[Dans le mufle des Vosges] 10. À trop tirer sur la corde

À TROP TIRER SUR LA CORDE

… Quand tout le monde est noué ensemble, impossible de dévider la pelote sans révéler de troublants liens du destin.

Joué / écrit le 18/12/2019

Jeu principal utilisé : L’Empreinte, de Thomas Munier, survivre à une transformation qui nous submerge

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

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crédits : Sam Rayner, cc-by-nc-nd, sur flickr

Contenu sensible : violence sur animaux, menace de violence sur enfant.

Passage précédent :
9. Notre Mère la Truie
Le groupe se serre les coudes à l’heure de la première vraie confrontation avec les Soubise.

Coupure à prévoir :
Même les exorcistes prennent des vacances. Il n’y aura pas de feuilleton durant les fêtes : merci de votre compréhension 🙂

L’histoire :

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Misanthropic Alchemy, par Ramesses, du stoner doom frontal et chimique pour bouillon de culture occulte !

La Soeur Marie-des-Eaux s’acharnait à vouloir défaire ses sangles au plus vite, de peur de manquer la bataille.

« T’es pas si fort que ton père ! », lança la Bernadette en brandissant une croix faite de deux brindilles de coudrier en croix enduites de la cire de bougies de la Saint-Jean. De sa main gauche elle faisait le signe des cornes en direction du paysan.

« Fiche-moi la paix, la Bernadette. J’ai triangulé sur l’Hippolyte, alors si t’agis contre moi, tu l’auras sur la conscience. »

Cette annonce stoppa net la cuisinière. C’était du sérieux.

« Et puis t’es pas si forte non plus. On le sent sur toi qu’t’es partie triquer, t’as gaspillé ton énergie. »

Il pouvait lire en elle comme dans un livre ouvert. Elle jeta du sel béni autour d’elle et sur ses camarades, mais elle n’avait plus l’air d’y croire. Les cochons bouâlaient comme des pendus, et les plus valides d’entre eux couraient déjà se rattrouper autour du fils Soubise.

« ça me revient maintenant, gueula la Soeur Jacqueline à travers le vacarme de la tempête.
J’étais l’une d’entre eux. J’étais une servante de la Mère Truie avant d’être au couvent. Mais à l’époque, elle se nourrissait de luxure. Maintenant, elle se nourrit de violence. De la violence qu’on inflige et de la souffrance qu’on endure. »

Le novice regarda la doyenne comme le Vieux aurait penché ses yeux sur Sodome et Gomorrhe un instant avant de les foudroyer.

Il s’était enfin désanglé, ou plutôt il s’était lourdement laissé tomber de Maurice, et quand il se releva avec son crucifix dans une main et son opinel dans l’autre, il semblait être davantage prêt à en découdre avec l’autre nonne qu’avec le sorcier.

La Soeur Jacqueline était ébranlée, ça se voyait tout ce que ça lui coûtait de faire un tel aveu.

Et le fils Soubise se régalait de ce spectacle.

« Ramène les bêtes, la Madeleine. » Elle cacha son visage pour masquer sa désolation. Elle enleva le lasso de Champo du cou du cochon, et emporta ce dernier avec les autres, sans que le sherpa n’ose rien faire. Il pensait trop à Hippolyte, pris en otage dans ce duel magique.

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Ausserwelt, par Year of No Light, départ pour l’île des morts à bord d’un post-hardcore sans parole.

Le soir, le conseil de guerre était baigné dans la grisaille. Les vitres étaient dégoulinantes de pluie et on voyait à peine les ombres crochues des arbres derrière.

« Je dois vous avouer une chose, lança Champo. C’est moi qui ai lâché les cochons des Soubise. Je pensais que ça nous donnerait des billes.
– Il y a des cochons qui sont morts et l’opprobre est sur nous, tout ça pour rien, asséna la Soeur Marie-des-Eaux.
– Pas tout à fait pour rien, rectifia la Soeur Jacqueline. On a appris des choses.
– Pour sûr, on en a appris, grogna le novice. Mais on en reparlera en tant et en heure. Champo, quand tu es allé dans l’enclos des cochons, est-ce que tu as vu la mère truie ?
– J’ai surtout vu un sacré péteuillot.
– C’est là qu’il va falloir aller. C’est la mère truie qu’il faut voir, je le sais. »

Champo ne demanda pas son reste pour prendre congé. La Soeur Jacqueline resta seule face au regard accusateur de la Soeur Marie-des-Eaux, à sa mâchoire tremblante, au crucifix sur son cache-oeil, absurdement incrusté dans un mandala.

« C’est vous qui m’avez formé à l’exorcisme. Comment avez-vous pu ?
– Qu’est-ce que j’y peux, boûala la Soeur Jacqueline. Qu’est-ce que j’y peux de ce passé ? J’ai cru que j’avais passé toute ma vie au couvent enfermée comme une dinde et voilà qu’un souvenir me revient et qu’y a eu un avant, et que cet avant s’est vécu sous l’emprise d’une créature du diable. Que je croyais juste être une sainte femme qui a parfois des pensées pécheresses et maintenant je découvre que je suis pas mieux que les daraus-darous ou les sotrés qui hantent les bois ! Qu’est-ce que j’y peux si l’enfer s’ouvre sous mes pieds !
– Il n’y a qu’une seule solution : il va falloir vous exorciser. »

C’était hors de question de procéder dans la chambre de l’auberge que le novice jugeait trop souillé par l’influence de la Bernadette. En parler au père Houillon semblait une idée tout aussi malvenue. Et donc l’église leur était interdite.

Alors, sans en parler à Champo, elles sortirent en pleine nuit pour se rendre à la Chapelotte.

Quelque part, le novice fit preuve d’une grande confiance en cette doyenne corrompue puisqu’il la laissa le sangler sur Maurice et conduire leur convoi par les sentiers communaux en direction de la Grande Fosse.

Sur le trajet, sous le bombardement narquois de la pluie, il récita des versets de l’Apocalypse comme pour conjurer le mauvais sort :

« Que l’Homme reconnaisse ses erreurs et se prosterne devant le Nom du Très-Haut ! Que l’homme arrache sa chemise et la femme rejette ses bijoux. Qu’ils pleurent d’avoir détourné leur regard de la face de Dieu pour adorer le Veau d’Or. Qu’ils pleurent d’avoir mangé la manne qu’ils avaient eux-mêmes faite pousser avec l’aide du Démon, plutôt que de boire l’eau claire et les maigres fruits que Dieu leur offrait. Qu’ils pleurent d’avoir laissé le frère devenir un démon, et le démon devenir un frère. Qu’ils pleurent d’avoir sacrifié le Bouc Noir à de fausses idoles, car alors le Bouc Noir reviendra les hanter, il les prendra et forniquera avec eux et fera d’eux pires qu’un bouc et ils porteront en leur ventre son engeance fétide qui viendra se répandre sur la Terre. »

C’est un Maurice transi qui les monta le long de la Grande Fosse, entre les quelques maisons sous les chênes d’où sortaient un peu de lueur. Et sous leurs pieds, à la lumière des fenêtres ou celle de la torche, on voyait s’épanouir, qui n’avait pas été là lors du retour de la veillée : des droséras géantes qui avaient essaimé depuis les Feugnottes.

Et quand elles arrivèrent, un sommet plus loin, au pied de la Chapelotte, elles seraient déjà à moitié mortes de pneumonie si elles avaient été de moins bonne constitution.

La Soeur Marie-des-Eaux dut crocheter la porte de la bâtisse pour les faire entrer, tandis que Maurice s’abreuvait à la fontaine. Le toit était éventré et c’était donc le déluge aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. La Soeur Jacqueline alluma un cercle de bougies autour d’elles. La Soeur Marie-des-Eaux enleva les mousses et les champignons qui avaient poussé sur le tabernacle. Elle en sortit le calice, et le remplit à la fontaine puis en bénit l’eau.

Tous les gestes de la Soeur Marie-des-Eaux étaient ceux d’un pantin prêt à s’effondrer. Il attacha aux bancs la Soeur Jacqueline avec la corde que leur avait offerte Basile : car en cas de crise démoniaque, le novice n’aurait pas la force de la contenir.

Puis elles prièrent ensemble :

« Très glorieux Prince des Armées Célestes, Saint-Michel Archange, défendez-nous dans le combat contre les principautés et les puissances, contre les chefs de ce monde de ténèbres, contre les esprits de malice répandus dans les airs. Venez en aide aux hommes que le Vieux a fait à son image et à sa ressemblance, et rachetés à si haut prix de la tyrannie du Démon. C’est vous que la Sainte Eglise vénère comme son gardien et son protecteur : vous à qui le Vieux a confié les âmes rachetées, pour les introduire dans la céleste félicité. Conjurez le Vieux de Paix pour qu’il écrase Satan sous nos pieds, afin de lui enlever tout pouvoir de retenir encore les hommes captifs, et de nuire à l’Eglise. Présentez au Très-Vieux nos prières, afin que, bien vite, descendent sur nous les miséricordes du Seigneur ; et saisissez-vous même l’antique Bouc Noir, qui n’est autre que le Diable ou Satan, pour le précipiter enchaîné dans les abîmes, en sorte qu’il ne puisse jamais séduire les Nations.

Au nom du Vieux, de son fils Jésus-Cuit, et de l’Esprit-Chou, Amen. »

Au-dehors, la pluie avait tourné en tornade et ébranlait les murs fissurés de la Chapelotte. Maurice bouâlait à la mort. La Soeur Jacqueline était puisée des pieds à la tête, étant située juste sous le trou du toit.

Toutes deux pleuraient dans un acte de contrition réelle.

« Bénissez-moi mon Vieux car j’ai péché. J’ai fomonté le voeu de t’abandonner, Soeur Jacqueline, et pour tout dire de laisser tomber le voile. Et je vais me racheter en t’exorcisant et en allant affronter la Mère Truie au nom de la Sainte Eglise. »

« Bénissez-moi mon Vieux car j’ai péché, sanglota la Soeur Jacqueline. J’ai forniqué avec la Mère Truie par le passé et j’ai forniqué avec la Bernadette par le présent. Je suis la plus pécheresse de mes brebis et je me racheter en endurant cet exorcisme, en rejetant la Bernadette et en allant affronter la Mère Truie au nom de la Sainte Eglise ! Soeur Marie, je m’en veux, je m’en veux tellement !

– Le Vieux t’absout si ton repentir est sincère. Maintenant tu sais pour m’avoir toi-même formé que dans ton cas un simple exorcisme ne suffit pas, et tu sais ce que je vais être obligée de faire.

– Je le sais. Procède ma Soeur. »

A genoux, la Soeur Jacqueline écarta tunique, dévoilant ses seins lourds à la douche de la tornade alors que la Soeur Marie-des-Eaux s’approchait avec l’opinel.

Alors qu’il lui grava une croix sur la poitrine avec sa lame, elle hurla d’une façon qui ne l’avait jamais saisie de la sorte, ce fut d’abord un long cri de souffrance désarticulé qui poussa Maurice à défoncer la porte de la Chapelotte avec sa tête, puis un couinement visqueux qui lui venait d’outre-gorge.

Elle s’écroula les mains au sol. Son dos était agité de spasmes et la Soeur Marie-des-Eaux les soutint à la fois pour l’aider et pour prévenir toute tentative d’agression de sa part.

La doyenne hoquetait et éructait de plus en plus fort, et enfin elle vomit quelque chose sur le dallage.

Et c’était si hideux et contre-nature, que le sang de la Soeur Marie-des-Eaux n’en fit qu’un tour. Elle en oublia toute compassion à l’égard des créatures de Dieu et écrasa ce que la doyenne avait recraché à grand coup de tabernacle.

Ainsi donc, depuis tout ce temps, ce qui n’était maintenant plus qu’une masse de chair éclatée, ça avait vécu à l’intérieur de la Soeur Jacqueline.

Un foetus de porc aveugle et rempli de merde sous sa peau translucide.

