La théorie, c’est fini

LA THÉORIE, C’EST FINI 👋

C’est avec beaucoup de joie que je dresse avec vous le bilan de mes articles de réflexion sur le jeu de rôle. Beaucoup d’enrichissement et une passerelle vers un nouvel élan. Merci d’avoir suivi mes élucubrations théoristico-fumeuses pendant 10 ans !

(temps de lecture : 5 min)

nooccar, cc-by-nc

Voilà.

La théorie, c’est fini que ça soit.

Ni le début, ni vers la fin, je n’avais vraiment de plan défini. La rédaction de réflexion sur le jeu de rôle, qui m’a occupé dix ans pour environ 130 articles, n’était qu’un side-projet qui a pris une ampleur inattendue.

Au départ, je me voyais surtout MJ, puis auteur de scénarios et enfin de jeux. Fatalement, ces trois préoccupations m’ont amené à suivre les réflexions des autres à ces sujets. Je le faisais au départ dans un souci pratique, pour solutionner des problèmes précis, et c’est d’ailleurs souvent dans cette même démarche pratico-pratique que s’inscrivaient les contenus que je suivais.

Ceci dit, c’était déjà ce qu’on appelle (je dois bien le reconnaître, pompeusement, mais c’est ainsi, je me suis habitué au terme) la théorie du jeu de rôle, car toutes ces réflexions ciblées pouvait s’inscrire dans une façon de penser un tout global.

Et puis j’ai rapidement été exposés a des contenus qui pensaient le JDR de façon plus généraliste : le site Places to go, people to be, les blogs Limbic Systems et Tartofrez, le podcast de La Cellule.

Il y eu aussi l’immense bonne surprise qu’on ne pouvait pas seulement étudier les jeux ou les techniques de maîtrises, mais aussi nos pratiques en tant que joueuses, et même penser le dispositif dans son ensemble, collectif, social, environnemental.

Je suis un imitateur. Ce que j’aime, je le copie. Donc, de fil en aiguille, j’ai discuté sur les forums, et puis j’ai initié mes propres fils de discussion, puis j’ai écrit des articles.

Il y a eu beaucoup de tâtonnement. Je ne me suis jamais inscrit dans une école de pensée bien définie, parce que mes goûts étaient trop éclectiques et ouverts pour cela.

Comme beaucoup, je me suis au départ inspiré de La Forge, mais je m’en suis détaché parce que c’était difficile de s’appuyer sur des contenus aussi anciens et discutés sans faire de mésinterprétation, et aussi parce que le postulat de La Forge, très spécialisé dans ses préférences ludiques, me faisait me sentir à l’étroit.

Je crois cependant que j’ai conservé de cette école une certaine tolérance pour le jargon. Les néologismes, en encapsulant des concepts, sont des poignées mentales qui nous permettent de soulever plus de poids. Donc, j’avais un certain appétit à reprendre les jargons des autres et parfois à façonner mes propres termes.

Comme je l’ai dit, j’ai progressé sans plan, me contentant de développer une idée après l’autre, et au final l’objectif ça a juste été de traiter tous les sous-sujets possibles associés à la théorie rôliste.

C’est il me semble du coup ce que j’ai à offrir, un écosystème d’articles qui forment un réseau entre eux, et plus globalement, parce que je suis très friand de liens hypertextes, conduisent vers tous les contenus qui m’ont intéressés, textes, podcasts, vidéos, livres, jeux, que j’en sois l’auteur ou non.

Avec le listing de mes articles classés par thématiques, c’est un terrier de lapin aux multiples entrées que je vous propose.

Avec le recul, le schéma global dessiné par mes articles ne se cantonne pas à la seule recherche d’exhaustivité. Il dessine également une vision du jeu de rôle qui m’est chère, et que j’appelle le design inclusif, une façon de penser et de concevoir le jeu de rôle qui tente de réconcilier des formes ludiques et narratives aux confins du spectre, une façon de penser le jeu de rôle comme un prétexte pour réunir des personnes d’horizons assez différents autour d’une expérience commune. J’ai enfin adopté une vision transversale, autour de la narration interactive, plus que du simple jeu de rôle, ce qui m’a permis d’embrasser à la fois la grande famille du roleplay mais aussi des domaines comme la littérature, le théâtre ou les jeux vidéos.

Cela fait beaucoup de première personne, mais voyez vraiment ce parcours théorique comme inscrit dans un collectif. J’ai énormément appris de mes mentors, que je vous ai déjà cités, et aussi des personnes qui ont commencé à théoriser en même temps ou après moi, Coralie David, Julien Pouard, kF, Valentin T., Manon et Simon Li, Vivien Féasson, Gaël Sacré, Alban Damien, TapisVirginia, Lille Clairence, Axiel Cazeneuve, pour n’en citer que quelques. Il y a une grande émulsion commune sur les communautés des défunts Ateliers Imaginaires, puis des (très bientôt) défunts Courants Alternatifs ou ailleurs sur la toile, je pense à l’immense travail des éditions Lapin Marteau, aux tables rondes d’Aetlas, à la communauté de C’est pas du JDR, la communauté de Café Nonobstant, le podcast Radio Rôliste et tant d’autres… Je pense qu’on a une chance immense d’avoir une scène rôliste francophone en ébullition depuis quarante ans au moins.

