricorne Guide
Apocalypse World
Ars Magica
Bluebeard’s Bride
Dragon de Poche
Eat the Reich!
Hurlements
Inflorenza
L’Ordre et le Sauvage
La Grive Noire
Lady Blackbird
Légendes de la garde
Les enquêtes des petites mémés
Les Sylvonautes
Monsterhearts
N.YX
Paranoïa
Sodalitas
Tenga
Theatrix
Tout le monde est John
Traveller
Vermine
Warren

[Jeu de société]

Loups-Garous de Thiercelieux

[Univers]

Millevaux

[Scénario]

Cuisine aux Orgones

[Aides de jeu]

Dragon de Poche, feuille de personnage augmentée
Dragon de Poche, livret de création de personnage augmenté

[Film]

Le Frelon Vert

LE SCRIPT

Penchons-nous un peu sur les pouvoirs justes et injustes des personnages…

La feuille de personnage peut être :
✤ un exosquelette (cf podcast sur l’immersion dans le personnage) ;
✤ une interface entre jouaires et univers de jeu ;
✤ un guide d’interprétation.

Pour rappel, il y a une tension :
✤ entre le freeplay (jeu libre) et le fateplay (jeu scripté) ;
✤ entre l’efficacité et les limitations

Cette tension constitue la légaliberté dans laquelle s’inscrit un personnage. [Guillaume Rioult : Je vais faire mon expert de Duflo ^^ mais dans le contexte je ne suis pas sûr de l’emploi de ce terme : l’idée clef de Duflo concernant la légaliberté, c’est que la légalité vient créer une liberté qui ne préexistait pas avant, et non pas une règle qui cadrerait la liberté de langage totale des jouaires.]

Essayons de dégager tout ce que contient une feuille de personnage :

Les pouvoirs :
✤ efficacité active / passive
✤ protection de niche (mon personnage sait faire des choses que les autres ne peuvent pas faire)
✤ vides juridiques (en OSR, il n’y a pas de compétences sociales, ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas faire de manoeuvres sociales, mais ça se gère en RP, c’est donc une sorte de pouvoir par omission, dans la lignée du « everything can be attempted« ) [Guillaume Rioult : Le game design “en creux” ou par omission est important à prendre en compte. Le risque général pour un game designer, puisqu’on lui demande d’émuler un univers et de le simuler ludiquement, c’est de vouloir TOUT simuler. C’est pourtant contre-productif car ça empêche les joueurs : 1/ de prioriser les éléments importants de l’univers, 2/ d’éprouver des émotions pures, à cause d’une rationalisation à outrance (donner à quelqu’un des points de folie ne lui fait pas nécessairement éprouver le sentiment de folie).]

✤ résistance
✤ régression
✤ progression
✤ immunité diégétique / immunité méta
✤ optimisation
✤ environnement (inventaire, véhicules, familiers / animaux, contacts, groupe, cachettes, etc)

D’autres aspects :
✤ singularité / caractérisation
✤ backstory / lifepath
✤ mémoire de la partie (si la feuille prévoit des espaces dédiés à la prise de notes)
✤ carte relationnelle
✤ totems et tabous moraux
✤ objectifs [Guillaume Rioult : => Les clés de Lady Blackbird par exemple]
✤ emmerdes et opportunités en cours (un créancier me poursuit, je peux aller récupérer du fric au casino)
✤ destin / karma
✤ esthétique du personnage / de la feuille (voire des deux, cf. Eat the Reich! )
✤ [Guillaume Rioult : Les rôles secrets (Paranoïa)]

Parfois il y a aussi des choses qui ne concernent pas directement le personnage :
✤ informations sur l’univers
✤ pouvoirs de narration laissés aux jouaires

L’ergonomie de la feuille de perso en dit long sur les priorités du système :
ainsi, si l’espace dédié aux équipements est minuscule alors qu’il y a vingt lignes pour les relations, cela contraint mécaniquement les priorités du personnage.

