Ton meilleur ami

TON MEILLEUR AMI

 Dérives de banlieusards sur fond de terreur pour une partie en osmose

 Le jeu : S’échapper des Faubourgs, un cauchemar de poche dans une banlieue hallucinée

 Joué le 16/06/2017 lors de la Tournée Paris est Millevaux 5

(temps de lecture : 5 mn)


Personnages : Arnaud, Zedha, le policier, Arnaud, la chose.


Avertissement : contenu sensible (voir après l’image)

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Apher, cc-by-nc-nd

Contenu sensible : toxicomanie, terrorisme


L’histoire :

 Des tunnels horizontaux et verticaux crépis de toiles d’araignées, par là où Jordan s’est évadé de l’HP.
 Un agent pourchasse un innocent et le tue avec un pistolet opératique.
 Rencontre entre Jordan et un policier, qui lui demande pourquoi il s’est évadé de l’HP (c’est aussi son tuteur légal).
 Un commissariat tout décrépi, les seules lumières viennent des prisons.
 Le bar d’Arnaud, juste avant qu’un type s’y fasse sauter, aujourd’hui tout dégradé, habité de clients fantômes.
 La maternité, envahie par les brumes organiques qui cachent la tête des gens.
 Ils sont poursuivis par l’Agent, le policier le tue et récupère le pistolet opératique.
 Le policier veut amener Jordan au commissariat pour qu’il soit en sécurité, mais quand il y arrive, Jordan n’est plus là, il est reparti. Le commissariat est submergé par une marée de dents issues des cauchemars où on perd ses dents, il arrive à les contenir dans une cellule et à y mettre le feu.
 Rencontre entre Arnaud et Jordan. Les tunnels sont inondés.
 Le quartier où un dealer qui se fait appeler « Ton meilleur ami » fait la loi. La fresque que Jordan y a peinte.
 Le policier se regarde devant la vitre en se rasant. Il a du mal à se reconnaître. Il a échoué a sauver le quartier mais il lui reste Jordan.

 Le quartier du sommeil profond, si rare et difficile à trouver, qu’on ne réalise qu’après coup, juste avant le réveil anxieux qui se nourrit de ton repos. L’insomnie du policier.

 Arnaud et Jordan sont pourchassés par un homme couvert d’une ceinture d’explosifs, c’est Karim le petit frère d’Arnaud. Arnaud le tue et récupère sa carte d’identité.
 On ne peut plus entrer dans le bar. Il y a une masse de débris matériels et humains qui l’entourent. C’est le souffle de l’explosion, suspendu dans le temps.

