La Guerre en Silence_Extrait

[Extraits] La Guerre en Silence, un roman-thriller de politique-fiction

« Le triple I va changer votre vie, Mister Bancroft ! »

« Au spectacle de la mégalopole, il retint son souffle. Comme tous les jours, il la voyait pour la première fois. Sur le vaste trottoir, la foule, la marée des visages et de toutes leurs histoires.
    Les voitures, de marque Spider, filaient sur l’Avenue telles des anguilles argentées. Dans le crépuscule, les feux et les phares s’étourdissaient, étincelles polychromes tirées de la forge. L’Avenue vibrait, prise d’une fièvre nouvelle. Ses reflets se découpaient sur les vitraux des gratte-ciels. Sous les arcades et les passerelles, les nuages s’abîmaient en vapeurs bleues. C’était par-dessus tout un vertige de tours, de flèches et de coupoles, où les soleils plongeaient dans une danse de fruits flamboyants. On entendait la rumeur du fleuve. Il s’enroulait en cascades, s’allongeait au creux des canaux, attisé par les gouttes d’or qui remontaient au ciel. »

« En bas de l’immeuble se trouvait un enclos de bois. A l’intérieur, le chien du concierge était attaché à une chaîne de trois mètres. Comme d’habitude. Il aboyait en un long concert de lamentations, ponctué de jappements rauques et de sanglots. « Pauvre bête, tu as bien de la chance de ne pas aller au boulot tous les jours », souffla Nathan. Aussitôt, il eût honte de ses paroles. Pourvu que personne ne l’ait surpris à discuter avec un chien ! »

« La nuit s’était terrée dans la pièce, tapie contre les cloisons. Son souffle ensevelissait la silhouette de Nathan. Seule une pâle danse de lumière la repoussait un peu : la télévision était toujours allumée. Muette mais bien éveillée, elle imprimait ses messages sur les paupières de l’homme, s’infiltrait dans son âme. Les faisceaux polychromes embrassaient l’obscurité. Un rai blanc plongea au milieu d’eux : la porte s’ouvrait.
Deux chirurgiens masqués entrèrent, empreintes rouges gravées dans les ténèbres. »

« Des ordinateurs portables, des appareils photo numériques et des numéros de loterie.
Des lunettes de soleil et de la crème à bronzer
    Des bonzes de bronze comme vigiles de vos portes et des portefeuilles à télécharger
Des chargeurs de batterie des batteries de cuisine de l’électroménager et du prêt-à-porter des bonbons sucrés et des crèmes allégées
    Des appareils de musculation et des divans profonds
    Le poison et son antidote vendus dans le même flacon »

« Et puis les manifestants se ressaisissent, une grande vague remonte sur le rouleau dispersé et le comprime. Les écriteaux deviennent des massues, les mots deviennent des armes. On ramasse des débris, quelqu’un au fond a dû crier un slogan :
« Mort au zoo automatique ! » »

« Tout va bien, madame. Maintenant, ils vont revenir en alerte orange ou rouge, je suis sûr qu’il y aura un couvre-feu. L’armée viendra nous prêter main-forte en cas de coup dur.
– Ces chiens ne respectent rien . » »

« Alors qu’il cherchait à se rendormir, des bulles de souvenirs affluèrent à sa mémoire. Il redevenait enfant, timide dans sa chemise à carreaux. Quel lien avec Lucy ? Il avait l’intime conviction qu’il en existait un, que le brusque sauvetage de l’oubli avait cette femme pour origine. Il ne saurait que bien plus tard la nature exacte de ce lien. »

Couverture : Thomas Munier, domaine pubic