Le jeu de rôle, l’empire et ses marches

Pris d’une crise d’égo ou de pulsions masochistes, il propose une définition progressive de notre beau média sur lequel personne est d’accord sur ce que c’est vraiment.

(temps de lecture : 3 minutes)

Ryan Godfrey, cc-by-sa

Je vais m’aventurer dans ce serpent de mer qu’est la définition du jeu de rôle. Il est évident que personne n’est d’accord sur ce qu’est le jeu de rôle, aussi je vais proposer une définition par paliers. Imaginez un jeu de rôle comme un empire avec des marches à sa frontière et une capitale, voire un palais impérial en son centre. Pour certaines rôlistes, le « vrai jeu de rôle » comme elles aiment se bornera au palais impérial tandis que pour certaines, la définition valide du jeu de rôle s’aventure jusqu’aux marches extrêmes de l’empire.

Je vais donc définir le jeu de rôle par cercles concentriques, en commençant par les marches (1) et en terminant par le palais impérial (9). J’ai personnellement une définition du jeu de rôle assez large qui commence à (2) et je peux m’amuser même avec jeu (1) mais je souhaitais prendre en compte toutes les sensibilités, d’où cet échelonnage d’une définition très large vers une définition très restreinte.

1- Le jeu de rôle est un jeu où on manipule de la fiction

2- Il faut que chaque joueuse (hormis MJ s’il y en a ) incarne un personnage unique

3- L’action doit être au présent

4- Il faut faire du roleplay

5- Il y a une interaction réciproque entre mécanique et fiction. Autrement dit, tout recours à la mécanique entraîne une conséquence fictionnelle, et toute création fictionnelle a une incidence mécanique.

6- Il faut pouvoir incarner son personnage honnêtement (ne pas avoir à prendre de décision pour son personnage qui relèvent du design)

7- Il faut la présence de MJ

8- Il n’y pas de narration partagée : MJ contrôle le décor et les figurants, chaque joueuse contrôle son personnage uniquement

9- Il y a un engagement profond dans le personnage

Notez que j’ai écarté de cette définition concentrique des aspects annexes :

– « il faut des dés » : ceci rejoint en fait l’exigence d’interaction réciproque mécanique/fiction.

– « il faut un dos carré/collé ; il faut un livre » : les exigences de format sont des objections rencontrées mais en réalité assez rares ou de mauvaise foi.

– « le jeu de rôle n’est pas forcément un jeu / voire jamais un jeu » : cette objection est entendable, mais n’est valable que dans le cadre d’une définition assez restrictive du terme « jeu », et relève parfois d’une artification du jeu de rôle qui me semble abusive, élitiste, voire malhonnête. J’ai également pas mal de souci avec l’approche transformative qui donnerait pour objectif à un jeu de forcément nous transformer, nous bouleverser.

– « le jeu de rôle est une conversation encadrée par des règles » : cette définition me paraît définitivement trop large, je suis à peu près certain qu’on peut intégrer le Uno dedans.

– « il faut un scénario » : je n’ai jamais entendu cette affirmation, mais la présence d’un scénario peut être nécessaire pour satisfaire le fait de pouvoir incarner son personnage honnêtement ou d’avoir un engagement profond dans le personnage car si tout est improvisé, incarner son personnage peut sembler vain. Cependant, les formes de scénarios les plus dirigistes peuvent aussi être des obstacles à ces deux objectifs de jeu. Il faut en général préférer des scénarios bacs à sable. Le bac à sable du quotidien ou le blorb sont des sortes de tentatives ultimes de proposer une scénarisation qui satisfassent ces deux objectifs.

– on peut éventuellement débattre de l’ordre de mes cercles : il est par exemple possible d’attester qu’on ne peut pas incarner son personnage honnêtement en l’absence de MJ pour arbitrer, et donc il faudrait inverser 6 et 7.

Pour aller plus loin :

[Article] Thomas Munier, Le jeu de rôle n’est pas un jeu, sur Outsider

Enfin, pour vous aider à marquer votre territoire dans ce monde corrompu par les faux jdr, je vous offre ces coupons que vous pouvez coller sur tout jeu contraire à votre orthodoxie.

Je ne suis pas persuadé que cette nouvelle définition va apaiser les débats, mais il me semble que ça peut vous éclairer sur pourquoi vous n’êtes pas d’accord pour jouer de la même façon, et ce que ça dit sur ce que vous recherchez comme expérience à l’intérieur de ce que vous appelez « jeu de rôle ». Il est cela dit possible que vous vous amusiez dans toutes les formes mais que certaines n’aient pas pour vous le titre de jeu de rôle, car vous préférerez les étiqueter « jeux narratifs » ou « jeux d’aventures ».

Pour aller plus loin :

[Article + Table ronde audio] Thomas Munier, Limites et hybridations autour du jeu de rôle, sur Outsider

2 commentaires sur “Le jeu de rôle, l’empire et ses marches

  1. Je publie deux articles à la suite parce que j’avais pas le temps de publier autre chose aujourd’hui 🙂 Normalement, c’est la fin de cette série de billets d’humeur sur le jeu de rôle qui vous a offert un rab de théorie de ma part (je trouve que proposer une définition du jeu de rôle, c’est finir en beauté). Enfin, peut-être jusqu’à la prochaine lubie 🙂

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