Y a-t-il une place pour la direction artistique dans ce théâtre sans planches et sans rideau qu’est le jeu de rôle ? Le bâton a trois fois frappé, il faut trancher !
(temps de visionnage / écoute : 40 min) / (temps de lecture : 4 min)
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MES ACTUS :
The Testimony: a fateplay role-playing game to embody persons facing a phenomenon beyond them
The Dragonfly Motel crowdfunding campaign is coming to an end! What better way to celebrate and pass the time than to deliver this hypnotic game: The Testimony—small in size, big in impact?
Reading time: 4 minutes
CRÉDITS :
Le petit bonhomme en plâtre est une photo de Thomas Hawk, cc-by-nc
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LIENS UTILES :
[Notions]
apostrophe (adresse au public)
lois diégétiques et hypodiégétiques
Regietheater (théâtre de la mise en scène)
[Multimédia]
Thomas Munier, Jeu de rôle et théâtre : si proches et pourtant si lointains, sur Outsider
Thomas Munier, Le roleplay théâtral, cet animal insolite, sur Outsider
Thomas Munier, Le théâtre d’improvisation est-il soluble dans le jeu de rôle ?, sur Outsider
Thomas Munier, Il déchiffre le manuel de jeu invisible, les illuminati veulent sa peau, sur Outsider
Thomas Munier : Non, l’abstraction ce n’est pas sale (sur Outsider)
Thomas Munier, Transe et jeu de rôle, sur Outsider
[Vidéos]
Le Profond Conclave, Urbex et Jeu de Rôle : notre expérience
[Podcasts]
Proxi-jeux : La mise en scène dans le jeu de société
La Cellule, Podcast JDR : Les Techniques.
La Cellule, Podcast JDR : Quand il y a deux maîtres du jeu
[Articles]
Thomas Munier, On joue deux rôles, sur Outsider
[Jeux]
[Univers]
[Aides de jeu]
fiches techniques de roleplay pour Les Sentes
[Essai]
LE SCRIPT DE LA VIDÉO :
Nouvelle série de contenus, cette fois sur le concept de direction artistique.
J’appelle direction artistique, l’orchestration de l’esthétique et des thématiques par la base de jeu de rôle, l’autaire, MJ, ou la personne facilitatrice. Pour rejoindre ce qui a été développé dans le contenu du manuel de jeu invisible, il s’agit là d’une soft skill, une discipline qui cumule arts littéraires, théâtraux et audiovisuels, qui a pour but d’assurer une cohérence artistique dans la partie de jeu de rôle et éventuellement d’influencer les jouaires dans ce sens. Cela peut être considéré comme une partie de ce qu’est le game design, mais on est globalement sur la partie la moins technique et la plus “inspirationnelle”.
Pour le premier contenu de cette série sur la direction artistique, nous allons parler de mise en scène. Récemment, j’ai écouté un podcast de Proxi-jeux sur la mise en scène dans le jeu de société.* Il y avait beaucoup de réflexions et de chassés-croisés avec le théâtre, mais globalement j’ai trouvé que le concept était balbutiant. Je me suis dit que le concept de mise en scène était peut-être plus pertinent et appliqué dans le jeu de rôle et on va en parler.
[Remerciement à Guillaume Rioult pour son aide dans l’élaboration de ce contenu]
Dans Jouer le Vertige Logique, je différencie mise en scène et mise en jeu.
Mise en scène : Moment de description dans une scène de jeu de rôle.
Mise en jeu : Moment d’interaction dans une scène de jeu de rôle »
Il y a cependant une lacune dans cette définition, car si on la prend telle quelle, la mise en scène s’apparente à un pur ordonnancement du théâtre de l’esprit*, à un art de la description, autrement dit à du texte pur. Or, on va aussi s’intéresser à tout ce qui orne les mots (prosodie, gestuelle) et tout ce qui les remplace (battlemaps, figurines…)
Par ailleurs, ce que j’appelle interaction dans la mise en jeu n’est pas forcément exempt de mise en scène. Par exemple, dans Inflorenza, la mécanique de conflit chorégraphie les échanges, on énonce un de ses traits*, on précise comment il est relié à l’interaction, on prend un dé, on énonce un autre trait, autre prise de dé, d’autres jouaires s’intercalent, etc
En théâtre, la mise en scène recouvre tout ce qu’unn mettaire en scène ajoute à la pièce par rapport au texte (texte se résumant souvent aux dialogues) :
- le décor
- les costumes
- le son et lumières
- la direction d’actaires
Pour les décors, les costumes, le son et lumières, plusieurs possibilités :
approche immersionnisme* pouvant aller jusqu’à une proximité avec le grandeur nature, recherche d’un haut niveau d’ indexicalité* (ex : Le Profond Conclave* qui débriefe leurs parties de jdr d’horreur dans un environnement urbex*)
approche du théâtre de l’esprit, de l’abstraction par le langage (cf contenu “non, l’abstraction ce n’est pas sale”) : description diégétique VS apostrophe VS spoken word / transe (cf contenu sur le jeu en transe*)
Il y a une gradation entre la scène cinématique (description sans interaction pour éviter que les effets de mise en scène tombent à plat, exemple avec les dialogues entre PJ de Maxime et Morgane quand eyls co-MJtaient Sens) et la scène interactive (les jouaires sont invités à interagir, notamment via leurs personnages, au risque que les effets de mise en scène soient perturbés / interrompus).
cf : La Cellule, Podcast JDR : Quand il y a deux maîtres du jeu
[Guillaume Rioult : Cette gradation dépend à la fois de la structure de scénario (de couloir à bac à sable) et de l’attitude du MJ, il y a collaboration à la mise en scène entre auteur et MJ.]
