Les figures de style défigurent-elles ton style ?

Est-ce que multiplier les formules dignes d’un commentaire de texte du bac français va magnifier ton écriture ou la noyer ?

Ensemble plongeons voir l’iceberg sous la surface.

(temps de visionnage / écoute : 1h05 min) / (temps de lecture : 6 min)

Erratum : Ha Chong Hyun est un peintre et non un poète (sinon ma phrase n’a pas de sens)→

Voir mes autres contenus courts sur le jeu de rôle en format triple article / podcast / vidéo :
mes autres contenus courts sur le jeu de rôle


VERSION AUDIO

📎 Lire / télécharger sur Archive


SOUTIEN

Soutiens ces contenus sur Patreon


CRÉDITS

Le petit bonhomme en plâtre est une photo de Thomas Hawk, cc-by-nc.

Un grand merci aux personnes qui soutiennent ce projet de vidéos sur Patreon :
royneau ; DeReel ; Denis Langevin ; Maître Yo ; Claude Féry ; Ely Chevillot ; Sylvain ROUSSEAU ; Calameche ; Eric PRADEAU ; Julien Pouard ; Mathieu Grayer ; kF

LIENS UTILES

Notions


Multimédia — série sur l’écriture


Vidéos


Podcasts


Articles


Jeux


Suppléments


Wargame


Romans


Livres


Autrice


LE SCRIPT DE LA VIDÉO

Tu veux ma mort[,] poisson, pensa le vieux. C’est ton droit. Camarade, j’ai jamais rien vu de plus grand, ni de plus noble, ni de plus calme, ni de plus beau que toi. Allez, vas-y, tue-moi. Ça m’est égal lequel de nous deux tue l’autre.
Qu’est-ce que je raconte ? pensa-t-il. Voilà que je déraille. Faut garder la tête froide. Garde la tête froide […] Endure ton mal comme un homme. Ou comme un poisson.

Un sujet un peu plus littéraire que d’habitude, même si ça peut s’appliquer en jeu de rôle :
– écriture de jeu, de scénario
– phrasé de MJ, des jouaires
– cf table ronde Les MJ et le style + article / podcast C’est quoi le style d’une joueuse ?

Un grand merci à Guillaume Rioult pour sa relecture et sa contribution.

En gros, mon idée est de dire qu’on peut abuser de style et aboutir à un texte ampoulé, hermétique, indigeste, et à des dialogues absolument pas naturels.

On peut trouver des tas de figures de style (cf liste sur Wikipédia) mais, quand tu regardes les conseils d’écrivaines et d’écrivains, il semblerait que le minimalisme soit de mise :

  • Stephen King conseille d’éviter les formes passives et les synonymes
  • Amélie Nothomb proscrit les métaphores (conseil d’autant plus valable en SFFF où la métaphore risque d’être prise au pied de la lettre par le public)
  • James Ellroy interdit les adverbes
  • on entend souvent aussi qu’il faut limiter les adjectifs
  • et ma citation préférée : « Je veux être un artiste de peu de mots » (Ha Chong-Hyun)

Bien sûr, ceci a quelque chose de caricatural : si on cumule tous ces conseils, tu ne peux plus rien écrire. Mais l’esprit est là.

On pense aux romans d’Hemingway et à la Théorie de l’iceberg (ou théorie de l’omission) : ne montrer que la partie émergée de l’histoire.

« Si un écrivain maîtrise suffisamment son sujet, il peut se permettre d’omettre certains éléments, et le lecteur, si l’écrivain est sincère, les ressentira avec autant de force que si l’auteur les avait explicitement mentionnés. La majesté du mouvement d’un iceberg tient au fait que seul un huitième de sa masse émerge. Un écrivain qui omet des choses par ignorance ne fait que créer des vides dans son récit. »

On pense aussi à la prose de Camus, de Jack London, d’Ursula Le Guin.
Des styles à la fois dépouillés, spontanés, mais aussi viscéraux. Fondation d’Isaac Asimov pratique aussi un style dépouillé, mais cela fonctionne moins bien car les personnages semblent ne pas avoir d’émotions.

Bref, un style dépouillé doit mettre en valeur une histoire forte et humaine.

On peut aussi privilégier la tension (suspense, curiosité, surprise — cf Comment tenir le public en haleine)
au style.

Quand se donner des dérogations pour réintroduire des figures de style ?

Plus globalement, tu peux déroger de temps en temps aux régimes secs prescrits à condition que ça en vaille la peine.

Par exemple, autorise-toi adjectifs et métaphores quand cela apporte vraiment une épaisseur et une originalité :

la fourrure de la nuit
la nuit aboyée

Dans Les Sylvonautes il y a beaucoup de listes d’adjectifs, car cela permet de produire une description évocatrice très rapidement, et de chiper 2-3 adjectifs pour construire sa description :

« la forêt est venteuse, morbide, surpeuplée »

Relire Victor Hugo pour s’inspirer de son sens de la formule (« je vois une lumière noire »).

Colette aurait dit à Simenon, pour corriger son style ampoulé des débuts :
« Il faut écrire comme personne avec les mots de tout le monde ».

Joue aussi sur d’autres paramètres :
espacements des paragraphes, silences, jeu de typographie et de police.


Remarques de Guillaume Rioult

Distinguer l’écrit et l’oral : ce qui est valable à l’écrit (d’auteur à MJ ou joueuse) ne passe pas nécessairement à l’oral (MJ à joueuse ou joueuses entre elles).

Cependant, certains auteurs dépassent l’opposition entre oral et écrit.
Quand Césaire écrit soleil cou-coupé, c’est entre l’oral bégayé et l’écrit typographique.

[Note de Thomas : d’autres hypothèses se superposent sur l’origine de la formule, venant sûrement de « soleil cou tranché » d’Apollinaire, et du cou coupé, un oiseau d’Afrique à gorge rouge]

Dans un autre style, Céline a une écriture très « sale » empruntée à l’oral.
À l’inverse, Audiard développe un style oral très riche en figures de style, notamment métaphoriques.

[Note de Thomas : plutôt que de te forger un style, forge-toi une patte]


J’ai tendance à penser que tout est style.
La question est de le fonctionnaliser pour répondre à une intention.

L’essentiel est l’adéquation entre l’intention et le résultat : le style est un outil complémentaire du fond pour amener le lecteur dans un état émotionnel donné (cf catharsis et decorum de la rhétorique latine).

Ainsi :

  • l’ampoulement peut caractériser un personnage,
  • le dépouillement un autre,
  • un style très descriptif peut être préférable à un infodump,
  • des formes métaphoriques peuvent traduire une ambiance plus complexe.

Un personnage employant une anaphore sera volontiers perçu comme endoctriné ou cherchant à endoctriner.


Niveaux de production du style

  • Dans une base : clarté maximale, limitation de la polysémie, évitement des périphrases
  • MJ comme médiateur des mécaniques : concision pour favoriser l’agentivité
  • MJ comme médiateur de l’univers : équivoque permise, métaphore, métonymie, synecdoque
  • PNJ interprétés : figures de discours pour les typer
  • PJ : le style distingue joueuse et personnage

[Note de Thomas : dans mon cas, ma courroie de transmission préférée entre base, MJ et jouaires est l’ambigu, mélange de haut potentiel ludique et de marge d’interprétation]


Ce que le style met en valeur :

  • les événements (ex. Fondation, roman « civilisationnel »),
  • les personnages et leurs émotions, via le langage poétique et les images.

Un commentaire sur “Les figures de style défigurent-elles ton style ?

Répondre à Thomas Munier Annuler la réponse.