La Soeur Marie-des-Eaux fit ce qu’il ne faisait jamais avec personne. Il prit la Soeur Jacqueline dans ses bras.

Dehors, Maurice brairait à n’en plus pouvoir.

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Lisieux, par Lisieux, du néo-folk, une guitare entêtante, un chant féminin vaporeux, la forêt qui se referme sur elle. Bienveillante… ou non ?

Dans la texture de la nuit à peine détricotée par cette presque-aube, Champo ne se repérait plus qu’au grondement du Ru Migaille gonflé par la crue. Il avait vu des lueurs danser par la porte de sa yourte, et il était sorti dans le péteuillot et avait remonté le Ru Migaille pour en savoir plus.

Et c’est sur les berges, en direction de l’Etang Lallemand qu’il la vit, au milieu des epicéas gluants. Elle était placée au centre d’un cercle de cailloux encadré par trois lanternes et la flotte du matin plaquait ses cheveux noirs et gris sur son visage. Elle avait des clous fichés dans les narines, les lobes des oreilles et sous les lèvres. Malgré ces ténèbres où le matin peinait à percer et où l’inondation perdait tous les sens, on percevait d’elle une forte odeur de plumes mouillées.

« Qui êtes-vous ? »
Elle avait une voix de gravier.
 » Qui je suis n’a pas la moindre importance. Je suis venue pour vous parler.
– Qu’est-ce que vous m’voulez ?
– Je veux savoir ce que vous voulez aux Soubise. »

Champo hésita. Il sentait qu’il avait affaire à forte partie, qu’il marchait sur des oeufs.

« Nous ne voulons pas de mal aux Soubise. Nous voulons les libérer, au contraire.
– Les libérer de quoi ?
– Pourquoi je vous le dirais ?
– Parce que vous n’êtes pas en position de négocier.
– Oh et puis vinrat… On veut les libérer de la Mère Truie.
– Vous n’êtes pas de taille à tuer la Mère Truie. Personne ne l’est.
– Qu’importe. On veut pas qu’elle meure. On veut qu’elle laisse les Soubise en paix, et puis le village avec ça.
– Entendu. Cela me paraît raisonnable. Nous ne vous entraverons pas.
– Mais vinrat, qui êtes-vous ? »

Elle n’était plus là.

Des feuilles mortes volaient dans les courants d’air.

« Pourquoi vous partez de l’auberge ? Je vous ai aidées ! »
La Bernadette n’avait que la Soeur Jacqueline pour interlocutrice dans la cuisine. La Soeur Marie-des-Eaux était déjà partie atteler Maurice. Elle tenait le morceau de bois du confessionnal en pendentif dans sa main et l’approcha de la joue de la nonne.

La Soeur Jacqueline la repoussa doucement.

« Je vais te dire pourquoi nous partons, vraiment.
Tu aurais pu m’avoir. Il aurait suffi de le demander. Je me serais damnée pour toi.
Mais tu ne m’as pas demandé. Tu as préféré forcer ta chance. Alors c’est fini et je m’en vais.
– Mais tu vas souffrir le martyr. Ce que j’ai fait, je ne peux le défaire.
– Oui, je vais souffrir et ce sera ma pénitence. Et toi tu seras seule et ce sera la tienne. »

La nonne tourna les talons trop vite pour voir que la cuisinière pleurait. Elle essuya ces lunettes et renifla.

Je t’ai demandé. C’est juste que je l’ai fait avec les seuls mots que je connaisse.

Champo était totalement déboussolé. Quand sa tournée des enfants passa devant l’auberge du Pont des Fées, il fit ce qu’il s’était toujours interdit. Il laissa les gamins encordés sur la place et alla à l’auberge prendre des nouvelles des nonnes et donner des siennes.

Il y avait sur cette grand-place, à côté de l’abri (qu’on appelait l’Abri d’Ici) tout rammoli par la moisissure et presque désossé par les tempêtes d’automne, un tas de choux pourris, la dernière récolte des Domange qui n’avait pas été une réussite.

Et quand Champo revint de sa rapide défection, il comprit qu’il avait laissé les gamins trop longtemps sous surveillance. Sous l’abri, il y avait l’Hippolyte Soubise et les filles et les garçons lui lançaient des choux pourris à la tête.

« Des choux pour les Soubise ! Des choux pour les Soubise ! Qui savent pas garder leurs cochons ! Qui ont des vaches folles ! Des choux pour les Soubise ! »

Et le petit encaissait sans bouger, avec un visage tout rond autour de ses grands yeux et sous la crasse. Un visage qui exprimait toute la détresse du monde sans rien montrer pourtant. Un visage de plus en plus couvert de chou pourri.

Champo fit encore une chose qu’il n’avait jamais faite, il chopa deux gamins aux hasard, la Germaine Fournier et le Cyrille Chaudy, et il leur flanqua des taloches qui auraient assomé un yak.

En fait, le seul à ne pas pleurer ce matin-là, ce fut l’Hippolyte.

Lexique :

être parti(e) triquer : commettre l’acte sexuel (sens fort), vagabonder avec de mauvaises fréquentations (sens faible)
péteuillot : gadoue, pétaudière
darau-darou : loup-garou
puisé(e) : trempé(e)
ru : petit ruisseau.

Notes liées aux règles de L’Empreinte :

Menace : une Déité Horla (la Mère Truie)
Lieu de départ : Les Voivres
Avancement :
Acte I – Introspection + Tentation + Agression
Acte II – Introspection + Tentation + Agression
Acte III – Introspection + Tentation + Agression
Acte IV – Introspection + Tentation

Bilan :

Un dixième épisode, mine de rien c’est symbolique. Déjà, j’ai la satisfaction d’être allé jusque là, mais aussi ça veut dire que j’ai fait un cinquième de mon projet de roman, ce que j’estime honorable (j’ai prévu de feuilletonner pendant un an, à voir si je fais d’autres coupures que celles des fêtes de fin d’année, et si oui si je les rattrappe, mais en gros on va tourner entre 45 et 50 épisodes). Je pense qu’on va en avoir facilement sous la pédale pour tout un roman (au vu des notes qui s’empilent déjà et de la profusion de systèmes et d’aides de jeu que je n’ai pas encore testés), donc c’est encourageant.

Lors de cette troisième scène d’agression, j’ai concédé très facilement la victoire à Soubise. Je me suis arrêté à un dé par personnage, craignant d’accumuler les empreintes. (Pour tout dire, initialement j’avais noté un dé de traumatisme pour l’aveu de Soeur Jacqueline, mais je l’ai finalement requalifié en dé de vocation, ce qui était acceptable aussi et m’évitait une empreinte automatique). Du côté de la menace, j’avais aussi trois dés, mais j’aurais pu monter jusqu’à 6. J’avais prévu de le faire en cas d’échec au jet de dé (m’autorisant une escalade, ce qui est possible avec L’Empreinte), mais je n’en ai pas besoin, totalisant un score de 8 contre un magnifique triple 1 pour les exorcistes…

Las ! Tout le monde chez les exorcistes est trop amoché pour s’entêter davantage et je veux en garder sous la pédale pour l’acte IV, qui s’annonce très dur, car j’ai prévu la défection de la Soeur Jacqueline lors de la scène d’agression. Le pronostic est noir : perte de personnages ou triomphe total de la Mère Truie.

Cette partie voit un petit retour des règles des Exorcistes, puisque j’ai calqué la marche à suivre pour l’exorcisme de la Soeur Jacqueline. Cette scène est d’ailleurs tout à fait inopinée, je ne l’avais pas prévu, mais suite à la révélation de la Soeur Jacqueline, il m’a paru normal 1) qu’il y ait une discussion avec la Soeur Marie-des-Eaux 2) que la seule solution envisageable soit l’exorcisme.

Tirage d’aide de jeu : Nervure (une fois) + Muses et Oracles (une fois)

Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article

Modifications : une empreinte de la Soeur Jacqueline est guérie + une nouvelle empreinte pour Champo : allié des Corax.

[Dans le mufle des Vosges] 9. Notre Mère la Truie

NOTRE MÈRE LA TRUIE

Le groupe se serre les coudes à l’heure de la première vraie confrontation avec les Soubise.

Joué / écrit le 13/12/2019

Jeu principal utilisé : L’Empreinte, de Thomas Munier, survivre à une transformation qui nous submerge

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

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crédits : anonyme, domaine public


Contenu sensible : cruauté envers les animaux, violences domestiques, stigmatisation

Passage précédent :
8. La veillée
Un épisode entre le recueillement et la fureur, où les liens entre les exorcistes se resserrent sous la menace grandissante.

L’histoire :

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Truth Becomes Death, par Nadja, chef d’œuvre du drone musical pour un parcours alchimique absolu, du plus léger au plus lourd.

La soeur Jacqueline pétrissait la cire de la bougie entre ses doigts crochus. Elle pensait à la Bernadette. En fait, elle ne pensait plus qu’à elle, et ça la brûlait, ça la brûlait. Elle n’arrivait même plus à penser à prier le Vieux, tout ce qui lui venait était des prières païennes dédiées à la cuisinière.

Aussi participait-elle d’une oreille distraite au conseil de guerre réalisé dans la chambrée ce soir-là en compagnie de Champo.

Les ténèbres étaient visqueuses et le froid réduisait les os en bouillie. Dehors on n’entendait que le feulement du vent et des branches brisées venaient frapper les vitres.

Champo méditait : « C’est drôle… Le chapelet du Basile, avec ses noeuds de cordelette, ça m’a fait penser à un cordon ombilical…
– Comme votre cordée pour les enfants, renchérit la Soeur Jacqueline…
– C’est comme si le Basile était obsédé par un motif… Presque possédé par lui… ça devrait vous parler à vous, les exorcistes… »

La Soeur Marie-des-Eaux lâcha du lourd :
« Quel genre de prédateur faut-il craindre le plus en ce moment ? »
La Soeur Jacqueline ferma bien sa gueule.
« J’ai l’impression de ne plus reconnaître mon village, fit Champo. Il faut se méfier de tout, de tout le monde. En fait, je vais finir à me ranger à votre avis, Soeur Marie-des-Eaux : il y a quelque chose qui cloche avec les Soubise. Je me demande bien ce qu’y broyent.
– Et bien moi je vous le dis : le problème chez les Soubise, c’est leurs cochons.
– J’croyais qu’vous aimiez les bêtes.
– Peut-être, mais toutes les bêtes ne nous aiment pas. Et toutes ne sont pas des humbles créatures du Vieux, on dirait.
– Cela me rappelle, fit la Soeur Jacqueline, finalement ravie qu’on ait éludé le sujet de la sorcellerie, la parabole où Jésus-Cuit, rendu au coeur d’une forêt païenne, dut exorciser cet homme possédé par le démon Légion. Il dût fractionner l’esprit maléfique dans le corps de mille cochons qu’il fit précipiter du haut d’une falaise. Ainsi périt Légion avec la chute de tous ces porcs.
– Ainsi donc nous vîmes pour ce qui semblait être une non-affaire et nous voilà à affronter Légion en personne. Il va falloir beaucoup de travail. Champo, vous pouvez disposer, nous avons à prier.
– Alors je prierai aussi de mon côté. »

(Ecouter la parabole du troupeau de porcs, Luc 8, 27-39)

Ce soir-là, la main du novice trembla sur le carnet mémographique, et quand il eut lâché son calame pour la troisème fois, la Soeur Jacqueline le prit en pitié et rédigea les pensées du jour à sa place. Ce faisant, elle ne pensait qu’à la Bernadette, elle se fit violence pour ne pas écrire son nom.