 Un autre homme les pourchasse. C’est l’homme qui attend le train. Il attend le train depuis toujours, il est perdu dans les quartiers des faubourgs, et le train n’arrive jamais.
 Il se rappelle de Jordan, parce qu’à une époque le policier lui avait décroché un petit job d’intermittent à la gare, Jordan avait un gilet fluo et guidait les gens, çà lui payait sa dope et au bout de trois semaines il a décroché. L’homme qui attend le train le pourchasse, il lui demande où est le train, bien sûr Jordan est incapable de le renseigner, alors il devient violent. Arnaud s’interpose, et l’homme lui décoche un coup de poing qui l’envoie à terre, puis il lui martèle le ventre de coups de pieds. Pris de panique, Jordan s’empare de la tête de l’homme et la frappe contre un mur jusqu’à qu’à être sûr de l’avoir tué. Il récupère son billet de train. C’est un billet pour la destination de nos rêves. Pour l’homme, c’était un billet pour Venise. Pour Jordan, c’est simplement un billet pour ailleurs.
 La mère de Ton meilleur ami, Zedha, est la meilleure femme du monde. Elle a couvert tout son entourage d’attention. Son seul échec, c’est son fils. Et le chagrin l’a plongée dans le coma. Elle se réveille dans les faubourgs. Jordan la découvre. Elle veut retourner dans son quartier, mais Jordan l’en dissuade : elle risque sa vie.
 Jordan parcourt les faubourgs à la recherche de drogue. Il est terriblement en manque. Mais c’est Arnaud qui tombe sur Ton meilleur ami et le tue. Il récupère son jogging Addidas blanc et doré, impeccable malgré la crasse des faubourgs.
 L’homme qui attend le train réapparaît dans la maternité. Au dehors, il y a une horde de manifestants anti-IVG. Ceux-là même qui dans un mouvement de colère ont piétiné jadis la femme enceinte du policier. Ils font irruption dans la maternité et piétinent tous ceux qui sont sur leur passage, y compris l’homme qui attend le train. Il réapparaît à nouveau dans la maternité et cette fois, il se fait manger par la brume.
 Zedha va se réfugier dans le commissariat. Mais les lumières qui forment tous les anciens interrogatoires brutaux créent un mur lumineux insupportable qui l’empêche de sortir : elle est bloquée.
 Dans les tunnels qui se reconfigurent en permanence, Jordan se retrouve en tête à tête avec le policier. Le policier lui dit d’aller à l’échappatoire, là il y a des médocs pour lui, de la méthadone. Il voudrait bien lui donner ses clefs mais une forme d’égoïsme qui le dépasse l’en empêche. Jordan croit comprendre que le policier l’invite à le tuer pour prendre ses clefs. Il hésite, et il réalise qu’il ne peut pas faire ça à la seule personne qui se soit jamais occupée de lui. Alors il sous-entend que c’est plutôt le policier qui devrait s’en aller, qu’il est un fardeau pour lui. Mais le policier se refuse à tuer Jordan. Arrive alors Arnaud. Jordan le prend dans ses bras affectueusement. Et lui brise la nuque.
 Jordan se rend à la maternité. Il trouve la pharmacie. Il enfile le jogging, avale le billet de train et colle la carte d’identité du terroriste sur sa poitrine comme un badge. Il s’entoure d’une ceinture de tubes de médicaments qui évoque une ceinture d’explosifs. Et il avale des comprimés jusqu’à tomber dans le coma. Jusqu’à enfin s’échapper des faubourgs.
 Le policier le rejoint. Il ne trouve plus qu’un tas de cendres dans le jogging. Il y a aussi un papier, où Jordan à écrit : le pistolet. Le policier se saisit du pistolet opératique et se tire dans la tête.
 Lui aussi, il s’est échappé des faubourgs.


Playlist :

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Fréquence Néant, par Baron Oufo, entre dark-ambient, drone et musique minimaliste, voyage au bout de la nuit, voyage au bout de la ville, voyage au bout de sa vie.

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La Cassette Noire, par Clair-Obscur, l’un des cauchemars les plus dérangeants de ma collection.

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All Towers Must Fall, par Phragments. Dark ambient pour monde en friche où sourd une menace industrielle.

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Geisterstadt, par Omega Massif, un post-rock lourd, triste et urbain pour une soirée de fin du monde dans une ville fantôme.

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Time and Space, par Kaosmos, piano au fur et à mesure augmenté de réverb pour la traversée de la désolation.


Retour personnel :

 Une partie vraiment bien réussi malgré un effectif un peu élevé pour le jeu (cinq personnes). L’un des joueurs a décidé de jouer un personnage qui était plus un concept qu’autre chose, tellement conceptuel que je ne me rappelle plus de ce que c’était et qu’il est pour ainsi dire absent de ce compte-rendu : je crois que ce choix n’était pas le meilleur pour un tel jeu où il faut privilégier des personnages (et même des monstres) humains.
 La glauquitude était totalement au rendez-vous. On a manipulé la notion de terrorisme et de décrépitude des banlieues, c’était un peu délicat en jouant près de Paris, mais je pense que tout le monde avait du recul, donc on a évité le malaise.
 Le joueur du policier a essayé de jouer à fond sur la manipulation psychologique à la fois pour maximiser ses chances de parvenir à l’échappatoire mais aussi de participer à la co-construction d’une belle histoire : un objectif qui a ici porté ses fruits sans exploser en plein vol. Il a focalisé son jeu sur la construction d’un lien avec mon personnage (Jordan) avec comme apothéose le moment où il me propose de m’échapper avant lui. Je me retrouve alors devant le choix de le tuer pour compléter mon jeu de clefs ou d’attendre une meilleure opportunité. J’ai un chouette moment de dilemme moral qui m’a forcé à réfléchir à ce que mon personnage déciderait : une posture de jeu assez inhabituelle en ce qui me concerne : poser la question au personnage avant de prendre une décision.

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