Je me demande qui j’ai influencé à travers mes développements. Ce n’est pas mesurable. Je suis certain que Romaric Briand, Flavie Briand, feu Frédéric Sintes, Eugénie ou encore Jérôme Larré et Coralie David ont influencé beaucoup de monde, leur premier lectorat et des scènes entières par ricochets, mais ce n’est pas mesurable. Je sais en tout cas qu’ils et elles m’ont énormément influencé.

Et quand bien même je n’aurais influencé personne, mon travail a été absolument fertile. Car je me suis moi-même énormément influencé. Mettre quelques neurones sur des sujets de jeu de rôle généralistes m’ont fait tellement évoluer dans ma pratique et dans les jeux que j’ai créés ! Je dois à ces articles des expériences de jeu et d’écriture complètement folles.

On entend de loin en loin des gens qui se disent que la théorie, ça ne sert à rien, mais de fait mon expérience personnelle le conteste et ça me suffit.

Et ces fruits, je n’en ai cueilli que le début. Mon mantra depuis quelques temps, c’est « mon progrès est fini ».

Si j’arrête d’écrire des articles de théorie, c’est un peu par manque de temps, un peu par impression d’avoir fait le tour, et beaucoup pour maintenant mener à bout tous les projets qu’ils ont inspiré. Avec la théorie, j’ai appris à réconcilier des attitudes de jeu qu’on disait incompatibles, j’ai appris à jouer sans mécaniques chiffrées et avec le minimum de contraintes narratives, j’ai appris à créer des expériences d’exploration d’univers aussi insondables que fluides, j’ai appris ce qu’est la démocratie de jeu, etc. Maintenant il y a beaucoup de jeux à finir d’écrire, en priorité Biomasse, auquel je vais me consacrer à corps perdu l’année scolaire prochaine.

J’ai beaucoup de sérénité quand je constate que je ne vais plus progresser autrement que par accident dans ma conception du jeu de rôle. J’ai besoin d’en finir avec l’infobésité. De vivre au lieu d’apprendre. D’expériencer au lieu d’expérimenter.

Ceci dit, le titre de cet article est un tout petit abusif car vous savez que je n’en ai pas fini avec les contenus généralistes sur le jeu de rôle. Si j’en ai définitivement fini avec les articles (déjà, tous les derniers parus dormaient depuis longtemps dans mes brouillons) et que je ne fais quasiment plus de podcasts, je continue à faire une vidéo un peu marrante sur le jeu de rôle par semaine. Mais je ne vois pas ça comme de la théorie, plutôt comme de la vulgarisation. Même si ça viendra intégrer et compléter l’écosystème.

Je suis également obligé de vous (re)parler du Wiki Nonobstant, une encyclopédie en ligne du jeu de rôle à laquelle j’ai beaucoup contribué durant l’année scolaire qui s’est écoulée. C’est le genre d’outils que j’aurais rêvé d’avoir à mes débuts. Cela m’aurait explosé le cerveau et fait gagner un temps précieux, de découvrir ainsi les notions décryptées plutôt que d’avoir à digérer un tas d’articles et de podcasts.

Donc du fond du cœur, je vous invite à consulter cette encyclopédie, je suis persuadé que ça va vous amuser. Et si le cœur vous en dit, si vous trouvez des manques (et il y en a forcément), je vous invite fortement à contribuer. Plus il y a aura d’auteurices d’horizons différents, plus le wiki couvrira mieux la diversité des pratiques et des concepts autour du jeu de rôle en particulier et de la grande famille du roleplay en général.

Voilà.

Je me rends compte que je dresse un bilan très doux de cette expérience. Cela fait du bien parce que ces dernières années, le stress, surtout financier (vivre du jeu de rôle n’est pas une sinécure, surtout quand comme moi vous n’avez vraiment pas le sens des affaires), ont apporté une certaine amertume dans la vision de ma carrière. Là, je suis heureux de fermer cette parenthèse et de l’avoir vécue avec vous. Il y a beaucoup de joie dans le fait de boucler une œuvre.

Fatalement, je pense à ce très beau texte d’un autre de mes mentors, Fabien Hildwein, Une boussole, que je vous invite à consulter pour voir ce que lui a apporté la théorie, ce qu’elle nous apporte.

Je vais donc me taire maintenant un petit peu, et vous laisser (re)découvrir cet écosystème du jeu de rôle vu par mes yeux, à naviguer d’hyperlien en hyperlien à travers une toile de concepts autour de notre passion commune.

Je vous souhaite un puissant sentiment océanique.

Bon deep dive.

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