Et comme le novice était toujours à bout de forces, elle récita aussi l’Apocalypse à sa place, de sa voix douce faite pour l’amour et qui se retrouvait à énoncer les horreurs profératoires de cet évangile :

« Car une fois que l’Homme a festoyé du fruit pourri du Démon, le Démon a festoyé de l’Homme. Il a mangé son corps et le corps des bêtes et des choses qui étaient au service de l’Homme, et leur a donné son apparence. Et tous ses enfants, les mille et les mille démons, se sont répandus dans la forêt et dans les caches des Hommes. Et ils tourmentent les Hommes, ils les chassent, ils les mangent, et les pires d’entre eux les cajolent et les séduisent et leurs offrent de nouveaux fruits pourris. »

Puis ce fut le caveau de la nuit, où la Soeur Marie-des-Eaux se débattait dans son sommeil comme dans une cage de chair meurtrie.

Il avait frôlé la mort sous les fléaux des paysans et c’est dans le fracas des os brisés et des chairs éclatées que la pulpe des souvenirs éclôt.

Les derniers souvenirs d’une enfance heureuse. La tête d’un lièvre émerge d’un terrier. L’enfant l’adopte et le baptise : Oreilles. L’animal se laisse apprivoiser. Accepte les panais et les tubercules. Il la suit partout en bondissant dans les fourrés. Il est gros et poilu et ils dorment ensemble le soir dans le campement, auprès du feu. Il frémit des narines et ses yeux noirs racontent beaucoup de choses, et il laisse des petites crottes rondes et sèches dans ses couvertures, cet idiot.

Il y a ce jour du grand départ. Dans la marmite accrochée au-dessus du feu, une odeur de chair et de vin cuit. La Marie, qui n’est pas encore la Marie-des-Eaux et encore moins la Soeur Marie-des-Eaux, se régale de la pitance, une viande qui fond sous la langue, des petits os qu’on suce avant de planter dans la terre.

Il demande à ses parents : « Il est où Oreilles ?
– Il fallait qu’on prenne des forces pour le grand départ. Oreilles, on vient de le manger. »

Encore une nuit à se réveiller en sursaut, comme une apnée mal gérée.
La Soeur Jacqueline n’est plus là. Elle est allée rejoindre la Bernadette dans sa chambre. Cette nuit-là encore, elles commettent le péché.

Quand la doyenne rentra à nus pied dans le chambre à pas de loup, le novice s’en rendit bien compte. Il n’avait pas fermé l’oeil depuis.

Autant dire que le petit déjeuner fut des plus maussades. La Soeur Marie-des-Eaux ne toucha ni au vin chaud ni au Géromé qui coulait tout en odeur sur son assiette, une porcelaine naïve vendue par l’Oncle Mougeot. La Soeur Jacqueline engloutissait son dû sans mot dire.

« Vous faites toujours la tête », remarqua la Bernadette qui elle irradiait des chaleurs de cette nuit.
– ça ne vous regarde pas, répondit la Soeur Marie-des-Eaux
– Je sais ce qui vous tracasse, mais vous essayez d’y répondre par le déni et ça ne peut pas marcher. Un trauma oublié continue de nuire alors même que vous ne vous en souvenez plus. C’est comme une blessure guérie en surface mais infectée à l’intérieur. Il faudra me laisser regarder ça.
– Je n’ai que faire de vos auscultations et de votre charité.
– Ne m’en veuillez pas, et soyons amies, d’ailleurs de votre côté vous m’avez toujours apporté ce que je vous ai demandé, c’est que vous savez que je peux vous aider, et c’est ce que je vais faire. Si je ne peux vous toucher en personne, je vous aiderai dans vos projets d’exorcisme. »

Elle transportait l’odeur du vin chaud, de la cannelle et des sudations d’amour. La Soeur Jacqueline ne sentait plus son corps.

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Sphere from the woods, par Empusae, de l’ambient ritualiste pour un parcours animiste dans la forêt des rêves perdus.

Elles sortirent par le bar pour aller faire leur tournée quotidienne des indigents. Vauthier les salua d’un coude levé au passage, avec son sourire de poivrot qui lui tordait la moustache et ses habits jaunes tous tachés aux manches. Il avait l’air de bien se marrer.

Dehors, c’est là, en grand, marqué au charbon de bois sur le mur de l’auberge.

Un dessin obscène dont on devinait tout de suite le destinataire.

Un malappris avait grossièrement dessiné une truie en cornette qui filait la quenouille.

« Les gens au village doivent penser qu’on devrait passer notre temps à coudre et à ravauder comme les autres moniales au couvent. Ils vont être déçus. Allez, assez brézaillé. », grinça la Soeur Marie des Eaux en balançant ses deux béquilles en avant.

La Soeur Jacqueline disait rien, elle avait le feu partout au-dedans d’elle, comme si des épines lui poussaient. Dans sa tête, c’était sûr, la truie qu’on représentait, c’était elle.

Alors qu’elles remontaient la grand-rue, elles trouvèrent le Nono Elie sur son tracteur tournant au ralenti comme un veau à l’agonie. Il couârait avec le Sibylle Henriquet et alpagua les nonnes au passage : « Vous savez pas quoi ? J’ai vu les cochons des Soubise. Ils se sont lâchés partout dans les Faignottes. »

La Soeur Marie-des-Eaux fixa la doyenne, puis lui murmura :
« Là, il y a un coup à jouer. On va en savoir plus. »

Elles redescendirent à l’auberge pour aller chercher Maurice. Au passage, Champo qui avait fini sa tournée de l’école, se proposa de les accompagner. Sur le pas de la porte, la Bernadette leur demanda ce qu’ils bassottaient, et quand elle apprit la nouvelle, elle leur fit :
« J’ai dit que je vous aiderai. Il faut que je vienne avec vous. Le Père Soubise était mon maître, alors je crois que vous dois bien ça. »

Le novice insista pour qu’on le sangle à Maurice et que tout le monde pressa le pas : il s’agissait de prendre les Soubise de vitesse. Champo proposa de demander au Nono Elie de les charger sur le tracteur, mais cette option fut rejetée : hors de question de se faire conduire par l’un des pires cancaniers du village.

Bien sûr, hâter le pas dans la terre humectée de l’automne fut un calvaire. Le raccourci passait par le cimetière. Plusieurs croix étaient ornées de filaments de corde qui s’étaient prises dans les ferronneries durant la tempête de la nuit, ça faisait comme des bandeaux de prière accrochés aux sépultures, où comme des mousses prises dans les arbres : ornement ou parasite ?

Maurice était bien moins que motivé pour monter la côté boueuse, il renâclait comme toujours lorsqu’il était animé d’un mauvais pressentiment, il fallait s’y prendre à trois pour tirer sa longe, tandis que la Soeur Marie-des-Eaux lui sussurait tout ce qu’elle pouvait de rassurant à l’oreille.

Il y avait des branches partout en travers du sentier, que Champo devait écarter d’un bâton, et même des troncs tombés de la veille. Décidément, le village n’était qu’un ridicule îlot de civilisation au milieu de l’enfer vert.

« Dites, Feugnottes, ça veut pas dire sphaignes ?, demanda la Soeur Jacqueline.
– Si, répondit Champo. Les Feugnottes c’est de la tourbière. Et les cochons vont s’embourber si on les sort pas de là. »

Déjà sur tout le chemin les bêtes avaient labouré la glaise de leurs sabots.

Quand ils achevèrent leur pénible ascension, la Bernadette s’exclama : « Il fait un vent à décorner les cocus ! »

Aux Feugnottes, les arbres étaient plus rares, ce n’était plus que des conifères gras d’humidité qui plongeait leurs racines dans la mollesse du sol. La terre de sphaignes vertes, jaunes et rouges s’étendait entre les roches et les rus qui veinaient la tourbière. Des droséras géantes avaient englué des porcelets imprudents et entamaient lentement leur digestion.

Les cochons étaient bien là, pataugeant dans la masse noire et spongieuse de la tourbe. Certains s’enfonçait et leurs efforts pour s’en sortir ne faisaient qu’accélérer leur absorption. Qu’avaient-ils donc à fuire pour s’être ainsi réfugiés dans un tel endroit. Les autres étaient comme fous enragés, ils s’entredévoraient les oreilles et la queue.

La Soeur Jacqueline porta un mouchoir à sa bouche. Le troupeau schlinguait et la vue d’un tel péteuillot retournait les sens.

Champo fit tournoyer son lasso. Il avait en tête de capturer le meneur pour reconduire les autres à la ferme, mais ça semblait une tâche impossible : les porcs sont bien moins dociles que des vaches. Le novice se contentait d’observer, à l’affut du moindre indice pour comprendre Légion.

C’est alors que Madeleine Soubise arriva derrière eux, tout en bottes et en fichu, crottée des pieds à la tête. Le vent plaquait ses cheveux gras sur son front.
« Qu’est-ce que vous faites là ? Laissez-moi gérer ce problème ?
– Madeleine, on peut vous aider ! Il faut que vous nous expliquiez ce qui se passe ! », lança le novice.

Il fallait bouâler pour se faire comprendre, entre la tornade et les hurlements  des porcs.

« Vous ne pouvez rien faire pour moi, alors laissez-moi rentrer les cochons, sinon je vais me faire battre !
– Madeleine, hier vous m’avez demandé de vous emmener avec nous. J’ai refusé, mais en fait vous pouvez encore vous enfuir ! Nous allons rester ici, mais Champo vous conduira à travers la forêt !
– Je peux pas ! Je suis nouée ici !
– Comment ça ?
– Le Père Soubise il a un voult à mon effigie, et le voult il est contraint avec des liens ! Je ne peux pas m’enfuir ! »

Les nonnes virent le visage de la Bernadette se figer. Elles surent alors que la cuisinière comprenait tout à fait ce qui était à l’oeuvre.

Un vent de panique souffla sur le troupeau et les porcs qui n’étaient pas encore les quatre pattes dans la tourbe s’égayèrent dans tous les sens, bousculant la Soeur Jacqueline et Champo au passage.

« Qu’est-ce que tu bassottes à couârer avec ceux-là, la Madeleine ? »

Le Fils Soubise (comprendre, le mari de Madeleine) était arrivé. Il était en cotte et en sabots, dans un tenue de fermier qui portait les salissures de toute une vie, il avait sa fourche. Le pire, c’est qu’il n’avait pas une tête de mauvaise bougre. Ses cheveux et ses sourcils noirs et frisés, sa bouille ronde et rouge lui donnaient un air de bon vivant. Malgré les rafales, on sentait sur lui une odeur de vache et de cochon qui vous flinguait les narines.

« C’est foutu, siffla la Soeur Marie-des-Eaux aux autres. Tout ce qu’on peut essayer de faire, c’est capturer un cochon pour l’examiner. »

Champo, bien qu’endolori par sa chute, lança aussitôt un lasso sur le premier pourceau venu.

Le Fils Soubise sortit de son manteau un chapelet de patates pourries nouées entre elles par une cordelette, et percées de clous de girofle. Il les égraina et comme par effet de conséquence, les bestiaux commencèrent à se rattrouper autour de lui, bien qu’à contre-coeur.

Lexique :

Broyer : faire, fabriquer
Géromé : variante vosgienne du fromage de Munster.
Brézailler : rester oisif, lambiner, travailler mal ou lentement.
Bassotter : tourner en rond, avoir des gestes empesés ou maladroits
ru : petit ruisseau
schlinguer : puer
péteuillot : pétaudière, gadoue
boûaler : gueuler

Notes liées aux règles de L’Empreinte :

Menace : une Déité Horla (la Mère Truie)
Lieu de départ : Les Voivres
Avancement :
Acte I – Introspection + Tentation + Agression
Acte II – Introspection + Tentation + Agression
Acte III – Introspection + Tentation + Agression (en cours)

Bilan :

Je sens que le côté littéraire prend le pas sur le côté rôliste. A mi-temps d’écriture, je n’ai encore pas du tout utilisé les procédures de l’Empreinte, ne faisant que des scènes en dehors des trois scènes type du jeu. Je n’ai fait qu’un tirage d’aide de jeu (Nervure) (un autre tirage, cette fois-ci d’Oriente, interviendra sur la fin de la session, suscitant la scène du cimetière). En revanche, j’ai exploité la règle d’Ecorce (un choc qui vous fait frôler la mort = un flachebacque) pour raconter un souvenir de la Soeur Marie-des-Eaux, le dit souvenir ayant été fabriqué il y a quelques temps en tirant le passé des personnages avec Session Zéro. Rajoutons évidemment la routine mémographique du soir, avec un extrait de l’Apocalypse de Millevaux. Mais j’ai surtout utilisé mes notes prises en cours de semaine, et fait tourner la logique interne des personnages. Qu’à cela ne tienne, l’aspect rôliste n’est pas une obligation, c’est avant tout une béquille, quand je peux m’en passer, je m’en passe.