Quid de la direction d’actaire ? En théorie, elle est absente ou limitée. Exception : le jeepform* (directives de jeu données par l’orga en temps réel), le freeform israélien* (émotions voire actions des personnages décrites par MJ), le bird in ear* (suggestion de sensations et d’émotions dans le creux de l’oreille)
[Guillaume Rioult : Il y a souvent brainstorm collectif pour savoir qui fait quoi, avec en ce sens des formes de « direction collective », tu ne crois pas?]
La mise en scène par le game design
La mise en scène dans le théâtre est, d’après André Antoine, « l’art de dresser sur les planches l’action et les personnages imaginés par l’auteur dramatique ». Si on veut être fidèle à cette définition en JDR, on doit considérer que ce qui relève de la base* ne relève pas de la mise en scène. J’ai dit que la mise en scène ne relevait pas de la base, mais on a vu, notamment dans le contenu sur le manuel de jeu invisible*, que les bases réincorporent régulièrement des techniques molles, et c’est en fait le cas d’éléments de mise en scène. Par ailleurs, certains auteurs de théâtre donnent de précises indications de mise en scène, comme Bertolt Brecht ou Samuel Beckett. Donc la séparation des rôles entre autaire du texte de la pièce et mettaire en scène de la pièce est aussi appelée à être bousculée dans le théâtre.
Bref, on va donc s’intéresser aux prescriptions de mises en scène que font certaines bases de JDR :
- un jeu peut prendre en main les aspects décors / costumes / son et lumières
- ritualisation* (exemple de Ten Candles) VS diégétisation des attitudes (Les Sentes, Millevaux) par des rituels personnels ou collectifs (lois diégétiques et hypodiégétiques*)
- design d’ambiance (le jeu Swords without Masters* fait varier les personnages entre la tonalité sombre et la tonalité légère)
- la direction d’actaire est largement possible et acceptable via le game design (plus que par MJ) : le jeu prend en charge le fateplay, laissant une marge de freeplay. Les Sentes propose notamment des fiches techniques de roleplay*.
Lalaland of the dead* de Guillaume Jentey octroie des bonus si on fait des propositions chantées.
Il est à noter, en opéra et en théâtre, la culture du Regietheater (théâtre de la mise en scène), où l’interprétation et la réappropriation par le metteur en scène a une importance cruciale. En jeu de rôle, on peut aussi considérer que la table ne souhaite pas que la base impose des instructions de mise en scène, ceci étant alors considéré comme un des plaisirs spécifiques de MJ ou de jouaires et qui ne devraient donc pas être délégués à des bases, de même qu’on peut supposer que beaucoup d’autaires font un choix délibéré d’omettre les instructions de mise en scène dans leur jeu pour cette raison, plus que par ignorance ou par paresse.
Et la mise en scène du point de vue des jouaires ?
Ce me semble valable dans les jeux sans MJ* / à narration partagée*. Rappel : le RP des PJ relève du jeu d’actaire et non de la direction d’actaire.
[Guillaume Rioult : Je pense à Sang et honneur (John Wick), dont les tests déterminent qui obtient le privilège de la narration]
Cas des actual plays* et du jeu en performance* : dans ces deux pratiques, c’est le fait même de jouer qui est mis en scène, cf aussi mon article On joue deux rôles.
Conclusion :
À moins de pratiquer un théâtre immersif* dans sa forme la plus totale, le jeu de rôle reste trop éloigné du théâtre (cf contenu : jeu de rôle et théâtre, si proches et pourtant si lointains*) pour que la notion de mise en scène soit aisément transposable.
Néanmoins, il est fertile de s’en inspirer et cela pourrait ouvrir la voie à de nouvelles formes de pratiques.
[Guillaume Rioult : Je ne suis que partiellement d’accord. On peut mettre en scène des événements avec la musique ou la lumière, ça se fait beaucoup (ou des pikaseries dont tu as le secret d’ailleurs ^^). cf : Podcast JDR : Les Techniques.
L’utilisation d’objets physiques supposés exister dans le monde imaginaire (typiquement les aides de jeu de cthulhu) intègre également la mise en scène aux tables de JDR. Bien que moins poussé qu’au théâtre peut-être, ce souci de la mise en scène existe.]
Je réalise que j’ai complètement oublié d’une technique rôliste de mise en scène qui a d’ailleurs le mérite d’être collective : le script change.
Voilà, je me doutais pas que je reviendrais sur le thème du théâtre, mais ça donne envie de s’y pencher un peu plus. Et toi, que penses-tu que j’ai oublié comme techniques de mise en scène en jeu de rôle ?
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