Qui actionne l’interface ?
En théorie unn jouaire mais il y a quelques exceptions : je pense aux carac cochées par MC et unn autre jouaire dans Apocalypse World 1ère édition, ou aux tests de sauvegarde ou de perception effectués par MJ, ou encore Theatrix où les compétences sont indicatives du potentiel du personnage, mais c’est MJ qui décide des réussites et des échecs, selon une boussole dramatique. On pourrait imaginer d’autres choses…

Est-ce que l’interface dit la vérité ?
Est-ce qu’elle décrit une vérité objective ou des a priori du personnage ? Ainsi, « je suis le meilleur bretteur du royaume » peut s’avérer faux en cours de route. On peut imaginer des fausses compétences, comme par exemple un personnage de super-héros maladroit mais persuadé de son talent, à qui son assistant sauve la mise en toute discrétion (cf. film Le Frelon Vert, de Michel Gondry) : le Frelon Vert pourrait avoir des scores de compétences élevées, mais quand il réussit, en fait c’est son assistant qui lui sauve la mise. On peut aussi imaginer un chirurgien ultracrépidarianiste, qui pense avoir 90 % en chirurgie, et qui provoque une catastrophe à la moindre opération d’appendicite…

La feuille peut être considérée comme une liste de droits tout comme une liste de devoirs, ou comme une liste de suggestions / appels de scènes pour les jouaires mais aussi pour MJ (flag framing). Par exemple, s’il y a beaucoup de compétences violentes sur la feuille, la violence semble être une solution ou une forte suggestion du système. [Guillaume Rioult : Je suis d’accord, en absence de décision des joueuses elles se réfèrent à ce que ferait supposément leur PJ, notamment aux actions pour lesquelles il bénéficie d’avantage. On peut même intuiter que l’organisation des actions a une importance (le sens de lecture, le volume respectif de chaque action, les nudges éventuels sous forme de pictogramme, etc.)]

Il y a un gradient entre une feuille de perso peu remplie par les jouaires (archétypes, prétirés), et une feuille de perso où les jouaires ont un contrôle total (Inflorenza). [Guillaume Rioult : La force d’Inflorenza, c’est la fusion des éléments habituels d’une fiche de perso (Background, PV, carac/compétences, points d’expérience/de victoire…) dans la phrase. Sans cette fusion, la charge cognitive de créer une feuille de PJ ex nihilo peut rapidement s’avérer vertigineuse sans structure préalable.]

Il peut y avoir des feuilles de perso communes au groupe (feuille de guide à Sodalitas, livret de groupe aux Sylvonautes), pourquoi pas une feuille de perso unique dans un jeu où on joue toustes la même personne… Ou dans cette même configuration, une feuille de personnage par jouaire alors qu’il n’y a qu’un perso, ce qui est le cas dans Tout le monde est John et dans Bluebeard’s Bride.

[Guillaume Rioult : Les fiches multiples également d’Ars Magica où l’on gère son Mage et les acolytes.]

Enfin, il y a le cas de l’absence de feuille de personnage :
– qui est cachée (Hurlements) [Guillaume Rioult : L’absence de fiche visible par les joueuses dans Hurlements est censée créer une liberté totale. Mais cette liberté totale peut être aussi inhibitrice, pour des joueuses débutantes c’est rassurant de se référer à sa fiche de PJ pour savoir quoi faire.]
– qui est potentialité infinie (Inflorenza)
– qui est ouverture des possibles (everything can be attempted) ou clostration créative (quand on n’ose pas faire autre chose qu’un perso lambda)
– qui est l’absence de personnage (La Grive Noire) et la mutualisation de tous
– qui est convergence ou symétrie (Les enquêtes des petites mémés)
– ou qui se limite à une unique spécificité (Loups-Garous de Thiercelieux, A Viricorne’s Guide)

En conclusion :
La feuille de personnage est la principale interface entre les jouaires et le jeu, et même souvent un des premiers contacts entre MJ et le jeu (on regarde souvent la feuille de perso en premier). Elle concentre une grande partie des contraintes et des libertés, elle dit beaucoup à ce sujet. Elle est un vecteur affectif [Guillaume Rioult : (nous sommes nombreux à conserver religieusement nos fiches de perso dans un classeur dédié ^^)] et ergonomique important. Bref, s’il y a une chose à ne pas rater ou prendre à la légère dans une création de jeu, c’est bien cette sacrée feuille de perso.

4 commentaires sur “La feuille de personnage, espace de contraintes et de liberté”

  1. J’aurais peut-être dû faire plus d’emphase sur les compétences cognitives et perceptives, car elles ont une place à part dans le système, c’est presque un outil de génération narrative partagée, puisqu’avec des tests de ces compétences, a fortiori si MJ improvise, les jouaires peuvent forcer l’apparition de nouveaux faits dans le consensus fictionnel. Ah, et sinon, le chirurgien ultracrépidarianiste be like : https://c.tenor.com/UlWgg8a56EMAAAAC/tenor.gif

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