Il faut également que je vous explique que mon écriture est assez lente. J’ai beau me dire que c’est un premier jet, je fais beaucoup de vérifications à la volée, sur le lexique vosgiens, ou sur la topographie des Voivres (je suis allé faire un tour sur Géoportail aujourd’hui), histoire de donner une épaisseur à la chose. Précaution qui serait superflue si on était sur une simple partie de jeu de rôle, où je fais volontiers des entorses à la vraisemblance pour aller plus vite ou pour les besoins de l’histoire.

Au final, à la fin de cette épisode, j’ai seulement commencé la scène d’agression ! J’ai juste lancé deux dés, donc on poursuivra le lancer de dés au début du feuilleton suivant…

Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article

La suite :

10. À trop tirer sur la corde
… Quand tout le monde est noué ensemble, impossible de dévider la pelote sans révéler de troublants liens du destin.

Jouer en trente minutes chrono !

J’ai un projet d’actual play sur des sessions de trente minutes et à cette occasion, il serait temps que je pose un peu par écrit les bases pour obtenir une partie de jeu de rôle satisfaisante en un chrono aussi court.

source : Internet Archive Book Images, domaine public

Je suis déjà familier de l’exercice, ayant fait beaucoup de parties courtes avec Millevaux Sombre Zéro, Inflorenza Minima, Dragonfly Motel, Millevaux choc en retour ou Oriente et en règle générale, jouer tambour battant a toujours été une préoccupation pour moi. Mais pour autant, je n’ai jamais vraiment conceptualisé une façon de faire. Il me faut poser une structure, pour reprendre les termes de Mathieu Minne.

Pour aller plus loin :
Thomas Munier, La gestion du rythme et du temps, sur Courants Alternatifs
Podcast de la Cellule : La Structure.
Thomas Munier, Hurler dans les forêts zéro, recueil de scénarios courts pour Millevaux Sombre Zéro.

Le mieux serait de commencer par vous parler du récent essai Mener en 30 minutes, par Kalwrynn

Sa démarche a pour but de proposer des séances d’initiation en convention qui soient percutantes. Voici comment on peut la résumer :

  • du jeu coopératif, ce qui accélère les processus.
  • des règles oui, mais simplissimes.
  • Gérer par un « oui mais » toute situation non couverte par les règles.
  • demander à la table quels sont leurs genres fictionnels de référence, et improviser une partie autour (on ne perd pas de temps à expliquer le contexte)
  • En cas de scénario tout prêt, savoir le pitcher en une ligne
  • Une introduction in media res + une péripétie + un climax
  • Limiter l’action dans un huis-clos
  • Un seul échange roleplay complexe par séance.
  • Jouer les combats en ou deux tours
  • Faire des coupures cut et des ellipses.

Notez qu’il y a un air de famille entre ces méthodes et celles de Sombre Zéro. Sachant que Batronoban a été consultant sur ce guide et qu’il connaît bien Sombre (pour avoir notamment crée un supplément pour ce jeu), je suppose qu’il y a eu de l’inspiration. On rappelera ici l’existence du jeu de rôle Sandbucket, par Guillaume Jentey et Matthieu B., qui propose faire de la sword sorcery enlevée… en pile poil trente minutes chrono.

Un point qui me paraît important à rappeler ensuite, c’est l’impératif de simplicité des personnages. Même avec des prétirés, il faut que les personnages tiennent en très peu d’infos narratives et techniques. Commencer sans personnage (il se construira au fur et à mesure) ou en se jouant soi-même ou un personnage ultraconnus (Batman, Fifi Brindacier…) me semblent les aboutissements de cette approche.

On pourrait penser qu’avec un défi aussi complexe (jouer en 30 minutes), il n’y a pas trente-six solutions. Pourtant, For the Queen réussit le même pari avec un gameplay radicalement différent. Absence de règles de résolution, absence d’univers préalable, explication à lire sur une carte, et série de questions-réponses. Ajoutez-y un chrono de trente minutes avant de poser la question finale et vous y êtes.

Dans le cadre de notre émission, nous allons sûrement faire des jeux sans MJ, à deux ou trois. Voici les règles que je m’imagine ajouter pour coller à ce défi particulier :

  • On discute au préalable de ce qu’on veut pour la fiction et quel aspect radiophonique on recherche.
  • Ne pas réfléchir avant d’agir ou de parler, privilégier le contenu spontané.
  • On ne perd pas de temps à faire valider ses propositions par les autres. On dit quelque chose, et paf ça existe, c’est accepté d’office par les autres qui rebondissent dessus même si la proposition est jugée maladroite (testé à Dragonfly Motel, ou en effet on obtient des parties vertigineuses en trente minutes).
  • On évite à tout prix d’empiler les faits et les rebondissements, on recycle ce qui a déjà été dit.
  • On conserve l’intro in média res + péripétie + climax dans la mesure où c’est compatible avec le jeu utilisé (ça ne fonctionnerait pas avec un Happy Together, qui est le genre de jeu susceptible d’être joué dans notre émission).
  • On limite le nombre de figurants et de décors au strict nécessaire.
  • On met trois alarmes : une à 10 mn, une à 20 mn, une à 30.
  • On envisage au départ de simplifier les systèmes utilisés, ou en se garde la possibilité de le faire à la volée, ou de faire une conclusion narrative alors qu’il aurait fallu lancer les dés.
  • On se limite à un seul lancer de dés ou une seule boucle de gameplay.
  • On s’accorde de jouer la réduction d’une partie : donc on résume des scènes qui auraient dû être jouées pleinement avec le système. Par exemple, dans Happy Together, il faut accumuler une demi-douzaine de scènes pour cocher ses qualités et les dépenser ensuite : ici on se contenterait d’une ou deux scènes, puis on considérerait toutes les qualités comme cochées. Bref, on fait évoluer artificiellement les jauges.
  • Utiliser les signes gestuels pour ce qui relève de la sécurité émotionnelle et de la mise en scène

Pour aller plus loin :
Felondra, Les Signes Gestuels : petit mode d’emploi sur Une Pincée de Fel

L’objectif, c’est zéro montage. C’est bien plus simple de vraiment jouer en trente minutes plutôt que de jouer une heure et faire ensuite de fastidieuses coupes dans l’audio.

Je vous quitte avec le sentiment qu’il resterait des choses à dire et à inventer pour ce format de jeu si particulier. Aussi, je suis toute ouïe de vos suggestions !

[Dans le mufle des Vosges] 8. La veillée

LA VEILLÉE

Un épisode entre le recueillement et la fureur, où les liens entre les exorcistes se resserrent sous la menace grandissante.

Joué / écrit le 06/12/2019

Jeu principal utilisé : L’Empreinte, de Thomas Munier, survivre à une transformation qui nous submerge

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

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Unnar Ýmir Björnsson, cc-by, sur flickr

Contenu sensible : violence, racisme, suicide

Passage précédent :
7. Absolution
Quand les villageois montrent leur vrai visage, les choses sont bouleversées.


L’histoire :

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Tales from the Putrid Swamp, par Bear Browler, sludgecore aux saillies doom et thrash, avec un chant alcoolisé de Tom Waits vénère.


La douleur accélérait le processus mental du novice, il avait l’impression de réfléchir à la situation pendant que les coups pleuvaient au ralenti : « Comment je vais m’en sortir en vie sans les tuer ? »

Il tombe à terre mais en profite pour frapper la cheville du fils Fréchin avec ses sabots. Le grand dadais s’écroule.

« Whoit, où qu’il est passé le gars derrière ? », se demande le novice.

Le fils Domange lui flanque un coup de fléau en pleine gueule, ça lui déboîte la mâchoire dans un grand CROC et envoie valser son cache-oeil.

La gueule en sang, la Soeur Marie-des-Eaux s’aggrippe au fléau du fils Domange, il tire de toutes ses forces.

Le fils Fréchin s’est redressé sur ses genoux, il aggrippe la tête du novice en arrière, les doigts dans le trou de son oeil mort.

« Whoit, où donc tu veux m’emmener la bestiole ? »

C’était la voix de Champo. Il hémergea des fourrés avec Maurice au bout d’une longe. A la vue de la scène, il réagit instantanément en faisant tournoyer son lasso. Déjà il capturait le cou du fils Fréchin.

La Soeur Marie-des-Eaux asséna un coup de sabot en plein dans la peut figure du fils Domange. SHLORK !

Tant pis si je le bute, en fait. Désolé mon Vieux, c’est lui ou moi.

Le fils Fréchin était pas assez beurzou pour ignorer que la situation tournait à leur désavantage. Il avait la gueule en vrac et l’âne menaçait de ruer, alors il s’enfuit dans le taillis sans un regard pour son compère.

Le fils Domange supplia Champo de le relâcher et c’est ce que le sherpa fit.

« Tu le paieras cher, sale métèque !
– Dis-moi p’tit con t’en sais rien si t’étais au village avant moi ! »

« Maurice était comme fou, il voulait à tout prix sortir de l’étable, alors je lui ai mis une longe et je l’ai suivi, il m’a conduit jusque là. »

Puis il se rendit compte que la Soeur Marie-des-Eaux était vraiment dans un peut état et que probablement il n’avait que faire de ses précisions.

ll ramassa son cache-oeil dans les feuilles mortes et coucha le novice sur le dos de Maurice.

Derrière la porte du presbytère entrouverte, le Père Houillon guettait.

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Phillharmonics, par Agnes Obel, un piano-voix pour chanter les derniers et les plus fragiles des grands espaces, et les histoires minuscules qui s’y tapissent.

La veillée mortuaire du Basile se passa dans une atmosphère de totale étrangeté. Champo et le Nono Elie avaient couché le corps dans son ancienne chambre, où il n’avait plus dormi depuis l’affaire du Jésus-Cuit brisé. Il était tout blanc et comme paisible dans les draps. Entre ses mains, le chapelet en cordelette qu’il avait lui-même fabriqué.

La Soeur Marie-des-Eaux avait tenu à venir malgré les protestations collégiales, alors on l’avait sanglé sur le dos de Maurice, et maintenant il était avachi dans un fauteuil, engoncé dans les affres de ses os brisés. L’odeur des bougies partout et les rideaux tirés rappelait de drôles de choses à la Soeur Jacqueline, alors elle s’abîma dans la prière pour n’y plus penser.

Avec le Nono Elie et Champo, les seuls villageois à s’être déplacés étaient le Sybille Henriquet et la Mélie Tieutieu, descendue de Gremifontaine. Elle dissipait le malaise global en dispensant quelques ragots. Elle avait aussi ramené des beignets de pommes de terre dans un torchon tout huileux. C’était un petit mystère de comprendre comment cette ménagère de quatre-vingt ans avait pu descendre toute seule la forêt à travers la côte de Tachey et le Chaudron, avec son tablier à fleurs et ses beignets.

La mère Thiébaud parlait de ses maladies, et que son zona lui brûlait dans la mâchoire, et que la cataracte lui mangeait l’oeil, et elle croisait ses doigts tordus et arthritiques, en attente qu’on admette que c’était bien elle la plus à plaindre.

Le curé Houillon ne s’était pas épanché au-delà des prière de rigueur, des « Saindoux, priez pour nous », ça se sentait qu’il aurait bien fait l’économie du voyage jusqu’au Chaudron, et puis une mort par suicide ça fait toujours désordre dans la paroisse. Et il faisait tout pour éviter le regard de la Soeur Marie-des-Eaux.

