Dans la forêt, de Jean Hegland : le meilleur des romans post-apocalyptiques forestiers

Une inspiration Millevaux des plus surprenantes : un récit très contemporain proche de la littérature blanche, deux sœurs adolescentes qui survivent dans la maison parentale au fond des bois, un journal intime à fleur de peau pour une histoire initiatique à la fois crue et libératrice.

[temps de lecture de la critique : 2 mn / temps de lecture du roman : 3h]

Dans la forêt m’a fait l’effet d’une petite bombe.

Parce qu’il est exactement ce que je n’attendais pas d’un roman post-apocalyptique forestier et il est potentiellement tout ce que j’en espérais.

Ici, point de menace surnaturelle nichée au fond des bois ;
point de pillards tribaux dévalant les fossés dans des quads custom ,
point de héros solitaire en chemise de bûcheron qui règle les problèmes à coups de hache en grognant sa désillusion.

Parce que Dans la forêt est une histoire simple et assez réaliste pour nous gratter là où ça fait le plus mal.

Ici, nous suivons la trajectoire de deux sœurs adolescentes suite à l’effondrement. Elles vivent recluses dans la maison de leurs parents, isolée dans les bois de Californie, à cinquante kilomètres de la prochaine ville.

Elles doivent faire face à la disparition de l’électricité, de l’essence, à la guerre civile, à la disparition de leurs parents. Elles continuent à survivre comme si tout le système pouvait redémarrer un jour : ainsi Nell continue à bûcher ses cours dans l’espoir d’intégrer Harvard, et Eva répète ses pas de danses alors qu’elle n’a même plus de lecteur CD pour lui jouer de la musique.

Toutes deux, elles vont devoir faire face aux choses qui s’empirent : les réserves de nourriture qui s’amenuisent, leur relation qui se dégrade, la menace que représentent d’autres survivants s’ils venaient à les trouver. Du monde extérieur, on ne percevra qu’une trame de fond angoissante qui nous évoque étrangement les événements de 2020, tout en nous les faisant beaucoup relativiser.

Ensemble, elles devront puiser dans leurs réserves les plus intimes pour renaître à la vie. Et la forêt, d’abord un environnement hostile, va s’avérer une source de bienfaits.

Il y aurait énormément plus à dire sur ce livre, et ça tombe bien ce livre prend trois-cent pages pour les dire.

Je conviens que c’est assez éloigné du post-apocalyptique forestier que j’évoques avec Millevaux, mais c’est cette distance même qui m’apporte : ici, on évoque les plus menus détails de la survie, on s’ancre dans un point de vue féminin, on fait le parallèle avec des catastrophes précédentes, telles que le génocide des autochtones amérindiens. On ancre dans le réel. Mais de retrouver des thématiques étonnament proches : les horlas et l’oubli seront présents.

Le livre date des années 90 et le décalage est des plus intéressants. Mais j’ai du mal à concevoir le sentiment de perte encore plus intense si cela arrivait dans les années 2020. Et on ressort de cette lecture avec un puissant sentiment de malaise : ça pourrait bien arriver. C’est peut-être en train d’arriver.

Traumavertissement : viol, inceste

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