Le père Thiébaud sussurait à voix basse une couârie qui n’était pas destinée aux occupants de cette pièce.

La mère Thiébaud se pencha vers le Nono Elie : « Dis ouâr, toi qui sais toujours tout, pourquoi donc il était enfermé dans le poulailler, le Basile ?
– Whoit, parce qu’il a cassé le Jésus-Cuit !, proféra le chasseur à voix basse.
– Oh, c’est pas vrai que d’moi, j’avais oublié ! »

Champo serra les mains et le chapelet de Basile en signe d’amitié sincère.

Cette petite couârie idiote sortit un instant la Soeur Marie-des-Eaux des profondes méditations de la douleur.

La mère Thiébaud perd la mémoire. Mais que la mémoire ancienne, la mémoire proche.

Comme si ça lui était sucé.

Le retour au village fut lent, à passer par les chemins communaux tout enserrés de sapins et de nuit, sous le lustre des étoiles et la clameur des hiboux. Ils passèrent en cohorte, guidés par le père Thiébaud qui parlait à des choses invisibles dans les ténèbres, et il les conduisit jusqu’à la Chapelotte, une petite chapelle en haut de la côte dont il avait la responsabilité et qui tombait en ruines. Le curé Houillon la bénit. La Soeur Marie-des-Eaux s’agita un peu sous son âne et se tourna vers le sherpa :

« Champo…
Merci de m’avoir sauvé la vie. »

Le père Thiébaud resta là, perdu dans ses pensées et toute la troupe des villageois traversa le hameau de la Grande-Fosse, sous les cris des chiens nocturnes.

Arrivés au Pont-des-Fées, la Soeur Jacqueline dut s’occuper du novice comme d’un enfant. Elle lui refit ses bandages, il avait des hématomes gigantesques qui s’étendaient sur sa peau dans un développement de différentes couleurs. D’ordinaire, la doyenne aurait été chamboulée par la vue de ce corps maigre et brisé, mais elle était trop absorbée par son sentiment de culpabilité.

Elle dut lui mettre sa plume dans ses mains pour lui permettre de remplir son fichu carnet mémographique de tous les martyres de la journée.

Et puis ce fut encore la pénible récitation de l’Apocalypse, avec le souffle court d’une cage thoracique enfoncée :

« L’Homme entendra les rumeurs folles qui parcourent les rues et les palais de Babylone. Ses frères et ses sœurs ont déjà commencé à remplir le grenier des hantises avec le grain de leurs peurs, de leurs omissions, et de toutes leurs pensées impies et industrieuses comme des fourmis arrachées de la dévotion par des activités profanes et bassement profitables. Déjà l’œuvre de ces pensées agrégées se répand comme du limon dans la Cité et sème l’horreur. Qu’il châtie les mauvais-penseurs pour les empêcher de souiller la trame spirituelle du monde, qu’il s’abîme dans la prière pour dissoudre ce vent mauvais, qu’il répande la bonne parole, ou qu’il purge les lieux déjà souillés par la hantise, l’Homme fera une bonne action du moment qu’il suit les directives du Très-Haut. »

Mais très tôt la bougie fut soufflée.

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Zugzwang for Fostex, par Ian William Craig, de l’ambient bruitiste minimaliste avec un son qui part en miette, entre piano éthéré, rêve éveillé et voie ferrée abandonnée.

Le lendemain fut percé par le teuf-teuf du tracteur du None Elie, puis par les cloches qui sonnaient le temps des funérailles.

C’était difficile de savoir qui au village avait une compassion sincère pour le Basile, mais l’église était pleine comme un oeuf. Beaucoup avaient besoin d’en apprendre plus sur les récents événements. La messe se déroula dans le froid et dans la tension, on sentait que la bouche des gens était sur le point d’exploser. Trop de ragots à faire courir.

La Soeur Marie-des-Eaux monta en colère tout au long de l’office, l’hypocrisie des Voivrais le mettait hors de lui. Heureusement qu’il en voyait aussi quelques uns qui ne faisaient pas semblant d’être tristes, la Mélie Tieutieu, Champo, le Sybille Henriquet, peut-être la Bernadette tant qu’à faire. Le village méritait encore d’être sauvé.

Les fils Domange et Fréchin étaient aussi de la partie. Il les toisa du regard. Le Domange baissa la tête, mais pas le Fréchin.

Champo les attendait à l’extérieur quand l’office fut terminé. On le laissait pas entrer dans l’église puisque c’était un païen. Pourtant, c’est lui qui avait aidé à charger le cercueil dans le tracteur du Nono Elie, enfin bref il avait tant et tant fait.

Le cimetière était juste en bas de l’église, à l’entrée du hameau du Moulin aux Bois, il était petit, étriqué entre quatre murs de pierres entassées, encerclé par des arbres gourmands dont les racines puisaient sans doute aux sucs des morts. La pierre tombale de Basile était à son image, très modeste, de celle qui disparaîtrait bientôt sous les ronces.

La Soeur Marie-des-Eaux sortit en dernier du cimetière, appuyé sur deux cannes. Une femme en noir en profita pour l’alpaguer.
« Madeleine Soubise, vous êtes venue. »

La fermière la fixait de son visage rouge de croûtes qui cachait des yeux profonds.

« Je suis venu vous dire… Je sais que vous vous en êtes pris à Hippolyte. Je vous en supplie, arrêtez-vous de vous intéresser à nous. ça vaut mieux pour tout le monde.
– Je ferai ce que le Vieux me dira de faire. Je dois suivre mon sacerdoce.
– Je vous préviens en toute amitié. Et si vous détournez les yeux, on peut votre bien… » Sa détresse était palpable.
– Ni l’amitié ni la corruption, ni les coups de bâton ne me feront fléchir. Vous devez comprendre ça. »

« Soeur Marie-des-Eaux…
– Oui ?
– Emmenez-moi avec vous, je n’en peux plus…
– Je n’irai nulle part tant que Les Voivres n’aura pas été exorcisé du mal qui le ronge. »

La fermière tourna les talons à travers la futaie, désespérée.

Il y avait une sacrée ambiance dans l’Auberge. Les vins d’honneur d’après funéraille ressemblaient un peu à des banquets par ici. ça causait très fort, d’un côté le Nono Elie qui régalait son public d’anecdotes ponctuées de vindioux et de vinrats, et de l’autre les persiflades de l’Oncle Mougeot avec sa cour attablée :
« De toute façon, le Basile il était pas bien beau… »

On avait installé la Soeur Marie-des-Eaux dans un fauteuil près du feu et la Bernadette glissa une assiette de pâté lorrain fumant sur son coin de table.

« Vous savez que je mange pas de viande ! Donnez-moi plutôt de la choucroute, juste le chou, bien sûr, siffla le novice.
– Décidément, vous mangez pas la même chose que nous ! »

Le visage du novice s’éclaircit, ses yeux s’agrandirent :
« C’est ça, bien sûr… Les horlas… Ils mangent pas tous la même chose, c’est ça ? »

La Bernadette répondit à voix basse, il y avait du monde et elle réagit comme si la Soeur Marie-des-Eaux avait sorti un gros mot digne du pire des argotiers.

« Chut… Mais vous avez raison, les horlas y’en a autant de différents qu’il y a d’étoiles dans le ciel. Alors oui ils mangent pas tous la même chose. »

Il fallait comprendre ce que ça bouffait, et y’avait plus qu’à suivre la piste.

Champo prenait l’air au dehors. Il partageait une cigarette de foin avec le Sibylle Henriquet. ça lui faisait du bien de se brûler la lippe.

C’est ainsi qu’il vit quelque chose s’envoler du clocher et passer à travers les frondaisons. Un pigeon voyageur.

Lexique :

peut : moche
Whoit : interjection
C’est pas vrai que d’moi : formule auto-dépréciative
vindiou, vinrat : juron

Notes liées aux règles de L’Empreinte :

Menace : une Déité Horla (la Mère Truie)
Lieu de départ : Les Voivres
Avancement :
Acte I – Introspection + Tentation + Agression
Acte II – Introspection + Tentation + Agression
Acte III – Introspection + Tentation

Bilan :

J’ai bien failli louper ma séance hebdomadaire d’écriture. J’ai été pris dans l’organisation d’un GN et pensant que je bouclerais cette tâche rapidement (ce qui ne fut pas le cas), j’ai repoussé repoussé la session d’écriture. Ceci cumulé à des imprévus domestiques a fait que je n’ai pris la plume que ce vendredi matin ! Il était temps ! Il vaut mieux que je fasse comme la semaine dernière, prendre la plume le plus tôt possible en semaine, quitte à ce que ce soit dans des conditions de fatigue ou que ça repousse d’autres tâches censées être urgentes, et qui en réalité auraient pu attendre un jour de plus.

Nouveauté technique, une liste inspirée de l’article de Grégory Pogorzelski « Préparation : C’est pas moi, c’est mes PNJ« 
Je liste tous mes PNJ et je leur fixe un objectif à chacun. Et de temps en temps, je m’astreins à faire avancer l’objectif de l’un ou l’autre ou je fais évoluer leurs objectifs en fonction de ce qu’il se passe, histoire de donner une impression de monde vivant.

Les règles de l’Empreinte m’ont permis de faire un découpage technique intéressant pour le combat. J’avais prévu que la Soeur Marie-des-Eaux perde, mais nous sommes seulement à l’acte II, donc les PJ ont eu l’avantage (la menace ne peut pas encore lancer beaucoup de dés). Ceci dit, la Soeur Marie-des-Eaux a récolté une empreinte. C’est donc avec des PJ mal en points que je démarre l’acte III. J’ignore quelle va être la prochaine agression mais ça promet de faire mal. Je pense que la menace va vraiment passer à l’action.

Feuilles de personnage :

Les feuilles de personnages sont maintenant centralisées et mises à jour sur cet article

Nouveauté par rapport à la fois précédente :
– 1 empreinte de plus pour Soeur Marie-des-Eaux.
– Liste des objectifs des PNJ en fin de page.

La suite :

9. Notre Mère la Truie
Le groupe se serre les coudes à l’heure de la première vraie confrontation avec les Soubise.

Outsider, novembre 2019

 
Au menu : deux étonnantes parties d’Hero Quest, un théâtre cathartique pour Inflorenza, une mise à jour des Sentes, un recueil de scénarios pour Millevaux Sombre zéro et une folle tournée parisienne !
 

Avec Claude Féry dans son lieu de jeu habituel, lors de la Tournée Paris est Millevaux 9. Photo : Mathieu Féry, par courtoisie

 

LA COMMUNAUTÉ

 

Publications par la communauté

+ Un résumé des règles du jeu de rôle Millevaux au seuil de la Folie

Cette aide de jeu, par votre serviteur, peut servir aux MJ qui auraient besoin d’une synthèse des différents cas particuliers.

+ La tempête de Drusilla

Un théâtre par Arjuna Khan pour Inflorenza. Incarnez des horlas et plongez dans une myriade de cauchemars forestiers issus de la mémoire traumatique de la sœur et amante de Caligula ! Sans doute l’un des théâtres les plus étranges et cathartiques écrit pour Inflorenza !

Image
aftab, Dex1138, FritzFlohrReynolds, Kentar0h, Martin Pedermann Photography, REM (rembcc), cc-by-nc, sur flickr

 

Extraits

+ Le Chanvre Noir

Un recueil de règles de jeu de rôle, de scénarios, de contextes et de nouvelles par Michel Poupart

+ Fripouille

Le jeu de rôle de Claude Féry pour vous lancer dans des aventures rapides aux accents de donjon moisis dans la forêt !

 

Parties de jeu de rôle enregistrées par la communauté

+ [Fripouille] Le Crafougna

Une exploration de la forêt du dessous qui se solde avec la rencontre d’un croquemitaine issu de cauchemars enfantins… et un choix difficile. Un enregistrement de partie par Claude Féry !

 

Récits de parties de jeu de rôle par la communauté

+ [Inflorenza] Les intrus

Histoires de fantômes chez soi, une partie d’horreur en famille par Nitz, jouée avec Inflorenza ! 

+ [Systèmes Millevaux / Omniscience] Un clou dans la main, deux trous pour les yeux

Souvenirs psychotiques d’un futur antérieur où la menace horla prend des allures de guerre totale. Nouvel épisode de la troisième campagne solo Millevaux multi-systèmes par Damien Lagauzère !

 

Illustrations

+ Le « village où l’on peut rencontrer des statues bouddhistes ».

Un parc lunaire au japon où la nature sauvage côtoie des statues bouddhistes et des statues plus contemporaines associées à une secte que tout le monde a oublié. Une inspiration pour Millevaux ! 

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MES ACTUALITÉS

 

Publications

+ Les Sentes 14.0

Une nouvelle version brouillon qui améliore encore le jeu !

Au sommaire : suppression de l’almanach, remplacé par des fiches de situations de départ (bien plus pratiques) et ajout d’un jeu de fiches d’inspirations pour irriguer votre roleplay.

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crédits : philatz, licence cc-by-nc (galerie sur flickr.com)

+ Hurler dans les forêts zéro

Ce recueil de scénarios pour Millevaux Sombre Zéro vous entraînera dans les contrées les plus exotiques et dangereuses de Millevaux !

Il y a de l’aventure à la limite de l’héroïsme sacrificiel, des tranches de vie, et bien sûr de l’horreur avec des créatures dégueulasses et stupidement agressives, des machinations lovecraftiennes et de la misère humaine.

Alors, qu’attendez-vous pour hurler dans les forêts zéro ?

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Illustration : (C) par Thibault Boube

 

Dans le mufle des Vosges, le roman-feuilleton Millevaux

4. Purification

La violence monte au village et la légitimité des exorcistes est remise en cause.

5. Face à la diablerie

Les exorcistes font enfin la rencontre du véritable démon qui faisait peser sa menace sur le village. Et ça va faire très mal ! Je passe ensuite à un nouveau jeu de rôle avec le vénéneux L’Empreinte.

6. Le Vieux nous voit

Emportées par la folie ambiante au sein du village et par leurs vieux démons mémoriels, les deux nonnes exorcistes partent en quenouille.

7. Absolution

Quand les villageois montrent leur vrai visage, les choses sont bouleversées.

 

Podcasts

+ Podcast Outsider N°50 : Millevaux : Comment créer un jeu Millevaux

Avec Trickytophe, on met les mains dans le cambouis pour savoir comment designer un jeu de rôle forestier ! Et vous, comment vous vous y prendriez pour créer un jeu dans l’univers de Millevaux ? 

+ Le théâtre de l’esprit ou le dialogue des solitudes

Sur le podcast Intimatopia, Lille Clairence me fait l’honneur de m’accorder un entretien où l’on parle du GN Les Sentes, d’incommunicabilité et de guérison.

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lauren rushing, cc-by-nc-nd, sur flickr

 

Articles

+ Le jeu de rôle, un outil pour l’écriture de roman

Et vous, est-ce que ça vous tente de passer de la table au pupitre ?

+ Le jeu de rôle se conjugue à l’imparfait

Pour plus d’accessibilité, je republie sur mon blog cet article initialement diffusé dans le Frankenzine N°1 !

 

Parties de jeu de rôle enregistrées

+ [Fripouille] L’Astrolabe

J’utilise le jeu de rôle Fripouille pour maîtriser un des tous premiers scénarios Millevaux faits par la communauté. Où l’on s’amuse à détourner un scénario d’action lovecraftien pour en faire une aventure hautement contemplative.

+ Inflorenza RPG Actual Play #11 : Eireann Archipelago

Though Ireland is divided into a thousand island, the heart of the land is still united.

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‘J’, andy patterson, dawn_perry, incubi portrait studio, onanie, Jacek Sniecikowski, licence cc-by-nc, gallery on flickr.com

 

Récits de parties de jeu de rôle

+ [Millevaux Mantra] L’Enfant Dissocié

Avec Batronoban, nous menons un double table complètement dément sur le scénario trashissime écrit par Christophe Siébert ! Une expérience qui préfigurera le jeu de rôle Cœlacanthes.

+ [Mycorhizes] Avoir un bon copain

Une partie jouée par Messenger sur un mois, marquant le rapprochement entre un misanthrope désabusé et un clochard pratiquant l’hédonisme de l’errance.

 

Conventions

Du 29 novembre au 1er décembre, je suis monté à la capitale pour la tournée Paris est Millevaux 9. L’occasion de 7 parties de jeu de rôle et d’un débat sur le thème « L’interactivité est-elle l’ennemie de la narration ? ». Ces tournées sont toujours des moments ludiques et humains inoubliables.

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Claire Munier, par courtoisie, road less trvled, cc-by-sa, Daniel Rodet, copyleft

 

Parties jouées

+ 24/11 : [Hero Quest] L’épreuve

J’ai tenté de faire jouer mon fils de trois ans à ma madeleine de Proust personnelle, j’ai nommé le jeu de plateau / jeu de rôle Hero Quest. Je ne pensais pas m’y mettre aussi tôt, mais comme il s’est avéré capable de faire quelques jeux de société avec des règles, j’ai tenté le coup avec la toute première mission du livre de base de Hero Quest, que j’ai renommé « le jeu du château » pour attirer mon fils dans mes filets. Ce fut une réussite ! Il s’est avéré suffisamment intéressé par la chose pour faire toute la mission (bien qu’à la fin, il a commencé à se reporter vers sa dînette, mais sur ma proposition, il a accepté que je lui montre comment finir la mission en prenant le contrôle de son personnage). Je cachais le matériel derrière un rideau et la mission derrière un écran, mais il jeta de fréquents coups d’oeil, intrigué par tous ces mystères. Il s’est déclaré insatisfait de sa figurine de barbare et a réclamé un « héros gentil qui fait des sourires », alors je lui ai donné une figurine de troll chevelu kawaii à souhait. Le jeu s’avère hélas un peu trop belliqueux pour lui (cette première mission n’est qu’un enchaînement de combats contre des monstres), il avait l’air de peu goûter le fait de se faire agresser à tout bout de champ (j’ai d’ailleurs décidé que les monstres ne quittaient jamais leurs pièces, ce qui a rendu la fuite possible). J’ai également constaté qu’il avait un problème avec le fait de perdre des points de vie (que j’avais représenté par des gemmes, ce fut peut-être une erreur car justement il refusait de les perdre), aussi je lui ai accordé 4 dés de défense au lieu de 2 (compensant le fait qu’il ne joue qu’un personnage dans une aventure prévue pour 4) et j’ai été très prodige en potions de guérison. Ce fut l’occasion de jeu en convergence, puisque je lui faisais porter la carte « potion de guérison » à sa bouche quand son personnage la buvait… Je me suis également beaucoup plus à faire moult musiques et bruitages à la bouche pour donner un côté jeu vidéo vintage et entretenir l’ambiance… Pour conclure, je trouve que ça s’est étonnamment bien passé au vu de son âge… Il a d’ailleurs… aussitôt réclamé la suite !

+ 24/11 [Hero Quest] La délivrance de Sir Ragnar

Malgré que cette partie succède directement à la précédente, mon fils de trois ans a fait preuve de beaucoup de concentration ! Il a cependant rechigné à déplacer son personnage lui-même. Je vais peut-être envisager de remplacer les 2d6 de déplacements par 1d12, je pense que l’addition lui pose problème. Le problème étant que dès que je sors mes dés spéciaux, il veut tous les avoir, et ça sonne souvent la fin du jeu structuré 🙂 Il a également insisté pour commencer avec 10 points de vie et non 8, visiblement il aime les comptes ronds. La perte du moindre point de vie lui cause problème, aussi ai-je été prodigue de potions de guérison, et j’ai surtout permis de dépasser son total normal de points de vie en dépensant des potions, aussi a-t-il eu le plaisir de grimper jusqu’à 21 points de vie ! Cette deuxième quête du livre de base introduit un nouvel aspect du jeu : la recherche de passages secrets. Là aussi, j’ai introduit du jeu en convergence, le faisant sonder les parois de sa dinette quand il cherchait un passage secret. Il a exulté quand après moultes recherches infructueuses, il a trouvé le seul passage secret du donjon… Le final de cette quête est intéressant à plus d’un titre : d’abord il y a un prisonnier à faire évader, ce qui change des habituelles interactions limitées au combat, et lorsque ce prisonnier s’évade, l’alarme est sonnée, toutes les pièces non visitées sont révélées et les monstres qu’elles contiennent déferlent sur le personnage et son protégé. J’ai alors utilisé mon tambour pour faire un roulement de tambours dans le plus pur style des mines de la Moria, ce qui a beaucoup plu. J’ai rendu le combat plus efficace en permettant à mon fils d’attaquer un monstre adjacent s’il venait de tuer sa cible précédente : c’est une règle chipée à Warhammer Quest qui permet de littéralement moissonner les monstres : ça baisse la difficulté du jeu (comprenez que la notion de difficulté n’est pas du tout un truc qui plaît à mon fils de trois ans) et ça accélère nettement les combats. Bref, je crois qu’on est lancé, mon fils et moi allons certainement enchaîner les aventures dans les prochains temps 🙂

+ 29/11 [Coelacanthes] Le pire souvenir

Coelacanthes est un jeu difficile à aborder, même pour moi qui en suis l’auteur. Aussi ai-je une certaine difficulté sinon de la réticence à en rééditer des parties. Mais la tournée parisienne fut l’occasion de faire une partie avec l’étudiante en anthropologie qui prépare un mémoire sur le jeu de rôle transgressif. Une autre personne a complété l’équipe réduite et j’ai fait jouer les cauchemars que je jugeais les plus hardcore. Je suis impressionné par l’aspect confession de ce jeu. Les deux personnes qui jouaient avec moi était des inconnues au début de la partie, et je pense que nous nous sommes mutuellement livrés, nous en sommes ressortis en ayant appris des choses assez intimes l’un sur l’autre. C’est fort.

+ [29/11] [Les Sentes] La communauté de bien.

Les Sentes est aussi un jeu de rôle sur table, et cette partie fut le troisième playtest de la formule. L’occasion de tester les nouvelles fiches : Situations et Inspirations. Le canevas de départ était assez riche et nous a permis de jouer de belles scènes dramatiques. J’avais l’impression que les personnages étaient profonds et le background GN de ce jeu nous a, je pense, incité à avoir un roleplay expressionniste, nos visages en disaient long. L’histoire de trois âmes errantes réunies par la volonté de se serrer les coudes et séparées par des différends religieux m’a personnellement touché.

+ [29/11] [Ecorce] La Source de guérison

Un épisode à la fois western et fluvial qui a conduit les personnages (tous de sacrées gueules cassées) dans une aventure sur un fleuve en crue au-dessus des voies déchues. J’ai été content de ma capacité à rendre l’univers, définitivement le point de fort d’Ecorce (le jeu de cartes de l’Almanach aidant beaucoup), mais le système de combat (encore…) n’a pas fait l’unanimité. Conscient qu’il ne plaira de toute façon pas à tout le monde, je dois désormais m’attacher à relire mes notes et à le rendre aussi simple à comprendre que possible, et aussi carré que possible (j’ai encore hésité plusieurs fois sur la façon de trancher certaines situations). 

+ [30/11] [Dragonfly Motel] Couper le cordon

Une ambitieuse partie de la version Roses puisque nous étions à six ! Nous avons pris le temps au préalable d’un tout petit peu situer le contexte (via quelques tirages de Muses & Oracles), ce qui nous a donné un motel un petit peu louche sur la côte irlandaise. Je jouais un vieil homme qui voulait se débarrasser de ses trop lourdes valises, et qui a ensuite incité les autres personnages à lâcher prise. Au final, un récit plein d’images fortes, avec un faisceau croisé de symboles. Une partie de la table a regretté le peu d’interactions entre personnages, j’avoue personnellement avoir apprécié l’aspect contemplatif de ces destins croisés qui ne se rencontrent jamais vraiment.

+ [30/11] [Little Hô Chi Minh-Ville] Le déversoir des martyrs

Une partie assez magique, dois-je dire. J’ai pu tester une aide de jeu achevée exprès pour l’occasion ; un jeu de cartes retranscrivant l’ensemble de l’univers de Little Hô. Les joueuses l’ont un peu utilisé, et quant à moi je me suis beaucoup appuyé dessus. Ceci combiné à la richesse des personnages et la fertile règle de mentionner une saynète à chaque parcours d’un point A à un point B, a donné une partie où l’univers était très présent, mais de façon plus aisée et organique que d’habitude. L’une des saynètes (une vieille femme voulant revendre son identité à un personnage) a créé énormément de contenu grâce à un joueur qui s’y est intéressé et a donné suite. Ce joueur incarnait un bourreau repenti qui a eu l’occasion de faire face à ses démons dans une série de scènes que j’espèrais touchantes.

+ [31/11] [Odysséa] La terre ultime.

Condenser Odysséa, jeu à campagne par définition, en un one-shot est un défi grisant. J’ai voulu altérener les saynettes tout au long du voyage d’Ulysse. Il y a une prépondérance de scènes situées dans la période de l’Iliade, mais grâce aux flash-forwards, nous avons pu explorer nombre de situations postérieures, et de façon finalement plus organique que si j’avais simplement planifié une série d’ellipses. Je pense qu’on a pu tirer des choses intéressantes des arcs de personnages (même si j’avoue avoir un peu recyclé des facilités avec le personnage d’Ulysse, remettant l’idylle avec Hélène sur le tapis, mais ceci dit je suis aussi assez content de ce qu’on a joué de sa relation avec Pénélope, avec des scènes de retours à Ithaque avec une Pénélope très fragilisée par la boucle temporelle de son ouvrage à tisser). Un petit fail sur la répartition de spotlight car un joueur a eu moins de scènes que d’autres. On essaye toujours de s’améliorer sur ce point.

Hurler dans les forêts zéro

Il y a quelques années, en publiant Sombre Zéro, Johan Scipion fait partie des initiateurs d’une petite révolution dans le monde du jeu de rôle : le format ultra-court.

Il devient alors possible de faire une partie de jeu de rôle qui dure entre 10 mn et 1/2 h. Aujourd’hui, cela va un peu de soi et beaucoup de jeux le proposent ou le permettent, on trouve aussi des conseils génériques dont l’excellent Mener en 30 mn par Kalwrynn. Mais à l’époque, le jeu de rôle c’était a minima des one-shots de 3-4 h, ce qui reléguait notre loisir à la niche des hardcore gamers.

(C) par Thibault Boube

Sombre Zéro est une petite pépite de game design en cela qu’il arrive à condenser et à rendre intuitif le gameplay de Sombre tout en sauvegardant ses caractéristiques essentielles, dont la létalité des combats. Lors du premier article consacré à Sombre Zéro, on eût pu craindre de perdre en roleplay et en possibilités ludiques, mais les articles suivants ont prouvé le contraire.

Ce qui m’a séduit le plus, ce furent les scénarios ultra-denses aussi riches en possibilités tactiques que le temps de jeu limité le permettait (le scénario Toy Scary est ébouriffant de profondeur en la matière), et la réduction de la feuille de personnage à une simple tuile de 4 cm sur 4, au désign malin qui trahit le goût de Johan Scipion pour les jeux de cartes à collectionner : le symbole du dé au milieu pour rappeler le niveau du personnage, la tagline qui condense tout, et surtout l’emploi des coins de la tuile à la fois pour garder trace du niveau de santé du personnage et pour gérer les capacités spéciales des PJ et des PNJ. Le format tuile était conservé pour représenter le plan de l’action, souvent unique.

(C) par Thibault Boube

Tout ça donnait envie de s’amuser, et ce fut assez naturellement que j’élaborai mes propres scénarios pour Sombre Zéro appliqués à l’univers forestier de Millevaux, qui s’avérèrent parfaits pour faire des démos sur un bout de stand lors des conventions.

Comme je suis un assez piètre dessinateur de plan (ou plutôt un flemmard), j’ai repris à mon compte le principe des tuiles-plans en le mixant avec le concept des marelles présenté dans Millevaux Sombre : les tuiles représentant alors des zones de combat abstraites, qui à mon sens sont suffisantes pour se repérer dans l’espace.

Je reviens sur le principal mérite de Sombre Zéro : te faire comprendre qu’il faut aller à l’essentiel.

Parmi les six scénarios que je propose dans ce recueil Hurler dans les forêts zéro, deux sont initialement des scénarios que j’avais joué avec les règles de L’Appel de Cthulhu : il s’agit de Cromlech et de Sheitan & Haschichins.

Et bien, croyez-le ou non, on ne perd rien de l’intérêt en passant sous Sombre Zéro. Preuve en est qu’une feuille avec une cinquantaine de caractéristiques et de compétences et une liste d’une quinzaine d’équipements n’a guère plus d’intérêt ludique qu’une tuile qui se contente d’un nom, d’une tagline et d’un Trait : les possibilités de roleplay et de jeu tactique se sont avérées tout aussi riches, le superflu en moins. Idem pour les PNJ évidemment, un niveau et une capacité spéciale se substituant efficacement aux stats blocs gourmands de L’Appel de Cthulhu.

(C) par Thibault Boube

Vous avez un peu de tous les formats et de toutes les expérimentations à l’intérieur d’Hurler dans les forêts zéro. Un Tramway nommé Martyre, Le Trésor du Vorgne et Un Pastaga pour l’éternité sont des formats courts de quinze à trente minutes, nerveux et tactiques. Barbaque !, Cromlech et Sheitan & Haschichins sont des scénarios à ambiance (avec des défis épineux) qui vous occuperont une à deux heures chacun.

Le recueil est aussi l’occasion d’un voyage dans les contrées les plus exotiques et dangereuses de Millevaux : Cromlech vous amènera dans l’Archipel d’Écosse, Barbaque ! sur les routes défoncées de la Voie Déchue, Sheitan & Haschischins à travers tout le Sahara… et Un Pastaga pour l’Éternité dans les rues désertes du vieux port de Marseille 🙂

Il y a de l’aventure à la limite de l’héroïsme sacrificiel, des tranches de vie, et bien sûr de l’horreur avec des créatures dégueulasses et stupidement agressives, des machinations lovecraftiennes et de la misère humaine.

(C) par Thibault Boube

Et pour finir, il y a les lithographies troublantes de Thibault Boube, qui marquèrent notre première collaboration, car oui, figurez-vous, ce recueil est un texte fort ancien. L’entrée virevoltante dans la vie d’auteur à temps plein et ma manie d’empiler les nouveaux projets m’empêchèrent d’y mettre la dernière main après sa rédaction initiale qui date d’il y a quatre ans. Il me semble pourtant que le recueil n’a pas pris une ride et vous promet quelques heures d’effroi et de prise de tête dans la forêt déglinguos de Millevaux.

Cet ouvrage, deuxième livre de la sous-gamme Millevaux Sombre, complète la cohorte de scénarios déjà publiés (deux dans le livre source et cinq autres sous forme de PDF) mais c’est aussi un avant-goût. J’ai encore trois scénarios Millevaux Sombre sous le bras (Transilvanian Hunger, Les Maîtres du Vieux Château et Rottendam !) et un jour ils seront vôtres, promis.

Alors, qu’attendez vous pour hurler dans les forêts zéro ?

Formats

Version livre

Disponible en livre artisanal

Version PDF illustrée

Version PDF, texte uniquement

Tuiles à télécharger

Découvrir les illustrations par  Thibault Boube

[Dans le mufle des Vosges] 7. Absolution

ABSOLUTION

Quand les villageois montrent leur vrai visage, les choses sont bouleversées.

Joué / écrit le 25/11/2019

Jeu principal utilisé : L’Empreinte, de Thomas Munier, survivre à une transformation qui nous submerge

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

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Christophe Surman, cc-by-nc-nd, sur flickr

Contenu sensible : cruauté sur les animaux, érotisme, abus sexuel

Passage précédent :

6. Le Vieux nous voit
Emportées par la folie ambiante au sein du village et par leurs vieux démons mémoriels, les deux nonnes exorcistes partent en quenouille.

L’histoire :

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Aokigahara, par Flowers for Bodysnatchers, dark ambient forestier à pianos fragiles.

« Pourquoi vous entêtez-vous à accompagner les exorcistes ?, risqua La Bernadette.
– Avant, répondit-il sans que la présence de la Soeur Jacqueline, je le faisais parce qu’elles agissaient pour nous protéger. Maintenant, je reste avec elle pour les empêcher de nous faire du mal. »

La Soeur Marie-des-Eaux sortait par l’écurie. Il avait tout son paquetage sur le dos, ce qui n’était pas une chose rare, il était conditionné à agir comme s’il fallait toujours être prêt à décamper. Il caressa le museau de Maurice pour se calmer un peu. C’est ça, il avait besoin de se calmer.

« Où allez-vous ?, lui demanda la Bernadette.
– Je dois aller me confesser. Le Père Houillon me l’a demandé et je pense que ça va m’aider à y voir plus clair.
– Vous voudriez bien me rendre un service ?
– ça dépend…
– Oh pas grand-chose… J’aurais juste voulu que vous me rameniez un morceau de bois du confessionnal.
– Bernadette… Je vais le faire parce que je sens que vous pourriez nous être utile, mais ce que vous me demandez ne me plaît pas. Je vous garde à l’oeil. Je vous garde à l’oeil de près. »

« C’est çà, mon petit. Garde-moi à l’oeil », soupira la Bernadette une fois que la Soeur Marie-des-Eaux s’était allé vers l’église en passant par les taillis, comme un écolier fautif.

Le novice passa par le presbytère, évitant la grand-porte. Il pesta quand il vit qu’il y avait quelqu’un d’autre dans la nef en plus du père Houillon. Le Sybille Henriquet achevait la statue du Jésus-Cuit en bois qu’on lui avait commandé. L’ouvrage était rustique mais exhalait une simplicité bienvenue, à l’image du sculpteur, un petit gars qui avait l’air de toujours sourire, histoire de montrer ses quenottes noircies par les cigarettes de foin et la rude bouffe locale. Il sentait la colle à bois, la sciure et le tabac froid, et il avait une petite boucle d’oreille, ce qui était la seule excentricité de ce gars en salopette. Il s’éclipsa, comprenant qu’il était de trop.

« Ainsi donc vous nous faites l’honneur de votre présence, ironisa l’abbé Houillon.
– Finissons-en. »

L’intérieur du confessionnal était obscur, comme on pouvait s’y attendre, et empestait le moisi et l’odeur de pieds. On y respirait avec peine, des spores vous rentraient dans la bouche et les narines. Tout le bois était mou, et il fut impossible de trouver une partie sèche de banc pour s’assoir.

Elle ne voyait pas le prêtre mais sa présence derrière le vantail était palpable, et son souffle asthmatique remplissait tout l’espace.

« Bénissez-moi mon Père, car j’ai péché.
– Je te bénis. Parle en toute confiance. Le Vieux est avec nous et t’écoute.
– …
– Tu peux parler. Alors, comment qu’c’est ?
– Vous savez, ce diable qu’était dans le Jésus-Cuit. Y vous barattait le lait de la tête pour s’en goinfrer.
– Oui, c’est possible. Il faudra ouâr ce qu’en dira le diocèse.
– Qui qu’c’est-y qui m’fait croire que vous faites pas la même chose ? Que vous vous bâfrez pas de nos confessions ? Et si je ressortais d’ici vidé de mes souvenirs ?
– Whoit donc, on se calme, vous êtes pas un poulet et je vais pas vous vider. Dites ce que vous avez sur le coeur, si vous voulez l’absolution.
– Je m’en suis déjà confessé pendant l’exorcisme.
– Je ne suis pas sûr que ça soit régulier. Confessez-vous ici. Au pire, dites-vous que c’est juste une couârie.
– Pfff… Bon. Avec mon opinel, des fois je ressens le besoin de trancher des choses. »

Il en profita pour découper un bout de confessionnal, faisant mine d’illustrer sa parole par du bruit.

« Et j’aurais bien tranché la gueule de ceux qui font du mal aux bêtes aux Voivres. Je peux pas supporter ceux qui font ça.
– Bien, c’est bien. Et c’est tout ?
– C’est tout.
– Eprouves-tu du repentir ?
– Oui.
– Sans mentir ?
– …
– Au nom du Vieux, de Jésus-Cuit et de l’Esprit-Chou, je te donne l’absolution. Tu réciteras un Notre père qui êtes si vieux. »

Quand la Bernadette revint dans le restaurant, ce fut pour trouver la Soeur Jacqueline au plus mal. Elle ne tenait plus sur ses jambes et la Bernadette dut l’aider à monter l’escalier pour qu’elle aille s’allonger. La nonne cumulait le trouble qui jouait avec son corps depuis l’avant-veille et le traumatisme d’un choc mental reçu au moment où elle avait écrasé le ganglion central de la chose qui vivait dans la statue de Jésus-Cuit. Tuer fait beaucoup de mal. Il fait du mal à celui qui tue. Le choc mental est comme une violente décharge électrique qui résonne dans vos os et vos organes des jours et des jours durant. Et il y a le flachebacque, ce souvenir de l’être qu’on tue et qui vous saute à la gueule et s’imprime sur votre vision et dans vos sens comme un filtre persistant.

Il y a d’abord l’abominable sensation d’être dans le corps d’un horla, de respirer par ses sphuncters, de remuer par ses pseudopodes, de sentir l’hémolymphe circuler dans ses vaisseaux, d’être enfermé dans une statue-galerie, et puis ce mélange de délice et d’horreur à consommer l’énergie mentale des humains massés dans l’église, et de percevoir par là-même des grappes de souvenirs, de prières, de bonnes et de mauvaises pensées, à peine digérées.

La chose n’avait pas à proprement parler de perception du temps, aussi sa compréhension des choses n’était pas nette. Mais ce qui marqua la Soeur Jacqueline, ce fut une sensation. La sensation d’être en concurrence. Il y avait au moins deux forces qui disputaient les vapeurs mentales à la chose enkystée dans le Jésus-Cuit. L’une était massive et complexe, l’autre était multiple et faible, mais déterminée.

Quand la Soeur Jacqueline reprit ses esprits, ce fut avec un haut-le-coeur à la fois dû à la réincorpation et à l’effroyable découverte qui était la sienne. Plus moyen de se voiler la face. Elle était allongée dans des draps, il eut fait froid si le corps de la cuisinière, penché sur le sien, n’irradiait pas autant de chaleur. Elle se sentait molle et comme pesant des tonnes. Elle avait une barre de migraine sur le front et son odorat exacerbé captait la moindre des nuances, les fumets de graisse et d’hormones émanant de la Bernadette, les chaleurs paillées de l’écurie et le lisier qui schlingue charrié par le vent en provenance de la ferme Soubise.

La fenêtre était fermée par un volet, si bien qu’en plein jour il fallait la bougie pour y voir. Mais ça ne manquait pas, les vomissures de cire recouvraient l’endroit comme les fientes dans un poulailler. Il y avait des coqs sans têtes pendus à sécher sur les poutres, et des colliers de coquilles d’escargots remplis d’humus et d’autres matières. Sur la table de nuit, un petit tabernacle peut-être volé dans une chapelle, qui contenait Le Vieux sait quoi, et un livre entouré de ficelles et d’hameçons, ouvert sur une page calée par un bougeoir fait avec une serre de corbeau, et sur les pages tannées une écriture ondoyante certainement effectuée sous auto-hypnose, à faire passer les pattes de mouches des mémographes pour des merveilles de calligraphie. On ne pouvait rien y reconnaître sauf des symboles que la Soeur Bernadette avait appris à identifier lors de sa formation d’exorciste : caractères hébreus et pentacles. Des lichens et des vers couvraient l’ouvrage qui leur faisait office d’habitat naturel. Le Petit Albert.

« Vous ne m’avez pas remontée dans ma chambre.
– Non, ce n’est pas votre chambre, c’est la mienne.
– Vous, vous êtes…
– Une sorcière, je suppose. Mais si je vous ai entraînée ici, c’est pour vous manifester ma confiance en vous et mon désir de vous soutenir.
– Votre désir…
– La sorcellerie, ce n’est pas ce qu’on vous raconte à l’église ou au diocèse. Pratiquer la magie ne fait pas de tous des servants du diable. Ce sont deux choses distinctes à vrai dire. Et vous avez de puissants ennemis, et moi, je peux être votre amie…
– Mon amie…
– Je sens que vous êtes souffrante et je peux vous soulager.
– Me soulager…
– Laissez-vous faire et vous irez mieux et vous aurez fait de moi votre alliée.
– Me laisser faire… »

La Bernadette approcha sa tête sur la tête de la Soeur Jacqueline. Son haleine sentait l’ail et le persil. Elle écarta les paupières de la nonne et lui lécha la cornée. Elle lui enleva son voile et passa ses doigts gonflés dans la poisse de ses cheveux gris en sueur. Elle avait des ongles longs qui griffaient les habits de la nonne, sauf ses annulaires qui étaient coupés courts. Elle s’en servit pour lui explorer les canaux auditifs. C’était vraiment étrange cette sensation à la fois d’être comblée et de servir de marionnette, de s’abandonner. La Soeur Jacqueline était incapable de déterminer si elle consentait ou non à ce qui était en train de se produire. Commettait-elle alors un péché ?

La Bernadette lui prit la main et l’apposa sur son opulente poitrine. « Sens mon coeur ». Celui-ci battait comme celui d’un boeuf et en même temps la nonne sentit que le sien était comme planté d’épines. Elle décida qu’elle était victime d’un sort, qu’elle était prise, oui c’est ça, qu’elle était sous l’emprise de la cuisinière, comment appeler autrement ce sentiment de manque et de dépendance qui l’abritait, et ses inclinations ô combien contraires à ce qu’on lui avait enseigné au couvent ?

Si elle était sous l’emprise, oui comme un enfant coincé sous des draps trop chauds, alors elle n’était pas responsable de ce qui suivrait, elle ne commettait pas de péché, elle n’aurait rien à confesser. Si elle couvrait son ventre de baisers, c’était en dehors de sa volonté. Si elle mordait la chair tout autour du grain de beauté de la Jacqueline, c’était dans un état second. Si elle la laissait la malaxer comme une glaise fertile, c’était comme dans un rêve.

Elle oublia le froid d’automne qui traverse les murs comme du beurre, elle n’était plus qu’une fournaise et seule la Bernadette avait le pouvoir de l’accompagner alors qu’elle se sentait littéralement fondre. Elle la laissa retirer sa robe et ses jupons, en fait elle l’aurait aidée si ses mouvements n’avaient pas été si gauches. La cuisinière sortit un bocal de terrinne de la commode, elle en tartina les chairs de la doyenne, et en mit dans sa bouche pour qu’elle l’avalât avec langueur, alors qu’ensuite de sa tête elle se frottait à son araignée intime.

L’expérience qui s’ensuivit rappella à la Soeur Jacqueline l’auto-médication de la vieille, mais en cent fois plus ardent, en cent fois plus réel. Elle avait le sentiment de procéder là à quelque rite inédit dont seul son corps avait le souvenir, une réminiscence païenne que visiblement on avait tenté, l’oubli aidant, de lui enlever au couvent, mais c’eut été comme déraciner un chardon, on ne peut jamais couper tout le rhizome, et là c’était en train de repousser, le feu dans son ventre et le moyen de le satisfaire, par l’entremise de la Bernadette, elles étaient deux femmes dans la fleur de l’âge et leurs corps sinon leurs esprits savaient quoi faire. La Soeur Jacqueline se fit plus entreprenante, elle enleva chaque bouton de la chemise de la cuisinière comme s’il était lourd comme du plomb, elle délivra les mystères gras et ridés qui avaient auparavant peuplé sa nuit, elle parcourut chaque varice avec avidité, elle lécha là où s’était salé, là où c’était mou, là où c’était humide. Alors que la Bernadette allait de son côté droit au but, la Soeur Jacqueline sentit monter en elle des vagissements que seules ses années de couvent purent l’aider à contenir.

Ainsi donc, c’était cela d’être prise dans les sorts.

Et à ce moment-là, la Bernadette sentit en elle quelque chose qu’elle pressentait à peine, et elle se garda bien de faire des remarques à ce sujet pour le moment.

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Static Tensions, par Kylesa, metal, hardcore, punk, stoner, sludge, héroïque et vengeur, l’album de fer et de plomb pour la dernière des expéditions punitives

La Soeur Marie-des-Eaux sortit encore de l’eglise par le presbytère. Il ne comprennait pas cette honte qu’il avait d’aller à confesse. Quelque chose clochait.

Derrière le presbytère, c’était des ronces et des orties, et une masse de chênes aux racines couvertes de glandaies. On était à deux pas de la grand-rue et pourtant en terre étrangère. Et personne n’allait entendre ce qui allait se passer, la main qui bloque d’un rondin la porte du presbytère et les deux paysans qui sortent des fourrés. Y’avait le fils Fournier avec son pif de travers, et aussi celui que le novice identifia comme le fils Fréchin, vu l’air de famille avec le maire. Il était plus jeune et portait fièrement l’habit traditionnel, chemise blanche, gilet noir et sabots. Il avait un peu la gueule de son père mais en plus ovale et il était encore plus grand que lui, avec un grand sourire de petit con. Ils avaient tous les deux des fléaux et pourtant la moisson était passée depuis un temps…

L’opinel du Novice était déjà sorti, mais le gars derrière lui dévissa le poignet et la lame roula dans les fourrés.

Pour une fois, la Soeur Marie-des-Eaux freina ses réflexes de survie et prit une seconde pour analyser la situation. Le gars derrière elle avait disparu. Les deux fils à papa avait pas tout à fait l’air dans leur état normal. On aurait dit des clébards enragés.

Pour le novice, ce fut l’hésitation de trop. Le fils Fournier était petit et pas costaud mais il frappa aussi fort qu’il était bête et lui brisa l’épaule net. Le fléau du fils Fréchin s’écrasa sur ses vertèbres et le cloua au sol.

Lexique :

schlinguer : puer
couârie : discussion

Notes liées aux règles de L’Empreinte :

Menace : une Déité Horla (la Mère Truie)
Lieu de départ : Les Voivres
Avancement :
Acte I – Introspection + Tentation + Agression
Acte II – Introspection + Tentation + Agression (en cours)

Bilan :

Toujours dans l’idée de varier les inspirations aléatoires, j’ai fait deux tirages de Nervure (le prototype, qui comporte juste une centaine de questions orientées à la For The Queen) lors de la création du passé de Champo avec Session Zéro.
Parmi les inspis aléatoires également utilisées : AlmanachOriente

Une session difficile car j’étais fatigué, j’avais franchement envie de dormir, mais j’essaye de fixer ma session d’écriture à la première après-midi entièrement vacante de la semaine, donc pas question de déroger pour manque d’énergie. Il vaut mieux que je fasse des sessions difficiles plutôt que de trouver des prétextes pour reporter toujours d’un ou plusieurs jours, et finalement louper une semaine, voire ajourner totalement le projet.

Feuilles de personnage :

Les feuilles de personnages sont maintenant centralisées et mises à jour sur cet article

Nouveauté par rapport à la fois précédente :
1 empreinte de plus pour Soeur Jacqueline.
Un passé oublié pour Champo (tiré avec Session Zéro)

La suite :

8. La veillée
Un épisode entre le recueillement et la fureur, où les liens entre les exorcistes se resserrent sous la menace grandissante.